Ce blog sur le shiatsu vous propose de découvrir les multiples facettes du shiatsu. Le cabinet de shiatsu, installé dans le quartier Schuman à Bruxelles, vous permet de ressentir ses bienfaits sur votre santé.
L’article précédent nous invitait à comprendre
ce que l’on entend par ‘méridien du Cœur’. Dans celui-ci, nous allons préciser
ce qu’en Orient, on entend par ‘Cœur’, car c'est cela que nous travaillons en Shiatsu.
Le Coeur occidental
Comme le dit Pierre Feuga dans son livre ‘Tantrisme’, « dans la conception populaire occidentale, le cœur est essentiellement le siège des sensations et des émotions, ou bien le siège des sentiments et des passions, devenant même parfois synonyme de bonté et de charité ». L’intelligence du cœur n’est qu’une faculté qui permet d’y voir plus clair et n’a rien de transcendant. On associe aussi l’amour avec le cœur et on nous dit de pratiquer avec amour.
Chez les Hindous (et, ajoute-t-il, nombre de spirituels occidentaux et orientaux), le cœur est avant tout « le siège de l’intuition intellectuelle, celle qui perçoit les essences, dévoile les symboles, pénètre le sens de la vie directement sans passer par l’analyse. Le chakra tantrique qui lui correspond est Anâhata, carrefour entre les énergies terrestres et célestes ».
Emotion, certes, mais pas émotivité
Ni sentiments ni passions
Ni bonté, ni charité, ni compassion
Quoi, alors ?
Le Cœur oriental
Le mot japonais pour le dire est ‘Kokoro’, écrit avec un kanji tout simple 心 qui
se retrouve dans
beaucoup de mots composés. Certains analystes y voient la forme d’un vase rituel qui contient une offrande. 心 apparaît dans de nombreux mots composés et c’est intéressant de voir que « penser » (omou) s’écrit 思, superposition d’un champ de riz, espace géographique délimité et ordonné (symbole du carré) au-dessus du kokoro. Penser, c’est donc du kokoro mis en forme rationnellement. 思, pensée 志 intention, volonté 念 souhait, désir 芯 pistil
Donc, si on décompose les kanji, on a :
Penser : Je ressens et je vais l’expliquer
Volonté : je ressens et je vais
l’orienter vers quelque chose
Souhait : je ressens maintenant
Pistil : le ressenti de la fleur…
Sauf qu’au final on a oublié que tout est d'abord ressenti.
C’est pourquoi M. Tsuda nous dit, dans son livre ‘La Voie des dieux’ quesi « kokoro » est étymologiquement identique à l’organe central de l’appareil circulatoire, « pourtant, l’acception en est toute différente. Le cœur en français est plutôt le sentiment, tandis que le kokoro en japonais n’est ni tout à fait le sentiment, ni l’esprit, ni la pensée. C’est quelque chose que nous ressentons à l’intérieur de nous-mêmes, il s’approche plutôt du mind en anglais. Si on traduit par mental ou psychique, ce sera encore différent ».
Et il ajoute que la recherche d’un
kokoro qui reste imperturbable devant un danger imminent, qui reste calme en
toute circonstance, est le but principal imposé à ceux qui essaient d’atteindre
la perfection dans le métier des armes.
La moins mauvaise traduction ne saurait tenir en un seul mot : « état d’esprit » ou « ressenti profond » me semblent appropriés.
Impression confirmée dans le préambule du livre de Lafcadio Hearn, intitulé précisément « Kokoro » : « les textes composant ce volume traitent de la
vie intérieure plus que de la vie extérieure du Japon, et pour cette raison ils
ont été regroupés sous le titre kokoro (cœur). Ce mot signifie également esprit
(mind), au sens émotionnel, esprit (spirit), courage, résolution/détermination,
sentiment, affection et sens intérieur, tout comme nous dirions en anglais
« le cœur des choses ».
Et que trouve-t-on donc dans le livre ‘Kokoro’ ? De petites histoires concernant la vie quotidienne, des états d’esprit, des personnages incarnant cet état d’esprit.
On peut dire que les Japonais baignent dans ce ‘kokoro’ et qu’ils sont, en ce
sens, un peuple de ressenti profond. En témoigne le livre ‘Les dernières
chamanes du Japon’ de Muriel Jolivet qui montre toutes les connexions des
Japonais avec le monde dit surnaturel.
Avec cette compréhension, on peut lire différemment certaines choses
comme :
Le slogan de Namikoshi
M. Namikoshi et son célèbre slogan ‘Shiatsu no kokoro wa haha gokoro’… utilise
deux fois le mot kokoro et je renvoie à l’analyse que j’en ai faite dans mon
livre.
Il nous parle bien de ressenti profond de la source de la Vie et non, je
crois, d’amour maternel.
Le Sutra du Coeur
Le dit Sutra ‘du Cœur’ (Hannya Shingyô) n’a rien à voir non plus avec le cœur au sens occidental.
Une traduction plus fidèle serait en effet ‘ Ressenti profond du Sutra de la Grande Sagesse qui permet d’aller au-delà’. Notez que Sutra s’écrit de la même manière que ‘méridien’. Hasard ? Sûrement pas. Analogie, certainement.
Le
Cœur et donc l’Amour ?
Le mot ‘amour’ est un de ces concepts occidentaux qui ne passent pas en
Japonais, malgré tous leurs efforts.
Le kanji Ai 愛 est
un fourre-tout : amour, affection, désir, favori, agapê, attachement, soin….
Je t’aime se dit anata ga suki, ce mot suki 好きétant composé de ‘femme – enfant’ et signifiant, bon, plaisant, préféré, favori, à son goût, voire... salace.
Littéralement cela donne ‘toi à mon goût’. Pas de kokoro là-dedans.
Le cœur de la pratique, la pratique du Coeur
Pratiquer avec le cœur me semble donc ouvrir un espace au sein duquel peut
exister ce ressenti profond (kokoro), calme, lumineux, ce fait d’être et d’être
bien qui infuse et diffuse.
Enfin, parmi les différentes fonctions énergétiques du Cœur, il ne faut pas
oublier que celui-ci régit les activités mentales et les émotions. Les différents organes
colorent les émotions (colère, tristesse, peur...), mais seul le Cœur ressent.
Quelle est l’émotion
fondamentale ?
Celle de la Vie qui coule en nous, le frémissement, le
pétillement des cellules.
En poursuivant notre analyse de l’étymologie des points du Cœur, cette fois,
nous allons vérifier si c’est bien cela qui est perceptible tout au long du
méridien.
Prochain article.
Je transmets ces enseignements, et bien d'autres, avec la pratique correspondante, à l'école Ôdô Shiatsu en Belgique.
TABLEAU 2 - SHINJIN /CORPSESPRIT, deux des 4 façons
de l’écrire
身心et心身
Dans l’article précédent, nous avons tenté de cerner la réalité de CORPSESPRIT
et la meilleure façon de la formuler et de la laisser s’exprimer.
La difficulté, avec les mots japonais, est de trouver une traduction correcte à
ce que l’on veut exprimer dans toute sa portée et ses nuances.
Souvent, une clef se
trouve dans l’étymologie des mots originaux employés par les Anciens qui ont
écrit les textes fondateurs. Il faut absolument se méfier des traductions,
souvent partielles, parfois partiales et aller voir l’origine des mots.
4 manières d’écrire SHINJIN
Ainsi, je trouve en Japonais, quatre façons d’écrire CORPSESPRIT. Cela va nous
éclairer, et, peut-être, ‘pointer poétiquement vers l’indéfinissable’.
Le dictionnaire indique pour le mot SHINJIN :身心, 心身, 身神, 神身
Soit à chaque fois deux kanji homophones, qui se prononcent de la
même manière (Shin/Jin) et peuvent donc se juxtaposer indifféremment. Sauf que
l’idée sous-jacente change, évidemment, nous allons le voir plus loin.
Le dictionnaire précise en outre pour tous les quatre, ‘outdated kana usage’,
càd que ce sont des archaïsmes, les
termes sont vieillis et peu utilisés de nos jours. Signe de l’occidentalisation
du Japon ? Ou de l’évolution de la langue ?
Ce que signifient, isolément, 身 et 心
JIN/MI 身 signifie le corps, soi-même, la place ou la position de
quelqu’un, la partie principale d’un objet (la viande sur les os, le bois
sous l’écorce, la lame au bout de la poignée, le contenant sous le couvercle).
Quelqu’un. Il s’agit donc en fait de l’essence matérialisée sous forme solide,
visible, tangible. On pourrait aussi dire le moule, la forme, dans laquelle se
matérialise l’enveloppe corporelle.
En effet, quand on veut désigner plus spécifiquement le corps humain, on ajoute
un second kanji pour former le mot karada身体. Le second kanji 体signifie le corps, le torse, la constitution physique,
la santé, mais aussi le cadavre. Les deux kanji ensemble signifient exactement
la même chose et se prononcent identiquement, on précise donc en juxtaposant
les deux qu’il s’agit de l’enveloppe physique 体 de l’essence matérialisée, de la forme 身.
Le corps humain est donc finalement la substance de soi.
Ce kanji représente pour moi le monde matériel perceptible par le toucher.
SHIN /KOKORO 心 : je l’ai analysé dans mon livre ‘Le Shiatsu un art japonais’, puisque Namikoshi l’utilise dans son slogan. Si on parle de
l’organe, le mot signifie ‘cœur’. Mais le sens va bien au-delà. Dans la Tradition chinoise, le coeur est le siège de la conscience. La moins mauvaise traduction ne
saurait tenir en un seul mot : « état d’esprit » ou
« ressenti profond » me semblent appropriés.
Impression
confirmée dans le préambule du livre de Lafcadio Hearn, intitulé précisément
« Kokoro » : « les textes composant ce volume
traitent de la vie intérieure plus que de la vie extérieure du Japon, et pour
cette raison ils ont été regroupés sous le titre kokoro (cœur). Ce mot signifie
également esprit (mind), au sens émotionnel, esprit (spirit), courage,
résolution/détermination, sentiment, affection et sens intérieur, tout comme
nous dirions en anglais « le cœur des choses ».
On voit donc que
SHIN/KOKORO englobe à la fois le mental, l’émotionnel et le spirituel, il
s’agit bien de cette part immatérielle de nous que l’on peut ressentir, mais
pas appréhender par nos 5 sens habituels.
Ce kanji représente pour moi le monde immatériel du ressenti.
Traduire Shinjin par corpsesprit est donc à la fois correct et ambigu. Il
faudrait trouver un mot pour dire l’energie immatérielle sous sa forme
essentielle. Incarnation est sans doute le mot le plus proche quant au sens
profond, puisqu’il signifie que quelque chose est descendu dans la ‘chair’. Si on fait abstraction de l’origine
ecclésiastique du mot, le Larousse donne comme définition ‘Personne ou chose
qui apparaît comme la représentation, la manifestation concrète d’une réalité
abstraite’.
Quand nous voulons désigner qui nous sommes réellement, corpsesprit, nous
pourrions donc parler de notre incarnation. Le meilleur mot est anglais :
‘embodiment’, mais il n’a pas de véritable équivalent, non-connoté, en
français. Corporéification ?
On en parle dans le Bouddhisme Zen
S'agissant de Shinjin écrit comme ceci 身心, on trouve le mot dans le Zen, chez
Dôgen, patriarche du Zen Soto, dans son ouvrage ‘Shôbôgenzô’.
Shinjin gakudō (身心學道) "Étude
de la Voie avec le corps et l'esprit" est un fascicule du Shōbōgenzō ("Le Trésor de l'Œil de la Vraie Loi"), un
sermon prononcé en 1242.
L’étude de la Voie consiste ici en une plongée en soi-même et le corps n’est
pas un obstacle, mais un moyen de s’unir à notre Nature originelle.
Le problème des Bouddhistes, Chinois puis Japonais, a été de traduire des
concepts indiens dans leur représentation du monde, à la base taoïste et
shintoïste. Fort heureusement, pour la facilité, le Japon a connu le Bouddhisme à travers la
Chine, où il s'était frotté au Taoïsme, et pas directement à travers l’Inde.
Mais les significations indiennes
du mot SHIN /KOKORO 心 se retrouvent quand même
sous-jacentes, c’est ce qu’on appelle la polysémie. Il faut donc garder en
arrière-plan de notre compréhension des concepts indiens très différents, pour lesquels les traducteurs
européens proposent des traductions très diverses :
·Citta : conscience, esprit, intelligence, pensée
·Karita :
cœur
·Irida :
compréhension, conscience universelle
·Hrdaya :
organe vital , cœur, cœur de chair
·Vrddha :
réflexion profonde
·Vijnâna :
siège de la pensée
Mais si
Dôgen, apparemment, fait référence à tous ces mots indiens, il se borne à
mentionner divers états de conscience qu’il faut tous étudier.
Taisen Deshimaru, qui avait l’habitude des Occidentaux, résumait de cette
façon : Quand on étudie l'esprit, cela inclut l'étude
du corps et de l'esprit ; quand on étudie le corps, cela inclut l'étude de
l'esprit et du corps : faire zazen chaque jour, c'est la façon la plus
élevée d'étudier la Voie, de réaliser l'esprit d'éveil. Quand on fait zazen, il
faut se concentrer sur la posture, et l'esprit devient juste, inutile de penser
« je dois corriger mon esprit »
Et donc,
que signifie corpsesprit ?
Arrivés à ce stade, nous avons pris conscience de la
complexité de la réflexion philosophique /métaphysique derrière chaque concept
et de la pauvreté nettement insuffisante des traductions françaises.
Les mots pointent vers des réalités nettement plus vastes, comme un télescope
ne révèle qu’une partie de l’Univers qu’il observe.
Il suffit toutefois de prendre un peu de distance et de hauteur pour réaliser
de quoi l’on parle.
SHIN
est le monde immatériel de la Conscience qui s’incarne peu à peu en nous
JIN
est l’incarnation,
càd la concrétisation physique, matérielle, corporelle de cette Conscience
immatérielle.
Quand on écrit 心身, on part d’en haut. ESPRITCORPS. C’est une
démarche plus immatérielle, qui considère l’incarnation de la Conscience.
Quelque part, cela fait penser aux tattvas du Shivaïsme, qui décrivent la lente
incarnation de la conscience à différents niveaux .
Ce sont des
disciplines comme la méditation ou les thérapies émotionnelles, où l’on part de
la conscience immatérielle. Rappelons que, pour les anciens Chinois, 80 à 90%
des maladies, càd des perturbations du ki, sont d’origine émotionnelle.
Quand on écrit 身心, on
part d’en bas CORPSESPRIT C’est une démarche matérielle qui n’exclut pas
l’immatériel. On part du toucher, du perceptible dans le tridimensionnel et à
partir de là, on s’élève et on peut aller toucher l’immatériel.
Je dirais que
c’est plutôt la démarche du Shiatsu : poser les mains et aller toucher
tous les niveaux de l’être. Nous constatons qu’il en est ainsi. Cela va
dépendre du niveau d’ouverture du receveur. Certains me disent connaître une
expérience franchement mystique. Ils sont ouverts. D’autres pas. Ils ressentent
un bien-être. Tout est bon.
Dans quelque sens qu’on le prenne, on veut toujours dire la même chose et l’un
n’exclut pas l’autre.
Je crois personnellement que le toucher exclut toute forme d’imaginaire et que
la guérison vient toujours d’en bas. On prend le problème par en bas. Le fait
que les hexagrammes du Yi Jing s’écrivent de bas en haut est éclairant. De
même, en Shiatsu, nous partons d’en bas et nous montons. Nous sommes les pieds
sur Terre et nous nous élevons vers le Ciel. Pas le contraire. Nous sommes
ancrés, pas flottants.
C’est la vieille question de l’œuf ou la poule : qui était le
premier ? Car on peut prendre le problème ‘par en haut’ ou ‘par en bas’. La
vraie question, que l’on se pose parfois face à un déséquilibre, est en
effet ‘qui a commencé ? ‘ Est-ce
parce que je suis en colère que mon Foie est déséquilibré ou est-ce que parce
que mon Foie est en déséquilibre que je suis en colère ? Peu importe. Les
deux sont intrinsèquement liés. Mais, en ce qui me concerne, d’abord je pose
les mains, et je réharmonise le tout.
Il nous reste, dans
l’article suivant, à examiner les deux autres acceptions de Shinjin 身神 et 神身, qui vont nous emmener encore plus loin.
Courtes
réflexions pour ne pas oublier le Shiatsu pendant l’été
SEIZE
Glissement sémantique... ‘Seize’ en Anglais veut dire ‘saisir’. Ah, la saisie dont parlent les Bouddhistes. Tenter de saisir ce qu’on fait,
s’approprier une pratique, un mérite, tenter de retenir, de fixer, de décrire,
d’expliquer ? Quand je touche,
est-ce que je saisis ?
Le Shiatsu, c’est d’abord toucher. Pas de Shiatsu sans toucher.
Toucher, c’est perdre l’illusion d’être séparé du reste du monde. Le
toucher nous reconnecte à l’autre et à nous-mêmes au plus profond.
Ne pas toucher ou ne pas être touché induit des états pathologiques.
Le toucher peut prendre des formes très diverses : effleurage, pétrissage,
friction, réchauffement, caresse, percussion, lissage, pression, vibration….
On peut travailler puissant, léger, concentré, profond, large, lent, rapide …
Tonifier ou disperser… Car l’énergie
suit la pensée, l’intention est déterminante.
L’intensité sera, elle, le fait du cœur, mot banalisé et galvaudé de nos jours,
préférons lui le mot japonais ‘kokoro’, qui désigne certes l’organe cardiaque,
mais surtout le ressenti profond d’exister.
On peut utiliser les pouces, les doigts, les paumes des mains, les coudes, les genoux, les pieds, le hara, voire l’entièreté du corps… Quand je donne, surtout,
je m’abandonne, je me répands, me dissous, me liquéfie, me perds, éperdu, me présente et m'absente. Plus je fais cela, plus
l’autre reçoit.
Soit je reste dans la forme tangible, avec une approche plutôt ‘mécanique’
(travail sur les chaînes musculaires, mobilisations), soit je vais au-delà ou
reste en-deçà, ce sera plutôt ‘énergétique’.
Tout est bon. Energie est un mot imparfait, constatons qu’il y a du Ki qui parcourt
tout l’Univers. En ce nous inclus.
Il y a des techniques indiennes où on touche avec le
souffle. Un jour, une femme toute en grâce a soufflé ainsi tout au long de mon Vaisseau
Gouverneur, de bas en haut. Quelle sensation inoubliable ! Katsugen
garanti !
Les Cachemiriens disent même que l’on peut toucher d’un simple regard. Est-ce
là l’origine de l’expression un regard appuyé ? C’est en tout cas
clairement mettre en pratique la non-dualité matériel/immatériel.
Par le
toucher, un monde infiniment subtil s’ouvre sous nos mains.
C’est normal, car au Japon, on ne considère pas le corps et l’esprit, mais le
corps-esprit qui ne font qu’un. Et donc, traduit en Occidental, toucher l’un,
c’est toucher l’autre, au Japon, il n’y a ni l’un ni l’autre, il y a
corps-esprit.
Il n’y a ni corps, ni cœur, ni âme, ni esprit, ni moi, ni l’autre,ni moi, ni
l’Univers, ni toi, ni moi, ni mes mains ni ton corps, ni mes mains sur ton
corps et il y a tout cela qui fait un.
Relisons le Hannya Shingyo, traduction correcte : 'Sutra de la Grande perfection qui permet d’aller
au-delà'. Pas ceci, pas cela et pas cela non plus. MU !
無
Moins on en dit, mieux ça vaut et mieux ça marche.
Et donc, quand nous pratiquons, vivons, échangeons, ressentons, la meilleure formulation, la voici : IL Y A.
Courtes réflexions pour ne pas oublier le Shiatsu pendant l’été
NEUF
A Vézelay, aujourd'hui, c'était la grande fête de la Sainte, 'apôtre des apôtres'.
La figure de
Marie-Madeleine m’amène à réfléchir sur la polarité homme/femme, y compris dans
la pratique du Shiatsu.
Le livre de Jean-Yves Leloup ‘Une femme innombrable’ évoque bien des facettes
de cette femme somme toute peu connue : belle et rebelle, initiée,
amoureuse, mystique, prostituée peut-être…Tout cela à la fois et rien de tout
cela.
Toni Carmine Salerno, dans l’Oracle de Marie-Madeleine, précise qu’elle incarne
des choses différentes pour chacun, qu’elle est un esprit archétypal doux et
délicat, mais également fort et indomptable.
L’inspiration pour nous ici ne réside pas dans l’opposition ou la
discrimination (positive comme négative). C’est insensé de défavoriser ou
favoriser quelqu’un selon son genre, voire d’insister là-dessus, seules les
compétences et la capacité de les mettre en œuvre peuvent faire la différence. Quand nous travaillons, nous ne sommes pas dans l'agitation.
Il s’agit bien plutôt de réaliser en nous-mêmes l’union d’énergies de type
YinYang, c’est-à-dire de mouvements complémentaires.
Pas l’un ou l’autre ni l’un et l’autre, ni l'un puis l'autre, mais l’un dans l’autre en une danse
cosmique perpétuelle.
Le toucher n’est pas sexué, il est, il prend de multiples formes, tantôt doux,
puissant, actif, à l’écoute, vigoureux, amoureux…
En tant qu’homme, j’aime à cultiver des qualités de réceptivité et d’intuition
qui sont plus spontanées chez les femmes et j’aime voir une femme développer
des qualités plus solaires, dans l’affirmation claire de soi.
La rencontre se fait là, quelque part vers le milieu, dans un mouvement qui
s’entrecroise et s’amplifie mutuellement.
Le fait qu’il y ait plus de femmes que d’hommes, tant du côté des
praticien(ne)s que des client(e)s, nous incite à travailler notre ressenti
profond (kokoro).
Dans de nombreuses traditions, les femmes sont initiatrices,
précisément pour cette raison, et on dit même que Jésus confia des choses à
Marie-Madeleine qu’il n’avait dites à personne d’autre… sans doute parce
qu’elle seule était capable de les comprendre.
Tokujiro Namikoshi (1905-2000) est décédé il y a 20 ans et on voit fleurir des commémorations un peu partout. Rendons-lui hommage à notre façon en décortiquant une très célèbre phrase de son invention qui commence par ‘shiatsu no kokoro’. Et voyons, comme d’habitude, où cela nous mène.
Première constatation : le personnage était fortement médiatisé et il a largement contribué à rendre le shiatsu célèbre au Japon, par de nombreuses apparitions à la télé ou dans des films. Le groupe Facebook ‘History of Shiatsu’ est en train de rassembler des documents à ce sujet. Il y a évidemment des mythes et beaucoup d’imprécisions sur le rôle et les interactions de T. Namikoshi dans l’histoire du shiatsu, et cela devra être éclairci. Toujours est-il qu’il est arrivé à faire reconnaître officiellement son style et son école au Japon. (cfr Japan Shiatsu College).
C’est curieux que l’on retienne surtout les anecdotes de la vie de quelqu’un. Ainsi, l’annonce officielle du décès de M. Namikoshi est toujours accessible sur le site du Japan Times depuis l’an 2000 et, à la lire, on croirait que son principal fait d’armes a été de donner un traitement à Marylin Monroe.
La phrase ‘shiatsu no kokoro’ qu’il répétait partout est encore gravée dans la mémoire de nombreux Japonais. M’étant retrouvé dans un restaurant du Sud du Kyushu, à Ibusuki, entouré de Japonais alcoolisés qui ne parlaient pas un mot d’anglais et voulaient connaître mon métier, je leur dis ‘shiatsu’, ce qui suscita seulement de l’incompréhension.
Par contre, dès que je leur dis ‘Shiatsu no kokoro ’, ils se mirent tous à lever le pouce en riant. Preuve que le slogan a bien pénétré les esprits.
D’où l’intérêt de nous demander, puisque le slogan fonctionne, comment on peut le comprendre et si on peut dépasser l’aspect sloganesque et y chercher du sens.
Ce qu’il a vraiment dit
Pour commencer, on trouve évidemment plusieurs versions de la phrase, transcrite à moitié ou avec des mots réinventés. Depuis la nuit des temps, on se trompe en recopiant, mais ici, heureusement, nous avons des vidéos de M. Namikoshi lui-même qui dit son slogan.
Par exemple, celle-ci, à 2 :10, par les bons soins des collègues de Roumanie :
Et donc, il dit : shiatsu no kokoro hahagokoro oseba inochi no izumi waku hahaha.
Il le dit aussi avec des gestes et avec une intonation particulière.
Comment ça s’écrit
Après, quand on cherche comment ça s’écrit, on trouve également pas mal de divergences. Ce sont soit des erreurs, soit des interprétations. Des mots comme oseba ou waku peuvent s’écrire avec des kanji différents qui se prononcent pareil, du coup, lequel choisir ?
Voici par exemple deux versions assez officielles, d’abord le film d’animation quelque peu hagiographique réalisé par la Canadian Shiatsu Society of British Columbia, traduit en Japonais et qui écrit (avec hahaha à la fin):
Même sans lire le Japonais, vous voyez que cela ne s’écrit pas pareil. Ce site précise en outre que T. Namikoshi est passé au programme télé de l’après-midi le 1er mois de la 43ème année de l’ère Showa (soit fin décembre 1969 – janvier 1970) et y a lancé son célèbre slogan.
On peut évidemment supposer que la famille Namikoshi possède la graphie officielle et nous partirons de celle-là pour analyser le slogan.
Et les traductions ?
Après, comment traduire cela, c’est le nœud du problème. Nous, pauvres Occidentaux, devons faire confiance à ceux qui nous affirment ce que cela signifie.
Et là on trouve de tout. Fondamentalement, je pense que les Japonais se moquent de la façon dont cela peut bien être traduit dans d’autres langues et sourient poliment quand nous revenons vers eux avec nos imprécisions et erreurs de compréhension.
Quand je lis les diverses traductions, ce qui semble fasciner, c’est l’idée de l’amour maternel et, généralement, on ne dépasse pas la moitié de la phrase. On trouve par ex. ‘le cœur du shiatsu est l’amour maternel’, ou ‘comme l’amour d’une maman’, ou ‘l’âme du shiatsu est l’âme d’une mère’ ou ‘le bon shiatsu secret est le toucher de la mère’.
Sur les documents officiels, le site du Japan Shiatsu College traduit ‘The heart of shiatsu is like a mother’s love, pressure of the finger causes the spring of life to flow’.
Et dans la traduction officielle en français du livre du Japan Shiatsu College ‘Techniques fondamentales du Shiatsu Namikoshi’, on lit ‘L’esprit du shiatsu est semblable à l’amour maternel. Les pressions font jaillir les sources de la vie’.
Ce ne sont pas les traductions divergentes de collègues nettement plus calés en japonais que moi qui me gênent, mais bien les connotations que nous mettons autour des mots. Car parler d’amour maternel, de cœur, d’âme, d’esprit génère des associations mentales avec des concepts occidentaux qui n’ont rien à voir avec ce qui est dit et sont nuisibles à une compréhension claire.
Nos compréhensions risquent toujours d'être partielles et biaisées, nos esprits ayant grandi dans le christianisme ou les philosophes classiques et, en tout cas, pas dans la pensée orientale. Certains concepts japonais sont intraduisibles chez nous, à moins d’écrire une longue périphrase.
Il va donc falloir aller chercher l’étymologie de chaque mot et tenter de nous rapprocher du sens (ou de l’essence des mots). Prêts ?
SHIATSU 指圧
Je ne reviendrai pas là-dessus, un article précédent a été consacré à la lecture des deux kanji pour écrire shiatsu. Nous avons tous une idée de ce que veut dire shiatsu.
Ce qui ressortait de l’analyse détaillée des deux kanji, c’était le double mouvement, à savoir une pression vers le bas appelant une réponse vers le haut, suite à une intention transmise par la main. Vous verrez que cela va faire écho avec la fin du slogan.
NO の
Particule qui modifie le nom qui le suit, en fait, comme en Anglais, le génitif qui se place devant et correspond au ‘s.
Sensei no hon, the teacher’s book, le livre du professeur.
KOKORO 心
Le sens profond
Kokoro, habituellement traduit par 'coeur', est un de ces mots japonais intraduisibles en un mot français, car il n’a pas vraiment d’équivalent chez nous.
Comme le dit Pierre Feuga (in ‘Tantrisme’), ‘dans la conception populaire occidentale, le cœur est essentiellement le siège des sensations et des émotions, ou bien le siège des sentiments et des passions, devenant même parfois synonyme de bonté et de charité’. L’intelligence du cœur n’est qu’une faculté qui permet d’y voir plus clair et n’a rien de transcendant. Chez les Hindous (et, ajoute-t-il, nombre de spirituels occidentaux et orientaux), le cœur est avant tout ‘le siège de l’intuition intellectuelle, celle qui perçoit les essences, dévoile les symboles, pénètre le sens de la vie directement sans passer par l’analyse.
Avec ‘kokoro’, on dépassera également l’idée occidentale de cœur. Itsuo Tsuda (in’ La Voie des dieux’) nous dit que si ‘kokoro’ est étymologiquement identique à l’organe central de l’appareil circulatoire, ‘pourtant, l’acception en est toute différente. Le cœur en français est plutôt le sentiment, tandis que le kokoro en japonais n’est ni tout à fait le sentiment, ni l’esprit, ni la pensée. C’est quelque chose que nous ressentons à l’intérieur de nous-mêmes, il s’approche plutôt du mind en anglais. Si on traduit par mental ou psychique, ce sera encore différent’.
Et il ajoute que la recherche d’un kokoro qui reste imperturbable devant un danger imminent, qui reste calme en toute circonstance, est le but principal imposé à ceux qui essaient d’atteindre la perfection dans le métier des armes.
Si on regarde les graphies anciennes, elles n’ont de plus pas grand chose à voir avec une représentation graphique de cœur. (je redessine les modèles de caractères chinois anciens sur base de l'excellent livre de Cecilia Lindqvist 'China, Empire of living symbols'). On voit bien l'évolution vers le caractère contemporain.
Le kanji cœur est utilisé pour des émotions très variées et se retrouve dans des caractères composés désignant des émotions et états d’esprit, de même que des idées touchant l’homme intérieur, le cœur moral. C’est intéressant par exemple de voir que ‘penser’ se dit omou, et surtout s’écrit 思, superposition d’un champ de riz 田, espace géographique délimité et ordonné (symbole du carré) au-dessus du kokoro. Penser, c’est donc du kokoro mis en forme rationnellement.
La moins mauvaise traduction faute de mot français approprié me semble donc quelque chose comme ‘état d’esprit’ ou ‘ressenti profond’.
Lafcadio Hearn, une vision intérieure du kokoro
Pour qui voudrait se plonger dans le ‘kokoro’ propre à une époque, en l’occurrence Meiji, il existe ce délicieux livre titré Kokoro, écrit en anglais en 1896 par Lafcadio Hearn, premier Européen à avoir pris la nationalité japonaise et toujours aimé aujourd’hui par les Japonais au point d’avoir son musée dans la ville de Matsue. ‘Kokoro’ est une collection d’histoires, d’anecdotes, de réflexions sur un Japon en pleine évolution vu par un gaijin, mais de l’intérieur.
En préambule, Lafcadio Hearn donne cette définition de ‘kokoro’ : les textes composant ce volume traitent de la vie intérieure plus que de la vie extérieure du Japon, et pour cette raison ils ont été regroupés sous le titre kokoro (cœur). Ce mot signifie également esprit (mind), au sens émotionnel, esprit (spirit), courage, résolution/détermination, sentiment, affection et sens intérieur, tout comme nous dirions en anglais ‘le cœur des choses’.
Voilà qui rejoint l’idée de ressenti, quelque chose d’intérieur, au centre.
Kokoro / Shin
KOKORO, selon son association avec d’autres kanji, se prononce également SHIN tout en s’écrivant de la même façon, ainsi dans le célèbre HANNYA SHINGYÔ 心経, traduit par sutra du cœur, si on ne considère que le mot Shingyô. Traduction hâtive de nouveau, car le titre complet est Maka Hannya Haramita (mahaprajnaparamita en sanscrit) Shingyô, soit, classiquement, Sutra du Cœur de la Grande Perfection de Sagesse, ou, encore, plus intéressant : Essence du Sutra de la Grande Sagesse qui permet d'aller au-delà.
Pas la peine donc de s’efforcer à ressentir dans son cœur les effets d'un sutra qui traite de tout autre chose, et je crains que nous ne devions utiliser ‘cœur’ pour ‘kokoro’ que lorsque nous parlons de l’organe.
TRADUCTIONS
Arrivé à ce point, la première partie de la phrase n’est donc certainement pas ‘le cœur du shiatsu’, mais quelque chose comme :
Le ressenti profond du shiatsu
L’état d’esprit du shiatsu
Le kokoro du shiatsu
WA は
Certaines versions écrites du slogan donnent ‘shiatsu no kokoro wa’ et c’est vrai qu’en écoutant M. Namikoshi, ce n’est pas clair s’il prononce ‘wa’ (personnellement je ne l’entends pas), mais les Japonais avalent la moitié de leurs mots quand ils parlent.
La phrase parlée est particulièrement elliptique, car il n’y a pas de particule indiquant le thème ou le sujet, pas de verbe dans la première incise et l’infinitif pour terminer (pas de conjugaison). Peut-être a-t-on éprouvé le besoin d'adapter pour l'écrit.
Si on ajoute ‘wa’, cela ne change pas grand-chose, puisque wa est une particule qui indique le thème de la phrase. On peut traduire par ‘au sujet de’ ou ‘pour ce qui concerne’.
HAHA 母
Etymologie
Haha, c’est la mère. Pour une fois, il n’y a pas 10.000 significations. Ce kanji est associé dans de nombreuses occurrences, par exemple :
Etrangement ce que nous appellerions la patrie se dit en Japonais Bokoku 母国, le pays de la mère, ce qui est donc la matrie.
Une voyelle est un son -mère car cela s’écrit 母音 et on sait que le kotodama est basé sur 5 voyelles qui engendrent tous les sons.
Il y a donc dans la mère l’idée de l’origine, de la génération.
Quand un kanji est simple, il faut aller voir les anciennes graphies et deux (parmi les multiples mots désignant la femme) retiendront notre attention : haha 母 et onna 女
A l’origine du kanji, les caractères pour dire femme (onna - ) et mère (haha - ) étaient semblables et ne se différenciaient que par les points pour indiquer les seins.
HAHA 母 la mère vient bien de onna (femme avant le mariage). Lorsqu’on place la femme sous un toit, à la maison, on a la sécurité et la stabilité, comme le dit le mot ANZEN 安全, qui se décompose en totalement (zen) tranquille (an). Il ne s’agit pas à la base d’une quelconque misogynie (les femmes à la maison), mais plutôt d’une répartition du travail au Japon, les femmes s’occupant de tout ce qui est à l’intérieur et les hommes de ce qui est à l’extérieur.
La mère est celle qui possède la poitrine pour nourrir. Idéalement, elle a deux enfants, fille et garçon. La mère est l’origine, la source de l’existence, nous disait Maître Kawada.
Ce qui est gênant, à nouveau, ce sont toutes les connotations que nous mettons autour de la notion de mère. Il me semble, au vu du kanji, que nous devons nous limiter à trois aspects non-fantasmés.
La mère dans son rôle nourricier
Si la représentation des seins est ce qui distingue la mère dans le kanji, ce n’est sans doute pas que, comme Margot, elle dégrafait son corsage devant les gars du village, mais pour son aspect nourricier qui la distingue d’une autre femme, comme nous l’avons vu dans les formes primitives du kanji.
Le méridien de l’Estomac passe bien au centre du mamelon (point ES17, Nyûchû, milieu du mamelon). Philippe Laurent (in ‘L’esprit des points’) donne comme étymologie l’hirondelle couvant sa nichée et donc les actes requis pour élever la progéniture de l’homme : nourrir, allaiter. Il ajoute que ce point n’aide sur aucune pathologie en particulier, mais constitue bien plutôt un repère anatomique. Sans avoir la science de Philippe Laurent, je me demande bien pourquoi avoir défini un point qui ne sert à rien. De plus, un point n’est jamais un repère anatomique. Le repère, c’est le mamelon qui permet de trouver le point. Et on peut s'interroger sur son utilisation chez un homme. Questions sans réponse... sauf à retourner peut-être au stade indifférencié du développement embryonnaire.
Evidemment, comme pour le Vaisseau Conception 1 sur le périnée, on ne va pas se précipiter dessus pour le traiter, à cause des possibles connotations sexuelles (idiotes, mais généralement indéracinables). Encore moins le piquer ou y appliquer du moxa, mais là on comprend pourquoi. Il n’empêche que c’est le point par excellence lié à la nourriture de la vie naissante et le méridien de l’Estomac est la première partie du trajet de longévité.
Pour nous le kanji haha 母 est très excitant, car, songez-y : c’est probablement le seul kanji qui représente un point de shiatsu, et des deux côtés, encore.
La mère comme origine de la vie
‘Mère’ nous ramène aux premiers instants de la vie, là où la mère donne la vie et crée un phénomène séparé, l’enfant.
Itsuo Tsuda nous décrit cet instant de façon intéressante : ‘Aucune inspiration, aucune expiration n’est un geste mécanique de répétition. Chacun de ces moments est l’occasion d’un nouvel écoulement de la Vie infinie dans notre être.
Cette respiration totale et cosmique est comparable avec la respiration des nouveau-nés. Avant la naissance, placés dans le liquide amniotique, ils ne respirent pas. Au moment de l’accouchement, ils passent dans le conduit étroit du vagin qui exerce sur eux une pression, laquelle agit , conjointement avec les stimuli exercés par la friction sur la peau et la différence thermique, pour préparer la première inspiration de la vie qui commence sur Terre. C’est cette première inspiration qui donne l’élan initial à la vie et le nouveau-né ainsi mis au monde par voie naturelle, respire de tout son être.
La vie commence avec une inspiration et finit par une expiration. La vigueur du parcours dépend de l’élan initial que la nature a soigneusement mis au point pour qu’il se produise à la naissance. Aujourd’hui, cet élan initial est devenu un luxe car de plus en plus d’enfants viennent au monde par césarienne. Le monde se remplit de gens moroses, sans élan. La respiration est superficielle, sans pouvoir pénétrer jusqu’au ventre. On vit fragmentairement.’
Ainsi donc, la mère est le lieu de l’élan initial qui nous propulsera dans cette vie et la qualité de cet élan déterminera la vigueur de notre existence. Le moment en quelque sorte où la batterie des Reins, soigneusement chargée pendant la grossesse, se met à fonctionner et la respiration débute le ‘final count down’ de notre existence.
La mère comme relais sur la lignée et comme Source
Qui dit père et mère dit ancêtres et lignée et nous abordons ici une donnée fondamentale de la culture orientale.
Pour rester au Japon, évoquons la conception Shintô, qui consiste à exprimer de la gratitude envers les kami, càd envers l’univers en nous et à l’extérieur de nous. Même si, de nos jours, on prie les kami pour des problèmes personnels, à l’origine, la seule chose qu’on puisse leur demander était d’avoir un enfant, car cela représente la continuité des ancêtres, nous dit Emiko Kieffer (in ‘Le Shintô, la source de l’esprit japonais’). Gratitude, respect pour les ancêtres et la Grande Nature qui nous font vivre, voilà l’essence du Shintô.
Sauf ignorance toujours possible, les Japonais ne semblent pas avoir de référence historique ou mythologique à la Grande Mère, au sens où, en Occident, l’archéologie réfère par ex. à une société matriarcale et où nous employons des termes comme ‘Mère Nature’, etc, en Amérique la Pachamama…
Mais ainsi que me le fit remarquer ma tantrika, par la Mère, il faut entendre la Source. Peu importe ce que les différentes Traditions, plus ou moins d’accord sur le fond, en ont fait par la suite.
Eckhart Tolle, qui n’est le porte-parole d’aucune Tradition en particulier, nous parle de la Source et du Ki en ces termes. ‘Le non-manifeste (la Source) est l’origine du Ki et ce dernier est le champ énergétique de votre corps. Il sert de lien entre votre enveloppe extérieure et la Source. Il se situe à mi-chemin entre le manifeste, le monde de la forme et le non-manifeste. On peut le comparer à une rivière ou à un courant d’énergie. En amenant attention et conscience dans le corps énergétique, nous remontons le cours de la rivière jusqu’à la source. Le Ki est mouvement, le non-manifeste est le point d’immobilité absolue qui vibre de vitalité. Le Ki est le lien entre le non-manifeste et le corps physique.’
Le point singulier où le non-manifeste se révèle sous la forme du Ki qui devient le monde est, selon Tolle, celui de la naissance et de la mort. Lorsque la conscience est dirigée vers l’extérieur, le monde et le mental voient le jour. Lorsqu’elle est dirigée vers l’intérieur, elle actualise sa propre source et retourne à sa demeure originelle, le non-manifeste. D’où ce conseil de ne jamais accorder toute notre attention au monde extérieur, mais d’en maintenir une partie vers l’intérieur. Sentir l’immobilité et maintenir la porte ouverte.
Ce qui me fait penser à ce que disait Me Ueshiba, en termes Shintô toujours, de la pratique (je cite Itsuo Tsuda, in ‘La Voie des dieux’) : Kokoro o ame tsuchi no hajime ni oite kudasai : placez votre ‘kokoro’ au commencement du Ciel et de la Terre. Il s’agit donc bien de porter son attention à la pénétration du Ki, en se mettant au commencement de l’Univers, et de permettre le surgissement de tous les possibles. Chose que Tsuda expérimentait dans son ressenti comme une ‘baignade lumineuse’.
Chaque jour est le premier jour de la création. Chaque jour est peut-être le dernier jour du retour au Vide, nous dit-il. Eh bien, chaque séance de shiatsu est le premier jour de la création.
Sortir de la vision maternante du shiatsu
Cet état d’esprit ou ressenti profond (kokoro) de la Source et de l'origine de la Vie me semble être le fameux hahagokoro dont parle T. Namikoshi. Car s’il s’agissait d’amour maternel (pourquoi d’ailleurs traduire kokoro une fois par cœur et ensuite par amour, alors que c’est deux fois le même kanji en japonais), je me sentirais exclu à jamais de ce ressenti, en tant qu'homme, sans oublier toutes les femmes qui n’ont pas d’enfant ou n’ont absolument pas la fibre maternelle au sens commun. Nous serions incapables à jamais de comprendre de quoi on parle et le shiatsu serait une affaire de mères biologiques.
Une vision ‘maternante’ du shiatsu me semble bien trop ancrée dans l’idéalisation (très récente, historiquement parlant) de l’amour maternel tel que prôné par une vision religieuse ou sociétale occidentale (dont certaines mères sont d’ailleurs incapables, que certaines femmes refusent et que bien des enfants rejettent… tant le vécu de chacun peut différer). Par contre, se placer à l’origine du Ki, voilà qui me parle, en méditation comme en shiatsu.
Et ensuite, on ne peut pas dissocier la première partie de la phrase de la seconde, donc l’effet de hahagokoro a bel et bien à voir avec la pression qui fait jaillir les fontaines de la vie, rien de ‘maternel’ là-dedans.
On va voir comment analyser cela.
Traduction de la première partie de la phrase
La première partie de la phrase se termine donc par 'hahagokoro', ce qui est une apposition de 'haha' et 'kokoro', le k devenant g, comme c'est le cas souvent en Japonais, les consonnes mutent dans certaines configurations de mots. -ごころ s'écrit dans les mots composés et souvent en hiragana.
Digression : faut-il chercher dans 'hahagokoro' une analogie avec 'Yamatogokoro' 大和心(ou Yamato damashii), qui signifie l'âme profonde du Japon, le 'nihonisme' (comme dit Isaiah Ben-Dasan), le fort sentiment commun aux Japonais d'être uniques au monde ? Sachant que 'haha' entre dans des composés comme la patrie et que Yamato 大和 renvoie à 'wa' 和qui est la spécificité japonaise, y a-t-il là entre les lignes que le shiatsu est quelque chose de spécifique au Japon ? L'analogie m'effleure, mais je pose ça là, sans plus.
Restons au plus près des mots et tentons, à ce stade, une première formulation :
Sans le wa : ressenti profond du shiatsu ressenti profond de la Source ( de l’origine du Ki)
Avec le wa : Au sujet du ressenti profond du shiatsu, (c’est) avoir le ressenti profond de la Source (de l’origine du Ki)
Faites-vous une tasse de thé, on poursuit sur la deuxième partie de la phrase.
OSEBA 圧せば ou押せば
On trouve les deux orthographes et la deuxième graphie est la version Namikoshi. Dans tous les cas, cela se prononce oseba. Et dans tous les cas, le verbe ‘Osu’ signifie presser, appliquer une pression par en haut, sceller, influencer, prendre le pouvoir sur qqch.
La première graphie, vous la connaissez. 圧, c’est le même kanji que atsu, de shiatsu, qui signifie pression. 圧す, osu, cela signifie donc presser, mais il semble que ce soit un archaïsme.
Le mot plus courant, c’est 押す, qui se prononce également osu et veut également dire presser, et on y retrouve le signe de la main 手.
Les deux kanji impliquent quoi qu’il en soit une idée de pression verticale du haut vers le bas, ce qui est pertinent pour nous.
Osu devient oseba au mode conditionnel, la conjonction ba étant la marque du conditionnel. Le conditionnel en japonais établit généralement une relation entre deux phrases, la deuxième phrase s’accomplira si la condition est remplie.
Donc, traduction de oseba : si appuyer verticalement, (alors quelque chose se passera).
INOCHI 命
Il y a plusieurs kanji pour dire la vie en Japonais, le plus connu étant 生, prononcé généralement ‘sei’ et que l’on retrouve dans Sensei, 先生càd la vie ancienne, qui précède, ce que nous traduisons par ‘Maître’. Le Maître est celui qui, plus âgé, a l’expérience pour transmettre.
Le fait évidemment que Namikoshi utilise Inochi, et pas sei, nous incite à aller voir les nuances propres à ce kanji et nous trouvons vie, mais dans le sens d’un destin. Destin, mot à fuir de nouveau au sens occidental (fatum), bien plutôt, la destination, le sens de la vie (dans le ... sens de direction).
Sei et inochi sont associés dans l’orthographe des Namikoshi 生命, ce qui devrait se prononcer seimei et signifie la vie organique, l’existence, la force de vie, l’essence.
Le point Meimon porte de la Vie, en rapport avec les aspects Eau et Feu des Reins gauche et droit s'écrit 命門, c'est donc le même kanji que Inochi et cela nous indique bien que ce kanji est en rapport avec l'Essence profonde de l'énergie vitale.
On peut donc comprendre que le Inochi dont question ici concerne à la fois la vie vue dans sa finalité et l’existence humaine. Et que donc le shiatsu a un effet sur notre vie quotidienne, ainsi que sur le flux de vie en nous, qui nous précède et nous dépasse.
Inochi by Nakazono
De même que ‘kokoro’ est le titre d’un ouvrage de Lafcadio Hearn, ‘Inochi’, sous-titré ‘Le Livre de la Vie’, est le titre d’un livre de Nakazono Sensei, quasi-introuvable aujourd’hui.
Ouvrage très étrange consacré au Kotodama, cette pratique de sons propres aux Japonais, basée sur leur langue syllabique (dans son oralité). Il est très difficile de trouver des sources fiables en matière de pratique de kotodama et les éléments donnés par Masahilo Nakazono sont parfois bien obscurs, mais ce qui nous intéresse, c’est par exemple cette affirmation : ‘le contenu total de l’activité de l’univers et sa concrétisation a été reconnu et saisi dans le principe de vie des 50 sons’. Ou encore ‘nos ancêtres ont saisi l’ordre complet de la manifestation de la vie humaine comme un passage de l’a priori à l’existence réelle de l’être vers les phénomènes universels a posteriori, pour revenir à l’a priori. C’est le cycle complet de la manifestation universelle. Le principe de Kotodama est le principe de la vie humaine dans sa totalité’.
On comprend donc bien à nouveau que quand on choisit de dire Inochi, on entend bien plus que l’espace entre la naissance et la mort d’un individu, mais plutôt l’énergie vitale, non-manifestée puis manifestée, ou, si vous préférez : Ciel Antérieur et Postérieur.
La Vie, quoi.
IZUMI 泉
Le mot Izumi renvoie vers une source, une fontaine, une eau jaillissante.
Le kanji est composé de ‘eau’ 水 et de ‘blanc’ 白, ce qui montre l’écume d’une eau jaillissante, sous pression, donc, et un jaillissement vers le haut. Rappelez-vous que le kanji atsu 圧dans ‘shiatsu’ contient également cette idée de pression vers le bas et vers le haut.
Quand on presse, c’est la Vie qui jaillit comme une fontaine. Rappelez-vous également (texte précédent sur les tsubo) qu’étymologiquement, les tsubo sont des cavités où se tapit le ki. Soit ils sont vides et doivent se remplir, soit ils sont trop pleins et il faut évacuer l’énergie.
WAKU 沸 ou 湧
On trouve aussi plusieurs graphies pour dire waku
沸 Bouillir, exciter, fondre donne waku bouillir, avoir lieu énergétiquement, fermenter
湧 Bouillir, fermenter, bouillonner donne waku : surgir, jaillir, sourdre, apparaître soudainement, voire ressentir des émotions
La deuxième écriture (retenue par les Namikoshi) semble donc plus plausible. Même si à la base des deux kanji il y a cette idée de bouillonnement, de fermentation (signe de vie), le kanji attaché spécifiquement à l’eau semble plus juste que celui associé à la chaleur.
A propos de ces imprécisions orthographiques, est-ce à dire que les Japonais eux-mêmes hésitent sur la façon d’écrire ce qu’ils entendent ? Exactement. Ils voient le sens et plusieurs façons possibles de l’écrire et, s’ils confondent les kanji, des imprécisions peuvent en résulter.
Le fait d’employer deux références explicites à l’Eau (izumi et waku) renverrait-il d’ailleurs au Mouvement Eau, lié aux Reins, à l’énergie vitale, à l’origine de la vie, et portant le numéro 1 dans la numérotation du carré magique, car c’est le premier et le plus important ? Maître Kawada nous disait de toujours revenir aux Reins. Et hahagokoro nous renvoyant également vers l’essence même de l’énergie, ce ne serait pas étonnant.
Autre chose, le verbe waku n’est pas conjugué mais à l’infinitif, ce qui donne une idée de soudaineté et évite toute précaution de forme ou de conjugaison. En français, nous avons quelque chose de semblable : ‘et les eaux de jaillir’ donne un effet plus spontané que de dire ‘les eaux jaillissent’.
(WA) (HA) HA HA
Peut-être faut-il voir dans cette finale le goût des Japonais pour les onomatopées (giseigo), puisqu’ils aiment les mots avec des répétitions syllabiques.
Namikoshi ponctuait toujours son slogan de ces 3 interjections sonores. Le sourire qui ne le quittait jamais est un peu sa marque de fabrique, de même qu’un comportement en apparence assez extraverti. C’est un type que l’on observe fréquemment au Japon chez les personnes d’un certain âge et avec une bonne énergie vitale. Ils adorent parler fort, rire ensemble de façon assez démonstrative et sont entre eux plutôt familiers. Cela tranche avec l’image que l’on aurait ici du Japonais impassible et réservé. Hé non, ils ne le sont pas tous, les villageois, par exemple, ne sont pas comme ça.
Par ailleurs, la bonne humeur sans nuages affichée par M. Namikoshi plaiderait plutôt en faveur de l’efficacité du shiatsu et du fait de vivre sa pratique. N’attendrait-on pas d’un praticien qu’il applique et vive ce qu’il préconise ? Et ‘bien rire’ était un des critères de bonne santé de M. Namikoshi, avec bien manger, bien dormir, bien évacuer et bien travailler. Pour renforcer votre immunité, riez au moins 5 minutes par jour, les médecins éclairés le disent également. Et quand ‘Shin’ est radieux, pas besoin de se forcer, cela vient tout seul.
Désolé de creuser une seule phrase de façon aussi méticuleuse, mais vous voyez qu’au final, la compréhension a gagné en profondeur.
Ce qui ressort de cette analyse
Car arrivé au bout de ce parcours analytique, nous pouvons donc dire que :
Il y a des divergences et des imprécisions quant à la façon d’écrire et de comprendre le texte japonais, et donc beaucoup d’approximations de traduction et des interprétations
Des mots comme ‘cœur’ , ‘mère’ et ‘vie’ sont des pièges en matière de compréhension, nos concepts occidentaux ne rentrent pas dans les mots japonais : en être conscient et ne pas interpréter en fonction de nos croyances
M. Namikoshi dit lui-même que c’est le slogan du shiatsu et un slogan se retient normalement facilement, par son contenu, la rythmique de la phrase, l’utilisation répétée dans les media et la façon de le dire. Ce slogan fonctionne, il a sans aucun doute contribué à populariser le shiatsu.
On peut rester au niveau du slogan et du body language qui l’accompagne, c’est l’effet mnémotechnique, mais on peut aussi aller voir le sous-jacent.
Si on analyse le slogan, on voit qu’il y a deux phrases, la première dit ce qu’est le shiatsu, la seconde donne la méthode (faire des pressions) et décrit l’effet.
Pour un slogan, le choix des mots ne semble quand même pas facile ou innocent, mais plutôt subtil et avec de nombreuses nuances possibles.
Traduction
Alors lançons-nous pour une traduction la plus littérale possible :
Shiatsu no kokoro (wa) : (Au sujet de) l’état d’esprit / du ressenti profond du shiatsu
Hahagokoro : (c’est) avoir le ressenti profond de la Source (de l’origine du Ki)
Oseba : si faire (on fait) des pressions verticalement de haut en bas
Inochi no izumi waku : la fontaine (bouillonnante) de la Vie de jaillir / d’apparaître soudainement.
Hahaha
A partir de là, tentons de formuler en bon français sans dévier du sens littéral.
Concernant le ressenti profond propre au shiatsu, il s’agit du ressenti profond de l’origine du ki. Si on fait des pressions verticalement, le flux impétueux de la Vie apparaît /jaillit soudainement.
Et, avec toutes les connotations que nous avons évoquées dans l’analyse mot à mot, voici ce que je comprends :
Le ressenti profond propre au shiatsu est le ressenti profond de l’origine de la vie, quand on se place à la Source du Ki. Si je fais des pressions verticales du haut vers le bas, le flux impétueux de la Vie apparaît soudainement. Cela me traverse et me rend joyeux (hahaha).
On est bien loin de ‘le shiatsu est l’amour maternel’. Désolé pour ceux qui aiment les choses simples.
Et vous, comment formuleriez-vous, sans interpréter ? J’aimerais lire vos phrases à partir de l’étymologie.
Minimalisme, mantra et norito
Achevons la réflexion (et les lecteurs) et élargissons le débat pour terminer.
Comme ce n’est pas un slogan idiot, mais avec beaucoup de profondeur et peut-être plusieurs couches, il me vient à l’esprit que nous pourrions l’utiliser, le répéter à voix haute, le scander, le chanter… voire le traduire en gestes.
Car ne perdons pas de vue la gestuelle de M. Namikoshi : pouces dressés en avant, ramener à soi, et laisser jaillir le rire en levant les bras au Ciel. En ce sens, le slogan est l'expression à travers le corps du flux de Vie qui nous traverse.
Ainsi, répéter, murmurer, chantonner ou crier le shiatsu no kokoro dans nos cabinets finirait-il par faire comme dans la chanson Changing opinion sur l’album Songs of Liquid Days de Philip Glass ? (une des œuvres majeures du minimalisme).
Quelques extraits de ce song pourraient bien nous parler et faire écho à la pratique et au slogan du shiatsu :
‘Gradually we became aware of a hum in the room’ … Sometimes it was a murmur Sometimes it was a pulse… Maybe it's the hum of our parents' voices Long ago in a soft light… Maybe it's the hum of changing opinion Or a foreign language
In prayer.
Hum (bourdonnement), pulse (pulsation, qui nous renvoie au coeur), chanter 'shiatsu no kokoro' serait-il finalement une expression sonore de 'hahagokoro', en Anglais 'Mum's hum' ?
Et la conclusion nous amène à l’hypothèse suivante :
Maybe it's the mantra of the walls and wiring Deep breathing
In soft air.
Mantra
Dès lors, le slogan pourrait-il être un mantra, comme en ont les Indiens depuis toute éternité ? Car le mantra est puissance sous forme de son, énergie qui peut même obliger les dieux à obéir.
Pour Pierre Feuga (in ‘Tantrisme’), l’ardente inspiration, la volonté sans faille, la concentration d’énergie sont des conditions indispensables à la récitation’. Le mantra est vibration. Mais pour que le mantra fonctionne, il faut une transmission orale et personnelle, et connaître la façon de réveiller sa puissance. Cela va être compliqué.
Mais au moins avons-nous œuvré dans le bon sens car ‘celui qui répète le mantra sans en connaître le sens est comme un âne qui transporte une charge de bois de santal : il en connaît le poids mais ne jouit pas du parfum’. On n’en fera pas un vrai mantra, mais on voit l’idée. Toujours savoir ce qu’on fait, (et donc aussi ce qu’on dit), selon Bernard Bouheret.
Norito
Pourrait-on alors l’utiliser comme un norito ? Car voilà qui est bien japonais et même shintô.
Le norito appartient au monde du sacré. Les vibrations suite à la prononciation de ces syllabes ont un effet calmant et nous connectent l'inexprimable. Voilà qui nous ramène au kotodama.
'Le norito est un Misogi (purification). Par essence il n’est jamais parfait, il change et évolue. Il est le reflet d’un moment de notre être.' (Régis Soavi)
Répéter à la japonaise 'shiatsu no kokoro' en nous imprégnant de la vibration rythmique des syllabes est peut-être une pratique qui ouvre à certaines choses… qui le dira, sinon celui ou celle qui le pratiquera au quotidien ?