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Tuesday, 28 February 2023

MEIMON : la porte du sens de la Vie

Analyse et symbolique de deux kanji pour notre pratique

Lorsque nous apprenions les points, Maître Kawada nous incitait à aller voir les noms et leur signification, nous disant qu’il y avait là un sens et une symbolique. En effet, si les Anciens ont passé leur temps à tous les nommer, il doit bien y avoir une raison.

Etrangement, très peu s’y intéressent, leur préférant la numérotation. C’est oublier que cette numérotation ne signifie rien et qu’elle est, de plus, très récente. La version moderne (et simplifiée) de l’acupuncture, remontant à Mao, a introduit les numéros de points… ce que l’on nous vend sous le vocable de ‘MTC’.

Prenons le cas d’un point très important.

Si je vous dis que je travaille ‘VG 4’ ou ‘DM 4’, cela ne veut strictement rien dire, à part, éventuellement, m’aider à me repérer sur le trajet du méridien, voire anatomiquement : sous l’apophyse épineuse de la vertèbre L2. Mais en soi, le fait que ce point vienne en 4ème place n’est pas signifiant.

Si je vous dis par contre que je travaille ‘MEIMON’, me voilà bien obligé de vous dire ce que ce mot signifie et de comprendre ce que je suis en train de faire.

Voyons où cela nous mène.



Regarder les traductions


Bien sûr, je pourrais m’appuyer sur une traduction, mais, laquelle ?

Lorsque je travaillais le Yi Jing avec Rose-Marie Beckers (Ecole Djohi de Cyril Javary pour la Belgique), nous avions pour habitude d’analyser un hexagramme tous les mois et nous cherchions toutes les traductions existantes.

Exercice très enrichissant : aucune n’était la même, elles se situaient même parfois aux antipodes l’une de l’autre. Laquelle était la bonne ? Aucune, à moins de les prendre toutes ensemble, seule condition pour rendre toute la subtilité de l’original chinois.

L’intérêt était plus dans ce que les traducteurs avaient perçu de la signification, ce qu’il avaient préféré ou ignoré, de par leurs accointances ou leur arrière-plan culturel. Wilhelm, par exemple, était un pasteur protestant établi en Chine. Il utilise des concepts religieux inexistants pour les Chinois mais signifiants pour lui.

Ce n’est qu’avec des sinologues comme Cyril Javary, le père Claude Larre et Elisabeth Rochat de la Vallée (pour ne parler que de ceux que je connais) qu’on s’est mis à juste traduire signe par signe les idéogrammes, sans surajouter de l’interprétation ou faire des liaisons qui n’y sont pas.

Etonnamment, ou pas, il en va de même pour nos points.

MING MEN ou MEIMON ou comment dire ?


Pour compliquer les histoires, certains emploient les noms en Chinois (ils partent des manuels d’acupuncture chinoise) et d’autres en Japonais (transmission japonaise du Shiatsu ou de la MTJ). Cela s’écrit de la même façon dans les deux langues, mais se prononce différemment. Le Shiatsu étant Japonais, je préfère les noms en Japonais (il y a d’ailleurs parfois des différences avec le Chinois).

Ainsi, notre point VG /DU 4 s’écrit
命門   et se prononce en Chinois MINGMEN et en Japonais MEIMON.

Appliquons la méthode et voyons ce que nous trouvons comme traductions :

  • Kawada : Porte de la Vie

  • Tsubook : Porte de la Vie (Tsubook suit la plupart du temps Kawada, curieusement)

  • Docteur Chamfrault (Traité de Médecine Chinoise) : Porte de la Vie

  • Philippe Laurent (L’Esprit des points) : porte de la vitalité / porte du destin

  • Omura (Acupuncture Medicine) : Gate of Life

  • Elisabeth Rochat (101 notions-clés de la Médecine chinoise) : Porte de la Destinée

  • Précis d’acuponcture chinoise : ne se risque pas à la traduction.


Même si un assentiment global semble se dessiner pour ‘Porte de la Vie’, on est en droit de se demander pourquoi d’autres (et non des moindres) préfèrent Vitalité, Destin ou Destinée. Ce n’est pas du tout la même idée.

Dès lors, si les numérotations, prononciations et traductions ne nous éclairent pas, il nous reste l’étymologie, c.-à-d. regarder comment le kanji s’écrit, d’où vient le signe et ce qu’il signifie profondément.

Etymologie


Le mot ‘Kanji’ ( ‘idéogramme’) signifie l’écriture des Han (des Chinois), comprenant par là que les Japonais ont emprunté puis se sont approprié cette façon d’écrire aux Chinois, parmi bien d’autres choses.


Pour MON  
門, le kanji est très simple et signifie ‘porte’. On voit bien effectivement la représentation graphique de deux vantaux qui s’ouvrent et se ferment. Dire ‘Porte’ implique un endroit de passage, une entrée et une sortie. Les Points de Porte (il y en a ainsi 19 sur tout le corps) sont donc des points qui permettent à ‘quelque chose’ d’entrer ou de sortir.

MEI 命 va être le cœur de la compréhension. Quand ce kanji est pris isolément, il se prononce INOCHI (particularité de la langue japonaise de prononcer à la Chinoise ou à la Japonaise).

Le dictionnaire (j’utilise Jisho.org d’excellente qualité) traduit par : vie, force de vie, étendue de vie, durée de vie, cœur (au sens de centre, core), fondation, chose la plus importante, destin /destinée, décret, ordre….

Un seul kanji revêt des significations très diverses et nous comprenons déjà pourquoi les traductions sont si différentes. Chaque traducteur a pris un aspect, qui lui semblait le plus pertinent. Il me semble que nous devons rester en-deçà, c.-à -d. choisir un mot, tout en n’excluant pas les autres connotations et en les gardant à l’esprit.

D’autres éléments de compréhension


Pour arriver à déterminer la meilleure formulation, rappelons-nous la position de Meimon : entre les deux points Yu des Reins, Jinyu
腎俞 (‘V23’).


Le point MEIMON, nous dit Philippe Laurent est en rapport avec l’énergie originelle, primordiale, le GENKI, conservé par les Reins.

Elisabeth Rochat plonge dans l’étymologie et nous dit ; ‘
命, c’est une bouche qui donne un ordre : le commandement donné par un supérieur, le décret, le mandat du Ciel.

Chacun doit se conduire en fonction de la nature première qui lui a été conférée par le Ciel, cultiver ses qualités et dispositions innées. Celui qui reste fidèle à sa nature originelle maintient sa relation au Ciel, reçoit la lumière de ses esprits, connaît la règle de ses actions. Il accomplit ainsi la Vie à laquelle le Ciel le destine, celle qui se déroule en fonction de l’ordre naturel inscrit en lui’.


命 est donc la force vitale, le sort individuel, la durée allouée à chacun, et en même temps la  vie personnelle à mener, le destin à accomplir.

Me vient l’image du flux de la Vie qui coule en nous de notre premier inspir à notre dernier souffle : notre destin consiste à accompagner le mieux possible ce flux de vie et à ne pas lui faire obstruction, ‘go with the flow’ en quelque sorte.

On ajoute le caractère ‘Mon’ pour Porte, parce que c’est là le passage de l’entrée dans la vie et donc, l’endroit de l’entrée dans la forme, dans le monde des phénomènes, la transition entre Ciel Antérieur et Ciel Postérieur.

On voit donc mieux tout ce qu'on veut dire quand on dit 'Meimon'.

Risquons une traduction


Si je devais choisir une traduction parmi celles citées ci-dessus :

  • Porte de la Vie est correct mais ne rend pas toutes les nuances ci-dessus.

  • Porte de la Vitalité se rapproche de l’énergie GENKI et des Reins, mais ne rend pas l’idée de mouvement.

  • Porte du Destin est trop connoté, nous avons en Occident l’idée détestable du Fatum Romain ou de la Moira grecque, qui implique la prédestination et la soumission à la fatalité. Or il s’agit bien plutôt d’honorer et de nous aligner sur notre nature première reçue à la naissance, discerner l’ordre naturel en nous et l’accomplir. Ce qui enlève l’idée de choix et libère, paradoxalement. Autre sujet. 

  • Porte de la Destinée est le plus juste (si on enlève l’idée de pré-programmation)

J’aime bien Porte de la Destination, ou Porte du Sens de la Vie, parce que cela amène la représentation de ce flot de vie qui coule en nous et forcément va quelque part. 


Le chapitre 19 du Tchouang Tseu (philosophe taoïste), intitulé précisément ‘Le sens de la Vie’, raconte cette anecdote de l’homme nageant aisément dans une rivière impétueuse où nul être vivant ne pouvait se tenir. A la question de révéler son secret, il dit : 'Je fais corps avec l’eau, descendant avec le tourbillon, remontant dans le remous. Je suis le mouvement de l’eau, non ma volonté propre. Voilà tout mon secret. .. Depuis que j’ai perdu toute notion de ce que je fais pour nager, je suis dans l’eau comme dans mon élément, et l’eau me supporte parce que je suis un avec elle'. 

Belle image de ce que l’on veut dire quand on parle d’accomplir notre vie : Inochi.

Symbolique et connexions


Voilà qui ouvre d’immenses espaces de recherche et de travail. Vu toutes ces connotations, nous comprenons que travailler ‘MEIMON’ ne va pas être innocent.

Quand je pose les mains là, que je touche ce point, je touche l’origine de la Vie, la porte de l’énergie vitale, la Source, sa matérialisation dans l’existence, l’énergie des Reins, j’aide l’élan vital qui mène vers le dernier jour, j’aide la vie à s’écouler sans encombres.

Ce point est situé sur le koshi (zone des lombes). L’élan vital vient du koshi, c’est sûr. Le dernier weekend que j’ai passé à pousser des brouettes de terre vient confirmer cela. Nous ne sommes pas tirés vers l’avant, nous sommes poussés dans le dos.

Si la polarité s’inverse, nous tombons en arrière dans le grand océan de l’inconscient, happés par l’émotion de peur liée aux Reins et localisée précisément à cet endroit.

En pressant Meimon, j’entre de plain pied dans la vie et j’avance sur cette Voie au rythme naturel du receveur, de la receveuse.

J’offre également de l’appui et du soutien lorsqu’il est nécessaire de pauser et de se reposer, en posant simplement les deux mains à plat sur cet endroit. Il est bon de pouvoir s’appuyer sur quelqu’un et d’alterner les phases d’avancée et de repos. Tout élan part d’un appui.

Connaître le nom ‘MEIMON’ et sa signification permet de discerner tout cela, d’affûter ma compréhension et de tenter des connexions avec des points qui, de par leur signification et leur position, vont ‘résonner’.

  • Que pensez-vous de MEIMON / SEKIMON, Porte de Pierre, point BO du Triple Réchauffeur, ouvrant au GENKI la Porte des 3 Foyers ?

  • Ou de MEIMON / KANGEN, Barrière du GENKI, Point BO de l’Intestin Grêle, ouvrant la barrière pour libérer le GENKI retenu pour de multiples raisons ?

  • Ou encore de MEIMON / KIKAI, Mer d’énergie, connectant ainsi Koshi et Hara, élan vital et matérialisation ?

  • Ou enfin de MEIMON / SHINKETSU, travaillant puissamment l’origine de la Vie au travers des Merveilleux vaisseaux ?

Connaître le nom des points ouvre un champ de possibles et ajoute une interprétation symbolique à notre travail.

Car, de même que le symbole n’a de sens que s’il est agissant, de même une simple connaissance livresque des noms de points ne mènerait à rien qu’à une fugace satisfaction intellectuelle, stérile dans le sens où nos receveurs n’en profiteraient pas.

La pratique, d’abord la pratique, sous-tendue et soutenue par la connaissance.  Même si la connaissance ne dit rien sur la qualité de la pratique.

Autres associations


Ensuite, cerise sur le gâteau, nous pouvons associer à des phrases ou des mots où le même kanji apparaît.

Pour INOCHI, c’est assez évident (en fait, j’ai choisi le mot par solution de facilité).

Nous avons :

Namikoshi



OSEBA INOCHI NO IZUMI WAKU, deuxième partie du célèbre slogan de M. Namikoshi. Je renvoie au chapitre 5 de mon livre ‘Le Shiatsu, un Art Japonais’ pour une analyse détaillée de ce slogan par les kanji.

Le fait est que M. Namikoshi emploie le mot ‘Inochi’ (car il y en a évidemment bien d’autres pour évoquer la Vie) et toute l’analyse ci-dessus nous fait penser que ce n’est pas par hasard. Le Shiatsu concerne donc bien Inochi.

Mais la traduction ‘en pressant, on fait jaillir les sources de la Vie’ est insatisfaisante si on regarde les kanji. Un sens plus juste serait : Si on fait des pressions verticalement, le flux impétueux de la Vie jaillit soudainement.

Car ‘izumi’ signifie une eau bouillonnante avec une écume blanche. C’est plus l’idée du doigt qu’on met sur le tuyau d’arrosage. Un lâcher soudain fait jaillir une eau moussue, car sous pression.

L’énergie qui sous-tend la Vie et surgit à Meimon est de cette nature : c’est de la haute pression. Voilà qui nous renseigne sur la nature de ce qui se travaille ‘là’ avec le Shiatsu.

Nakazono


INOCHI , sous-titré « Le Livre de la Vie », est le titre d’un livre de M. Nakazono, Maitre de Shiatsu et d’Aikido.  

On y trouve, par exemple, cette affirmation : « nos ancêtres ont saisi l’ordre complet de la manifestation de la vie humaine comme un passage de l’a priori à l’existence réelle de l’être vers les phénomènes universels a posteriori, pour revenir à l’a priori. C’est le cycle complet de la manifestation universelle ».

Quand on dit « inochi », on entend donc même bien plus que l’espace entre la naissance et la mort d’un individu, mais plutôt l’énergie vitale, non-manifestée puis manifestée, ou, si vous préférez : Ciel Antérieur et Postérieur. La Vie avec une majuscule.

Inari norito


Un norito est une incantation rituelle propre au Shintô. On adresse au kami des mots de remerciements ou une demande. Dans l’Inari norito, il s’agit du kami Inari, qui apporte bienfaits et prospérité et est représenté par le renard blanc.

Le texte dit ‘Kakiha ni tokiha ni inochi nagaku’ -  ‘Accorde une longue vie, forte et solide’. Le but du norito est d’obtenir cette longue vie pour pouvoir travailler avec un cœur sincère.  Un peu plus loin, il continue par ces mots  ‘Si je commets une erreur, si je dévie de mon chemin Je prie le kami de m’aider à corriger mon chemin - Que de nouveau je puisse entendre clairement - Et que de nouveau je puisse être avec un esprit ouvert.

Voilà qui est bien propre au Shintô : mener une vie heureuse en harmonie avec la Grande Nature,  corriger ses erreurs et donc accompagner fluidement le flux de la vie. Nous sommes bien dans cette idée de Meimon  / Inochi !

Conclusion : un travail titanesque ? 


Allons-nous faire cela pour les 360 points repris généralement sur les cartes ? Non, bien sûr. Tous les points ne méritent pas ce traitement approfondi, car tous n’ont pas la même importance et nous en utilisons peut-être couramment 20%.

Mais pour les grands points… est-ce pertinent, ou pas, de chercher un peu l’étymologie des points et la façon de la transcrire dans la pratique ? Je vous laisse en décider pour vous-même.

En tout cas, cette méthode est intégrée, quand c'est pertinent, à la transmission telle que la pratique l’école Ôdô Shiatsu, où j’ai le plaisir d’enseigner.

Bonne pratique !

Thursday, 11 November 2021

Sammyaku no hô , la méthode en trois points pour connaître ou changer votre destin

ABSTRACT

Résumé de cet article :


De tous temps, l’homme a connu l’angoisse du lendemain et proposé plusieurs réponses, religieuses, philosophiques ou très pragmatiques à la question, pour simplement se rassurer.

Les temps que nous vivons sont venus nous le rappeler, si nécessaire.

Les sammyaku sont une pratique venue du grand fonds philosophique et médical oriental, qui s’est perpétuée jusque de nos jours. L’intérêt pour nous est qu’elle utilise des points que nous utilisons en shiatsu également.

Il s’agit de connecter en triangulation P8 sur l’artère radiale et ES9 à gauche et à droite sur les carotides. En cas de déséquilibre, il y a danger pour la vie.

La question n’est pas de savoir si ça marche ou si c’est scientifiquement vérifié. Dans le cadre propre au shiatsu, rappelons-nous :

  1. l'intérêt de nous ouvrir à diverses pratiques et d'être inclusifs

  2. la nécessité de nous harmoniser aux énergies du Ciel et de la Terre, une dysharmonie en nous-mêmes ou entre notre manifestation et l’Univers pourrait être fatale.

  3. les points travaillent à bien des niveaux, pas seulement sur le fonctionnement des organes, mais aux niveaux psychique, émotionnel et spirituel, ainsi que sur l’interrelation avec tous les êtres.

  4. faisons donc une incursion dans l'approche des pratiques divinatoires anciennes

  5. Energie acquise, énergie innée : pouvons-nous changer notre destin ? Qu'en disent les Orientaux ?

Tout cela est développé dans le texte. Et maintenant, bonne lecture !




SAMMYAKU NO HÔ

Allons-nous mourir tout à l’heure ? Ou demain ? Eternelle question, visiblement devenue obsédante pour beaucoup de personnes par les temps qui courent.

Chacun aura recours aux méthodes de prédiction ou de divination de son choix pour essayer de lire son avenir. Il y a pléthore ! Et ne dites pas que vous n’avez jamais cédé à la tentation.

Mais il y en a une qui vaut une analyse, car elle utilise des points de shiatsu que nous connaissons bien. On l’appelle le SAMMYAKU NO HÔ.
三脈の法.

C’est Itsuo Tsuda, esprit curieux et jamais en peine de raconter une bonne histoire qui m’a mis sur la piste de cette pratique. Dans ‘Face à la science’, tome 9 de son Ecole de la Respiration, il nous dit que son maître Noguchi (Haruchiko Noguchi, fondateur de la pratique du Seitai) enseignait les sammyaku aux pratiquants de Seitai vers la fin de la guerre, alors que Tokyo était exposée aux raids aériens. Ils savaient ainsi s’ils allaient mourir ou non. Voilà qui suscite notre curiosité. Creusons un peu.


Etymologie par les kanji


Pour savoir ce que c’est, comme d’habitude, allons voir les kanji

三 san, signifie 3 et devient sam par redoublement devant le m de myaku qui suit.

脈 myaku, veine, pulsation, pouls… mais aussi  ‘vaisseau’. On l’utilise pour les vaisseaux sanguins, mais aussi pour les  ‘vaisseaux curieux’  (dont le nom complet en Japonais est Kikei Hachimyaku, en Chinois Qi Jing Ba Mai et cela s’écrit pareil : Ki 奇 (extraordinaire, désigne les parcours hors méridien) Kei経(Méridien) Hachi八(Huit) 脈Myaku (circulation).

の no, déterminatif, signifie ‘de’

法, hô, signifie méthode, principe, système et celui-là, nous le connaissons aussi à cause du livre de Tempeki Tamai  指圧法, méthode de shiatsu.

Donc, 三脈の法, sammyaku no hô, se traduit habituellement par méthode des trois pouls. Mais gardons bien en tête l’idée de flux qui est inhérente au mot myaku.

Anticiper les dangers


Il s’agit en fait de vérifier la concordance de trois pouls spécifiques et d’en tirer les conclusions qui s’imposent.

Itsuo Tsuda replace la pratique dans le Japon ancien, puisqu’il nous raconte qu’on vérifiait les sammyaku lors des voyages des Daimyo (nobles japonais qui gouvernaient les provinces), avant le départ. S’il y avait perturbation dans les trois pouls, il y avait danger de guet-apens. Et donc, il ne fallait surtout pas rester là, et changer l’itinéraire.

Les sammyaku permettent de détecter une réaction de l’organisme face à un danger imminent.

Sensation plutôt émoussée chez les humains, d’habitude, mais pas chez les animaux. On sait que ceux-ci sont capables d’anticiper les catastrophes naturelles, voire, dans le cas d’animaux domestiques, la mort d’un humain ou la leur.

Pour ceux qui n’ont pas le mauvais pressentiment à fleur de peau, ou qui veulent vérifier leurs pressentiments, les sammyaku sont une méthode très pratique et facile. Si les trois pouls sont en concordance, on peut rester là. Sinon, il faut partir tout de suite.

Toujours utilisée de nos jours


En creusant un peu, j’ai été surpris de constater que le sammyaku no hô est toujours utilisé au Japon aujourd’hui, et même enseigné.

Ainsi, M. Ichibay qui se définit comme ‘ a sake drinker’ nous partage-t-il dans son blog ‘Sake, kimono and tabi’ ses réflexions sur le sammyaku au lendemain du tsunami de 2011 et nous raconte-t-il qu’il l’a appris de son ‘entraîneur en cascade’. Il faut comprendre par là la pratique Shinto de se tenir sous une cascade pour pratiquer le misogi (purification). Ainsi les sammyaku permettent-il de voir si, en allant sous une cascade, on risque, par exemple, une hypothermie, de glisser sur un rocher ou de se prendre sur la tête une pierre charriée par les flots.

On trouve également des vidéos en Japonais pour enseigner la méthode. Même la clinique ‘Kobe Rokkodo Osteopathic Institute Acupuncture and Moxibustion Institute Hanpo-do’ recommande l’utilisation de la méthode des trois pouls pour détecter les signes de danger.

Il nous est bien précisé que la méthode provient ‘des médecins chinois’ et que, bien qu’elle n’ait pas vraiment de fondement scientifique,  ce ne serait pas étonnant que les humains aient, comme les animaux, la capacité de sentir arriver les dangers. On peut aussi la voir comme une façon d’amener des informations du subconscient au conscient.

On l’utilise dans deux cas précis :

  • Soit plusieurs personnes dans le même espace l’utilisent et une seule n’est pas alignée, dans ce cas, elle a des signes de maladie.

  • Mais si d’autres personnes autour de nous ont également des signes de désordre, on peut penser à un accident majeur ou à une catastrophe naturelle impliquant plusieurs personnes se trouvant à cet endroit.


Dans tous les cas : fuyons.

Comment pratiquer ?


La pratique est extrêmement simple.

(crédit photo : site du kobe rokkodo osteopathic institute)




On prend  le pouls radial sur le poignet gauche si on est un homme et sur le poignet droit si on est une femme (yinyang, logique), en utilisant le pouce de l’autre main.

En tenant ce pouls, on place le pouce et le majeur de la main sur la carotide dite ‘primitive’, qui passe à gauche et à droite du cou.

Soit :

  • le pouls des deux carotides et du poignet est synchrone, tout va bien, pas de danger. 

  • les pouls sont désynchronisés, un grave péril est prévisible dans les 24 heures.
Il faut alors changer les activités prévues dans le futur immédiat (par exemple partir en voiture plutôt qu’en train, changer son vol, etc.) et reprendre les pouls.

Il faut procéder ainsi jusqu’à ce qu’ils redeviennent synchrones.

Après, on trouve des raffinements :

  • les trois pouls sont désynchronisés : grand danger
  • seul le poignet est hors phase : problèmes relationnels (procès, dispute…)
  • la carotide gauche est hors phase : problème d’argent (vol, fraude…)
  • la carotide droite est hors phase : vitalité affaiblie, maladie aigüe…

M. Ichibay a poussé la bonté sur son blog jusqu’à démontrer clairement comment faire.



Pertinence et intérêt par rapport au Shiatsu


On entend d’ici ricaner ceux qui se piquent d’approche scientifique, prompts à qualifier de superstition ridicule ce genre de pratique. Ce serait adopter une approche mentale qui crée des catégories qui, en fait, n’ont pas lieu d’être. Toute la médecine (orientale et occidentale) est, qu’on le veuille ou non, le fruit de recherches empiriques, vérifiées et structurées par l’expérience répétée au long des siècles.

On pourrait aussi le prendre à la japonaise, comme le fait M. Ichibay, disant qu’on ne sait pas si ça marche, mais vu que c’est gratuit, ça ne coûte rien d’essayer. On retrouve là la curiosité et l’ouverture des Japonais, toujours prêts à examiner quelque chose et, le cas échéant, à l’améliorer. Ce que, pratiquant un art Japonais, nous devrions également être toujours disposés à faire, en étant inclusifs dans notre pratique.
 
Personnellement, j’accorde de l’intérêt à ces choses que l’on se passe ainsi dans toutes les traditions depuis des générations. Même si, évidemment, je ne vais pas me prendre les sammyaku tous les matins, ce qui laisserait soupçonner un possible déséquilibre psychologique.

Mais, surtout, le fait de prendre les pouls sur des points bien précis incite à voir si on ne peut pas en tirer des enseignements pour notre pratique du shiatsu ou notre réflexion.




Origine historique des sammyaku


Dans la nébuleuse historique qui entoure toutes ces pratiques orientales, je trouve une référence qui situe l’origine des sammyaku dans la partie médicale du Qi Men Dun Jia.  Le mot (chinois) existe curieusement tel quel dans le dictionnaire japonais et se compose de 4 kanji

奇 étrange (c’est le même que pour les méridiens merveilleux, donc comprenons ‘hors parcours habituel)
門 porte
遁 fuir
甲 armure, carapace

Donc ‘armure pour fuir par l’étrange porte’ ou une porte inhabituelle.

On apprend ensuite que le Qi Men Dun Jia est un art divinatoire Chinois, toujours usité de nos jours  pour divers cas de divination (affaires, mariage, fortune, Feng Shui, voyages, etc.). De nature plutôt stratégique à la base, il permettait de remporter des combats. Il est basé sur les éternels archétypes de l’esprit chinois : Yinyang, 5 éléments et des carrés magiques de 3 x 3. Certaines pratiques travaillent sur les Shen (‘esprits célestes) tandis que d’autres, plus ésotériques, utilisent les talismans, incantations et démons. Arts du Ciel et de la Terre, donc, tout ceci est bien reconnaissable.


De nos jours, et en Occident, des consultants européens (l’institut Marip, par exemple) l’utilisent pour conseiller des chefs d’entreprise. Voyez ici un site bien explicatif concernant le Qi Men Dun Jia.

Comme le précise le site de Marip,  divination ne veut pas dire croyances et magie, mais c’est un modèle opérationnel, tentant de décrypter et donc d’anticiper les mouvements de l’Univers. Le Yi Jing constitue un autre outil en ce sens. Et la tradition chinoise en propose bien d’autres encore.

Nous voyons donc deux versants à l’utilisation de toutes ces pratiques dites divinatoires:

  1. L’approche ‘Ciel’ : énergétique, une utilisation abstraite, tentant de comprendre et d’anticiper les mouvements de l’Univers, et savoir comment nous aligner.
    Ce que nous pourrions traduire en shiatsu par la pratique du Ki Do Ma : la bonne action (Ki) avec la bonne intensité (Do) et dans le bon intervalle (Ma).
    La fonction rituelle de l’Empereur, en quelque sorte.

  2. L’approche ‘Terre’ : une utilisation matérielle dans le quotidien de la vie individuelle : savoir ce qui va se passer demain, si on va mourir ou non, comment se concilier les puissances extérieures, etc.
    En shiatsu, on pourrait traduire cela par si je pousse sur tel point, tel effet va s’ensuivre. Les manuels en sont pleins.
    Notre vie d’homme ordinaire, quoi.

On peut aussi utiliser le Yi Jing de deux façons. Ce serait en Occident, par analogie, la différence de regard entre l’astrologie et l’horoscope, ou l’utilisation que l’on peut faire du tarot.

Il n’y a pas de choix ou de jugement à émettre concernant l’utilisation qu’on en fait. L’Homme, entre Ciel et Terre, a pour privilège de pouvoir observer le Ciel et de prendre soin de la Terre. Tout dépend de vers où on regarde.

Conernant les sammyaku, l’approche ‘Terre’ est évidente. Vais-je mourir demain ? Voyons si une approche ‘Ciel’ est possible, et pour cela, il faut aller voir les points.

3 points et un triangle


Le point de poignet est sur le Poumon et on pourrait hésiter entre P8 et P9, sauf que P9 se situe ‘dans un creux en dehors de l’artère radiale ».

Ce serait donc plutôt P8, Keikyo, en Chinois Jing Qu, traduit habituellement par gouttière du vaisseau et situé précisément ‘dans la dépression sur le côté latéral de l’artère radiale’.

Le kanji est particulièrement intéressant :

經
KEI
est le même que dans Keiraku (méridien) et indique donc : la chaîne d’un tissu, une route Nord-Sud, un méridien, une longitude, les vaisseaux d’un corps (artères, veines, nerfs…), le pouls et les classiques ou même les sutra. On voit l’idée de trame verticale.

渠 KYO associe une équerre en bois et l’eau : un lieu où les eaux se rassemblent, un canal, un fossé Philippe Laurent nous dit que keikyo désigne donc un lieu : la gouttière radiale, où on palpe le pouls. Après un détour sur P7, le méridien reprend son alignement sur l’artère radiale. Pour toute indication thérapeutique, on nous dit que ce point ‘régularise l’énergie du poumon’.

Les points du cou sont sur les artères carotides gauche et droite. Nous sommes ici sur ES9, sur le bord antérieur du SCM, ‘où on sent battre la carotide’.

Le nom Chinois est Ren ying, le nom Japonais Jingei  et Philippe Laurent analyse les idéogrammes comme suit :

人 Humain
迎 Heurter, aller à la rencontre.

Littéralement ‘rencontres humaines’, en Chinois médical ‘carotides’.

C’est un point mer du Qi et Fenêtre du Ciel, il équilibre le sang et l’énergie.

Si on reste sur l’étymologie basique de ces points, nous sommes donc en train d’examiner comment sont les sammyaku (les trois circulations) sur des endroits du corps qui nous parlent d’énergie qui doit reprendre son cours normal et de ce qui peut venir à la rencontre de l’Homme ou le heurter.

Si on regarde les fonctions des points P8 et ES9, nous trouvons 'régulariser l'énergie du poumon' et équilibrer le Sang et l'énergie.

Si on regarde ensuite quelques fonctions des organes/entrailles sur les méridiens desquels se situent ces points précis, nous trouvons :

  • Le Poumon gouverne le Ki, le fait descendre et le diffuse à chaque organe et chaque tissu. Par la respiration, il gère également l’interaction entre l’extérieur et l’intérieur, et intervient à plusieurs moments  dans  la complexe interaction des différents types de Ki.

  • L’Estomac est le réceptacle des liquides et des graines, il réceptionne et décompose les aliments.  L’énergie de l’Estomac est le fondement de l’homme. Quand le Qi de l’ES est présent, c’est la vigueur, la vie et la santé des 5 organes.

Selon le docteur Manola Souvanlasy Abhay (in ‘La médecine énergétique chinoise’), la qualité du Qi de l’ES est un facteur de pronostic de vie ou de mort dans des maladies graves. Source de la nutrition. L’état du Qi de l’ES se reflète dans le pouls qui doit être harmonieux, calme, vigoureux, ni rapide, ni lent.


En posant les doigts en connexion sur P8 et ES9, nous interrogeons donc les deux aspects de l’énergie acquise (respiration et nourriture) et les mettons en relation :

  • Nourriture immatérielle et matérielle, indispensables à la vie

  • Ki Ketsu, qualité du Ki  et du Sang

  • Ciel / Terre

On peut comprendre que s’il y a perturbation sur la circulation ou la qualité de l’énergie acquise, il risque d’y avoir un problème. Le plus étonnant, c’est qu’on nous dise que les problèmes vont venir d’événements extérieurs. Constatant un déséquilibre sur trois points, nous aurions en effet tendance à maintenir la connexion pour tenter de régulariser. Mais ici, le diagnostic est bon ou mauvais et la correction à effectuer est dans l’interaction avec le monde extérieur et sur l’endroit où va se situer, ou non, le corps.

C’est étrange, ou non… selon ce qu’on veut considérer. N’y aurait-il pas ici une réflexion à mener sur le plan de l’énergie innée ?


Connaître ou modifier notre destin ?


Car un petit commentaire innocent trouvé au sujet des sammyaku me met sur une autre piste bien intéressante. ‘S’il y a danger de mort dans les 24h, le sens de l’existence (the sense of existence) détectera le danger et dérangera le pouls afin que la personne en prenne conscience’.  

Si on parle de ‘sentiment d’exister’, on appellerait cela le pressentiment. Auquel cas, les sammyaku sont une méthode qui objective un pressentiment, selon le principe que, si l’esprit peut être aveugle, le corps, lui, ne ment jamais.

Mais si on parle de ‘sens de l’existence’, ou encore de ‘destinée’, la question est de savoir si on peut connaître son destin. Car l’énergie vitale innée est disponible pour son temps de vie terrestre. Pouvons-nous seulement subir ou modifier le destin ?  

Il existe un grand point qui nous parle de cela, VG 4, Meimon, Porte de la destinée

Mais attention aux concepts de nouveau. Rien à voir avec le fatum latin ou l’
Ἀνάγκη grecque (anankê) où tout est écrit d’avance.

Le kanji utilisé ici est ‘inochi’ 命(le même qui apparaît dans le célèbre slogan de M. Namikoshi –‘inochi no izumi waku’). Inochi concerne à la fois la vie vue dans sa finalité et l’existence humaine. Quand on choisit de dire Inochi, on entend bien plus que l’espace entre la naissance et la mort d’un individu, mais plutôt l’énergie vitale, non-manifestée puis manifestée, ou, si vous préférez : Ciel Antérieur et Postérieur. La Vie, le flux qui nous traverse, quoi.


Meimon est le point où surgit Inochi
. Selon Elisabeth Rochat de la Vallée ( in ‘101 notions-clés de la Médecine Chinoise’), la destinée est donc la force vitale, le sort individuel, la durée de vie allouée à chacun, en même temps qu’elle est vie personnelle à mener, destin à accomplir. Le passage par une porte fait entrer dans la vie. 

La porte de la destinée est le lieu où commence une vie personnelle, là où le dessein du Ciel rencontre la possibilité terrestre de prendre corps, où Yin et Yang se croisent, essences et souffles commencent à se compénétrer, le champ de cinabre, les reins.

Il existe donc à tout moment la possibilité que ce destin s’interrompe, par accident ou parce que c’est la fin de la Vie et la question est de savoir si nous pouvons y faire quelque chose.

 Cette question n’est absolument pas tranchée, tant il y a deux écoles. Il en fut de même chez les Chinois et il y a eu des changements dans l’approche philosophique de la culture médicale taoïste.

Avant l’époque Song (960 -1279), on se base sur la conviction que la vie est prédéterminée. La pratique alchimique ne peut rien modifier, il s’agit de découvrir et de réaliser son propre parcours. C’est l’harmonisation au mouvement qui va du Jing au Shen, la réalisation de l’essence. Laisser s’accomplir le grand Shen.

A partir de la dynastie Song, l’idée se développe que ce qui est établi peut être modifié, le destin peut être changé grâce à l’approche médicale, l’énergie et l’esprit peuvent provoquer une transformation de l’essence. Le mouvement n’est plus seulement ascendant, on peut travailler à double sens.


Et c’est alors que ‘l’on voit apparaître, notamment, l’introduction parmi les stratégies thérapeutiques des méridiens curieux, par l’intermédiaire desquels on peut agir au niveau des énergies constitutionnelles : Jing et Gen’. (In Emilio Simongini & Leda Bultrini  ‘le psychisme dans la médecine Chinoise’). Mais voilà encore une belle et compliquée histoire.

La pratique des sammyaku n’entre absolument pas dans ce cadre.

Mais, sachant tout ce qui précède, en certaines occasions, je me vois bien faire les sammyaku. Un check point de plus pour voir si Ki mochi ga ii : l’état du ki est bon.

Et vous ?

Voilà où, partis de trois petits points, nous pouvons arriver. Ne pratiquons-nous pas un art merveilleux ?


Retour à l'abstract pour réordonner les pensées.



Monday, 7 December 2020

Le parfum quantique du shiatsu


Il y a une petite centaine d’années, maintenant, plusieurs scientifiques de talent ont découvert les lois innovantes de l’infiniment petit et de l’infiniment bref. 

Ils s’appelaient Max Planck, Albert Einstein,  Niels Bohr, Louis de Broglie, Wolfgang Pauli, Erwin Schrödinger, Werner Heisenberg, Paul Dirac… 

La théorie quantique n’a jamais été mise en défaut sur le plan scientifique. En même temps, elle nous interpelle sur le plan métaphysique, car elle remet en question notre perception de l’Univers.

Il y a un peu plus de 80 ans apparaissait le mot ’shiatsu’ au Japon. Il s’agit d’une pratique aux multiples facettes qui, au départ du corps, atteint d’autres plans, émotionnels, psychologiques, spirituels, relationnels… Enraciné dans une conception orientale de l’Univers, le shiatsu emprunte à des horizons très divers, occidentaux ou orientaux, anciens ou modernes et réalise un syncrétisme à portée universelle.

A priori, aucun rapport entre les deux, à part l’époque d’émergence. Sauf qu’il y a des analogies frappantes, et vous savez comme il peut être éclairant de penser par analogies (les anciens Chinois n’ont pas fait autrement).

Et donc, quand je pratique le shiatsu, cela m’évoque parfois la quantique, et quand je lis sur la quantique, cela me fait parfois penser au shiatsu. Le filigrane de ce texte est ainsi une grande analogie.

Creusons un peu.

On n’y comprend rien, mais ça marche…  


Rassurez-vous, je n’ai aucune base scientifique et donc pas la prétention de comprendre ou d’expliquer la physique ou la mécanique quantique.

D’ailleurs, comme le précise Science & Vie d’octobre 2020, ‘la théorie quantique est uniquement un ensemble de règles mathématiques utilisées pour décrire le comportement de la matière’. Par conséquent, seuls les spécialistes maîtrisant ces calculs peuvent comprendre la théorie. Voilà du péremptoire.

Suivi toutefois d’un volte-face finalement bien oriental : peut-on utiliser une théorie que l’on ne comprend pas ? ‘Bizarrement, oui’, répond Science & Vie… car la théorie quantique est déjà utilisée dans de multiples applications (lasers, transistors, LED, smartphones, clés USB...) et même des ‘étrangetés’ peuvent être exploitées ‘sans que l’on comprenne exactement ni leur origine ni leur signification profonde’.

Bref, on ne sait pas pourquoi et comment ça marche, mais ça marche… En voilà déjà une belle, d’analogie. Car en shiatsu, on est un peu confronté à la même situation : on a beau essayer d’expliquer d’où cela vient et comment ça marche exactement… on n’y arrive pas bien, mais ça marche !

Serions-nous dans la même couche de la réalité ? Pour Ryokyu Endo, par exemple, les méridiens sont le courant d’énergie vitale, la Vie qui sous-tend le fonctionnement du corps. Nous voici en quelque sorte dans la trame (le monde sub-atomique, si on veut) et cela nous invite à abandonner toute tentative d’explication anatomique et toute spéculation sur la détection physique des méridiens : on ne trouvera rien. De même, les particules dont s’occupe la physique quantique sont invisibles pour la physique classique et ne répondent pas aux mêmes lois.

Les 7 grands principes de la quantique et le shiatsu

A l’heure actuelle, 7 grands principes ont été découverts, qui décrivent le comportement des objets du monde de l’infiniment petit. Exposons-les brièvement et voyons s’ils nous font connoter à des expériences connues en shiatsu.

1. La dualité onde-corpuscule : tout objet quantique peut se comporter à la fois comme une onde ou un corpuscule. L’observateur influence ce qu’il voit : soit l’onde, soit le corpuscule

2. L’incertitude : il n’est pas possible de connaître en même temps deux états d’une particule, par ex. sa vitesse (onde) et sa position (corpuscule)

Dans un article précédent, j’évoquais la (fausse) dualité entre les shiatsu dits ‘de points’ (tsubo) et ‘de méridiens’ (keiraku) et posais la question de savoir si cela ne dépendait pas plutôt de ce que l’on considère en premier.

Si on regarde l’onde, on ne voit pas la particule : keiraku shiatsu (des méridiens)

Si on regarde la particule, on ne voit pas l’onde : tsubo shiatsu (des points)

Dans la réalité, il y a les deux, un  indifférencié. Quand il n’y a pas d’observateur, il y a les deux… 

C’est la fameuse expérience de pensée du chat de Schrödinger. Tant qu’on n’ouvre pas la boîte, il est à la fois mort et vivant.

3. La superposition : un objet quantique peut être naturellement dans deux états à la fois en même temps : sens de rotation (spin up and down), fondamental et excité, ici ou ailleurs

Pour un esprit oriental, cela n’a rien étonnant. Pensons à YinYang. Il n’y a jamais exclusivement Yin et Yang, mais toujours YinYang, l’énergie est toujours les deux à la fois. Il y a mouvement vers l’un ou l’autre. Et dans le Yi Jing, quand on atteint le sommet du Yang, le Yin apparaît et inversement. Il n’y a pas d’état stable et figé de l’énergie (ou alors il y aurait justement comme un problème).

4. La décohérence : la mesure (ou l’observation) d’un objet en état de superposition conduit à sa décohérence. Ceci peut être déclenché par une infime variation de lumière, de champ magnétique, de température… Tout est en interconnexion et dès que l’observateur s’en mêle, on ne voit plus qu’un aspect. De plus, à chaque mesure, l’état observé peut être différent.

Cela me fait penser au diagnostic. L’énergie change sans cesse et donc, un diagnostic reflète l’instant où on le fait. Deux minutes après, si on refait le même sans aucune intervention, il ne sera normalement pas le même. C’est pourquoi le diagnostic donne une direction de départ et, par la suite, le traitement est le diagnostic.

5. Les quanta : il y a les fameux sauts quantiques, qui font qu’un objet peut passer brutalement d’un état à un autre, par paliers : les quanta.

Cela ressemble à la ‘photo d’avant’ et la ‘photo d’après’ la séance. Nous devrions photographier le visage de la personne qui rentre et qui sort, il n’est jamais le même. Il y a eu la séance entre les deux, mais on ne peut pas parler d’une progression linéaire, mesurable, avec des étapes bien déterminées et identifiables. Comme un saut quantique, donc.
 

6. L’intrication et la téléportation : deux objets liés se comportent comme un seul et même objet. Ainsi même à très grande distance, quand on modifie une particule, l’autre se modifie instantanément. C’est en quelque sorte l’abolition de l’espace-temps.

Je vous évoquerai cette étrange expérience que j’ai faite par deux fois. Pendant que je travaillais sur un endroit du corps, la personne ressentait  physiquement les mêmes pressions au même rythme de l’autre côté du corps, comme si quelqu’un d’invisible travaillait en même temps. On peut tenter d’expliquer de multiples façons… mais ça ressemble à de l’intrication, non ? 


7. L’effet tunnel (la fonction Josephson)
: un objet quantique se comportant comme une onde traverse un obstacle infranchissable (un effet passe-murailles).

Ni les vêtements ni le corps ne sont une barrière au travail énergétique. Nous n’envoyons pas d’ondes, évidemment, mais le toucher (matériel) va toucher en profondeur les niveaux d’énergie et la sensation de descendre dans le corps est fréquente.

Pas la peine de chercher à tout prix des ressemblances, mais avouons que travailler sur l’énergie ne suit pas les règles de la compréhension ordinaire du monde et que c’est sans doute la raison pour laquelle la science classique  est méfiante, parfois rejette ou condamne, malheureusement. La vision quantique de l’Univers est plus en affinité avec les pratiques énergétiques.

La perspective change complètement, en fait,  dès qu’on sort de la conception mécaniste de l’Univers (matière, cause/effet…) pour considérer l’angle informationnel, le flux d’informations permanent qui s’échange dans le corps et dans l’Univers entier.

Ou comme le dit l’excellent article de Martine Migaud, praticienne de Qi Gong au Canada, à propos des Méridiens Extraordinaires ; ‘l’ordinaire est nourri et conduit par l’extraordinaire’, ou encore ‘la matière même de notre être est un continuum qui va de l’individuel à l’universel’.

L’arrière-plan cosmologique nous détermine


On peut se demander pourquoi il est si compliqué en Occident de faire rentrer dans les mœurs des pratiques énergétiques ou une vision de l’Univers un peu plus ‘intégrative’, pourquoi il faut que nous nous séparions ainsi de la Nature et des autres êtres vivants.

Itsuo Tsuda qui, décidément,s’intéresse à tout et porte un regard japonais sur nos manies occidentales, en donne un bon résumé dans ‘Face à la science’, le 9ème tome de son ‘Ecole de la respiration’.

Il relève que la science occidentale est le produit de la cosmologie antique, dans notre cas, celle des Grecs. Hindous, Chinois et Japonais ont développé une autre cosmologie et ne sont pas arrivés à une ‘science’ au sens occidental.

Il y a effectivement plusieurs systèmes d’explication de l’Univers possibles selon le penseur qui a plus ou moins triomphé dans la philosophie à une époque donnée.

A ce sujet, il n’y a qu’à écouter les cours de philosophie de Michel Onfray qui nous parle des philosophes antiques dont la pensée a été écartée voire les œuvres détruites pour se rendre compte qu’on n’a pas gardé les plus ouverts, les plus perspicaces et les moins nuisibles comme modèles. La religion chrétienne n’a rien arrangé par la suite. L’histoire de la pensée occidentale est en majeure partie une série d’opportunités manquées (parfois juste de se taire) et le résultat est l’humanité contemporaine.

Scientifiquement, nous avons évolué (avec peine) du géocentrisme à l’héliocentrisme puis à la relativité. Si on veut : la Terre, puis le Ciel, puis on ne sait plus bien. Quand on s’est détaché de la métaphysique (l’influence de la religion chrétienne sur la science), deux approches scientifiques sont apparues :

  1. La déduction : on pose des axiomes, des principes évidents et on tente d’y faire rentrer l’Univers. La réalité, la pratique doit coller à la théorie. C’est Descartes et c’est français.

  2. L’induction : on observe les phénomènes pour arriver à des principes d’une portée universelle. On évacue ou ignore quelques contradictions ou imprécisions. C’est Newton et c’est anglais.

Jusqu’au début du XXème siècle, la physique de Newton était indiscutable. Si on reste à l’échelle humaine dans notre système solaire, elle peut effectivement nous suffire et nous a bien aidés. Mais dès qu’on va dans l’infiniment grand ou l’infiniment petit, d’autres lois apparaissent.

Depuis Einstein, ni la Terre ni le Soleil ne sont le centre de l’Univers, il y a autant de systèmes de référence que de positions de l’observateur, il n’y a en fait que des relations de mouvement réciproque entre deux points. Depuis les scientifiques quantiques, le monde n’est pas ce que nous voyons. La matière n’est pas ce truc solide que nous croyons. Et l’observateur est étroitement mêlé à ce qu’il voit. Mais peu importe, le monde a toujours été quantique… même avant que nous ne le découvrions.

Quantique le Ki, lui aussi 

Finalement, les pratiques énergétiques travaillent en grande partie avec et sur le Ki, concept indéfinissable. Mais c’est pareil : il y a toujours eu le Ki avant que nous le définissions. Quand on a lu les 9 livres de M. Tsuda, on ne peut toujours pas donner une définition du Ki, on a un champ de possibles basé sur l’expérience, le ressenti.

Citons-le, pour voir s’il n y’a pas là quelques analogies avec la quantique :

‘Le Ki n’est pas une idée obtenue suite à un effort intellectuel d’induction. Il est primaire. C’est ce qu’on sent antérieurement à toute réflexion. C’est ce qui nous fait agir et réagir, volontairement ou involontairement, consciemment ou inconsciemment.

Si le Ki était un phénomène quelconque, il n’y aurait aucun inconvénient grave à adopter un terme plutôt qu’un autre (magnétisme, radiation, vibration, émanation qui correspondent au Ki mais n’en couvrent pas tous les aspects). En adoptant un de ces mots ou plusieurs, je serais acculé à abandonner toutes possibilités de développement philosophique  que je voudrais entreprendre.  Le Ki n’appartient pas au système de pensée qui oppose le phénomène au noumène. Il peut agir sur les phénomènes. On peut le sentir ou pas du tout. On ne peut pas le démontrer objectivement. Si on le démontre, ce n’est plus du Ki.

Si le Ki flotte dans l’incertitude, il ne peut pas être l’objet de la science au sens XIXème. Mais bien  un défi à la science du XXème, à présent qu’on est acculé à accepter l’incertitude comme une vérité rigoureuse.  Le Ki transcende le cadre des phénomènes définis par l’espace et le temps.’

Voilà qui fait penser à ‘ le Tao qui peut être nommé n’est pas le Tao’.

Ou encore, à Eckhart Tolle : ‘Le Ki est le lien entre le non-manifeste et le monde physique’.

Et, pour les Indiens, Pierre Feuga (in ‘Cinq visages de la déesse’) : ‘Tout, dans cet univers, depuis le moindre brin d’herbe jusqu’aux plus lointaines galaxies, est animé par Prânâ, l’Energie. Son omniprésence, sa puissance infinie rendent, sinon inutiles, du moins bien relatives les notions d’esprit et de matière.’

Et de rappeler la célèbre formule tantrique : ce qui est ici est là, ce qui n’est pas ici n’est nulle part. Non pas dans la seule perspective microcosme / macrocosme (analogie constitutive de l’homme et de l’univers), mais en tant que moyen et que puissance. Changer ici, c’est changer là, et revoici l’intrication quantique. 

Je n’influence pas, vous vous ferez votre propre idée sur le fait de savoir si, oui ou non, il y a des analogies entre le Ki et le niveau quantique de la réalité. 

Au long des mots ce délicieux parfum


Laissons maintenant de côté l’épistémologie et glanons des affirmations trouvées dans des articles sur la quantique :

  • Tout est lié, il n’y a pas  compétition mais association
  • Il n’y a plus de moi et d’autre
  • Mon regard crée l’univers que je vois
  • La quantique est une remise en question de lois censément infaillibles
  • La primauté est à l’expérience
  • Il n’y a plus de causalité locale mais globale, concernant l’Univers en son entier
  • Plus de contradiction, d’opposition, de ‘ou’, tout cela se réunit sur un autre niveau de réalité, la logique du tiers inclus demande les deux
  • Le monde invisible est aussi important que le monde visible
  • Il n’y a plus de dogme
  • Le monde intérieur et extérieur sont constamment interconnectés
  • La réalité est une
  • La quantique souligne l’importance de l’harmonie avec notre environnement
  • Nous sommes illimités
  • Le vide est rempli d’énergie, il est porteur d’une énergie infinie
  • Un océan d’énergie électromagnétique danse invisible sous la surface du monde
  • Dans un hologramme, la partie contient le tout
  • Tout n’est pas séparé, divisé et déterminé, mais fait d’unité et d’interconnexion

Comme le dit Basarab Nicolescu, dans la revue ‘Kaizen’, hors-série nr10, consacrée au… Souffle quantique : ‘La théorie quantique demande une transformation intérieure’. Pour comprendre, il faut d’abord se transformer soi-même.

Ne le répétons-nous pas au fil de tous ces articles ? La principale chose à faire est le travail sur soi.

Ces affirmations vous évoquent-elles quelque chose en rapport avec votre pratique ? Je vous laisse décider pour vous-mêmes, mais, depuis ma position d’observateur, c’est bien le cas. Et donc, pour moi, il flotte bien dans le shiatsu un délicieux parfum quantique.

Il nous reste, à toutes fins de complétude, à explorer deux approches quantiques de la santé.

Médecine quantique ?

Les incroyables découvertes de la quantique datent d’il y a presque 100 ans… mais on ne les enseigne toujours pas à l’école et le grand public ne les connaît pas vraiment. Malheureusement, et comme d’habitude, les Etats luttent pour obtenir ‘la suprématie quantique’ et investissent massivement dans des applications militaires, destinées à anéantir ou espionner les autres ou à s’arroger des monopoles. Conséquence de l’arrière-plan philosophique évoqué plus haut…

On peut quand même espérer voir d’autres applications, vu qu’il s’agit de lois universelles, et, pourquoi pas, dans le domaine de la santé. Il y a déjà l’effet de mode du mot ’quantique’, qui implique quelque chose de mystérieux et on voit fleurir des appellations comme finance quantique, architecture quantique, hypnose quantique…   A la grande fureur des scientifiques, qui considèrent la quantique comme leur apanage. C’est comme le mot ‘thérapie’ qui fait bondir certains médecins. Le problème, c’est de ne pas abandonner nos conditionnements conceptuels.

Et donc, il y a déjà une discipline qui s’appelle la ‘médecine quantique’. Selon Science & Vie, rien de sérieux là-dedans, aucune preuve d’efficacité et une caution scientifique usurpée donnée par le mot ‘quantique’.  Selon Wikipedia, une ‘pseudo-science’.

Tout conditionnement conceptuel mis à part, il y a des soignants qui expérimentent avec la vision quantique.

Ainsi le docteur Jean-Louis Garillon, vice-président de l’Institut International de Medecine quantique de Moscou, nous la décrit-il en ces termes : ‘la médecine quantique est une thérapie complémentaire personnalisée, comme la MTC, l’Ayurveda… Elle se fonde non pas sur l’action de substances chimiques dans le corps, mais sur des réactions d’ondes ou de champs électromagnétiques particuliers émis au niveau de l’organisme. Son objectif n’est pas de combattre un symptôme particulier, mais de remonter à sa source pour en comprendre et en traiter les causes, afin de ramener le patient à son point d’équilibre, c’est-à-dire à son état optimal de santé. Elle repose sur l’utilisation d’appareils spécifiques ayant en commun des mécanismes de ‘résonance’.

Ceci nous ramène à une période récente peu connue, lorsque la Russie s’appelait l’URSS. A l’époque, les scientifiques russes ont exploré des pistes étonnantes en matière de médecine, de soins, de jeûne, de phénomènes psychiques et parapsychiques… Tout cela s’est perdu plus ou moins avec le déclin du communisme, faute de financement, évidemment. 

Les recherches russes en médecine dite quantique ont par contre été motivées par une très intéressante constatation de la recherche spatiale : dans l’espace, l’allopathie ne fonctionne pas pour certains problèmes de santé. Raison : l’apesanteur, l’absence de champ magnétique terrestre et, en orbite, 16 rotations quotidiennes autour de la Terre. La physiologie des cosmonautes se modifie, mais pas le processus fonctionnel énergétique. L’énergie sous-jacente à l’activité des organes ne change pas. Et donc, une médecine basée sur l’utilisation des quanta a commencé à se développer, utilisant des machines capables de rectifier les champs énergétiques perturbés. On ne traite pas le corps, mais les champs électromagnétiques.

Constatons que :

  • notre santé est déterminée en tout temps et en tout lieu par les composantes ondulatoires et informationnelles de l’organisme, et non exclusivement par la matière et la chimie

  • la médecine classique ne fonctionne bien que sur Terre, où elle est soumise aux lois de la physique classique

  • les thérapies énergétiques fonctionnent sans doute dans tout l’Univers, car l’énergie n’est pas soumise aux conditions d’un seul système

Voilà qui pour nous est très excitant ! Il va falloir embarquer un praticien / une praticienne de shiatsu dans la prochaine mission spatiale, pour vérifier.

Je crois que le mot 'résonance' est fondamental dans les futurs développements des thérapies énergétiques, qu'il s'agisse de son ou de recherche de la justesse de certaines connexions.

Le Quantum Shiatsu

Certains praticiens de shiatsu ont déjà exploré la voie de la quantique. Il existe une branche du shiatsu appelée Quantum Shiatsu, fondée par Pauline Sasaki, une élève de Shizuto Masunaga, Wataru Ohashi et Akinobu Kishi.

Le Quantum Shiatsu explore bel et bien des concepts que nous retrouvons dans la quantique. Ainsi, on considère que les 12 méridiens se connectent en un seul flux et que tous les méridiens peuvent être travaillés à partir de n’importe quel point (la ‘cohérence quantique’). On parle de corps d’énergie, de fusion des différents niveaux de corps d’énergie, de trame, d’activation ADN… Et le shiatsu quantique se pratique aussi bien de façon physique qu’à distance.

Pour le dire avec les mots de sa fondatrice, feue Pauline Sasaki : ‘le Quantum Shiatsu est un style de travail corporel qui reconnaît les aspects multi-dimensionnels de l’énergie dans le corps physique. La plupart des styles de shiatsu basent leur théorie et leur pratique uniquement sur les principes anciens dérivés des médecines chinoise et ayurvédique. Le Quantum Shiatsu va un pas plus loin et incorpore des concepts de la physique quantique qui illustrent comment le corps physique peut fonctionner comme un champ de vibrations énergétiques en expansion et contraction’.

C’est cohérent avec ce que nous avons dit des cosmologies ou représentations du monde à la base de telle ou telle science. Le Quantum Shiatsu part sur un paradigme supplémentaire, il ne reste pas sur la vision du monde chinoise / japonaise à la base de la plupart des compréhensions du shiatsu, mais il ajoute la vision quantique.

N’en ayant jamais vu pratiquer ou reçu, je m’abstiendrai de tout commentaire. Il est bon de savoir que cette voie a déjà commencé à être explorée par des praticiens de shiatsu.


De la nécessité de nourrir notre shiatsu 

Arrivé au terme de cet article, on peut se demander  ce qui peut bien motiver à écrire des choses pareilles quand on fait du shiatsu.

Il y a tout d’abord le fait qu’avec le shiatsu comme métier, j’ai cessé d’être schizophrène. C’est-à-dire que ma vie ne fait plus qu’une car le shiatsu est devenu ma vie, et non pas mon travail. Et que, par conséquent, je n’ai pas de hobbies pour me distraire ou me reposer de mon travail, mais tout concourt à une même réflexion ou, mieux, un même élan : la Vie. Depuis le temps que la quantique me chipote l’esprit, la réflexion s’accomplit petit à petit et, un jour, c’est plus ou moins présentable.

Il y a ensuite tout l’intérêt d’être curieux et de penser de façon analogique. Finalement, tout le monde dit plus ou moins la même chose, les religions, les philosophies, les sciences, les styles et écoles de shiatsu. Plutôt que de nous épuiser à nous contredire et nous critiquer, intéressons-nous à la diversité des approches et regardons le monde depuis le point de vue de très nombreux observateurs. C’est un enrichissement.

Et enfin, il me semble que nous devons rester (ou devenir) de bons généralistes, c’est-à-dire des gens curieux, ouverts et capables de faire des correspondances. Il y a toujours bien un ou plusieurs domaines où nous aimons nous spécialiser, par goût ou affinités. Mais le danger des spécialisations est de ne considérer qu’un seul aspect, et la vie n’est pas une spécialisation. 

Sentons-nous donc tout à fait légitimes d’avoir un avis ou un regard sur les choses qui ne sont pas à strictement parler de nos compétences… à condition d’apporter un éclairage et un questionnement non-péremptoires. Cela ne veut pas dire que la pratique doit devenir un fourre-tout hétéroclite de choses glanées à gauche à droite. Mais soyons des touche-à-tout. Il s'agit bien de nourrir et de se nourrir.

En vous souhaitant dès à présent de nombreux ressentis quantiques…