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Tuesday, 4 August 2026

Qui prie encore pour la pluie ?


Mois de juillet très sec, presque pas de pluie, les prés tout jaunes, beaucoup d’incendies de forêt dans certaines régions… Au retour de vacances, le long des routes, à certains endroits, une désolation desséchée. Je n’aime pas voir la Nature dans cet état.

Année du Cheval de Feu, on vous avait prévenus, les astrologues de tout poil triomphent ! Les gens s’agitent veulent comprendre, cherchent des coupables. Le réchauffement climatique ! Les forestiers ! les agriculteurs ! Les pyromanes ! Le gouvernement !

Un peu de tout ! Peut-être en effet un peu de tout à la fois, mais nous savons bien qu’il faut toujours balayer devant notre porte avant de chercher fiévreusement des coupables à l’extérieur.

Quoi ? Qu’est-ce que moi j’ai à voir avec le temps qu’il fait ?


Voici ce qui m’est venu lors de ma dernière nuit de vacances, sur le retour, au Mont Sainte-Odile (Alsace) – lieu sacré et tellurique depuis bien longtemps.

Cette phrase : Qui prie encore pour la pluie ?


Rappelons que la philosophie orientale dans laquelle s’enracine la médecine où le Shiatsu plonge des racines profondes est une philosophie de paysans. Des gens dont la lignée, de toute mémoire, a toujours habité au même endroit, travaillé le même lopin de terre et observé et suivi le mouvement des saisons.

Ces gens vous diraient que, régulièrement, il ne pleut pas assez, ou il pleut trop. Cela varie d’une année à l’autre et c’est bien pour cela que les énergies climatiques décrites sont : chaleur, sécheresse, temps orageux, froid, humidité et vent. Ces énergies sont, soit dominantes, soit se combinent. Elles ont évidemment une influence sur la Nature, en ce compris l’être humain. Tout cela est décrit dans le Traité des Atteintes par le Froid et se retrouve dans l’approche des grands méridiens. Nous ne sommes pas séparés : le Ciel commande.

Quoi qu’on en pense actuellement avec nos délires prométhéens, il n’est pas vraiment possible ni souhaitable ni efficace d’influer par des moyens technologiques (scientifiques) sur le climat. Les seuls décideurs sont le Ciel et la Terre, l’histoire de la planète le démontre largement. Il est préférable de s’adapter, quand c’est possible ou de tenter de contrebalancer (nous dirions en Shiatsu rééquilibrer) ces énergies par une réaction appropriée, individuelle ou collective.

La piété occidentale oubliée


Je me suis souvenu qu’il n’y a pas si longtemps, en Europe comme ailleurs, le paysan priait pour la pluie.

Le paysan priait d’ailleurs, dans le meilleur des cas, trois fois par jour, lorsque l’Angelus sonnait au clocher du village, à 7h, 12h et 19h. Pas mal d’églises sonnent d’ailleurs toujours l’Angelus à ces heures, 3x3 coups de cloche, suivis d’une volée. Si vous habitez près d’une telle église, vous avez de la chance. L’idée était d’arrêter ses activités quelques instants pour prier. La prière de l’Angelus rappelait la conception de Jésus et sa venue sur Terre. Le peintre Millet a immortalisé ce moment dans un célèbre tableau. Un court moment spirituel, une brève prière, une connexion fugace avec le Ciel au milieu du travail de la Terre. Un moment de verticalité, de louange, de remerciement, de demande peut-être. Etrange idée ? Pas tant que cela. De nos jours, dans leur Tradition, les musulmans s’interrompent toujours quelques fois par jour pour prier. 

Il y avait également les 3 journées des Rogations, précédant l’Ascension, pendant lesquelles les fidèles partaient en procession dans les champs, derrière le curé, les effigies et les reliques locales, afin de prier pour de belles moissons.  Cette coutume remonte au Ve siècle, et il s’agissait de la christianisation de rituels de fécondité bien plus anciens adressés aux esprits de la fertilité, pour implorer la pluie, le soleil, le mûrissement, l’absence de maladies. Rogation vient du latin ‘rogare’, demander et fait écho à la parole du Christ : demandez, et vous recevrez.

Histoire ancienne ? Pas tant que cela. Mes parents me parlaient de cette fête, toujours célébrée dans nos campagnes jusqu’à la moitie du XXème siècle environ et il semble que cette coutume existe encore ou reprenne en certains endroits.

Superstitions ? Vieilleries ? La météo était-elle plus clémente ces années-là ? Sans doute que non, il y a toujours eu des années de sécheresse et des années d’inondations, rien d’étonnant dans un cycle naturel (Un Yin, un Yang…) Mais la relation, le rapport que l’on avait à ces événements extérieurs étaient différents.

Ces cinquante dernières années, nous sommes passés par une sécularisation (de la société et même de la religion, de l’Eglise) qui nous a menés là où nous sommes : dans l’agitation résultant de la perte de la verticalité.

J’évoque toujours de préférence nos traditions occidentales, car on aurait tendance à opposer l’Occident éclairé au reste du monde ‘obscurantiste’. Ce n’est pas le cas. Ici comme ailleurs, on a prié pour la pluie et pour la fertilité depuis des temps immémoriaux.


Le chamane sibérien qui fit pleuvoir toute l'année 1997


Et cela marche toujours !
Je ne peux résister au plaisir de vous citer cet extrait du livre consacré au ‘Cercle des Anciens’, une réunion de chamanes de tous pays à l’initiative du Lama français  Denys Teundroup Rinpoché en 1997 et en présence du Dalai Lama, s'il vous plaît !

‘Quand Fallyk Kantchyyr-Ool arriva à Karma Ling , plusieurs personnes parlèrent au chamane de Touva de la sécheresse qui sévissait en France et lui demandèrent, mi-hésitants mi-sérieux, de faire pleuvoir sur le pays. La météorologie nationale annonçait que, si la situation persistait, nous subirions une année de sécheresse pire qu’en 1976. Chamanic fiction ? Le lendemain de son arrivée, le 24 avril 1997, Fallyk Kantchyyr-Ool, récemment élu président de la Fédération des chamanes de la plus ancienne région chamanique d’Asie, célébra, en présence de quelques rares témoins, dans la forêt savoyarde, un rituel destiné à appeler la pluie sur notre pays. Coïncidence ? A partir du lendemain, à peu d’éclaircies près, il allait pleuvoir sur la France pendant des semaines, au point que plusieurs régions furent d’ailleurs dangereusement inondées. Si bien qu’au bout de 48 heures de déluge, plusieurs personnes allèrent demander au chamane d’avoir la gentillesse de procéder au rituel inverse – ce qu’il promit plusieurs fois, mais sans effet. Cela pourrait facilement se comprendre : on raconte que , pour parvenir à influer ainsi sur les éléments, un chamane se met littéralement ‘à leur place’, par exemple à la place de la terre sèche qui a soif.  Si donc Fallyk Kantchyyr-Ool s’est mis à la place de la terre qui avait soif et s’il a réellement souffert avec elle, comment aurait-il pu vraiment vouloir stopper la pluie au bout de 48 heures, simplement parce qu’un groupe de ‘touristes chamaniques’ désiraient maintenant se faire bronzer ?’

Ainsi, un chamane sibérien a sauvé le temps chez nous en 1997. Histoire vraie ou fausse ? On peut toujours aller demander à Lama Denys. On peut aussi, à l’orientale, ne pas se préoccuper de la véracité historique de l’histoire pour en intégrer le sens et la leçon.

Les chamanes orientaux avaient constaté la difficulté de contacter les esprits de la Terre et du Ciel dans nos pays, car, disaient-ils, ces énergies sont assoupies, plus personne ne travaille avec elles.  Cela se remarque a contrario au Japon, où les temples Shintô, visités quotidiennement par les fidèles, dégagent une énergie bien présente et vivante.


Question d'avoir la Foi


Et donc, la phrase qui m’est venue au Mont Sainte-Odile est très pertinente : Qui prie encore pour la pluie ?

Là-bas, contre toute attente, quelques gouttes de pluie sont venues parsemer la promenade du matin. J’ai remercié ces quelques gouttes pour les petits oiseaux assoiffés. Et rentré à la maison, deux splendides orages sont venus abreuver abondamment le jardin qui résistait tant bien que mal à la sécheresse.

Hasard ? Clin d’oeil ? Bien sûr que ‘je’ n’a pas fait pleuvoir.

Mais ‘la foi qui soulève les montagnes’, c’est cela, le fait de tenter de se relier ne fût-ce qu’un bref instant au sacré, càd : au mouvement profond du Ki dans l’Univers, en sentant ses déséquilibres.

Face au climat, la lutte est inégale et nous perdrons toujours. Le seul mot ‘lutte’ implique la défaite. Il ne s’agit pas de  lutter, mais d’accompagner, de faciliter, d’influer /influencer.

Sur le plan sociétal, revoir les modèles et surtout pratiquer la prévention et en matière de climat, écouter les vrais experts, ceux du terrain qui à leur niveau appliquent déjà des solutions, les descendants lointains des ancêtres qui observent les cycles naturels.

Sur le plan individuel, il me semble que chacun a une part à offrir.

L’Homme entre Ciel et Terre si cher à notre réflexion n’est pas un concept, il est à mettre en œuvre, càd : la capacité à comprendre, décoder les lois du Ciel et nous harmoniser, et la capacité à prendre soin de la Terre sous nos pieds conformément à ces lois. Le trait d’union et le ressenti profond de ces deux plans est en nous.

Question d’attention : la réalité est celle de nos campagnes proches et des cycles naturels, qui permet de nous nourrir correctement. Pas celle anxiogène des réseaux virtuels qui sous prétexte d’être connectés nous déconnectent de la Vie.

Question d’attitude : plutôt que d’acheter un airco(n), comment puis-je contribuer, par mon attitude intérieure à réconcilier, rapprocher le Ciel et la Terre  en moi et donc ensuite dans le monde ? Connecter l’Eau de la Terre et l’Eau du Ciel, leur permettre de se réunir, de se rejoindre…   Garder la tête froide et non surchauffée par la friction permanente d’un carrousel ininterrompu de pensées.

L’histoire du chamane sibérien donne la réponse sur ce plan : être capable d’empathie, de ressenti profond, de se mettre à la place de la Nature en souffrance.

Enfin, reconsidérons le Darwinisme et, à l’image de la Nature, réveillons les collaborations :  ne pas oublier la puissance du collectif. Je lisais un appel aux coupeurs de feu, susceptibles d’arrêter un incendie. Pourquoi pas un appel aux faiseurs de pluie ? On sait que quand des humains se focalisent vers un même objectif, un égrégore peut se créer avec des conséquences concrètes. C’est au fond revenir à la puissance de la prière. Et si cela ne fait pas de bien, cela ne fait pas de tort….

J’ai ainsi dans mon jardin une pierre dite manale,  qu’on arrose pour appeler la pluie, à l’image de celle, célèbre, de la fontaine de Barenton en Brocéliande. Tout dépend de l’état d’esprit dans lequel je l’arrose…

Redevenir des créateurs de ponts


Il y a a la Foi, qui soulève les montagnes (essayez) et il y a les rituels, individuels et collectifs, les moments de reliance, d’attention, de présence


Pas question de nous prendre pour des chamanes, mais bien plutôt d’agir comme des Pontifes, au sens

où René Guénon l’explique dans ‘La Grande Triade’ : pontife signifie étymologiquement créateur de ponts.
  • Créateur de ponts, entre le Ciel et la Terre

  • Créateur de canaux pour que l’Eau rafraîchisse le Feu quand il y a trop de Feu et que le Feu réchauffe l’eau quand il y a trop d’eau
Pour que les règnes animaux, végétaux et humains prospèrent en bonne synergie. Nous n’avons qu’une maison.

Alors, qui prie encore pour la pluie, sinon vous et moi, maintenant ?  Priez qui vous voulez, en qui vous croyez ou la Terre, la Nature, simplement. Nul besoin de personnifier. Dans le tantrisme, ‘Je’ contient tout l’Univers, pas le contraire.

En toute humilité : car si tout cela, au final, passera, la Grande Nature, elle, ne passera pas, en tout cas dans un temps mesurable à notre échelle.

Axe vertical, connexion Ciel Terre, l’Homme entre Ciel et Terre, suivre les lois du Ciel et organiser la Terre, matière et esprit, pragmatisme et spiritualité, observation de la Nature, force de l’intention, responsabilité individuelle, humilité de la juste place…

Comme tout cela ressemble étonnamment, n’est-ce pas, à la réflexion et à la pratique du Shiatsu qui, décidément, est au coeur même du mouvement naturel de la Vie…



Saturday, 22 November 2025

On le voit bien avec le Coeur (3)

Une étymologie pratique du Coeur - Les points


Dans ce troisième article, allons au fond des choses avec l'étymologie de chaque point du Coeur.

Il n’y a que 9 points sur le méridien du Cœur, dont on nous dit qu’il est l’Empereur, ce qui ne signifie pas le personnage le plus important. 

L’Empereur, dans la conception orientale, est le centre creux, celui qui ne ‘fait rien’, qui accomplit les bons rites au bon moment de l’année pour assurer la prospérité. L’Empereur organe ne peut rayonner que si ses ministres (les autres organes) fonctionnent correctement. Inversement, son état rejaillit sur les autres organes. Sans lui, ils n’auraient pas de raison d’être. Il est celui qui ressent. Il est celui qui veille à ce que Terre, Humains et Ciel fonctionnent en harmonie et il est donc le grand lien, le grand harmonisateur, comme le montre le kanji pour ‘roi’ avec ses trois niveaux .

Le méridien comprend 9 points, mais ce n’est pas la peine de faire de la numérologie sur la numérotation des points d’un méridien. Cette numérotation est récente, elle date de l’époque maoïste et ne repose sur rien, à part définir un ordre de succession. Elle est une perte de sens, car recourir aux numéros nous prive de l’enseignement essentiel que recèle le nom des points et qui date, lui, de quelques milliers d’années. Faites donc l’effort de retenir quelques noms de points. Tout au plus pourrait-on remarquer le fait que 9 = le yang maximum, ce qui serait pertinent pour l’organe Cœur.

L’étymologie va, de nouveau, nous être précieuse.

Pour chaque point, je vous propose les kanji, les traductions et une réflexion sur la pratique qu’on peut y associer.

Le Cœur point par point


C1 極泉 KYOKUSEN

Traductions courantes : source du faîte, la source extrêmement importante, fontaine extrême


, poteau, climax, culmination, extrême zénith et 1048  (un nombre incommensurable). S’applique à la poutre faîtière d’un temple dont Cyril Javary nous dit qu’elle est le Taiji (même kanji, la grande poutre, 太極), c’est donc la poutre la plus élevée  qui soutient toute la construction, au point d’équilibre exact entre les deux versants du toit, un Yin, un Yang

est une cavité d’où sort de l’eau, une source, une fontaine, mais remarquez que le caractère contient le  signe ‘blanc’ . Quand l’eau est blanche, c’est qu’elle bouillonne, sort à grande pression.

Donc, ce lieu est à la fois très élevé, à la rencontre du YinYang et il en sort de l’eau (énergie vitale profonde) à haute pression.

C’est cohérent avec la physiologie (le point est au creux de l’aisselle), où en pressant on comprime l’artère axillaire, ce qui procure une grande détente très rapide.

Il y a d’ailleurs à cet endroit une technique de compression/relâchement/accompagnement du flux qui permet de libérer une grande quantité de Ki le long du méridien du Cœur (Ki/Ketsu étant indissolublement liés).

L’étymologie pointe en outre vers le fait que c’est une source (Eau) sur le départ du méridien du Feu Empereur, ce qui nous réconcilie l’Eau et le Feu, connecte le Rein et le Cœur et nous renvoie vers le grand méridien ShaoYin naturellement par un travail zonal

Vous pouvez en effet connecter sans faire le grand écart C1 Kyokusen et R27 Yufu (point d’arrivée du méridien du Rein), pour une puissante harmonisation du ShaoYin.

C2 青靈 SEIREI

Traduit par esprit vital, esprit bleu, esprit vert, immatériel de l’azur

 Bleu-vert printanier, mais aussi ‘un bleu’ (dans le sens immature)


 L’esprit Ling / REI, l’âme. Ce kanji doit nous mettre la puce à l’oreille puisqu’il y a 5 points qui le comprennent. Rei est en rapport avec ‘le Shen du Shen’,  la forme la plus subtile du Jing, la forme préexistant à la vie, la lignée, les ancêtres, il est l’énergie la plus subtile au sein du corps. Certains y voient une origine chamanique et je dirais qu’en un sens, les points REI réveillent la capacité de chacun de contacter le monde invisible, qui nous rapproche de l’origine de notre vie. Mais c’est bien plus vaste encore : le numineux.

Rien à voir en tout cas avec le Reiki qui s’écrit en katakana
レイキmais est peut être, par homophonie,  en rapport avec 霊気 pour dire ‘présence mystérieuse’.

A cet endroit, nous contactons donc l’énergie REI dans une forme encore jeune, immature, bien nichée au-dessus du coude dans une peau douce comme celle d’un bébé.  Chris Mc Alister, qui a mené une recherche sur les points Ling, décrit celui-ci comme ‘utile à la restauration d’un sens de puissance permettant un nouveau départ, une aide pour le patient à s’expérimenter comme une force effective dans le monde’.

On voit également dans le ‘bleu-vert’ un sens alchimique. C’est moins clair, sauf à vérifier par la pratique que l’énergie transmute à cet endroit, en un échange numen/nomen, esprit/incarnation.

En ce sens, SEIREI a sa place dans un kata rassemblant les 5 REI.


C3    SHÔKAI

Traduit par Mer du Shaoyin, Petite mer, Jeune mer.

 Petit, peu

 Mer, océan, les eaux

Pour une fois, la traduction ne laisse pas beaucoup d’interprétations possibles.

Notez que ce point porte exactement le même nom que celui de l’Intestin Grêle (IG8) situé juste derrière, côté Yang, réunissant par là les aspects YinYang des deux méridiens couplés.

Côté Poumon, à cet endroit, on évoque un marécage et tous les points situés dans le pli du coude sont des points Mer selon la représentation des Shu antiques. Nous sommes donc à un endroit où l’énergie particulièrement vaste s’enfonce dans la profondeur (pour les méridiens Yang) ou surgit à la surface en abondance (pour les méridiens Yin).

Il sera toujours opportun de connecter les points Mer avec les points Source des méridiens (au sens des points GEN , pas des Shu antiques) pour une circulation optimale dans le méridien, ici donc SHINMON.

La situation de SHÔKAI entre SEIREI C2 et REIDÔ C4 me fait penser à cette phrase de la Genèse où, avant la création, l’Esprit (Rei) de Dieu planait sur les eaux, indiquant ainsi que toute la zone est particulièrement propice à la reconnexion au mystère des origines de la Vie.
 

C4 靈 道 REIDÔ


Traduit par Voie de l’Eveil, Voie de l’Esprit, Route de l’Esprit.

C’est à nouveau un point REI.

 le même que dans SEIREI

 nous est bien connu comme étant la Voie, le Tao, la route, le chemin, le passage, la distance

Littéralement donc, ce qui mène au REI (voir plus haut). Clairement, le méridien du Cœur est l’illustration du fait que, par le toucher Shiatsu, nous pouvons atteindre aux niveaux spirituels, subtils du Ki en nous et, dans ce cas précis, travailler sur l’ancestralité.

Philippe Laurent mentionne que dans le Su Wen, ce point  ‘répand l’illumination des 5 Ki’, càd est capable de rallumer une personne éteinte émotionnellement.


C5 通里TSURI

Traduit par libre circulation interne, petite route qui traverse un hameau,  communication avec l’intérieur

 autorité, expert, connaisseur, compréhension, tact, pouvoirs magiques, surnaturels, passage à travers, trafic

ri (= unité de 50 habitations), voisinage, village, hameau, habitation des parents

Laurent nous dit que le premier kanji est à l’origine un vase servant à communiquer avec les ancêtres sous forme d’offrandes. Il y a donc connotation avec le point précédent, au demeurant très proche (1/2 cun).

Il s’agit d’autre part d’un point Raku (Luo), ce qui s’écrit comme ceci
, de la même façon que dans keiraku (méridien). Raku renvoie vers tout ce qui constitue une trame hors des 12 méridiens classiques (kei), à l’exception des Vaisseaux Curieux. 

D’autre part, ces points sont des points de communication avec le méridien couplé selon le systèmeYinYang, soit, ici, l’Intestin Grêle. Ils travaillent dans la profondeur (pour les affections chroniques) et la transversalité. Il entrent également dans la relation hôte/invité comme amplificateur du flux de Ki.

Maître Kawada nous disait que l’Intestin Grêle est le cerveau et la mémoire physiologique dans le ventre de la mère, avant la formation de la mémoire cérébrale, donc tout ce qui est en rapport avec l’intra-utérin, traumatique ou non.

De même que le point précédent est en rapport avec la lignée, on pourrait considérer que nous avons ici un accès aux mémoires précédant la naissance, en connexion avec WANKOTSU, os du poignet (IG4).


C6 陰郄 INGEKI

Traduit par Xi du ShaoYin, côté sombre de l’endroit ‘Xi’, Yin soudain, attaque soudaine du Yin, espace étroit du Yin, vallon du Yin, fissure yin


  il s’agit du Yin, avec diverses connotations comme ombre, derrière, autre face, arrière-plan, gloom (obscurité, tristesse, morosité), organes sexuels féminins, endroit caché, privé

crevasse, image de la terre cisaillée

C’est un point GEKI (Xi), dit ‘aigu’, image d’un trou profond au sein duquel se trouve la vie. Ce sont des points à action rapide, situés à des endroits de rassemblement du Ki et du Sang.

Nous avons donc un accès direct au Yin du Cœur. Le Yin nourrit, c’est le versant matériel, nous sommes en contact avec le Sang, or, sang de bonne qualité = esprit (Shin) clair et le méridien du Cœur travaille beaucoup les aspects du psychisme. Nous sommes également en rapport avec les aspects mystérieux et cachés.

Si l’on se réfère à l’étymologie de MONSHIN (questionner verbalement quelqu’un sur ce qu’il tient caché en son cœur), nous avons ici également un accès à ce qui ne se dit pas, sans qu’il soit précisément nécessaire de le dire.

C7 SHINMON



Traduit par Porte de l’Esprit, Porte du Cœur


traduit par Esprit divin, kami, fantastique…

traduit par porte, mais renvoie aussi à une branche d’apprentissage transmise par un Maître unique

Dans le cas du premier kanji, il faut comprendre ce qu’est ‘kami’. La première partie du signe est un autel que l’on dresse, la seconde est l’éclair, donc, un autel que l’on érige pour honorer un phénomène particulièrement puissant, lié à la frayeur sacrée que l’on peut ressentir. Ce concept de frayeur sacrée par rapport aux phénomènes (sur)naturels qui nous dépassent est au cœur du Shintô (la formule ‘kashikomi kashikomi mo maosu’). Le culte face à ces puissances consiste à ne pas déranger et rester à sa place.

‘Kami’ est spécifiquement japonais, le Shintô
神道, c'est la Voie des Kami

Maître Kawada remarque que Kami dans la compréhension japonaise est différent de la notion de Shen pour les Chinois, même si les deux mots s'écrivent de la même façon dans les deux langues. Les Chinois y voient une force de motivation, émanation du Ki nourricier. Les Japonais font référence à une force spirituelle qui peut diriger notre vie. Le Shiatsu étant japonais, j’opte pour cette compréhension.

Ce point est donc en rapport avec le monde surnaturel des kami, omniprésents au Japon, les forces, les puissances, les énergies, personnifiées ou non, immanentes ou rémanentes, du monde subtil, spirituel.

Shinmon Porte du kami (porte ouverte ou fermée), ou transmission du kami est donc bien un point de connexion à cette dimension-là. L’étincelle du divin en nous, également, reçue lors de la conception.

Shinmon est enfin le point Source du méridien, et donc particulièrement efficace pour ouvrir tout le trajet. On crée là un espace aux dimensions de l’Univers. Je termine parfois une séance par une harmonisation gauche/droite qui place tout le travail précédent dans cette perspective-là.

Quaternité des mondes subtils


Les quatre points précédents (
une quaternité, mot cher à Jung) sont pour moi liés de par leur proximité (difficile d’en travailler un sans en toucher un autre) et leur ordre de succession sur le méridien. La différence entre le Shiatsu et l’acupuncture va consister ici en ce balayage plus large, cette connexion possible par la présence des doigts plutôt que des aiguilles.

Ces 4 points constituent une zone d’accès aux aspects les plus subtils :


REIDÔ la lignée suivi de TSURI l’intra-utérin suivi de INGEKI les secrets du Cœur

suivi de SHINMON le monde des esprits.

C’est également quasiment la seule zone du corps (il y a également la VB sur la tête) où autant de points sont presque agglomérés à ½ pouce de distance chacun, dessinant comme une constellation alignée… et d’ailleurs, si vous regardez le poignet à cet endroit, vous voyez une ligne chez certaines personnes. La trace du divin et des mémoires inscrite dans le corps, dans l'ordre de l'incarnation ? Je vous laisse expérimenter.

Enfin, le Cœur Empereur est celui qui reçoit le Mandat Céleste, càd qu’il est choisi par le Ciel pour aligner rituellement les énergies du Ciel et de la Terre et assurer ainsi aux hommes un maximum de prospérité. Que tous ces accès soient sur le méridien de l’Empereur n’est pas un hasard.

Un peu de poésie dans l'interprétation de notre art ne saurait nuire, si on veut réenchanter la Vie et réjouir les gens...

C8 Shôfu


Traduit par Petit Palais, Palais secondaire, Palais du Shaoyin, jeunes entrailles, petite demeure


petit, peu

préfecture, centre, siège, entrepôt


Nous revoici dans le petit… Trois points du Cœur (sur les 9 !) contiennent en effet cette indication, avec Shôkai (C3) et le dernier (Shôshô C9).

L’association ici avec un siège du pouvoir temporel semble nous ramener vers une énergie matérielle et qui diminue lentement. On pourrait également penser avec Philippe Laurent que la signification pointe vers l’appartenance au Grand Méridien ‘Peu  de Yin’.

Je travaille systématiquement ce point avec le ‘Laogong’ (on dit  Rokiyu en japonais) qui est le MC 8, traduit unanimement par ‘Palais du Labeur’ et qui réfère précisément au travail manuel. Tout en étant un grand point énergétique. Orientalement logique.

C’est un autre aspect du Cœur Empereur de travailler avec le méridien parallèle du Ministre du Cœur, comme pour ancrer dans la matière une énergie subtile. Il en va là comme avec tout : on peut planer dans les mondes subtils, mais il faut encore manifester tout cela dans la matière. Ne pas oublier : nous sommes incarnés.

C9 少 衝 Shôshô


Traduit par ‘le battement disparaît’,  petit rush, jeune assaut, petit impact

petit, peu

point important d’une route, rôle important, opposition (y compris planétaire), collision, autoroute

A nouveau la qualification de ‘petit’ que l’on peut considérer de trois façons différentes :

  • Comme la fin du méridien où l’énergie se dissipe et sort
  • Comme le commencement selon le système des points Yu/Shu antiques
  • Comme un pivot vers le méridien couplé suivant de l’autre côté de l’ongle où, comme par hasard, le premier point de l'Intestin Grêle s’appele Shôtaku, petit marécage. On arrive petit, on repart petit.

Peut-être tout simplement faut-il voir que, nous situant sur le petit doigt, il ne pouvait y avoir à cet endroit de gros afflux d’énergie…

En résumé

Bien sûr, tous les points ne sont pas également importants, mais j’espère avoir démontré la pertinence de travailler avec l’étymologie, qui nous amène vers des réflexions, des analogies, des envies d'expérimenter.

Si vous avez l’impression de vous trouver face aux 12 travaux d’Hercule, sachez que le Shiatsu offre un vaste champ d’exploration et que l’esprit de recherche doit simplement accompagner chacun de vos pas

Où que vous soyez, il faut simplement avancer. En conservant Shôshin, encore un composé du Coeur Kokoro, 
初心, mal traduit (comme d’hab’) par l’esprit du débutant, étymologie : le ressenti profond des premiers instants.

Vous poursuivrez certains chemins toute votre vie et d’autres pas… Soyez curieux.

Selon les étapes que vous aurez atteintes, les personnes que vous serez capables d’aider se présenteront et ainsi votre pratique évoluera naturellement, en même temps que vous.

 A propos des traductions

Vous aurez remarqué la grande diversité de traductions possibles d’un seul idéogramme. Là où les langues indo-européennes définissent quelque chose d’analytique/dénotatif,  le chinois et à sa suite le japonais ouvre un champ analogique/connotatif.

Et donc, forcément, le traducteur, souvent, pose un choix, qui correspond à sa sensibilité, sa Weltanschauung ou, pire, à son idéologie.

La réalité est que, pour notre compréhension, il ne faudrait pas poser de choix. Toutes les connotations d’un idéogramme sont vraies.

Quand j’ai travaillé les hexagrammes du Yi Jing avec l’école Djôhi Belgique, nous nous amusions à juxtaposer toutes les traductions d’un même hexagramme. Aucune n’était la même, mais chacune venait enrichir la compréhension totale de l’hexagramme. Il fallait une dizaine de traductions pour bien voir toutes les facettes d’un même idéogramme.

Il en va de même pour les noms des points.

Je me suis limité ici à trois sources, mais il y en a bien d'autres.

  • Philippe Laurent (L’esprit des points) choisit le corps comme paysage et colle à l’anatomie
  • Omura, en bon Japonais, colle assez bien à une interprétation concrète et pragmatique de la vie courante
  • Tsubook suit d’assez près Kawada qui a une analyse plus intériorisée et plus libre.
Toutes ces traductions sont  fausses et justes. Il faudrait en juxtaposer bien d’autres pour avoir toutes les nuances et parfois, peut-être, une intuition que,
dans ce cas précis, c’est de cela qu’il s’agit. C’est ainsi que je fonctionne, différemment, dans chaque situation.

Au fond, la Vie ne se laisse pas enfermer dans des mots, et en Shiatsu, nous sentons son flux s'écouler.

Je vous laisse travailler.


Je transmets ces enseignements, et bien d'autres, avec la pratique correspondante, à l'école Ôdô Shiatsu en Belgique.




Wednesday, 19 November 2025

On le voit bien avec le Coeur (2)

 Une étymologie pratique du Coeur - L'organe



L’article précédent nous invitait à comprendre ce que l’on entend par ‘méridien du Cœur’. Dans celui-ci, nous allons préciser ce qu’en Orient, on entend par ‘Cœur’, car c'est cela que nous travaillons en Shiatsu.

Le Coeur occidental

Comme le dit Pierre Feuga dans son livre ‘Tantrisme’, « dans la conception populaire occidentale, le cœur est essentiellement le siège des sensations et des émotions, ou bien le siège des sentiments et des passions, devenant même parfois synonyme de bonté et de charité ». L’intelligence du cœur n’est qu’une faculté qui permet d’y voir plus clair et n’a rien de transcendant. On associe aussi l’amour avec le cœur et on nous dit de pratiquer avec amour.

Chez les Hindous (et, ajoute-t-il, nombre de spirituels occidentaux et orientaux), le cœur est avant tout « le siège de l’intuition intellectuelle, celle qui perçoit les essences, dévoile les symboles, pénètre le sens de la vie directement sans passer par l’analyse. Le chakra tantrique qui lui correspond est Anâhata, carrefour entre les énergies terrestres et célestes ».


Emotion, certes, mais pas émotivité
Ni sentiments ni passions
Ni bonté, ni charité, ni compassion

Quoi, alors ?

Le Cœur oriental

Le mot japonais pour le dire est ‘Kokoro’, écrit avec un kanji tout simple qui se retrouve dans
beaucoup de mots composés. Certains analystes y voient la forme d’un vase rituel qui contient une offrande. 心 apparaît dans de nombreux mots composés et c’est intéressant de voir que « penser » (omou) s’écrit 思, superposition d’un champ de riz, espace géographique délimité et ordonné (symbole du carré) au-dessus du kokoro. Penser, c’est donc du kokoro mis en forme rationnellement.


思, pensée
志 intention, volonté
念 souhait, désir
芯 pistil

Donc, si on décompose les kanji, on a :

  • Penser : Je ressens et je vais l’expliquer
  • Volonté : je ressens et je vais l’orienter vers quelque chose
  • Souhait : je ressens maintenant
  • Pistil : le ressenti de la fleur…

Sauf qu’au final on a oublié que tout est d'abord ressenti.

C’est pourquoi M. Tsuda nous dit, dans son livre ‘La Voie des dieux’ que si « kokoro » est étymologiquement identique à l’organe central de l’appareil circulatoire, « pourtant, l’acception en est toute différente. Le cœur en français est plutôt le sentiment, tandis que le kokoro en japonais n’est ni tout à fait le sentiment, ni l’esprit, ni la pensée. C’est quelque chose que nous ressentons à l’intérieur de nous-mêmes, il s’approche plutôt du mind en anglais. Si on traduit par mental ou psychique, ce sera encore différent ».

Et il ajoute que la recherche d’un kokoro qui reste imperturbable devant un danger imminent, qui reste calme en toute circonstance, est le but principal imposé à ceux qui essaient d’atteindre la perfection dans le métier des armes.

La moins mauvaise traduction ne saurait tenir en un seul mot : « état d’esprit » ou « ressenti profond » me semblent appropriés.



Impression confirmée dans le préambule du livre de Lafcadio Hearn, intitulé précisément « Kokoro » : « les textes composant ce volume traitent de la vie intérieure plus que de la vie extérieure du Japon, et pour cette raison ils ont été regroupés sous le titre kokoro (cœur). Ce mot signifie également esprit (mind), au sens émotionnel, esprit (spirit), courage, résolution/détermination, sentiment, affection et sens intérieur, tout comme nous dirions en anglais « le cœur des choses ».

Et que trouve-t-on donc dans le livre ‘Kokoro’ ? De petites histoires concernant la vie quotidienne, des états d’esprit, des personnages incarnant cet état d’esprit.

On peut dire que les Japonais baignent dans ce ‘kokoro’ et qu’ils sont, en ce sens, un peuple de ressenti profond. En témoigne le livre ‘Les dernières chamanes du Japon’ de Muriel Jolivet qui montre toutes les connexions des Japonais avec le monde dit surnaturel.


Avec cette compréhension, on peut lire différemment certaines choses comme :

Le slogan de Namikoshi



M. Namikoshi et son célèbre slogan ‘Shiatsu no kokoro wa haha gokoro’… utilise deux fois le mot kokoro et je renvoie à l’analyse que j’en ai faite dans mon livre.

Il nous parle bien de ressenti profond de la source de la Vie et non, je crois, d’amour maternel.


Le Sutra du Coeur


Le dit Sutra ‘du Cœur’ (Hannya Shingyô) n’a rien à voir non plus avec le cœur au sens occidental.

Une traduction plus fidèle serait en effet ‘ Ressenti profond du Sutra de la Grande Sagesse qui permet d’aller au-delà’. Notez que Sutra s’écrit de la même manière que ‘méridien’. Hasard ? Sûrement pas. Analogie, certainement.

Le Cœur et donc l’Amour ?


Le mot ‘amour’ est un de ces concepts occidentaux qui ne passent pas en Japonais, malgré tous leurs efforts.

Le kanji Ai
est un fourre-tout : amour, affection, désir, favori, agapê, attachement, soin….

Je t’aime se dit anata ga suki, ce mot suki 
étant composé de ‘femme – enfant’ et signifiant,  bon, plaisant, préféré, favori, à son goût, voire... salace.

Littéralement cela donne ‘toi à mon goût’. Pas de kokoro là-dedans.

Le cœur de la pratique, la pratique du Coeur

Pratiquer avec le cœur me semble donc ouvrir un espace au sein duquel peut exister ce ressenti profond (kokoro), calme, lumineux, ce fait d’être et d’être bien qui infuse et diffuse.

Enfin, parmi les différentes fonctions énergétiques du Cœur, il ne faut pas oublier que celui-ci régit les activités mentales  et les émotions. Les différents organes colorent les émotions (colère, tristesse, peur...), mais seul le Cœur ressent.


Quelle est l’émotion fondamentale ? 
Celle de la Vie qui coule en nous, le frémissement, le pétillement des cellules.

En poursuivant notre analyse de l’étymologie des points du Cœur, cette fois, nous allons vérifier si c’est bien cela qui est perceptible tout au long du méridien.

Prochain article. 


Je transmets ces enseignements, et bien d'autres, avec la pratique correspondante, à l'école Ôdô Shiatsu en Belgique.