Saturday, 24 November 2018

Le Shiatsu, au service du Vivant


Dans la vidéo ci-jointe, réalisée avec la participation exceptionnelle de mon chienchien Manatsu (Tosa Inu, japonais lui aussi), je réponds brièvement aux réflexions que l’on entend à l’occasion lorsqu’on parle de shiatsu. 

Votre interlocuteur est en effet persuadé que le shiatsu n’est pas pour lui, mais pour les autres, c-à-d diverses catégories de personnes auxquelles il ou elle n’appartient en aucun cas.



Or, le shiatsu, d’après ce que je constate tous les jours, a vocation d’universalité et s’adresse véritablement au vivant sous toutes ses formes, sans aucune distinction.
Nous avons déjà dit lors d’articles précédents que toute explication ou justification ne peut rendre véritablement ce qu’est le shiatsu et que seul le ressenti de la personne qui le reçoit (et qui le donne) peut offrir une compréhension profonde. 
Comme le dit Eric Baret (« Le Sacre du Dragon Vert »), la pensée n’a pas de place dans la compréhension. Etre Compréhension n’est pas lié à la pensée, c’est une émotion fondamentale.

Point n’est besoin effectivement de savoir ce que c’est pour en bénéficier. 

Ainsi, je laisse tranquillement certains clients ou clientes âgés écorcher le mot « shiatsu » en quelque chose de très approximatif, ou ne reprend nullement ceux qui restent absolument persuadés que c’est Chinois. L’important, c’est le ressenti, et que cela leur fasse du bien. Ce sur quoi ils sont tous d’accord.

Humains et animaux


On remarque quand même un certain intérêt, actuellement, pour le shiatsu. On en parle plus, des articles et des films paraissent… Notre art s’insère dans des programmes de bien-être, de revalidation, d’accompagnement, jusqu’en milieu hospitalier.


C’est qu’on peut effectivement le pratiquer en toutes circonstances et en tous lieux, dans différentes optiques,  et sur tous les êtres vivants, pas seulement les humains.

Toute une branche du shiatsu s’applique ainsi aux chevaux, animal, on le sait, particulièrement sensible en thérapie et possédant lui-même de fortes aptitudes thérapeutiques (hippothérapie). Les chiens y sont eux-mêmes sensibles. 

Un livre de ma collègue Sylvia Collins (Ecole de Shiatsu Canin Inu Ki) sortira d’ailleurs bientôt à ce sujet, à ma connaissance le premier en la matière. Les chiens peuvent eux-mêmes travailler en thérapeutes, comme en témoignent des expériences menées en maison de repos, avec des enfants, etc. 

Je ne pense pas qu’on puisse limiter la liste des animaux sensibles au shiatsu, car il s’agit bien de toucher bienveillant, et donc d’une communication qui s’établit entre le donneur et le receveur à un niveau où il n’est pas nécessaire de formuler. 

En pratiquant, on s’ouvre toujours plus à l’interrelation avec le vivant. Le fameux « spécisme », de plus en plus contesté, n’est pas d’application en shiatsu.

Nous, humains d’Occident, qui admirons particulièrement notre cerveau gauche hyper-développé, avons malheureusement une nette tendance à tout catégoriser, étiqueter, éplucher, définir (et donc exclure)… et c’est à mettre en veilleuse dès que nous pratiquons.

Il y a ainsi un relent idéologique ou un vague complexe de supériorité qui plane dans certaines couches de la société et selon lequel tous ces « trucs orientaux » ne marchent pas sur les Occidentaux qui ont de bien meilleures méthodes.

L’art du shiatsu est de fait profondément Japonais, et le cadre de réflexion derrière ainsi que la Weltanschauung, comme dit Jung, la conception du monde, sont éminemment Orientaux. Il n’est pas besoin d’étaler la chose quand on travaille, mais il n’est pas question non plus de sortir de ce cadre de référence, des symboles et des valeurs fondamentales qui le sous-tendent, sous peine de diluer, d’affadir, de mélanger. Mais évidemment notre pratique peut toujours venir enrichir le cadre, sans le remettre en question.

Je suis émerveillé de voir que les personnes réceptives à cet art très Japonais sont, elles, très diverses. Quartier Européen de Bruxelles favorisant, évidemment, j’ai déjà reçu des clients de tous les continents, pays et cultures : Belgique, France, Italie, Espagne, Portugal, Croatie, Lettonie, Lituanie, Estonie, Suède, Pologne, Angleterre, Irlande, Roumanie, Grèce, Tunisie, Algérie, Congo, Namibie, Etats-Unis, Japon, Ile Maurice, Brésil… C’est à chaque fois un tel enrichissement !

Ainsi, profondément Japonais dans sa conception et son approche, le shiatsu peut être simplement reçu et ressenti par tous les arrière-plans culturels du monde. Après tout, nous avons tous un corps, et, dès que le mental arrive à lâcher les éventuels a priori, tabous culturels liés au corps, il n’y a plus de problème. Les divisions, c’est le mental.

Une pratique sans âge


La distinction d’âge n’est pas pertinente non plus. La plage est plus large que celle ... du journal Tintin jadis ( de 7 à 77 ans). On ne travaillera évidemment pas les mêmes choses, ni avec la même durée ou de la même façon, mais enfants comme adultes ou personnes âgées aiment le shiatsu. Ainsi, récemment, un enfant de 11 ans qualifié de « remuant » est venu recevoir un shiatsu et est resté sans bouger un quart d’heure par la suite, au grand étonnement de sa maman. Il se sentait simplement détendu. Mon patient le plus âgé a 94 ans, mène une vie active et vient d’éliminer sans trop de mal un lymphome. Le plus pénible pour lui était de se rendre à l’hôpital pour ses traitements. Il a évidemment une excellente immunité à la base, mais il considère que pratiquer le shiatsu met toutes les chances de son côté.

On pourrait même aller ainsi jusqu’au bout de la vie… Favorisant la longévité heureuse, le shiatsu peut également permettre une belle mort, paisible, consécutive à la qualité de la vie qui a été menée. S’endormir pour ne plus se réveiller. Plusieurs praticiens de ma connaissance ont eu l’occasion de donner du shiatsu à des mourants et ont confirmé ses bienfaits pour aider au grand départ.

On peut toujours faire quelque chose


Peu importe également l’état dans lequel on se trouve quand on fait du shiatsu : bien ou pas bien physiquement ou mentalement, stressé ou pas… Quand on me demande « pouvez-vous m’aider ? » et que c’est un cas compliqué, ou que personne n’a pu aider jusque là, je réponds « on peut toujours faire quelque chose ».  Ce n’est pas de l’arrogance, ni une foi absolue en une quelconque pratique magique.

On fera toujours quelque chose, ne fût-ce qu’écouter avec le Cœur, poser les mains avec compassion, apaiser, détendre… On fera, sans attendre, ce qui viendra. Et peut-être qu’ainsi la personne se sentira mieux déjà, même temporairement, ou que le corps se rééquilibrera, ce qui entraînera d’autres changements. On ne sait pas toujours tout le bien que l’on peut faire. C’est pourquoi il faut faire.

Mes voisins européens affichent fièrement « nous travaillons ensemble pour les patients avec des maladies rares et complexes : 24 réseaux, 30 millions de patients, 8000 maladies, 900 équipes d’experts, 300 hôpitaux ! ».

Excellente chose de prendre le problème en mains ! Mais cela veut dire que chaque équipe d’experts va devoir analyser et trouver une solution pour une centaine de maladies rares et que chaque hôpital devra accueillir 100.000 patients. Je ne vois pas comment on va faire, et à quelle échéance, d’autant que les patients souffrent déjà maintenant.

Donc, si quelqu’un se présente avec une maladie rare, par exemple, pour laquelle il n’y a pas de traitement, je pourrai sans doute simplement, sans attendre, l’accompagner, l’écouter, le détendre, le prendre en charge…

C’est le cas également pour les maladies déjà bien connues et parfaitement traitées (sauf dans certains cas évidents décrits sur mon site). Et c’est le cas pour ceux qui n’ont « rien », mais souffrent quand même de leur vie, de circonstances difficiles, de pressions diverses, de perte de sens, d’envie, de motivation… Le shiatsu s’occupe de rétablir l’énergie, quelle que soit la cause de la coupure ou du déséquilibre. Et même si cette cause ne sera jamais identifiée. Il y a, sans doute aucun, complémentarité avec les efforts de la médecine.

Investir dans sa vie, la première priorité


Un collègue me faisait remarquer récemment que quelqu’un qui peut investir 600 EUR dans un smartphone (ou plus) peut bien investir 60 EUR dans une séance de shiatsu. Il est vrai que 10 heures de shiatsu feront plus de bien que quelques années de smartphone quotidien, au final. Mais sans doute ne peut-on plus se passer de smartphone et pense-t-on pouvoir reporter son bien-être.

Plutôt que de relancer un débat sans fin sur les moyens que l’on peut consacrer ou non à soi-même, considérons avec mon ancien professeur de Kyudo que le seul investissement rentable que l’on puisse faire, c’est d’investir dans sa vie. Là est le cœur. Cela permettra d’investir et de s’investir dans bien d’autres combats. Le shiatsu est une façon par excellence d’investir dans ce que nous avons de plus précieux : nous-mêmes.

Le praticien lui-même s’investit. Le shiatsu est très physique. Beaucoup ne ménagent ni leur temps ni leur efforts. Il est juste que la rémunération soit correcte.

Yin/Yang, si on veut faire une distinction


Il reste évidemment toujours cette vague idée condescendante comme quoi le shiatsu est un truc léger plutôt pour les femmes. Laissons tomber les clichés et passons au ressenti, sinon, on n’en sortira jamais.

Les femmes viennent plus nombreuses parce qu’elles sont généralement plus réceptives et plus attentives à leur bien-être que beaucoup d’hommes. Prendre soin de soi et donc des autres… (Dans cet ordre-là :c'est est important).  

La célèbre phrase de Namikoshi réfère d’ailleurs au cœur maternel « shiatsu no kokoro haha no gokoro, oseba inochi no izumi waku, hahaha » (« le cœur du shiatsu est le cœur maternel, si on pousse, on fait jaillir les sources de la vie, hahaha »). 

押指
せ圧
ばの
命心
泉母
湧の
く心



Le kanji « cœur » a quant à lui la forme d’un vase qui contient (entendu de Bernard Bouheret) : réceptivité, ouverture, accueil.

D’un point de vue shiatsu, il faudrait de toute façon arrêter de rentrer dans la différenciation homme/femme, et considérer que nous travaillons pour et avec des êtres humains. D’ailleurs, le kanji HITO, situé entre Ciel et Terre, n’implique aucune différenciation sexuelle et signifie « être humain ».


Il est difficile de ne pas rentrer dans la dualité, mais la seule qui nous concerne est le YinYang, pas le Yin et le Yang, ou le Yin ou le Yang, mais le YinYang, c’est-à-dire cette polarisation fluide d’une énergie unique qui n’est pas statique, en mouvement perpétuel, en nous à tous niveaux. Et donc tous les hommes ou les femmes sont YinYang, avec une part de Yin et de Yang différente et mouvante et lorsque nous travaillons, nous observons et nous rééquilibrons ces mouvements d’énergie.

S’il fallait vraiment se demander qui du Yin ou du Yang est apparu le premier, les textes sont formels : le Yin préexiste, la « faille Yin » apparaît et implique l’apparition du Yang. De même en séance, mieux vaut nourrir le Yin que de s’acharner sur le Yang. Et donc, sachant que, hommes ou femmes, nous sommes composés d’une proportion mouvante de Yin et de Yang, nous pouvons abandonner toute focalisation et tout amalgame. Et nous mettre véritablement au service du Vivant.

Shikantatsu, écrivais-je dans un article précédent. Seulement faire les pressions.

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