Thursday, 16 April 2020

Trois pratiques d'étirement (2) : le Keiraku Taisô de M. Masunaga


Le but premier des exercices : réjouir les gens.


Nous avons donc compris dans l’article précédent que le Makkô Hô des origines n’a rien à voir avec le shiatsu, les méridiens, la Médecine Traditionnelle Chinoise. Ses racines sont dans le Bouddhisme de la Terre Pure – Ecole Shinshû, dans un rituel précis du temple Shôman Ji près de Fukui, même si la pratique actuelle ne met plus de lien religieux explicite et se présente comme une méthode de pure santé. Il s’agit d’une pratique de l’assise et du salut, travaillant sur l’union du corps et de l’esprit.

Pourtant, un mythe tenace nous poursuit en shiatsu et quand nous parlons de Makkô Hô, nous pensons tous à une série d’étirements des méridiens proposée par M. Shizuto Masunaga dans son livre ‘Zen – Exercices visualisés’.

‘Savoir ce que l’on fait’ est un principe en séance de shiatsu, même si cela n’annule pas l’intuition et parfois l’improvisation hors cadre. Et donc, si les exercices de M. Masunaga sont excellents et hautement recommandables, il est bon de savoir ce que l’on fait.

Ni Zen, ni Makkô Hô




Me dérange dans le titre de ce livre l’appellation ‘Zen’, car le travail n’est pas lié à la pratique du Zen. Mais on sait que le ‘Zen’ du ‘Zen Shiatsu’ est dû à la traduction en Anglais de Maître Ohashi qui a proposé de l’appeler comme cela (lui-même ne s’en cache pas), alors que le shiatsu développé par M. Masunaga est un shiatsu des méridiens. Même si l’esprit japonais est imprégné de Bouddhisme Zen, il s’agit de shiatsu des méridiens et d’un cadre de médecine orientale. Le véritable danger, c’est ‘l’Orient rêvé des Occidentaux’.

Le sous-titre ‘exercices visualisés’ est évidemment moins vendeur. C’est typique de la réflexion de M. Masunaga. Tous ses livres sont des mines d’or qui reflètent ses découvertes par une pensée à multiples facettes et de nombreuses petites touches. Il faut chercher l’info, lire et relire. Et justement, lire et relire ne m’a fait trouver nulle part la mention ‘Makkô Hô’, mais bien ‘exercices de base’ ou ‘exercices fondamentaux’.

Donc ce n’est pas clair qui a dit un jour ‘mais c’est du Makkô Hô !’. Toujours est-il que cette appellation est restée. Je n’ai pas trouvé le coupable. Mais en tout cas, ce n’est pas M. Masunaga qui les a désignés sous ce nom. Par contre, il a clairement puisé dans les pratiques de son temps et les pratiques anciennes pour attribuer des étirements d’autres disciplines au shiatsu des méridiens. Rappelez-vous que le Makkô Hô est apparu vers 1948.

Une tradition des pratiques de santé préventive


Rien d'étonnant dans la démarche. Les étirements font partie des pratiques de santé, c’est une donnée fondamentale de l’Orient qui ‘insiste sur l’équilibre et la souplesse plutôt que sur la force’ et dont la démarche consiste à ‘augmenter sa vitalité et prévenir la maladie plutôt que lutter contre la maladie une fois attrapée’. Soit dit en passant, ce serait à mettre en lettres d’or sur les frontispices. Pour diminuer l’impact des crises sanitaires, c’est là que nous devons être, là où presque personne ne nous attend. Il y a du travail.

Donc, évidemment, un arrière-plan général et culturel commun va baigner des appellations différentes. Les racines ne sont pas les mêmes, mais le terreau est commun. Les exercices de M. Masunaga, s’ils ne sont pas du Makkô Hô, ne contredisent pas celui-ci.

En voici quelques principes :

  • La santé vient de la joie de vivre. Le but premier des exercices est de réjouir les gens, c’est agréable, profitable et accessible à tout niveau
  • La force fondamentale est en soi, il n’est pas profitable de suivre les effets de mode et de groupe avec des gourous médiatisés. Mais on doit être tolérant.
  • L’apprentissage par le corps, ce qu’il appelle ‘l’unité du savoir et de l’action’.
  • La nécessité de s’y tenir pour voir les résultats
  • La nécessité de l’image mentale et de la visualisation en travaillant
  • Un travail doux et détendu
  • L’unité du corps et de l’esprit


Dans la réflexion préliminaire à ses exercices, M. Masunaga révèle quelques-unes des influences qui l’ont amené à les créer :

  • Les textes anciens Chinois base de l’acupuncture, comme le Su Wen
  • Les travaux de ses contemporains M. Michizo Noguchi, auteur d’une méthode d’exercices nommée ‘Noguchi Taiso’ et le Dr Yoshinaru Fujioka, psycho-sociologue japonais réputé pour son travail sur les images mentales
  • Les exercices de Do In et d’Ankyo (d’origine chinoise)
  • Le Yoga
  • La gymnastique…

S’ensuit une analyse du Ki et des méridiens, qui sont bien le cœur de l’ouvrage. Puis le corpus d’’étirements.

Le Keiraku Taisô


 


S’il fallait donner un nom aux ‘étirements de Masunaga’, le meilleur serait finalement ‘Keiraku Taisô’, gymnastique, ou exercices physiques des méridiens.
Il serait d’ailleurs dommage de se limiter à 6 des exercices de base (ceux désignés à tort comme ‘Makkô-Hô’), car le corpus est bien plus vaste, et bien plus intéressant. Nous trouvons en effet :


  • 10 exercices de base : 2 positions de départ, Le Vaisseau Gouverneur, le Vaisseau Conception, puis, par paires, les 12 méridiens
  • 8 exercices complémentaires : le Vaisseau Gouverneur, le Vaisseau Conception, et de nouveau, par paire de méridiens. On ajoute ici une visualisation.
  • 6 exercices à faire au travail, pour chaque paire de méridiens
  • 12 exercices-types, soit un par méridien
  • Des exercices pour améliorer son apparence, selon le type physique
  • Des exercices au sol par méridien
  • Des exercices pour finir la séance

Et enfin, du shiatsu familial sur différentes parties du corps, qui se pratique donc à deux.

Chaque exercice d’imagerie a reçu une lettre de l’alphabet occidental, comme aide mnémotechnique et aussi pour susciter une image mentale propre à chaque exercice. Car le corps prend une position qui reflète effectivement la lettre en question. « A » est par exemple Poumon et gros Intestin, et ainsi de suite.

Il existe une affiche reprenant l’ensemble de ces exercices, mais je pense qu’elle est sous copyright. On peut se la procurer auprès de praticiens de Zen Shiatsu.


Un principe fondamental pour la pratique


En dehors de toute appellation, ces exercices sont excellents et il ne faut pas hésiter à dépasser les exercices de base.

Je retrouve dans le livre de M. Masunaga une petite phrase de fin de chapitre qui est fondamentale lors d’étirements et de sessions individuelles :

‘Le simple principe  du déplacement dans la direction qui est la plus facile  en expirant à fond à la fin de chaque mouvement sert à détendre tout le corps et à renforcer les zones faibles. Une fois que les zones pauvres en énergie sont remplies, la circulation d’énergie s’améliore dans tout l’organisme et les problèmes disparaissent d’eux-mêmes’.
   
En d’autres termes, rien ne sert de s’acharner sur les tensions, il faut nourrir le Kyo plutôt que se battre contre le Jitsu. Principe fondamental, à l’inverse de nos raisonnements logiques. Donc, conseil que je donne systématiquement, pour les exercices bilatéraux : étirer deux fois plus le côté facile pour le renforcer et ainsi détendre le côté tendu. Inutile et dangereux parfois de passer en force. En général, cela parle bien…

Regarder et pratiquer


Pour vous montrer ces étirements, j’aime bien (I like !) cette vidéo, car le praticien suit la recommandation de M. Masunaga : faire suivre chaque exercice de base d’un exercice complémentaire avec visualisation. C'est également plus dynamique pour les positions.

J'émets des réserves sur la musique New Age déplacée pour ce genre de pratique (on est dans le souffle), ainsi que sur des mentions comme ‘Yoga des méridiens »... Mais vous l’avez vu,  il n'y a pas que nous, les Japonais brouillent bien les pistes eux-mêmes.

Comme le disait,  avec un fort accent liégeois, un ancien professeur : ‘c’est un mic-à-mac épouvantable !’

https://www.youtube.com/watch?v=wh-akuMX2rw


Vous me permettrez donc, dans le 3ème article, de faire comme les autres et d’ajouter à la confusion ambiante.

Lecture


Shizuto Masunaga : Zen – Exercices visualisés




No comments:

Post a comment