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Friday, 3 April 2026

Resurrexi

Toucher le corps, mais lequel ? Et comment ?


Pâques approche ! Fête majeure des chrétiens dans le monde entier,  sans laquelle il n’y aurait tout simplement pas de christianisme.

Fortement résumé, le message de Pâques est le suivant : la mort n’est pas la fin, la Vie l’emporte, la résurrection est possible. Jésus a été le premier à faire cela, préfigurant en quelque sorte ce qui nous est promis à tous et toutes, au Jugement Dernier, dont personne ne sait si la date est déjà programmée.

A priori, les fêtes chrétiennes nous sont bien étrangères, à nous, praticiens et praticiennes de Shiatsu et donc, en principe, orientalisants dans notre conception de l’Univers. Nous considérons plutôt le YinYang, les 5 Mouvements, les 3 Trésors, les Méridiens, les 3 Foyers.

Mais, à y bien regarder, il n’y a  peut-être pas d’incompatibilité entre Occident et Orient.

Je vous propose pour le plaisir un petit exercice d’analogie (méthode orientale, précisément) et de théologie, afin de voir si les traditions diverses et variées sont finalement si éloignées qu’on le pense (ou qu’on le veut).

Le corps tout d’abord


Rappelons quand même d’emblée que le christianisme version occidentale n’est que l’aboutissement d’une religion née au Moyen-Orient, plus précisément enracinée dans le Judaïsme et le monde gréco-romain, et qui s’est ensuite coulée dans le monde celte, dit ‘païen’, après avoir emprunté le Latin comme langage.  Ceci pour ne pas oublier la grande diversité des racines et qu’il y a bien des influences à la base de ce qui est devenu l’Occident.

Ce qui nous intéresse au premier chef, en tant que praticien(ne)s de Shiatsu, c’est le corps. C’est de lui que nous prenons soin en séance. On connaît l’aversion pour et le rejet du corps longtemps professé par l’Eglise, car assimilé au péché de la chair, au mal (le diable) et au mal nécessaire de vivre dans un monde transitoire, la vraie Vie n’étant pas celle-ci, mais la suivante, où l’âme, et non le corps, va au Ciel (si on se conduit bien) ou en Enfer (si on se tient mal).

Tout cela, ce sont des développements qui se sont incrustés dans la religion au fil du temps, après de longs et virulents conflits d’opinion, et il faut bien reconnaître que ce ne sont pas les plus ouverts d’esprit, Paul en tête, qui ont fini par imposer leur point de vue.

Face à ce corps devenu bien encombrant, on a considéré que la version putrescible n’était pas la bonne version, que la vie sur terre n’était pas la vraie vie et qu’il y aurait une résurrection des corps et la vie éternelle… après la mort, ce qu’avait bien montré la résurrection de Jésus.

Dans notre pratique, nous expérimentons le corps-esprit, càd que nous voyons l’humain comme l’union indissoluble de niveaux d’énergie, des plus denses (le corps physiologique) aux plus subtils (l’esprit). Par le corps, nous touchons tous les niveaux et il n’y a là évidemment ni bien ni mal. Une bonne formulation de cette réalité se trouve dans le Shivaïsme cachemirien, où le corps engendre l’esprit et l’esprit engendre le corps. Double mouvement intrinsèquement et indissolublement mêlé.

En apparence, ces deux visions, la chrétienne et l’orientale,  semblent irréconciliables. A moins de reporter le processus des fêtes chrétiennes sur un schéma qui nous est bien connu, avec un axe vertical et un axe horizontal.  




 Tentons l’expérience.


Pâques au centre

Si nous devions placer Pâques sur un diagramme, nous le placerions au centre, puisque l’événement est au cœur de la foi chrétienne.


Outre le dogme, il existe des preuves musicales de la centralité de l’événement, notamment dans l’immense corpus grégorien. L’Office de Pâques comporte en effet la seule pièce écrite à la première personne, où Jésus dit ‘Resurrexi’, JE suis ressuscité. Toutes les autres pièces sont à la seconde ou la troisième personne, sauf une autre, où Jésus après l’Ascension parle depuis l’autre monde (Pater, cum essem cum eis). Pour les grégorianistes, ceci est fondamental.

Le compositeur Charles Tournemire, auteur de l’Orgue Mystique, recueil qui commente en musique tous les offices de l’année liturgique (comme Bach l'a fait pour les Luthériens), soit plus de 250 pièces, ne s’y est pas trompé, puisqu’il compose d’abord l’Office de Pâques, comme étant le cœur de l’année liturgique. Il précise dans ses notes ‘ Cette portion de l’année liturgique en est la plus sacrée, celle vers où converge le cycle tout entier.’  

(Ecoutez : Tournemire - l'étourdissant final de l'Office de Pâques sur 5 différents thèmes grégoriens)





Le Graduel de la Messe de Pâques dit ceci : Haec dies quam fecit Dominus: exultemus et laetemur in ea, Alleluia. L’émotion est clairement la Joie, qui s’exprime dans l’exultation. La Joie est centrale et, avec elle, la lumière éclatante, le rayonnement indescriptible du changement d’état.

Nous associons quant à nous la joie à l’Empereur, l’énergie à son zénith, la lumière, le Sud. Quant au centre, dans le schéma classique des 5 Mouvements, nous y placerions la Terre.

Les deux visions ne sont pas forcément opposées, car :

  • Il ne s’agit pas purement de Feu ou de lumière, on nous parle bien d’une résurrection du corps, nous sommes dans le domaine de la Terre, mais transfigurée.

  • La Terre est l’organisme vivant capable de se régénérer sans fin, d’année en année et c’est bien le triomphe de la Vie qui se perpétue avec une grande puissance, passant par des phases de mort, mais toujours ressuscitant. Le mot ‘resurrectio’, enployé dans un sens chrétien, vient à l’origine du verbe ‘resurgere’, càd surgir à nouveau, jaillir à nouveau, une résurgence après un temps d’absence.

Temporellement, Pâques a d’ailleurs été placé à la sortie de l’hiver, associant ainsi la commémoration au renouveau de la Nature. Les Chinois ne sont pas les seuls à manier l’analogie.


Deux axes : remettre la croix au bon endroit


A partir du centre, deux axes se déploient, un vertical et un horizontal. Ce qui fait immanquablement penser à la croix, symbole majeur du christianisme. En plaçant Pâques à l’intersection des deux branches de la croix, nous remettons le symbole à sa juste place. Les chrétiens, prenant en modèle la crucifixion, ont en effet posé la base de la croix sur la Terre et ses branches en l’air. Hors sol ! C’est en quelque sorte une torsion du sens du symbole, ce qui le rend non-signifiant et inopérant. Car si l’axe vertical est bien le Ciel /Terre, l’horizontal se situe en fait, lui, exactement, à la surface de la Terre.

On devrait donc toujours dessiner la croix avec un axe horizontal au niveau de la surface de la Terre, partageant ainsi le monde entre le domaine de la matière /Yin et le domaine de l’énergie /Yang, les deux interagissant et s’interprénétrant, on va le voir. Nota bene : dans la vision orientale, cet axe est décalé à 45 degrés, car on considère le yinyang, mais l’ordre de grandeur est le même.

Nous sommes donc, à cette intersection de Pâques, au point de rencontre du corps-esprit, avec une partie inférieure : corps/terre/matière/densité et une partie supérieure esprit/ciel/immatériel/subtilité, les deux traversées et réunies par un axe vertical.

Il est regrettable que l’iconographie chrétienne ait opté pour une croix surélevée à laquelle est suspendue un macchabée, cfr les calvaires et autres joyeusetés parsemant les carrefours. Car ce n’est pas le cœur du message. Le cœur, c’est la résurrection. Les rosicruciens sont donc plus proches de la vérité en dessinant une rose à l’intersection, le tout représentant l’union du corps (ici, la croix représente le corps physique) et de l’esprit (la rose représente l’âme, la conscience dans son évolution vers l’état de sagesse).


Résurrection du corps


Intéressons-nous donc à ce phénomène.

La résurrection de Jésus semble une manifestation particulière du corps-esprit et la seule qui soit documentée sous cette forme à ce jour, si du moins, on veut bien croire les textes (Evangiles canoniques et apocryphes), nettement postérieurs à l’événement.

Notez que c’est une femme, Marie-Madeleine, dont il se dit bien des choses au sujet de sa relation intime et initiatique avec Jésus, qui découvre le pot aux roses, à savoir l’absence : le tombeau est vide. Les autres, les grands disciples masculins, balaient ses dires du revers de la main. Voilà qui donne déjà le ton pour les 2000 ans à venir, soit dit en passant.

Et puis l’absence devient présence.  Et rencontre.


Jean-Yves Leloup,
dans son livre ‘Une femme innombrable’ a écrit des pages très poétiques sur ce non-événement apparent. Là où le raisonnement fait défaut, la Beauté peut faire sentir.

Pour nous, qui voyons le corps constitué de niveaux énergétiques, du plus matériel au plus subtil, la question de la résurrection est particulièrement intéressante. De quoi s’agit-il exactement ?

Jean-Yves Leloup nous dit qu’en fait, tout le monde (les chrétiens y compris) confond résurrection et réanimation. ‘Un corps ressuscité n’est pas un corps réanimé, celui-ci serait alors de retour’, pour mourir à nouveau plus tard. C’est le cas de toutes les personnes revenues d’un bref ou d’un long coma, assorti parfois d’expériences spirituelles.

L’Evangile (apocryphe) de Marie (Madeleine) est le seul à donner une clef sur la perception d’un corps ressuscité.

‘Est-ce par la psyché que je te connais, ou par le pneuma ? Ce n’est ni par la psyché ni par le pneuma que tu me connais, mais par le noùs, qui est entre les deux’.

Ce qui signifie :

  • Il n’est pas possible de percevoir un corps ressuscité par la psyché et les sens où elle se projette : ouïe, odorat, vue, goût et toucher.

  • Il n’est pas possible de le percevoir par le pneuma, l’Esprit, le souffle silencieux où le vivant naît et se résorbe. 

  • Mais par le noùs, mot grec que l’on peut traduire par l’intelligence contemplative, que l’on associe volontiers avec l’expression de Maître Eckhart ‘la fine pointe de l’âme’ et qui est donc entre parole et silence, entre visible charnel et invisible spirituel.
Un corps ressuscité n’est donc ni visible ni invisible, ni palpable ni impalpable, ni matière ni esprit. Pour le sentir, il faut ‘un psychisme apaisé ouvert à la présence de l’Esprit

Percevoir par la peau


Et l’organe de perception est alors la peau. La perception de Marie, nous dit Jean-Yves Leloup, est un pressentiment du réel dans sa peau, car le noùs voit ‘le lien, le fil qui relie le ciel et la terre, le corps terreux et le corps céleste, le corps rêvé qui n’est pas un rêve mais appartient aux deux mondes’.

Cette perception par la peau, nous la retrouvons chez Jean-Marc Eyssalet (Le secret de la Maison des Ancêtres), quand il nous parle de la mise en place de la tactilité et de l’écoute. Il nous dit en effet que le revêtement cutané tout entier est écoute. Le musicothérapeute A. Tomatis avait déjà découvert que la peau est en effet un morceau d’oreille, et pas le contraire.

Et donc, ‘les sons, les vibrations de l’air représenteraient des modalités particulières de la tactilité : les sensations tactiles, le contact des êtres et des objets, les rayons solaires, lunaires et stellaires, les messages profonds nous renseignant sur notre position spatiale ou l’état dynamique de nos viscères seraient des modalités particulières du monde sonore et vibratoire’.

Ainsi, pour l’écoute comme pour la tactilité, le dénominateur commun est SHEN, avec comme organe subtil de référence le Cœur, que l’on traduit aussi par Conscience.

La perception par la peau, niveau subtil du toucher, est clairement quelque chose que nous pratiquons et affinons toute notre vie. Tomatis avait d’ailleurs trouvé qu’une des zones les plus favorables à la réception sonique est la pince pouce-index de la main droite.

Masunaga
(Shiatsu et Médecine Orientale) nous dit que Setsushin (toucher pour décider du traitement) est un dialogue entre deux peaux qui se touchent. Il doit y avoir entre le thérapeute et le patient une relation de cœur à cœur. Et il ajoute ‘De même que c’est dans l’union sexuelle que réside ce qu’il y a de plus fondamental dans l’amour humain, ce qui se transmet dans le contact mutuel des peaux, c’est la forme première, la plus élémentaire de l’amour’. Nous sommes dans le domaine du Cœur, de la Conscience, de la sexualité, de l’amour… sphère – Une - du sacré, finalement.

Le message de la résurrection va sans doute encore un pas plus loin, puisque c’est toute la peau, à travers son écoute, qui nous met en contact avec les réalités subtiles de l’Univers, parmi lesquelles un corps ‘ressuscité’.


Peut-on dire que Marie-Madeleine avait Jésus dans la peau ? Et, de votre ressenti, est-ce possible lors d’une relation intime, ou lors de toute étreinte ? Ou en dehors d’une étreinte ? Toucher, être touché, sans passer par le sens commun du toucher.

En quelque sorte, la peau fonctionne comme la surface de la planète Terre, réceptive aux énergies subtiles, et créant sous sa surface de multiples mouvements qui ne remontent pas toujours à la conscience. Pâques se situe à l’exacte rencontre du corps-esprit, toutefois encore dans la dimension Terre. 

Ce qui n’arrive pas tous les jours. Il semblerait bien que Jésus, par une sorte d’achèvement spirituel non réédité à ce jour, ait pu réaliser cette condition. Que l’on pense aux 36 niveaux énergétiques que les systèmes tantriques shivaïtes appellent ‘tattva’ et qui répartissent le cosmos entre Shiva, les plans de conscience humains, les sens et la matière la plus grossière. Il est donc ‘monté’ très haut, tout en restant perceptible par la Conscience à travers la peau. On parle du mystère pascal… en effet.


La résurrection du corps, c’est pour nous ?


Pour revenir à notre schéma, il y a  donc bien déplacement sur l’axe vertical et nous voici, clairement, au centre, avec l’accès à la fois au Ciel et à la Terre et quelque chose qui participe des deux.

La question subsidiaire est de savoir si nous pouvons faire la même chose.

  • Nous avons parlé des réanimés dont la vie est transformée suite à une expérience spirituelle, mais qui finissent par mourir ‘définitivement’.
  • Il y a  toutes ces histoires de revenants, énergies psychiques et émotionnelles qui ne veulent ou ne peuvent pas partir, perceptibles ou non aux sens.

  • Nous pourrions parler de nombreux saints avec une pratique spirituelle forte et qui continuent, après leur mort, à agir dans ce monde et dont le corps est incorruptible, mais pas vivant. Didier Van Cauwelaert dans son livre ‘L’insolence des miracles’ documente de nombreux cas, dont Saint-Charbel ou le Padre Pio.

Ce corps incorruptible existe d’ailleurs également chez des ascètes bouddhistes, qui, même mort, restent en méditation, ou s’éclipsent en ‘corps d’arc-en-ciel’.

Mais la résurrection, c’est encore autre chose. Cela pour dire qu’il reste beaucoup de choses à explorer quant aux niveaux énergétiques atteignables par le corps et que celui-ci est bien plus qu’un sac d’organes voué à la putréfaction. Aussi, mais pas seulement.

La théologie des Corps Glorieux


Pour les catholiques, il y a la théologie des Corps Glorieux, forme qui nous est promise à nous humains et répétée à chaque Credo sans qu’on y pense (« Je crois à la résurrection des corps »). Mais cela n’aura pas lieu dans ce monde comme pour Jésus, seulement au jugement dernier.

La théologie des Corps Glorieux annonce en quelque sorte l’existence d’un corps à la fois humain et divin, immortel, lumineux, sans souffrance. Parmi ses qualités, joie et clarté, force et agilité… telles que magistralement et musicalement illustrées par Olivier Messiaen dans son recueil ‘Les Corps Glorieux’.

Ecoutez : Messiaen : Joie et clarté des Corps Glorieux





Attention qu’il ne s’agit pas d’une tentative transhumaniste d’immortalité du corps actuel comme la rêvent, paraît-il, les pontes de la Silicon Valley, mais d’une transmutation, une transfiguration de la matière en lumière, tout en restant matière. Il y a ici aussi beaucoup d’analogies dans d’autres traditions, l’alchimie, les religions de l’Inde, le bouddhisme tibétain avec des pratiques permettant d’atteindre des niveaux vibratoires tels que la lumière passe à travers la matière.

Alors, plus tard, ou maintenant, et comment ? Jésus semble bien le seul à être revenu sous une forme tangible et animée. D’autres ont atteint d’autres états. Pour moi, ceci montre, simplement, la réalité du corps-esprit et la possibilité, sans pour autant devenir des ‘illuminés’ de contacter  par le toucher / par la peau des niveaux subtils de la réalité qui nous ramènent, finalement, à la prescience de l’axe Ciel/Terre, de niveaux vibratoires puissants et nous rapprochent, en remontant le flux du ki, comme le dit Echart Tolle, du Non-Manifesté. C’est une expérience très joyeuse, à approfondir sans cesse.

Peut-être qu’en élevant le niveau vibratoire de notre corps, en contactant la jubilation des cellules qui se sentent pleinement vivantes, nous réveillons en nous la Sôteria, la Grande Santé, celle du corps-esprit. Le mot Sôter étant d’ailleurs aussi appliqué à Jésus sous la traduction de Sauveur : Iesus Christos Theou Uios Sôter. La boucle est bouclée.

Vous connaissez une pratique qui fait ça ? Moi, oui. 

L’Eau, le baptême


Reprenons notre schéma.

Si nous descendons maintenant l’axe vertical selon la compréhension orientale, nous trouvons l’Eau, ce qui immanquablement fait penser au baptême. Il faut en effet passer par l’Eau pour rentrer dans le monde chrétien et donc dans la sphère spirituelle qui propose ce modèle de compréhension de la Vie et de l’Univers. Le mouvement s’amorce donc bien par le bas et monte selon l’axe vertical. Tout en bas, on pourrait placer Noël et on connaît bien la proximité de cette fête avec le solstice d’hiver, la fête du sol invictus chez les Romains.

Retour de la lumière invaincue, début de la vie, point le plus bas du Yin qui repart vers le Yang. C’est cohérent.

Dans l’année liturgique, nous avons en effet : Noël, suivi du baptême, puis du carême (période non pas de privation mais d’économie et d’optimisation des ressources), et enfin  le renouveau de Pâques, transmutant la condition humaine pour bondir ensuite vers  le Ciel.

Le Feu, Ascension et Pentecôte


De toute évidence, ce mouvement est symbolisé par l’Ascension, 40 jours après la Résurrection, comme si ce corps transmuté ne pouvait éternellement rester dans cette dimension.

A noter que, dans un premier temps, Jésus interdit à Marie-Madeleine de le toucher, comme si ce corps magnifié n’était pas encore totalement accessible au sens du toucher, visible, audible, comme un hologramme, pas encore totalement  incorporé, imprimé en 3D. Ce n’est qu’après que Saint-Thomas pourra glisser sa main dans le flanc de Jésus, pleinement matérialisé à ce moment.

Dans l’Evangile de Marie, Jésus dit ‘Ne me retiens pas’. C’est plus intéressant, comme si la perception du corps ressuscité ne pouvait être figée et que cet état même est mouvement. En effet, comme un flash, cet état ne dure que 40 jours, de même que le Carême dure exactement 40 jours avant Pâques. Il y a là une analogie symbolique avec d’autres traditions.

Ainsi, les Orthodoxes, considèrent que l’âme d’un défunt met 40 jours à cheminer vers Dieu, avec une commémoration spéciale à ce moment. En cela, ils sont semblables aux Shintoïstes et aux Bouddhistes, qui voient une période de 49 jours avant que l’âme ne quitte la dimension terrestre. Dans tous les cas, il faut des cérémonies à des moments précis pour aider ce passage.

Dans le cas de Jésus, ce mouvement ascendant est on ne peut plus explicite, puisqu’il s’élève ‘corps et âme’ en direction du Ciel, sous les yeux médusés de ses disciples.

Mais tout mouvement ascendant amène un mouvement descendant, qui aura lieu 10 jours plus tard à la Pentecôte (le mot voulant dire cinquante). Là, c’est l’Esprit-Saint, 3ème personne de la Trinité, interrelation active et immatérielle du Père et du Fils, qui descend sur les apôtres sous la forme de… langues de feu, avec pour effet une sorte d’Eveil, puisqu’ils n’ont plus peur, parlent plusieurs langues et sortent annoncer la Bonne Nouvelle.  Phénomène d’expansion et de redistribution, à l’opposé exact du point le plus bas, mais dirigé vers le point le plus bas. L’énergie est celle du Feu, ce qui ne nous surprend pas à cet endroit.

On pourrait dire également, ce qui n’est pas propre au christianisme uniquement, qu’il s’agit de la descente de la grâce, cet éclair de compréhension profonde au niveau du Cœur et qui balaie d’un coup toutes les barrières, les séparations, les limitations.

On peut donc lire une partie de la théologie chrétienne sur cet axe vertical, ce qui ramène le christianisme parmi d’autres traditions en apparence très éloignées et avec lesquelles il a certainement voulu prendre ses distances, en partie de par son caractère monothéiste, se proclamant la seule religion valable (un seul Seigneur, une seule Foi, un seul baptême). On a vu les dérives que cette attitude a données au cours de l’Histoire.

A notre époque où les églises sont vides, c’est qu’on a perdu le sens profond et qu’il est temps, non pas de moderniser encore, mais de désencombrer le christianisme de tout le fatras dogmatique, moral, social, décalé, désacralisé et déprimant qu’il a accumulé avec le temps. Bref sortir de son splendide isolement, remettre du sens, du ressenti, des rituels et du sacré pour ranimer précisément la flamme : le corps-esprit.

Le déplacement vertical Terre /Ciel n’est pas propre à l’Orient, ni au christianisme.  On décèle le même mouvement de fond dans beaucoup de traditions, religieuses ou non.  

Si nous considérons le tantrisme, par exemple, nous pourrions décrire un processus semblable avec la montée de Kundalini qui, selon André Padoux est la montée de l’énergie divine endormie dans le corps. Et nous pourrions faire une description analogue sur le même diagramme avec les solides de Platon.

Plus prosaïquement, je vois le ShaoYin, la couche la plus profonde et la plus décisive du processus humain, où l’apparent grand écart entre l’énergie des Reins et le Cœur se résorbe au plus profond de l’individu. Si les Reins tirent vers le bas et le Cœur monte, ça explose : désintégration. Si les Reins ‘montent’ (désir, naissance, élan, Noël) et le Cœur ‘descend’ (le Feu réchauffe l’Eau, rayonnement tous azimuts, Pentecôte), l’individu est parfaitement dans son axe vital et à même de contacter et d’innerver toutes les couches. La rencontre entre Jing et Shen manifeste la vitalité du Ki.



Que faire de tout cela ?


Voyant ce fond commun  y a-t-il un message un message pour nous ?

  • Constatons que les humains ont toujours eu le pressentiment de ces processus à l’œuvre dans l’Univers et en eux et qu’ils ont tenté de les formaliser selon leurs compréhensions, leurs langages, leur ‘Weltanschauung’, leurs cultures, leurs environnements… Ici rien ne s’oppose, un œcuménisme s’imposerait plus tôt au sens où nous avons tous cela en commun.

  • Quelle que soit la Tradition invoquée, portons simplement le regard sur le monde pour voir ‘Musubi’, comme le décrivent les Japonais, le processus de régénération permanente de la Vie sous toutes ses formes, qui est cyclique, périodique et qui passera ultimement par ‘Mors et Resurrectio’, ce que certains formulent comme ‘sortir dans la Vie’ (et non pas  ‘entrer dans la Mort’).
  • Considérons les différents aspects de cette énergie vitale en nous, du plus dense au plus subtil et la possibilité de transmuter/transcender/ressentir/expérimenter en nous déplaçant sur cet axe vertical sans jamais perdre le centre.
  • Recontactons sans cesse le corps-esprit indissoluble, ce que la Tradition hermétique formule par ‘Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas’, car il faut bien distinguer ‘pour des raisons pédagogiques’, comme dit Eric Baret.

Âme spirituelle, âme corporelle


Pour terminer, revenons au diagramme, vous remarquerez que je n’ai rien posé sur l’axe horizontal, alors que le schéma oriental y place des éléments.

J’y placerais précisément deux mouvements, correspondant à ce que les Orientaux appellent le Hun l’âme spirituelle et le Po l’âme corporelle.

La première veut s’élever et nous amène vers le Ciel.
La seconde veut descendre et nous tire vers la Terre.

Ce sont les deux aspirations de l’humain, à la fois Fils du Ciel et gardien de la Terre. La Vie consiste à garder l’équilibre entre les deux, en profitant pleinement des deux. Monter et donc descendre, descendre et donc monter. Expérimenter à travers nos 5 sens, ce que les purs esprits sont incapables de faire. Ce qui donne une joie profonde.

Dans ma pratique, cela s’appelle la jouissance du toucher, le bonheur d’être ici sur Terre, de pressentir tant de choses, de les partager, de me sentir à ma place entre Ciel et Terre, avec de temps en temps, ce que Messiaen appelle des ‘Eclairs sur l’Au-Delà’.


 

Joie du Ciel, jouissance de la Terre.

A la mort, tout cela se dénoue, le Hun part vers le Ciel, le Po revient à la Terre. Mais là, il n’y a plus personne pour en parler.

Joyeuse fête de la lumière, quelles que soient vos croyances.


Haec Dies quam fecit Dominus, exultemus et laetemur in ea.

Ecoutez : la version ancienne, en chant vieux-romain, du Haec Dies. 





  









Saturday, 22 July 2023

夏指圧 - Natsu Shiatsu - Shiatsu d’été (9) : la danse cosmique

Courtes réflexions pour ne pas oublier le Shiatsu pendant l’été

NEUF

A Vézelay, aujourd'hui, c'était la grande fête de la Sainte, 'apôtre des apôtres'.

La figure de Marie-Madeleine m’amène à réfléchir sur la polarité homme/femme, y compris dans la pratique du Shiatsu.

Le livre de Jean-Yves Leloup ‘Une femme innombrable’ évoque bien des facettes de cette femme somme toute peu connue : belle et rebelle, initiée, amoureuse, mystique, prostituée peut-être…Tout cela à la fois et rien de tout cela.

Toni Carmine Salerno, dans l’Oracle de Marie-Madeleine, précise qu’elle incarne des choses différentes pour chacun, qu’elle est un esprit archétypal doux et délicat, mais également fort et indomptable.

L’inspiration pour nous ici ne réside pas dans l’opposition ou la discrimination (positive comme négative). C’est insensé de défavoriser ou favoriser quelqu’un selon son genre, voire d’insister là-dessus, seules les compétences et la capacité de les mettre en œuvre peuvent faire la différence. Quand nous travaillons, nous ne sommes pas dans l'agitation.

Il s’agit bien plutôt de réaliser en nous-mêmes l’union d’énergies de type YinYang, c’est-à-dire de mouvements complémentaires.

Pas l’un ou l’autre ni l’un et l’autre, ni l'un puis l'autre, mais l’un dans l’autre en une danse cosmique perpétuelle.

Le toucher n’est pas sexué, il est, il prend de multiples formes, tantôt doux, puissant, actif, à l’écoute, vigoureux, amoureux…

En tant qu’homme, j’aime à cultiver des qualités de réceptivité et d’intuition qui sont plus spontanées chez les femmes et j’aime voir une femme développer des qualités plus solaires, dans l’affirmation claire de soi.

La rencontre se fait là, quelque part vers le milieu, dans un mouvement qui s’entrecroise et s’amplifie mutuellement.

Le fait qu’il y ait plus de femmes que d’hommes, tant du côté des praticien(ne)s que des client(e)s, nous incite à travailler notre ressenti profond (kokoro).

Dans de nombreuses traditions, les femmes sont initiatrices, précisément pour cette raison, et on dit même que Jésus confia des choses à Marie-Madeleine qu’il n’avait dites à personne d’autre… sans doute parce qu’elle seule était capable de les comprendre.

A bons entendeurs...moi en premier.



Friday, 21 July 2023

夏指圧 - Natsu Shiatsu - Shiatsu d’été (8) : les perceptions subtiles

Courtes réflexions pour ne pas oublier le Shiatsu pendant l'été


HUIT

Me voici à Vézelay où, ce 22 juillet, on célébrera la fête de Marie-Madeleine. La célèbre basilique abrite en effet quelques reliques dans la crypte.


En marge du dogme catholique, on assiste aujourd’hui à un regain d’intérêt pour la personne de Marie-Madeleine, au travers de chemins initiatiques comme ‘La Voie de la Rose’ que je parcours actuellement.

J’ai envie de vous partager la question de la perception, si importante pour nous. Nous devons bien ‘sentir’ les choses quand on vient nous voir. Je vois dans le récit de l’Evangile de Marie une analogie frappante.  

Selon les textes, Marie-Madeleine aurait été la toute première à rencontrer Jésus après sa résurrection. Mais qu’a-t-elle ‘vu’ ?

Jean-Yves Leloup (dans son livre ‘Une femme innombrable’) nous explique ce passage de l’Evangile de Marie où Marie-Madeleine se demande comment elle perçoit. Et la réponse est : Ce n’est ni par ta psyché que tu me connais, ni par le pneuma, mais par le’ nous’, qui est entre les deux.

Le ‘nous’ est un mot grec intraduisible, qui a donné, notamment noosphère. Et il s'agit bien de 'connaître', càd naître avec, accompagner sur un chemin. 

La psyché et les sens où elle se projette ( l’ouïe, l’odorat, la vue, le goût et le toucher) ne suffisent donc pas. Ni le pneuma, l’Esprit, le souffle silencieux où tout ce qui vit et respire naît et se résorbe. Il y a possibilité de faire appel au ‘nous’, l’intelligence contemplative, la fine pointe de l’âme, entre la parole audible et le silence inaudible, entre le visible charnel et l’invisible spirituel.

Même si nous appréhendons des corps bien incarnés en Shiatsu, cette faculté entre présence et absence nous permet de sentir les aspects les plus subtils.

Paradoxe : nous touchons, mais pouvons aller dans le domaine spirituel propre à chacun. M. Masunaga nous dit d’ailleurs que Setsushin est la forme supérieure de diagnostic, mais qu’il fait appel à une sensibilité primitive, en-deçà de toute formulation ou tentative d’explication rationnelle.

Et donc, certes, nous posons les mains en premier lieu. Mais pour nos perceptions des niveaux subtils de conscience, nous pouvons développer un regard magdalénien qui est  ‘celui d’un psychisme apaisé ouvert à la présence de l’Esprit’.

Frappante analogie émanant d'une toute autre Tradition que la nôtre et qui vient éclairer certains de nos ressentis, ne trouvez-vous pas ?

Wednesday, 21 September 2016

Changer de vie pour éviter la maladie


« Les corps sont malades », me faisait remarquer une cliente récemment. Elle entendait par là que les gens ne sont pas bien, en général. Il suffit de regarder autour de soi ou de parler un peu pour s’en rendre compte. De fait,  notre corps est soumis à toutes sortes de contraintes pour lesquelles il n’est pas fait à la base : position statique trop longue et non-naturelle au bureau, environnement malsain, bruyant, pollué, suractivité intellectuelle, nécessité d’être le meilleur ou comme ci ou comme ça, pressions sociales, bombardement permanent d’informations anxiogènes souvent inutiles pour notre existence, nourriture surabondante modifiée et non-adaptée à notre style de vie, air de mauvaise qualité, météo déréglée, tensions entre humains qui obligent à rester en permanence sur ses gardes, surpopulation et manque de place, … et j’en passe. On a beau être résistant, comment être vraiment bien au milieu de tout cela ?

 Et tout étant lié, j’ajouterais : les esprits, les cœurs, les âmes, l’environnement, la civilisation, le monde… sont malades. Malades, c’est-à-dire : privés de bonne santé joyeuse, privés de la sensation profonde de bien-être au niveau de toutes les cellules. Et cette non-santé s’exprime par de multiples symptômes, physiques, psychologiques, émotionnels, spirituels.

Quel enfer nous avons fait de notre existence, à la base relativement insouciante… Il suffisait au départ de trouver à manger et d’éviter de se faire manger, dans un environnement sain. Sans prêcher le retour au paléolithique, on doit quand même reconnaître que le magnifique « progrès », censé nous apporter la belle vie, a contribué fortement à la dégradation de la qualité et de l’intensité de celle-ci, en même temps que de l’environnement.  On ne doit plus trouver à manger, en Occident, mais on doit travailler pour cela, à des choses qui n’ont rien à voir. C’est un déplacement de focus, sans plus. Et tant de personnes ne voient plus le sens de leur existence.

A la fin des vacances, on entend souvent cette remarque : « en quelques jours, j’ai perdu tout le bénéfice de mes vacances ». Mais oui… La vie plus tranquille, au grand air et au soleil, l’esprit détendu, la découverte de beaux endroits, la douceur de se laisser vivre ne sont-ils pas plutôt notre condition naturelle ? Il suffit de se replonger dans des conditions non-naturelles, dans un milieu « toxique », pour que le corps rechute très vite. Et n’oublions pas que le corps ne ment jamais, même si notre mental va tenter de nous persuader que c’est la vie et qu’on ne peut pas y échapper, ou encore nous susurrer que nous sommes forts. Ne pas écouter les signaux du corps mène, à terme, à la maladie, à la dépression, au burn out… La maladie, le mal-être même simplement, appellent le changement. Persister, c’est risquer l’aggravation de la situation, avec la mort prématurée au bout du chemin.

Les corps sont malades, les corps appellent le changement. Il est clair qu’une vie plus naturelle s’impose. Il est clair que quelques heures de travail par jour suffiraient bien à assurer notre subsistance. Mais le système, dans son état actuel, semble s’acharner dans l’autre sens : toujours plus, en échange de toujours moins. Trop de Yang appelle l’apparition du Yin. La réaction s’amorce. Il faudra toutefois encore des années pour de vrais changements au niveau « macro ».

Quant au microcosme, c’est-à-dire nous-mêmes, les « proto-Chinois» ont découvert depuis longtemps qu’il suit les mêmes lois que le macrocosme. On peut le prendre aussi dans l’autre sens. En travaillant maintenant déjà sur nous-mêmes, en mettant le changement en place dans notre vie sans attendre, nous finirons par répandre autour de nous une bonne influence.

Les corps sont malades, soignons donc notre corps, le mieux possible, en prenant soin de nous, en nous accordant du temps, en investissant dans notre vie (ailleurs, il n’y a quand même plus de rendement). Je suis convaincu que prendre soin du corps, c’est prendre soin de l’Etre, comme dit Jean-Yves Leloup, c’est-à-dire du mental, des émotions, de l’âme… Ohashi Sensei faisait remarquer qu’il fallait aussi tenir compte de notre environnement, de nos interactions multiples, pour saisir la totalité de l’Etre. Je le crois volontiers. Le shiatsu, en « prise directe » sur le corps, est pour moi la porte d’entrée de tous les changements dans notre corps, et donc dans notre vie, et même autour de nous. En touchant le corps, l’harmonie et l’équilibre se réinstallent, à tous les niveaux.

De cette façon, nous connaîtrons et sentirons à nouveau notre vraie place : l’homme entre Ciel et Terre, symbolisé par l’idéogramme « Hito » en Japonais. L’être humain se nourrit de l’énergie du Ciel et de la Terre. Il s’agit donc d’être à notre juste place, et d’être capable de retrouver le chemin vers cette « oasis intérieure » à tout moment. Nous aurons alors la force de supporter les circonstances extérieures, au minimum, de les transformer ou de les transcender, idéalement.