Le Shiatsu, un acte de Foi
Ceci en contrepoint de plusieurs situations :
- soit personnelles : pour me soigner, j’envisage d’abord
d’autres méthodes que le Shiatsu.
- soit professionnelles : j’accueille des personnes dans mon cabinet et je donne des séances, mais je doute de ce que je fais réellement. Ou bien les clients ne réagissent pas comme je m’y attendrais.
Bien entendu, le doute est sain, car il offre un questionnement et le questionnement permet de progresser.
Questionnement n’est toutefois pas remise en question
On entend souvent ‘je me pose des questions sur ma légitimité’. Certes. Je peux me demander si je suis bien la bonne personne à la bonne place au bon moment. Mais, d’autre part, si par mon parcours de vie, parfois inattendu, je suis arrivé dans un cabinet de Shiatsu, pourquoi dire ensuite que ce n’est pas ma place légitime ? A la rigueur, c’est une étape vers peut-être encore autre chose.
Mais l’Univers a pourvu à cela, et je voudrais aller à contre-courant du Ki ? Tchouang Tseu nous le montre dans son fameux conte du vieil homme qui nage dans les chutes de Lü-leang : en luttant contre le courant (ici, le Tao), on finit par s’épuiser.
Plus qu’une question de légitimité, je crois vraiment que le doute équivaut à un manque de foi.
La Foi qui soulève les montagnes
Ce n'est pas une question de croyance. La pratique n'implique pas de croire à quelque chose. Et encore moins de faire du prosélytisme.
La foi n’est pas uniquement un terme religieux. ‘Fides’, en latin, est à la fois foi, croyance, confiance, bonne foi, de là viennent aussi les mots fiable( digne de confiance) et fidèle (loyal).
On dit que la foi soulève les montagnes, manière de dire que ce qui est en apparence impossible pourra être surmonté, si on en a la conviction profonde.
Et dans l’Evangile, il y a effectivement cette phrase célèbre de Jésus : ‘Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ?’ (Mt 14,31), lorsque Pierre essaie de marcher sur l’eau puis prend peur et s’enfonce.
Quelles sont réellement nos capacités lorsque corps-esprit sont parfaitement alignés sur la même intention qui est notre flux vital ? Marcher sur l’eau est sans doute une métaphore, pour dire que nous sommes capables de bien plus de choses que nous ne le pensons et qu’il y a bien des choses inexplicables rationnellement.
Sommes-nous alors, praticiens et praticiennes de Shiatsu, des hommes et femmes de peu de foi qui doutons de notre pratique et nous enfonçons ainsi nous-même littéralement ?
Ou bien sommes-nous convaincus de l’efficacité et de la puissance de notre pratique, et donc en alignement entre qui nous sommes et ce que nous faisons ?
Il ne s’agit pas de croire, mais d’y croire.
Ni excès ni manque de foi
Nous ne prétendons pas résoudre tous les problèmes qui nous sont soumis, nous ne prétendons pas avoir une technique supérieure aux autres, nous ne prétendons pas y arriver là où les autres patinent.
Et , à l’inverse, manque de foi : notre premier recours, quand il s’agit de nous soigner, est notre pratique. Nous n’imaginons pas que les techniques des autres sont meilleures que la nôtre.
Toute la pratique du Shiatsu consiste à rééquilibrer, tout en voyant bien les polarités.
Le Shiatsu est ce moyen choisi (et d’élection) déposé dans nos mains pour manifester TEATE, la capacité naturelle de guérison présente en chaque humain. Faire fructifier ce talent est maintenant entre nos mains.
Dès lors, il s’agit de pratiquer encore et encore, de chercher, de trouver, de développer, de rebrousser chemin voire d’abandonner certaines voies. Mais pas de douter de l’évidence que la lignée de praticiens et praticiennes se poursuit à travers nos mains.
Avec humilité
Parfois, ce sera comme un moment
de grâce, et parfois j’aurai l’impression d’avoir raté.
Dans les deux cas, je ne le prendrai pas personnellement.
Toujours, il se sera passé quelque chose. Je le verrai immédiatement sur le
visage de mon receveur, ou pas. Il faudra peut-être quelques jours. Peut-être
ne me le dira-t-on jamais. Quand le mouvement des mains s’arrête, le mouvement
du Ki continue.
Plus j’arriverai à être dans mon hara, dans cette stabilité tranquille et à l’écoute, plus il se passera des choses. La foi est, je le crois, une question de hara. Etre comme une montagne permet de soulever les montagnes.
Pour la joie de la pratique
Alors, le Cœur s’exprime. Car avec la foi surgit la joie, immanquablement, ce ressenti profond de l’expérience sans cesse renouvelée (Shôshin), cette tranquillité lumineuse et jubilatoire qui accompagne la pratique, cette satisfaction : satis fecit, atteindre la satiété. Plus rien ne manque.
M. Masunaga ne disait-il pas déjà : tout cela, c’est pour réjouir les gens.
Bonne pratique !



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