Tuesday, 4 August 2026

Qui prie encore pour la pluie ?


Mois de juillet très sec, presque pas de pluie, les prés tout jaunes, beaucoup d’incendies de forêt dans certaines régions… Au retour de vacances, le long des routes, à certains endroits, une désolation desséchée. Je n’aime pas voir la Nature dans cet état.

Année du Cheval de Feu, on vous avait prévenus, les astrologues de tout poil triomphent ! Les gens s’agitent veulent comprendre, cherchent des coupables. Le réchauffement climatique ! Les forestiers ! les agriculteurs ! Les pyromanes ! Le gouvernement !

Un peu de tout ! Peut-être en effet un peu de tout à la fois, mais nous savons bien qu’il faut toujours balayer devant notre porte avant de chercher fiévreusement des coupables à l’extérieur.

Quoi ? Qu’est-ce que moi j’ai à voir avec le temps qu’il fait ?


Voici ce qui m’est venu lors de ma dernière nuit de vacances, sur le retour, au Mont Sainte-Odile (Alsace) – lieu sacré et tellurique depuis bien longtemps.

Cette phrase : Qui prie encore pour la pluie ?


Rappelons que la philosophie orientale dans laquelle s’enracine la médecine où le Shiatsu plonge des racines profondes est une philosophie de paysans. Des gens dont la lignée, de toute mémoire, a toujours habité au même endroit, travaillé le même lopin de terre et observé et suivi le mouvement des saisons.

Ces gens vous diraient que, régulièrement, il ne pleut pas assez, ou il pleut trop. Cela varie d’une année à l’autre et c’est bien pour cela que les énergies climatiques décrites sont : chaleur, sécheresse, temps orageux, froid, humidité et vent. Ces énergies sont, soit dominantes, soit se combinent. Elles ont évidemment une influence sur la Nature, en ce compris l’être humain. Tout cela est décrit dans le Traité des Atteintes par le Froid et se retrouve dans l’approche des grands méridiens. Nous ne sommes pas séparés : le Ciel commande.

Quoi qu’on en pense actuellement avec nos délires prométhéens, il n’est pas vraiment possible ni souhaitable ni efficace d’influer par des moyens technologiques (scientifiques) sur le climat. Les seuls décideurs sont le Ciel et la Terre, l’histoire de la planète le démontre largement. Il est préférable de s’adapter, quand c’est possible ou de tenter de contrebalancer (nous dirions en Shiatsu rééquilibrer) ces énergies par une réaction appropriée, individuelle ou collective.

La piété occidentale oubliée


Je me suis souvenu qu’il n’y a pas si longtemps, en Europe comme ailleurs, le paysan priait pour la pluie.

Le paysan priait d’ailleurs, dans le meilleur des cas, trois fois par jour, lorsque l’Angelus sonnait au clocher du village, à 7h, 12h et 19h. Pas mal d’églises sonnent d’ailleurs toujours l’Angelus à ces heures, 3x3 coups de cloche, suivis d’une volée. Si vous habitez près d’une telle église, vous avez de la chance. L’idée était d’arrêter ses activités quelques instants pour prier. La prière de l’Angelus rappelait la conception de Jésus et sa venue sur Terre. Le peintre Millet a immortalisé ce moment dans un célèbre tableau. Un court moment spirituel, une brève prière, une connexion fugace avec le Ciel au milieu du travail de la Terre. Un moment de verticalité, de louange, de remerciement, de demande peut-être. Etrange idée ? Pas tant que cela. De nos jours, dans leur Tradition, les musulmans s’interrompent toujours quelques fois par jour pour prier. 

Il y avait également les 3 journées des Rogations, précédant l’Ascension, pendant lesquelles les fidèles partaient en procession dans les champs, derrière le curé, les effigies et les reliques locales, afin de prier pour de belles moissons.  Cette coutume remonte au Ve siècle, et il s’agissait de la christianisation de rituels de fécondité bien plus anciens adressés aux esprits de la fertilité, pour implorer la pluie, le soleil, le mûrissement, l’absence de maladies. Rogation vient du latin ‘rogare’, demander et fait écho à la parole du Christ : demandez, et vous recevrez.

Histoire ancienne ? Pas tant que cela. Mes parents me parlaient de cette fête, toujours célébrée dans nos campagnes jusqu’à la moitie du XXème siècle environ et il semble que cette coutume existe encore ou reprenne en certains endroits.

Superstitions ? Vieilleries ? La météo était-elle plus clémente ces années-là ? Sans doute que non, il y a toujours eu des années de sécheresse et des années d’inondations, rien d’étonnant dans un cycle naturel (Un Yin, un Yang…) Mais la relation, le rapport que l’on avait à ces événements extérieurs étaient différents.

Ces cinquante dernières années, nous sommes passés par une sécularisation (de la société et même de la religion, de l’Eglise) qui nous a menés là où nous sommes : dans l’agitation résultant de la perte de la verticalité.

J’évoque toujours de préférence nos traditions occidentales, car on aurait tendance à opposer l’Occident éclairé au reste du monde ‘obscurantiste’. Ce n’est pas le cas. Ici comme ailleurs, on a prié pour la pluie et pour la fertilité depuis des temps immémoriaux.


Le chamane sibérien qui fit pleuvoir toute l'année 1997


Et cela marche toujours !
Je ne peux résister au plaisir de vous citer cet extrait du livre consacré au ‘Cercle des Anciens’, une réunion de chamanes de tous pays à l’initiative du Lama français  Denys Teundroup Rinpoché en 1997 et en présence du Dalai Lama, s'il vous plaît !

‘Quand Fallyk Kantchyyr-Ool arriva à Karma Ling , plusieurs personnes parlèrent au chamane de Touva de la sécheresse qui sévissait en France et lui demandèrent, mi-hésitants mi-sérieux, de faire pleuvoir sur le pays. La météorologie nationale annonçait que, si la situation persistait, nous subirions une année de sécheresse pire qu’en 1976. Chamanic fiction ? Le lendemain de son arrivée, le 24 avril 1997, Fallyk Kantchyyr-Ool, récemment élu président de la Fédération des chamanes de la plus ancienne région chamanique d’Asie, célébra, en présence de quelques rares témoins, dans la forêt savoyarde, un rituel destiné à appeler la pluie sur notre pays. Coïncidence ? A partir du lendemain, à peu d’éclaircies près, il allait pleuvoir sur la France pendant des semaines, au point que plusieurs régions furent d’ailleurs dangereusement inondées. Si bien qu’au bout de 48 heures de déluge, plusieurs personnes allèrent demander au chamane d’avoir la gentillesse de procéder au rituel inverse – ce qu’il promit plusieurs fois, mais sans effet. Cela pourrait facilement se comprendre : on raconte que , pour parvenir à influer ainsi sur les éléments, un chamane se met littéralement ‘à leur place’, par exemple à la place de la terre sèche qui a soif.  Si donc Fallyk Kantchyyr-Ool s’est mis à la place de la terre qui avait soif et s’il a réellement souffert avec elle, comment aurait-il pu vraiment vouloir stopper la pluie au bout de 48 heures, simplement parce qu’un groupe de ‘touristes chamaniques’ désiraient maintenant se faire bronzer ?’

Ainsi, un chamane sibérien a sauvé le temps chez nous en 1997. Histoire vraie ou fausse ? On peut toujours aller demander à Lama Denys. On peut aussi, à l’orientale, ne pas se préoccuper de la véracité historique de l’histoire pour en intégrer le sens et la leçon.

Les chamanes orientaux avaient constaté la difficulté de contacter les esprits de la Terre et du Ciel dans nos pays, car, disaient-ils, ces énergies sont assoupies, plus personne ne travaille avec elles.  Cela se remarque a contrario au Japon, où les temples Shintô, visités quotidiennement par les fidèles, dégagent une énergie bien présente et vivante.


Question d'avoir la Foi


Et donc, la phrase qui m’est venue au Mont Sainte-Odile est très pertinente : Qui prie encore pour la pluie ?

Là-bas, contre toute attente, quelques gouttes de pluie sont venues parsemer la promenade du matin. J’ai remercié ces quelques gouttes pour les petits oiseaux assoiffés. Et rentré à la maison, deux splendides orages sont venus abreuver abondamment le jardin qui résistait tant bien que mal à la sécheresse.

Hasard ? Clin d’oeil ? Bien sûr que ‘je’ n’a pas fait pleuvoir.

Mais ‘la foi qui soulève les montagnes’, c’est cela, le fait de tenter de se relier ne fût-ce qu’un bref instant au sacré, càd : au mouvement profond du Ki dans l’Univers, en sentant ses déséquilibres.

Face au climat, la lutte est inégale et nous perdrons toujours. Le seul mot ‘lutte’ implique la défaite. Il ne s’agit pas de  lutter, mais d’accompagner, de faciliter, d’influer /influencer.

Sur le plan sociétal, revoir les modèles et surtout pratiquer la prévention et en matière de climat, écouter les vrais experts, ceux du terrain qui à leur niveau appliquent déjà des solutions, les descendants lointains des ancêtres qui observent les cycles naturels.

Sur le plan individuel, il me semble que chacun a une part à offrir.

L’Homme entre Ciel et Terre si cher à notre réflexion n’est pas un concept, il est à mettre en œuvre, càd : la capacité à comprendre, décoder les lois du Ciel et nous harmoniser, et la capacité à prendre soin de la Terre sous nos pieds conformément à ces lois. Le trait d’union et le ressenti profond de ces deux plans est en nous.

Question d’attention : la réalité est celle de nos campagnes proches et des cycles naturels, qui permet de nous nourrir correctement. Pas celle anxiogène des réseaux virtuels qui sous prétexte d’être connectés nous déconnectent de la Vie.

Question d’attitude : plutôt que d’acheter un airco(n), comment puis-je contribuer, par mon attitude intérieure à réconcilier, rapprocher le Ciel et la Terre  en moi et donc ensuite dans le monde ? Connecter l’Eau de la Terre et l’Eau du Ciel, leur permettre de se réunir, de se rejoindre…   Garder la tête froide et non surchauffée par la friction permanente d’un carrousel ininterrompu de pensées.

L’histoire du chamane sibérien donne la réponse sur ce plan : être capable d’empathie, de ressenti profond, de se mettre à la place de la Nature en souffrance.

Enfin, reconsidérons le Darwinisme et, à l’image de la Nature, réveillons les collaborations :  ne pas oublier la puissance du collectif. Je lisais un appel aux coupeurs de feu, susceptibles d’arrêter un incendie. Pourquoi pas un appel aux faiseurs de pluie ? On sait que quand des humains se focalisent vers un même objectif, un égrégore peut se créer avec des conséquences concrètes. C’est au fond revenir à la puissance de la prière. Et si cela ne fait pas de bien, cela ne fait pas de tort….

J’ai ainsi dans mon jardin une pierre dite manale,  qu’on arrose pour appeler la pluie, à l’image de celle, célèbre, de la fontaine de Barenton en Brocéliande. Tout dépend de l’état d’esprit dans lequel je l’arrose…

Redevenir des créateurs de ponts


Il y a a la Foi, qui soulève les montagnes (essayez) et il y a les rituels, individuels et collectifs, les moments de reliance, d’attention, de présence


Pas question de nous prendre pour des chamanes, mais bien plutôt d’agir comme des Pontifes, au sens

où René Guénon l’explique dans ‘La Grande Triade’ : pontife signifie étymologiquement créateur de ponts.
  • Créateur de ponts, entre le Ciel et la Terre

  • Créateur de canaux pour que l’Eau rafraîchisse le Feu quand il y a trop de Feu et que le Feu réchauffe l’eau quand il y a trop d’eau
Pour que les règnes animaux, végétaux et humains prospèrent en bonne synergie. Nous n’avons qu’une maison.

Alors, qui prie encore pour la pluie, sinon vous et moi, maintenant ?  Priez qui vous voulez, en qui vous croyez ou la Terre, la Nature, simplement. Nul besoin de personnifier. Dans le tantrisme, ‘Je’ contient tout l’Univers, pas le contraire.

En toute humilité : car si tout cela, au final, passera, la Grande Nature, elle, ne passera pas, en tout cas dans un temps mesurable à notre échelle.

Axe vertical, connexion Ciel Terre, l’Homme entre Ciel et Terre, suivre les lois du Ciel et organiser la Terre, matière et esprit, pragmatisme et spiritualité, observation de la Nature, force de l’intention, responsabilité individuelle, humilité de la juste place…

Comme tout cela ressemble étonnamment, n’est-ce pas, à la réflexion et à la pratique du Shiatsu qui, décidément, est au coeur même du mouvement naturel de la Vie…



Friday, 3 April 2026

Resurrexi

Toucher le corps, mais lequel ? Et comment ?


Pâques approche ! Fête majeure des chrétiens dans le monde entier,  sans laquelle il n’y aurait tout simplement pas de christianisme.

Fortement résumé, le message de Pâques est le suivant : la mort n’est pas la fin, la Vie l’emporte, la résurrection est possible. Jésus a été le premier à faire cela, préfigurant en quelque sorte ce qui nous est promis à tous et toutes, au Jugement Dernier, dont personne ne sait si la date est déjà programmée.

A priori, les fêtes chrétiennes nous sont bien étrangères, à nous, praticiens et praticiennes de Shiatsu et donc, en principe, orientalisants dans notre conception de l’Univers. Nous considérons plutôt le YinYang, les 5 Mouvements, les 3 Trésors, les Méridiens, les 3 Foyers.

Mais, à y bien regarder, il n’y a  peut-être pas d’incompatibilité entre Occident et Orient.

Je vous propose pour le plaisir un petit exercice d’analogie (méthode orientale, précisément) et de théologie, afin de voir si les traditions diverses et variées sont finalement si éloignées qu’on le pense (ou qu’on le veut).

Le corps tout d’abord


Rappelons quand même d’emblée que le christianisme version occidentale n’est que l’aboutissement d’une religion née au Moyen-Orient, plus précisément enracinée dans le Judaïsme et le monde gréco-romain, et qui s’est ensuite coulée dans le monde celte, dit ‘païen’, après avoir emprunté le Latin comme langage.  Ceci pour ne pas oublier la grande diversité des racines et qu’il y a bien des influences à la base de ce qui est devenu l’Occident.

Ce qui nous intéresse au premier chef, en tant que praticien(ne)s de Shiatsu, c’est le corps. C’est de lui que nous prenons soin en séance. On connaît l’aversion pour et le rejet du corps longtemps professé par l’Eglise, car assimilé au péché de la chair, au mal (le diable) et au mal nécessaire de vivre dans un monde transitoire, la vraie Vie n’étant pas celle-ci, mais la suivante, où l’âme, et non le corps, va au Ciel (si on se conduit bien) ou en Enfer (si on se tient mal).

Tout cela, ce sont des développements qui se sont incrustés dans la religion au fil du temps, après de longs et virulents conflits d’opinion, et il faut bien reconnaître que ce ne sont pas les plus ouverts d’esprit, Paul en tête, qui ont fini par imposer leur point de vue.

Face à ce corps devenu bien encombrant, on a considéré que la version putrescible n’était pas la bonne version, que la vie sur terre n’était pas la vraie vie et qu’il y aurait une résurrection des corps et la vie éternelle… après la mort, ce qu’avait bien montré la résurrection de Jésus.

Dans notre pratique, nous expérimentons le corps-esprit, càd que nous voyons l’humain comme l’union indissoluble de niveaux d’énergie, des plus denses (le corps physiologique) aux plus subtils (l’esprit). Par le corps, nous touchons tous les niveaux et il n’y a là évidemment ni bien ni mal. Une bonne formulation de cette réalité se trouve dans le Shivaïsme cachemirien, où le corps engendre l’esprit et l’esprit engendre le corps. Double mouvement intrinsèquement et indissolublement mêlé.

En apparence, ces deux visions, la chrétienne et l’orientale,  semblent irréconciliables. A moins de reporter le processus des fêtes chrétiennes sur un schéma qui nous est bien connu, avec un axe vertical et un axe horizontal.  




 Tentons l’expérience.


Pâques au centre

Si nous devions placer Pâques sur un diagramme, nous le placerions au centre, puisque l’événement est au cœur de la foi chrétienne.


Outre le dogme, il existe des preuves musicales de la centralité de l’événement, notamment dans l’immense corpus grégorien. L’Office de Pâques comporte en effet la seule pièce écrite à la première personne, où Jésus dit ‘Resurrexi’, JE suis ressuscité. Toutes les autres pièces sont à la seconde ou la troisième personne, sauf une autre, où Jésus après l’Ascension parle depuis l’autre monde (Pater, cum essem cum eis). Pour les grégorianistes, ceci est fondamental.

Le compositeur Charles Tournemire, auteur de l’Orgue Mystique, recueil qui commente en musique tous les offices de l’année liturgique (comme Bach l'a fait pour les Luthériens), soit plus de 250 pièces, ne s’y est pas trompé, puisqu’il compose d’abord l’Office de Pâques, comme étant le cœur de l’année liturgique. Il précise dans ses notes ‘ Cette portion de l’année liturgique en est la plus sacrée, celle vers où converge le cycle tout entier.’  

(Ecoutez : Tournemire - l'étourdissant final de l'Office de Pâques sur 5 différents thèmes grégoriens)





Le Graduel de la Messe de Pâques dit ceci : Haec dies quam fecit Dominus: exultemus et laetemur in ea, Alleluia. L’émotion est clairement la Joie, qui s’exprime dans l’exultation. La Joie est centrale et, avec elle, la lumière éclatante, le rayonnement indescriptible du changement d’état.

Nous associons quant à nous la joie à l’Empereur, l’énergie à son zénith, la lumière, le Sud. Quant au centre, dans le schéma classique des 5 Mouvements, nous y placerions la Terre.

Les deux visions ne sont pas forcément opposées, car :

  • Il ne s’agit pas purement de Feu ou de lumière, on nous parle bien d’une résurrection du corps, nous sommes dans le domaine de la Terre, mais transfigurée.

  • La Terre est l’organisme vivant capable de se régénérer sans fin, d’année en année et c’est bien le triomphe de la Vie qui se perpétue avec une grande puissance, passant par des phases de mort, mais toujours ressuscitant. Le mot ‘resurrectio’, enployé dans un sens chrétien, vient à l’origine du verbe ‘resurgere’, càd surgir à nouveau, jaillir à nouveau, une résurgence après un temps d’absence.

Temporellement, Pâques a d’ailleurs été placé à la sortie de l’hiver, associant ainsi la commémoration au renouveau de la Nature. Les Chinois ne sont pas les seuls à manier l’analogie.


Deux axes : remettre la croix au bon endroit


A partir du centre, deux axes se déploient, un vertical et un horizontal. Ce qui fait immanquablement penser à la croix, symbole majeur du christianisme. En plaçant Pâques à l’intersection des deux branches de la croix, nous remettons le symbole à sa juste place. Les chrétiens, prenant en modèle la crucifixion, ont en effet posé la base de la croix sur la Terre et ses branches en l’air. Hors sol ! C’est en quelque sorte une torsion du sens du symbole, ce qui le rend non-signifiant et inopérant. Car si l’axe vertical est bien le Ciel /Terre, l’horizontal se situe en fait, lui, exactement, à la surface de la Terre.

On devrait donc toujours dessiner la croix avec un axe horizontal au niveau de la surface de la Terre, partageant ainsi le monde entre le domaine de la matière /Yin et le domaine de l’énergie /Yang, les deux interagissant et s’interprénétrant, on va le voir. Nota bene : dans la vision orientale, cet axe est décalé à 45 degrés, car on considère le yinyang, mais l’ordre de grandeur est le même.

Nous sommes donc, à cette intersection de Pâques, au point de rencontre du corps-esprit, avec une partie inférieure : corps/terre/matière/densité et une partie supérieure esprit/ciel/immatériel/subtilité, les deux traversées et réunies par un axe vertical.

Il est regrettable que l’iconographie chrétienne ait opté pour une croix surélevée à laquelle est suspendue un macchabée, cfr les calvaires et autres joyeusetés parsemant les carrefours. Car ce n’est pas le cœur du message. Le cœur, c’est la résurrection. Les rosicruciens sont donc plus proches de la vérité en dessinant une rose à l’intersection, le tout représentant l’union du corps (ici, la croix représente le corps physique) et de l’esprit (la rose représente l’âme, la conscience dans son évolution vers l’état de sagesse).


Résurrection du corps


Intéressons-nous donc à ce phénomène.

La résurrection de Jésus semble une manifestation particulière du corps-esprit et la seule qui soit documentée sous cette forme à ce jour, si du moins, on veut bien croire les textes (Evangiles canoniques et apocryphes), nettement postérieurs à l’événement.

Notez que c’est une femme, Marie-Madeleine, dont il se dit bien des choses au sujet de sa relation intime et initiatique avec Jésus, qui découvre le pot aux roses, à savoir l’absence : le tombeau est vide. Les autres, les grands disciples masculins, balaient ses dires du revers de la main. Voilà qui donne déjà le ton pour les 2000 ans à venir, soit dit en passant.

Et puis l’absence devient présence.  Et rencontre.


Jean-Yves Leloup,
dans son livre ‘Une femme innombrable’ a écrit des pages très poétiques sur ce non-événement apparent. Là où le raisonnement fait défaut, la Beauté peut faire sentir.

Pour nous, qui voyons le corps constitué de niveaux énergétiques, du plus matériel au plus subtil, la question de la résurrection est particulièrement intéressante. De quoi s’agit-il exactement ?

Jean-Yves Leloup nous dit qu’en fait, tout le monde (les chrétiens y compris) confond résurrection et réanimation. ‘Un corps ressuscité n’est pas un corps réanimé, celui-ci serait alors de retour’, pour mourir à nouveau plus tard. C’est le cas de toutes les personnes revenues d’un bref ou d’un long coma, assorti parfois d’expériences spirituelles.

L’Evangile (apocryphe) de Marie (Madeleine) est le seul à donner une clef sur la perception d’un corps ressuscité.

‘Est-ce par la psyché que je te connais, ou par le pneuma ? Ce n’est ni par la psyché ni par le pneuma que tu me connais, mais par le noùs, qui est entre les deux’.

Ce qui signifie :

  • Il n’est pas possible de percevoir un corps ressuscité par la psyché et les sens où elle se projette : ouïe, odorat, vue, goût et toucher.

  • Il n’est pas possible de le percevoir par le pneuma, l’Esprit, le souffle silencieux où le vivant naît et se résorbe. 

  • Mais par le noùs, mot grec que l’on peut traduire par l’intelligence contemplative, que l’on associe volontiers avec l’expression de Maître Eckhart ‘la fine pointe de l’âme’ et qui est donc entre parole et silence, entre visible charnel et invisible spirituel.
Un corps ressuscité n’est donc ni visible ni invisible, ni palpable ni impalpable, ni matière ni esprit. Pour le sentir, il faut ‘un psychisme apaisé ouvert à la présence de l’Esprit

Percevoir par la peau


Et l’organe de perception est alors la peau. La perception de Marie, nous dit Jean-Yves Leloup, est un pressentiment du réel dans sa peau, car le noùs voit ‘le lien, le fil qui relie le ciel et la terre, le corps terreux et le corps céleste, le corps rêvé qui n’est pas un rêve mais appartient aux deux mondes’.

Cette perception par la peau, nous la retrouvons chez Jean-Marc Eyssalet (Le secret de la Maison des Ancêtres), quand il nous parle de la mise en place de la tactilité et de l’écoute. Il nous dit en effet que le revêtement cutané tout entier est écoute. Le musicothérapeute A. Tomatis avait déjà découvert que la peau est en effet un morceau d’oreille, et pas le contraire.

Et donc, ‘les sons, les vibrations de l’air représenteraient des modalités particulières de la tactilité : les sensations tactiles, le contact des êtres et des objets, les rayons solaires, lunaires et stellaires, les messages profonds nous renseignant sur notre position spatiale ou l’état dynamique de nos viscères seraient des modalités particulières du monde sonore et vibratoire’.

Ainsi, pour l’écoute comme pour la tactilité, le dénominateur commun est SHEN, avec comme organe subtil de référence le Cœur, que l’on traduit aussi par Conscience.

La perception par la peau, niveau subtil du toucher, est clairement quelque chose que nous pratiquons et affinons toute notre vie. Tomatis avait d’ailleurs trouvé qu’une des zones les plus favorables à la réception sonique est la pince pouce-index de la main droite.

Masunaga
(Shiatsu et Médecine Orientale) nous dit que Setsushin (toucher pour décider du traitement) est un dialogue entre deux peaux qui se touchent. Il doit y avoir entre le thérapeute et le patient une relation de cœur à cœur. Et il ajoute ‘De même que c’est dans l’union sexuelle que réside ce qu’il y a de plus fondamental dans l’amour humain, ce qui se transmet dans le contact mutuel des peaux, c’est la forme première, la plus élémentaire de l’amour’. Nous sommes dans le domaine du Cœur, de la Conscience, de la sexualité, de l’amour… sphère – Une - du sacré, finalement.

Le message de la résurrection va sans doute encore un pas plus loin, puisque c’est toute la peau, à travers son écoute, qui nous met en contact avec les réalités subtiles de l’Univers, parmi lesquelles un corps ‘ressuscité’.


Peut-on dire que Marie-Madeleine avait Jésus dans la peau ? Et, de votre ressenti, est-ce possible lors d’une relation intime, ou lors de toute étreinte ? Ou en dehors d’une étreinte ? Toucher, être touché, sans passer par le sens commun du toucher.

En quelque sorte, la peau fonctionne comme la surface de la planète Terre, réceptive aux énergies subtiles, et créant sous sa surface de multiples mouvements qui ne remontent pas toujours à la conscience. Pâques se situe à l’exacte rencontre du corps-esprit, toutefois encore dans la dimension Terre. 

Ce qui n’arrive pas tous les jours. Il semblerait bien que Jésus, par une sorte d’achèvement spirituel non réédité à ce jour, ait pu réaliser cette condition. Que l’on pense aux 36 niveaux énergétiques que les systèmes tantriques shivaïtes appellent ‘tattva’ et qui répartissent le cosmos entre Shiva, les plans de conscience humains, les sens et la matière la plus grossière. Il est donc ‘monté’ très haut, tout en restant perceptible par la Conscience à travers la peau. On parle du mystère pascal… en effet.


La résurrection du corps, c’est pour nous ?


Pour revenir à notre schéma, il y a  donc bien déplacement sur l’axe vertical et nous voici, clairement, au centre, avec l’accès à la fois au Ciel et à la Terre et quelque chose qui participe des deux.

La question subsidiaire est de savoir si nous pouvons faire la même chose.

  • Nous avons parlé des réanimés dont la vie est transformée suite à une expérience spirituelle, mais qui finissent par mourir ‘définitivement’.
  • Il y a  toutes ces histoires de revenants, énergies psychiques et émotionnelles qui ne veulent ou ne peuvent pas partir, perceptibles ou non aux sens.

  • Nous pourrions parler de nombreux saints avec une pratique spirituelle forte et qui continuent, après leur mort, à agir dans ce monde et dont le corps est incorruptible, mais pas vivant. Didier Van Cauwelaert dans son livre ‘L’insolence des miracles’ documente de nombreux cas, dont Saint-Charbel ou le Padre Pio.

Ce corps incorruptible existe d’ailleurs également chez des ascètes bouddhistes, qui, même mort, restent en méditation, ou s’éclipsent en ‘corps d’arc-en-ciel’.

Mais la résurrection, c’est encore autre chose. Cela pour dire qu’il reste beaucoup de choses à explorer quant aux niveaux énergétiques atteignables par le corps et que celui-ci est bien plus qu’un sac d’organes voué à la putréfaction. Aussi, mais pas seulement.

La théologie des Corps Glorieux


Pour les catholiques, il y a la théologie des Corps Glorieux, forme qui nous est promise à nous humains et répétée à chaque Credo sans qu’on y pense (« Je crois à la résurrection des corps »). Mais cela n’aura pas lieu dans ce monde comme pour Jésus, seulement au jugement dernier.

La théologie des Corps Glorieux annonce en quelque sorte l’existence d’un corps à la fois humain et divin, immortel, lumineux, sans souffrance. Parmi ses qualités, joie et clarté, force et agilité… telles que magistralement et musicalement illustrées par Olivier Messiaen dans son recueil ‘Les Corps Glorieux’.

Ecoutez : Messiaen : Joie et clarté des Corps Glorieux





Attention qu’il ne s’agit pas d’une tentative transhumaniste d’immortalité du corps actuel comme la rêvent, paraît-il, les pontes de la Silicon Valley, mais d’une transmutation, une transfiguration de la matière en lumière, tout en restant matière. Il y a ici aussi beaucoup d’analogies dans d’autres traditions, l’alchimie, les religions de l’Inde, le bouddhisme tibétain avec des pratiques permettant d’atteindre des niveaux vibratoires tels que la lumière passe à travers la matière.

Alors, plus tard, ou maintenant, et comment ? Jésus semble bien le seul à être revenu sous une forme tangible et animée. D’autres ont atteint d’autres états. Pour moi, ceci montre, simplement, la réalité du corps-esprit et la possibilité, sans pour autant devenir des ‘illuminés’ de contacter  par le toucher / par la peau des niveaux subtils de la réalité qui nous ramènent, finalement, à la prescience de l’axe Ciel/Terre, de niveaux vibratoires puissants et nous rapprochent, en remontant le flux du ki, comme le dit Echart Tolle, du Non-Manifesté. C’est une expérience très joyeuse, à approfondir sans cesse.

Peut-être qu’en élevant le niveau vibratoire de notre corps, en contactant la jubilation des cellules qui se sentent pleinement vivantes, nous réveillons en nous la Sôteria, la Grande Santé, celle du corps-esprit. Le mot Sôter étant d’ailleurs aussi appliqué à Jésus sous la traduction de Sauveur : Iesus Christos Theou Uios Sôter. La boucle est bouclée.

Vous connaissez une pratique qui fait ça ? Moi, oui. 

L’Eau, le baptême


Reprenons notre schéma.

Si nous descendons maintenant l’axe vertical selon la compréhension orientale, nous trouvons l’Eau, ce qui immanquablement fait penser au baptême. Il faut en effet passer par l’Eau pour rentrer dans le monde chrétien et donc dans la sphère spirituelle qui propose ce modèle de compréhension de la Vie et de l’Univers. Le mouvement s’amorce donc bien par le bas et monte selon l’axe vertical. Tout en bas, on pourrait placer Noël et on connaît bien la proximité de cette fête avec le solstice d’hiver, la fête du sol invictus chez les Romains.

Retour de la lumière invaincue, début de la vie, point le plus bas du Yin qui repart vers le Yang. C’est cohérent.

Dans l’année liturgique, nous avons en effet : Noël, suivi du baptême, puis du carême (période non pas de privation mais d’économie et d’optimisation des ressources), et enfin  le renouveau de Pâques, transmutant la condition humaine pour bondir ensuite vers  le Ciel.

Le Feu, Ascension et Pentecôte


De toute évidence, ce mouvement est symbolisé par l’Ascension, 40 jours après la Résurrection, comme si ce corps transmuté ne pouvait éternellement rester dans cette dimension.

A noter que, dans un premier temps, Jésus interdit à Marie-Madeleine de le toucher, comme si ce corps magnifié n’était pas encore totalement accessible au sens du toucher, visible, audible, comme un hologramme, pas encore totalement  incorporé, imprimé en 3D. Ce n’est qu’après que Saint-Thomas pourra glisser sa main dans le flanc de Jésus, pleinement matérialisé à ce moment.

Dans l’Evangile de Marie, Jésus dit ‘Ne me retiens pas’. C’est plus intéressant, comme si la perception du corps ressuscité ne pouvait être figée et que cet état même est mouvement. En effet, comme un flash, cet état ne dure que 40 jours, de même que le Carême dure exactement 40 jours avant Pâques. Il y a là une analogie symbolique avec d’autres traditions.

Ainsi, les Orthodoxes, considèrent que l’âme d’un défunt met 40 jours à cheminer vers Dieu, avec une commémoration spéciale à ce moment. En cela, ils sont semblables aux Shintoïstes et aux Bouddhistes, qui voient une période de 49 jours avant que l’âme ne quitte la dimension terrestre. Dans tous les cas, il faut des cérémonies à des moments précis pour aider ce passage.

Dans le cas de Jésus, ce mouvement ascendant est on ne peut plus explicite, puisqu’il s’élève ‘corps et âme’ en direction du Ciel, sous les yeux médusés de ses disciples.

Mais tout mouvement ascendant amène un mouvement descendant, qui aura lieu 10 jours plus tard à la Pentecôte (le mot voulant dire cinquante). Là, c’est l’Esprit-Saint, 3ème personne de la Trinité, interrelation active et immatérielle du Père et du Fils, qui descend sur les apôtres sous la forme de… langues de feu, avec pour effet une sorte d’Eveil, puisqu’ils n’ont plus peur, parlent plusieurs langues et sortent annoncer la Bonne Nouvelle.  Phénomène d’expansion et de redistribution, à l’opposé exact du point le plus bas, mais dirigé vers le point le plus bas. L’énergie est celle du Feu, ce qui ne nous surprend pas à cet endroit.

On pourrait dire également, ce qui n’est pas propre au christianisme uniquement, qu’il s’agit de la descente de la grâce, cet éclair de compréhension profonde au niveau du Cœur et qui balaie d’un coup toutes les barrières, les séparations, les limitations.

On peut donc lire une partie de la théologie chrétienne sur cet axe vertical, ce qui ramène le christianisme parmi d’autres traditions en apparence très éloignées et avec lesquelles il a certainement voulu prendre ses distances, en partie de par son caractère monothéiste, se proclamant la seule religion valable (un seul Seigneur, une seule Foi, un seul baptême). On a vu les dérives que cette attitude a données au cours de l’Histoire.

A notre époque où les églises sont vides, c’est qu’on a perdu le sens profond et qu’il est temps, non pas de moderniser encore, mais de désencombrer le christianisme de tout le fatras dogmatique, moral, social, décalé, désacralisé et déprimant qu’il a accumulé avec le temps. Bref sortir de son splendide isolement, remettre du sens, du ressenti, des rituels et du sacré pour ranimer précisément la flamme : le corps-esprit.

Le déplacement vertical Terre /Ciel n’est pas propre à l’Orient, ni au christianisme.  On décèle le même mouvement de fond dans beaucoup de traditions, religieuses ou non.  

Si nous considérons le tantrisme, par exemple, nous pourrions décrire un processus semblable avec la montée de Kundalini qui, selon André Padoux est la montée de l’énergie divine endormie dans le corps. Et nous pourrions faire une description analogue sur le même diagramme avec les solides de Platon.

Plus prosaïquement, je vois le ShaoYin, la couche la plus profonde et la plus décisive du processus humain, où l’apparent grand écart entre l’énergie des Reins et le Cœur se résorbe au plus profond de l’individu. Si les Reins tirent vers le bas et le Cœur monte, ça explose : désintégration. Si les Reins ‘montent’ (désir, naissance, élan, Noël) et le Cœur ‘descend’ (le Feu réchauffe l’Eau, rayonnement tous azimuts, Pentecôte), l’individu est parfaitement dans son axe vital et à même de contacter et d’innerver toutes les couches. La rencontre entre Jing et Shen manifeste la vitalité du Ki.



Que faire de tout cela ?


Voyant ce fond commun  y a-t-il un message un message pour nous ?

  • Constatons que les humains ont toujours eu le pressentiment de ces processus à l’œuvre dans l’Univers et en eux et qu’ils ont tenté de les formaliser selon leurs compréhensions, leurs langages, leur ‘Weltanschauung’, leurs cultures, leurs environnements… Ici rien ne s’oppose, un œcuménisme s’imposerait plus tôt au sens où nous avons tous cela en commun.

  • Quelle que soit la Tradition invoquée, portons simplement le regard sur le monde pour voir ‘Musubi’, comme le décrivent les Japonais, le processus de régénération permanente de la Vie sous toutes ses formes, qui est cyclique, périodique et qui passera ultimement par ‘Mors et Resurrectio’, ce que certains formulent comme ‘sortir dans la Vie’ (et non pas  ‘entrer dans la Mort’).
  • Considérons les différents aspects de cette énergie vitale en nous, du plus dense au plus subtil et la possibilité de transmuter/transcender/ressentir/expérimenter en nous déplaçant sur cet axe vertical sans jamais perdre le centre.
  • Recontactons sans cesse le corps-esprit indissoluble, ce que la Tradition hermétique formule par ‘Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas’, car il faut bien distinguer ‘pour des raisons pédagogiques’, comme dit Eric Baret.

Âme spirituelle, âme corporelle


Pour terminer, revenons au diagramme, vous remarquerez que je n’ai rien posé sur l’axe horizontal, alors que le schéma oriental y place des éléments.

J’y placerais précisément deux mouvements, correspondant à ce que les Orientaux appellent le Hun l’âme spirituelle et le Po l’âme corporelle.

La première veut s’élever et nous amène vers le Ciel.
La seconde veut descendre et nous tire vers la Terre.

Ce sont les deux aspirations de l’humain, à la fois Fils du Ciel et gardien de la Terre. La Vie consiste à garder l’équilibre entre les deux, en profitant pleinement des deux. Monter et donc descendre, descendre et donc monter. Expérimenter à travers nos 5 sens, ce que les purs esprits sont incapables de faire. Ce qui donne une joie profonde.

Dans ma pratique, cela s’appelle la jouissance du toucher, le bonheur d’être ici sur Terre, de pressentir tant de choses, de les partager, de me sentir à ma place entre Ciel et Terre, avec de temps en temps, ce que Messiaen appelle des ‘Eclairs sur l’Au-Delà’.


 

Joie du Ciel, jouissance de la Terre.

A la mort, tout cela se dénoue, le Hun part vers le Ciel, le Po revient à la Terre. Mais là, il n’y a plus personne pour en parler.

Joyeuse fête de la lumière, quelles que soient vos croyances.


Haec Dies quam fecit Dominus, exultemus et laetemur in ea.

Ecoutez : la version ancienne, en chant vieux-romain, du Haec Dies.