Mois de juillet très sec, presque pas de pluie, les prés tout jaunes, beaucoup
d’incendies de forêt dans certaines régions… Au retour de vacances, le long des
routes, à certains endroits, une désolation desséchée. Je n’aime pas voir la
Nature dans cet état.
Année du Cheval de Feu, on vous avait prévenus, les astrologues de tout poil
triomphent ! Les gens s’agitent veulent comprendre, cherchent des
coupables. Le réchauffement climatique ! Les forestiers ! les
agriculteurs ! Les pyromanes ! Le gouvernement !
Un peu de tout ! Peut-être en effet un peu de tout à la fois, mais nous
savons bien qu’il faut toujours balayer devant notre porte avant de chercher
fiévreusement des coupables à l’extérieur.
Quoi ? Qu’est-ce que moi j’ai à voir avec le temps qu’il fait ?
Voici ce qui m’est venu lors de ma dernière nuit de vacances, sur le
retour, au
Mont Sainte-Odile (Alsace) – lieu sacré et tellurique depuis bien
longtemps.
Cette phrase : Qui prie encore pour la pluie ?
Rappelons que la philosophie orientale dans laquelle s’enracine la médecine où
le Shiatsu plonge des racines profondes est une
philosophie de paysans.
Des gens dont la lignée, de toute mémoire, a toujours habité au même endroit,
travaillé le même lopin de terre et observé et suivi le mouvement des saisons.
Ces gens vous diraient que, régulièrement, il ne pleut pas assez, ou il pleut
trop. Cela varie d’une année à l’autre et c’est bien pour cela que
les énergies
climatiques décrites sont : chaleur, sécheresse, temps orageux, froid,
humidité et vent. Ces énergies sont, soit dominantes, soit se combinent. Elles
ont évidemment une influence sur la Nature, en ce compris l’être humain. Tout
cela est décrit dans le Traité des Atteintes par le Froid et se retrouve dans
l’approche des grands méridiens.
Nous ne sommes pas séparés : le Ciel
commande.
Quoi qu’on en pense actuellement avec nos délires prométhéens, il n’est pas
vraiment possible ni souhaitable ni efficace d’influer par des moyens
technologiques (scientifiques) sur le climat. Les seuls décideurs sont le Ciel
et la Terre, l’histoire de la planète le démontre largement. Il est préférable
de s’adapter, quand c’est possible ou de tenter de contrebalancer (nous dirions
en Shiatsu
rééquilibrer) ces énergies par une réaction appropriée,
individuelle ou collective.
La piété occidentale oubliée
Je me suis souvenu qu’il n’y a pas si longtemps,
en Europe comme ailleurs, le
paysan priait pour la pluie.
Le paysan priait d’ailleurs, dans le meilleur des cas, trois fois par jour,
lorsque
l’Angelus sonnait au clocher du village, à 7h, 12h et 19h. Pas
mal d’églises sonnent d’ailleurs toujours l’Angelus à ces heures, 3x3 coups de
cloche, suivis d’une volée. Si vous habitez près d’une telle église, vous avez
de la chance. L’idée était d’arrêter ses activités quelques instants pour
prier. La prière de l’Angelus rappelait la conception de Jésus et sa venue sur
Terre. Le peintre Millet a immortalisé ce moment dans un célèbre tableau. Un
court moment spirituel, une brève prière,
une connexion fugace avec le Ciel
au milieu du travail de la Terre. Un moment de verticalité, de louange, de
remerciement, de demande peut-être. Etrange idée ? Pas tant que cela. De
nos jours, dans leur Tradition, les musulmans s’interrompent toujours quelques
fois par jour pour prier.
Il y avait également
les 3 journées des Rogations, précédant
l’Ascension, pendant lesquelles les fidèles partaient en procession dans les
champs, derrière le curé, les effigies et les reliques locales, afin de prier
pour de belles moissons. Cette coutume
remonte au Ve siècle, et il s’agissait de la christianisation de rituels de
fécondité bien plus anciens adressés aux esprits de la fertilité, pour implorer
la pluie, le soleil, le mûrissement, l’absence de maladies. Rogation vient du
latin ‘rogare’, demander et fait écho à la parole du Christ :
demandez, et
vous recevrez.
Histoire ancienne ? Pas tant que cela. Mes parents me parlaient de cette
fête, toujours célébrée dans nos campagnes jusqu’à la moitie du XXème siècle
environ et il semble que cette coutume existe encore ou reprenne en certains
endroits.
Superstitions ? Vieilleries ? La météo était-elle plus
clémente ces années-là ? Sans doute que non, il y a toujours eu des années
de sécheresse et des années d’inondations, rien d’étonnant dans un cycle
naturel (Un Yin, un Yang…) Mais
la relation, le rapport que l’on avait à ces
événements extérieurs étaient différents.
Ces cinquante dernières années, nous sommes passés par une sécularisation (de
la société et même de la religion, de l’Eglise) qui nous a menés là où nous
sommes : dans l’agitation résultant de la perte de la verticalité.
J’évoque toujours de préférence nos traditions occidentales, car on aurait
tendance à opposer l’Occident éclairé au reste du monde ‘obscurantiste’. Ce
n’est pas le cas. Ici comme ailleurs, on a prié pour la pluie et pour la
fertilité depuis des temps immémoriaux.
Le chamane sibérien qui fit pleuvoir toute l'année 1997
Et cela marche toujours ! Je ne peux résister au plaisir de vous
citer cet extrait du livre consacré au ‘Cercle des Anciens’, une réunion de
chamanes de tous pays à l’initiative du Lama français Denys Teundroup Rinpoché en 1997 et en présence du Dalai Lama, s'il vous plaît !
‘Quand Fallyk Kantchyyr-Ool arriva à Karma Ling , plusieurs personnes
parlèrent au chamane de Touva de la sécheresse qui sévissait en France et lui
demandèrent, mi-hésitants mi-sérieux, de faire pleuvoir sur le pays. La
météorologie nationale annonçait que, si la situation persistait, nous
subirions une année de sécheresse pire qu’en 1976. Chamanic fiction ? Le
lendemain de son arrivée, le 24 avril 1997, Fallyk Kantchyyr-Ool, récemment élu
président de la Fédération des chamanes de la plus ancienne région chamanique
d’Asie, célébra, en présence de quelques rares témoins, dans la forêt
savoyarde, un rituel destiné à appeler la pluie sur notre pays.
Coïncidence ? A partir du lendemain, à peu d’éclaircies près, il allait
pleuvoir sur la France pendant des semaines, au point que plusieurs régions
furent d’ailleurs dangereusement inondées. Si bien qu’au bout de 48 heures de
déluge, plusieurs personnes allèrent demander au chamane d’avoir la gentillesse
de procéder au rituel inverse – ce qu’il promit plusieurs fois, mais sans
effet. Cela pourrait facilement se comprendre : on raconte que , pour
parvenir à influer ainsi sur les éléments, un chamane se met littéralement ‘à
leur place’, par exemple à la place de la terre sèche qui a soif. Si donc Fallyk Kantchyyr-Ool s’est mis à la
place de la terre qui avait soif et s’il a réellement souffert avec elle,
comment aurait-il pu vraiment vouloir stopper la pluie au bout de 48 heures,
simplement parce qu’un groupe de ‘touristes chamaniques’ désiraient maintenant
se faire bronzer ?’
Ainsi, un chamane sibérien a sauvé le temps chez nous en 1997. Histoire vraie
ou fausse ? On peut toujours aller demander à Lama Denys. On peut aussi, à
l’orientale, ne pas se préoccuper de la véracité historique de l’histoire pour
en
intégrer le sens et la leçon.
Les chamanes orientaux avaient constaté la difficulté de contacter les esprits
de la Terre et du Ciel dans nos pays, car, disaient-ils, ces énergies sont
assoupies,
plus personne ne travaille avec elles. Cela se remarque a contrario au Japon, où les
temples Shintô, visités quotidiennement par les fidèles, dégagent une énergie
bien présente et vivante.
Question d'avoir la Foi
Et donc, la phrase qui m’est venue au Mont Sainte-Odile est très
pertinente :
Qui prie encore pour la pluie ?
Là-bas, contre toute attente, quelques gouttes de pluie sont venues parsemer la
promenade du matin. J’ai remercié ces quelques gouttes pour les petits oiseaux
assoiffés. Et rentré à la maison, deux splendides orages sont venus abreuver abondamment
le jardin qui résistait tant bien que mal à la sécheresse.
Hasard ? Clin d’oeil ?
Bien sûr que ‘je’ n’a pas fait pleuvoir.
Mais ‘la foi qui soulève les montagnes’, c’est cela, le fait de
tenter de se
relier ne fût-ce qu’un bref instant au sacré, càd : au mouvement profond
du Ki dans l’Univers, en sentant ses déséquilibres.
Face au climat, la lutte est inégale et nous perdrons toujours. Le seul mot
‘lutte’ implique la défaite. Il ne s’agit pas de lutter, mais d’accompagner, de faciliter,
d’influer /influencer.
Sur le plan sociétal, revoir les modèles et surtout
pratiquer la prévention et en matière de climat, écouter les vrais experts,
ceux du terrain qui à leur niveau appliquent déjà des solutions, les
descendants lointains des ancêtres qui observent les cycles naturels.
Sur le plan individuel, il me semble que chacun a une part à offrir.
L’Homme entre Ciel et Terre si cher à notre réflexion n’est pas un concept, il
est à mettre en œuvre, càd : la capacité à comprendre, décoder les lois du
Ciel et nous harmoniser, et la capacité à prendre soin de la Terre sous nos
pieds conformément à ces lois. Le trait d’union et le ressenti profond de ces
deux plans est en nous.
Question d’attention : la réalité est celle de nos campagnes
proches et des cycles naturels, qui permet de nous nourrir correctement. Pas
celle anxiogène des réseaux virtuels qui sous prétexte d’être connectés nous
déconnectent de la Vie.
Question d’attitude : plutôt que d’acheter un airco(n), comment
puis-je contribuer, par mon attitude intérieure à réconcilier, rapprocher le
Ciel et la Terre en moi et donc ensuite dans le monde ? Connecter
l’Eau de la Terre et l’Eau du Ciel, leur permettre de se réunir, de se
rejoindre… Garder la tête froide et non surchauffée par
la friction permanente d’un carrousel ininterrompu de pensées.
L’histoire du chamane sibérien donne la réponse sur ce plan : être
capable d’empathie, de ressenti profond, de se mettre à la place de la Nature
en souffrance.

Enfin, reconsidérons le Darwinisme et, à l’image de la Nature,
réveillons
les collaborations :
ne pas
oublier la puissance du collectif. Je lisais un appel aux coupeurs de feu,
susceptibles d’arrêter un incendie. Pourquoi pas un appel aux faiseurs de
pluie ? On sait que quand des humains se focalisent vers un même objectif,
un égrégore peut se créer avec des conséquences concrètes. C’est au fond
revenir à la puissance de la prière. Et si cela ne fait pas de bien, cela ne
fait pas de tort….
J’ai ainsi dans mon jardin
une pierre dite manale, qu’on arrose pour appeler la pluie, à l’image
de celle, célèbre, de la
fontaine de Barenton en Brocéliande. Tout dépend de
l’état d’esprit dans lequel je l’arrose…
Redevenir des créateurs de ponts
Il y a a la Foi, qui soulève les montagnes (essayez) et
il y a les
rituels, individuels et collectifs,
les moments de reliance,
d’attention, de présence.
Pas question de nous prendre pour des chamanes, mais bien plutôt
d’agir comme
des Pontifes, au sens
où René Guénon l’explique dans ‘La Grande
Triade’ : pontife signifie étymologiquement créateur de ponts.
- Créateur de ponts, entre le Ciel et la Terre
- Créateur de canaux pour que l’Eau rafraîchisse le Feu quand il y a trop de Feu
et que le Feu réchauffe l’eau quand il y a trop d’eau
Pour que les règnes animaux, végétaux et humains prospèrent en bonne synergie.
Nous n’avons qu’une maison.
Alors, qui prie encore pour la pluie, sinon vous et moi, maintenant ? Priez qui vous voulez, en qui vous croyez ou
la Terre, la Nature, simplement. Nul besoin de personnifier. Dans le tantrisme,
‘Je’ contient tout l’Univers, pas le contraire.
En toute humilité : car si tout cela, au final, passera, la Grande
Nature, elle, ne passera pas, en tout cas dans un temps mesurable à notre
échelle.
Axe
vertical, connexion Ciel Terre, l’Homme entre Ciel et Terre, suivre les lois du
Ciel et organiser la Terre, matière et esprit, pragmatisme et spiritualité,
observation de la Nature, force de l’intention, responsabilité individuelle, humilité de la juste place…
Comme
tout cela ressemble étonnamment, n’est-ce pas, à la réflexion et à la pratique
du Shiatsu qui, décidément, est au coeur même du mouvement naturel de la Vie…