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Friday, 12 January 2018

Manque de lumière : c’est l’hiver, mais que faire ?

En Belgique, cette année, nous manquons cruellement de lumière.  Il n’y a eu que … 5 heures d’ensoleillement en décembre 2017 : un record. Dans les pays scandinaves, en hiver, il fait jour de … 9h30 à 14h30. L’hiver est une période éprouvante.

Car l’homme, comme les plantes et les animaux, a besoin de lumière pour vivre, croître, grandir. Il a fallu plus d’une semaine à mes graines dans le germoir pour commencer seulement à germer. Et les jardiniers le savent bien : à partir de la fin août, certaines plantes ne peuvent plus être semées ou déclinent au jardin, car, déjà, il ne fait plus jour assez longtemps.

Le Soleil Source de Vie

Le soleil est décidément LA source de toute vie sur Terre. Il est curieux de constater que, si nous dépendons tous du soleil, le soleil, lui, n’a besoin de personne. Si la Terre disparaît, il continuera à briller. Il est donc la source d’énergie, immuable pour très longtemps. Il règne dans le Ciel le jour et est donc le Yang du Yang, le don total, l’origine de toute vie.

Ce n’est pas pour rien que les Japonais en ont fait le Kami suprême, AMATERASU OOMI KAMI, qui fait l’objet d’une vénération unanime et dont descend, dit-on, l’Empereur du Japon, le Fils du Soleil.

Comment la déesse du Soleil est revenue pour toujours


Parmi les histoires attachées à Amaterasu, une retient notre attention. La déesse (car le  Soleil, pour les Japonais, est féminin), fort fâchée des mauvais tours que lui avait joués son frère Susano, se retira  dans une caverne et refusa d’en sortir. Grand malheur : car voilà le monde privé de lumière, liuvré au froid, aux ténèbres, à la mort.
Tous les Kamis se demandaient comment l’en faire sortir et décidèrent d’organiser une grande fête. La déesse de la Gaîté (on ne dit pas si c’était suite à trop de saké) se mit à danser sensuellement et à dévoiler son corps, ce qui suscita les cris de joie et les acclamations des autres Kamis (on imagine l’ambiance). Jetant un œil dehors pour voir ce qui pouvait bien être aussi amusant,  Amaterasu vit un reflet brillant, car on avait suspendu un miroir à un arbre et, se croyant remplacée, sortit pour voir de qui il s’agissait. On lui coupa bien vite la retraite et, depuis, le Soleil brille pour tout le monde sans interruption.

Des conseils pour parer au manque de lumière


En faisant du shiatsu, nous ne ramènerons pas le soleil, évidemment, mais il y a de la sagesse dans cette histoire.
-        Le rire est l’antidote à l’obscurité et à la déprime. D’ailleurs, la joie de vivre est l’émotion associée au Cœur, lui-même associé à l’été et donc à la culmination du Yang.  Suscitons donc des moments heureux, de convivialité.

-        C’est le moment de faire des moxas, ces bâtons d’armoise qui servent à chauffer les points. La chaleur suscite le Yang. On peut par exemple de stimuler les Reins, l’élément Eau,  qui est à son maximum ces temps-ci. Donner une impulsion dans le bon sens. Pour les personnes en manque d’énergie ou qui ont froid intérieurement, ou aux extrémités,  les moxas sont très efficaces.

-        Entourons-nous de lumière, bougies et autres, faisons un feu de bois… C’est toute l’énergie Yang de l’été qui se trouve dans le bois et brille sous forme de feu. Pourquoi ne pas essayer aussi la luminothérapie, qui donne de bons résultats sur les états dépressifs ? 

-        La fameuse vitamine D  est  en carence chez tous les Belges. C’est bien d’en prendre, mais régulièrement, toute l’année, même quand il y a de la lumière. Comme toujours, travailler son terrain en permanence donne de meilleurs résultats que de se shooter à doses excessives pour retrouver l’équilibre. On ne crée pas l’équilibre en suscitant un déséquilibre opposé.
 
-        Côté diététique, on évitera évidemment les aliments de nature froide ou refroidissante : boissons froides ou sucrées, fruits exotiques… pour leur préférer le goût salé, les épices, les légumes racines et saumurés. Face au manque de lumière, manger ce qui se conserve sous terre, ou vit dans l’eau et qui, donc, vient de l’obscurité va nous renforcer. Manger ce qui vient de pays où c’est maintenant l’été va nous refroidir et nous affaiblir. Il y a toujours une logique.

Je ne suis pas sûr non plus qu’un séjour dans l’hémisphère Sud apporte la solution. Le choc au retour est puissant et le corps doit encaisser. Mentalement, partir au soleil fait du bien, évidemment. Attention à respecter l’alternance Yin/Yang. Il faut passer par le Yin pour arriver au Yang, on ne peut pas vivre sur un « hype » permanent, cela aussi finit par épuiser.

-         Enfin, la nuit, le sombre, ont de bons côtés. Ils permettent  de dormir. C’est le moment de récupérer sous la couette en attendant des jours meilleurs. Naturellement, le corps se réveille avec la lumière et donc, nous devrions dormir plus longtemps en hiver. 

Les points de shiatsu associés à la lumière

Enfin, les noms des points en shiatsu ne sont jamais innocents et il ne me semblait pas qu’il y en avait tellement qui nous parlent de lumière.  Effectivement, j’en ai trouvé 4 seulement.
Le plus évident est sans doute Vessie 1 , SEIMEI, prunelles claires, qui traite les maux d’yeux. Il n’y a lumière que parce que nous la voyons comme telle et la clarté provient de notre vision. C’est vrai qu’en appuyant sur SEIMEI, des fulgurances lumineuses peuvent apparaître.
JITSUGETSU, VB 24, Soleil et Lune est le point BO de la Vésicule Biliaire à la verticale des mamelons  et sert pour hépatites, hoquet, gastralgie…
KOMEI, Lumière, VB 37, sur l’extérieur de la jambe, traite les douleurs de jambe.
Ces trois points s’écrivent avec les kanji du Soleil et de la Lune 日月indiquant par là la réunion, et non l’opposition des aspects diurnes/nocturnes, deux aspects de la lumière, directe et indirecte, le Yang diurne et le Yin nocturne. La Lumière n’est donc pas dissociable de l’obscurité, il n’y a lumière que parce qu’il y a obscurité, et l’inverse.
Il y a encore le très utile et polyvalent Rein 6, SHOKAI, Mer lumineuse, point sous la malléole interne, en rapport avec les Vaisseaux curieux (Equilibre Yin), l’équilibre du corps, le dos, le sommeil, l’énergie vitale, etc.
Enfin, il ne nous parle pas de lumière, mais nous évoque le ciel : UNMON, P2, la Porte des Nuages, très bon point pour dégager les poumons, toux, asthme, douleurs dorsales… Une porte est un lieu d’échange, entrée et sortie, passage… On se renouvelle.
Voilà pour ce qui est des points associés à la lumière, pour des raisons pas toujours très .. . claires. Le Ciel, par contre, est bien représenté, et c’est plus évident.
Si vous venez faire un shiatsu en cette période, nous ne chercherons donc pas la lumière. Mais le shiatsu vous rééquilibrera, vous détendra et vous aidera à chasser la morosité ambiante. Quand les organes fonctionnent correctement, le Cœur Empereur peut prendre sa place et la joie de vivre rayonne à travers vous.

Notre lumière intérieure

Pour terminer, la quête de lumière est associée à bon nombre de spiritualités. L’homme a toujours pressenti que la lumière est source de vie.
Pour Patrick Burensteinas, alchimiste moderne, les ténèbres / la matière sont de la Lumière agitée et la Lumière, de la lumière immobile. Il s’agit donc bien de deux aspects de la même chose. Pour trouver la lumière, il s’agit de rester immobile et aligné.
On peut toujours puiser en soi ce que l’on ne voit pas à l’extérieur, car tout est là. L’hiver est une bonne période pour méditer devant la flamme d’une bougie et se nourrir ainsi de notre lumière intérieure, en attendant des jours plus lumineux.

Thursday, 22 December 2016

Réflexions de fin d'année et de renouveau autour d’un bol de thé matcha


L’après-midi est tranquille. Je m’installe au salon. Devant moi, du thé japonais matcha, moulu patiemment à la meule de pierre, au goût si vert et si minéral, battu avec le petit fouet en bambou et servi dans ce beau bol en bois de chêne acheté un jour au Japon. En accompagnement, un morceau de chocolat 100% à base de fèves criollo, les cacaoyers natifs d’Amérique latine qui donnent un chocolat pâle et légèrement acidulé.

Pas n’importe quel thé, pas n’importe quel bol, pas n’importe quel chocolat. Snobisme ? Ce serait jugement. Choix délibéré, plutôt, de la qualité et de la beauté, choses inscrites dans les gènes au Japon, pays du shiatsu. Choix de l’attention, au sens bouddhiste, à ce que l’on mange et boit, par respect pour ce que la nature et le savoir-faire des hommes a produit, en harmonie. Conscience du bonheur d’être au XXIème siècle et de pouvoir bénéficier facilement de ces belles et bonnes choses. Gratitude.

Ce n’est pas tant qu’il faille attribuer un sens aux actes banals du quotidien, tels que manger, boire, se laver, s’étirer, se promener, ou se tenir simplement en silence. C’est question d’attention et d’intention.

L'attention

La pleine attention consiste à tenter de devenir conscient à tout ce qui est là. Thich Nhat Hanh, moine Zen coréen célèbre par son enseignement, raconte ainsi un exercice de pleine attention au départ d’une tasse de thé. En se concentrant, on peut remonter à la genèse même du thé que l’on boit : le travail des hommes, la pluie, le soleil et le vent sur le théier, le passage des 4 saisons,  les oiseaux qui s’y posent, son enracinement dans la terre, les feuilles qui poussent. Quand on a remonté tout l’enchaînement des causes et effets qui ont produit cette tasse de thé (idem pour la tasse et pour l‘eau), on est conscient de ce que l’on boit, et l’attention se poursuit après sur les sensations dans le corps.

En traitement shiatsu, nous tentons de même d’atteindre cet état de pleine attention pour la personne qui vient nous voir, dans l’écoute, la non-interprétation, le non-jugement, l’ouverture à ce qui est là. Lors d’un récent stage de Seiki Soho, avec Frans Copers, il y avait aussi cette attention totale à ce qui est là, et tout à coup, la main s’en va, spontanément, toucher l’endroit qui « appelle ». En Seiki, il est question là de résonance, ce qui vient faire vibrer nos fibres les plus profondes.

L'intention

Quand on prête attention aux actes du quotidien, on peut aussi les accomplir avec une intention. Je dirais presque les offrir, les dédier à quelque chose ou quelqu’un, ou simplement les accomplir en gratitude. En shiatsu semblablement, on peut mettre une intention dans son travail, ou aucune intention, pour laisser s’exprimer le corps qui reçoit.  Masunaga dit que l’intention suffit, d’autres disent qu’il n’en faut pas. Cela dépendra du moment et de la personne, mais au minimum, la bienveillance sera l’intention profonde. L’état de bienveillance et de gratitude est très puissant. Alors, l’esprit Shin (qui est, notamment, l’entité psychologique, harmonisante, correspondant au cœur) peut s’exprimer pleinement et la joie est présente. Joie ou jubilation ? Les théologiens disent que la prière de louange est la plus puissante, car elle est désintéressée. Quand on dit merci, c’est pour quelque chose et à quelqu’un. On peut être dans la gratitude pour tout et rien, sans raison précise. On peut s’adresser à Dieu, aux bouddhas, à tous les Kamis, ou à personne. Peu importe, c’est question d’affinités. L’important est le ressenti, l’état. « Have fun », dit Ajahn Brahm.

Le contentement

Ajahn Brahm est un abbé bouddhiste theravada qui écrit beaucoup de livres et donne beaucoup de conférences. Il parle du contentement et c’est la première fois que je rencontre ce terme dans un contexte bouddhiste. Le contentement est un état profond.  Se sentir content, à tout moment, c’est être reconnecté à l’instant présent, avoir laissé aller le passé et le futur, et les angoisses qui vont avec, et juste se sentir bien. Les  personnes qui viennent régulièrement en shiatsu me le disent : elles se sentent bien, et n’ont pas d’explications à cet état. Il n’y en a pas, ou il y en a autant que de personnes, peu importe. Si à la première question, « comment allez-vous ? », la réponse est « je vais bien » (et que c’est vrai J), le shiatsu prend tout son sens premier : faire en sorte que cela reste ainsi. Seul un travail régulier permet d’atteindre cet état de bien-être.

Partis d’une tasse de thé et d’un morceau de chocolat, nous voilà bien loin. C’est que tout est lié, tout est interdépendant et les analogies chères aux proto-Chinois, ou les correspondances chères à Baudelaire, pour prendre une référence occidentale, sont bien là.

Pratiquer le shiatsu amène à vivre autrement

En quête de qualité, en pleine présence, l’expérience est plus intense et donc, l’aspect quantitatif disparaît. Cela n’aurait aucun sens de boire 5 bols de thé et de manger toute la tablette de chocolat. Le corps n’a pas besoin de ces quantités-là, et si on le laisse s’exprimer, ce ne sera même pas possible. La quantité vient compenser le manque de qualité, cela se vérifie avec la nourriture de mauvaise qualité. En conséquence, nous n’aurons plus besoin de manger autant si nous optons pour la qualité et l’intensité, et nous pourrons nous offrir des choses meilleures. C’est Jean Rofidal, dans son livre « l’art du Do In » qui fait l‘éloge de la frugalité. Avoir toujours un peu faim donne de l’énergie et améliore la qualité de la vie. Etre toujours rassasié ou saturé ramollit et suscite l’égoïsme (pendant la digestion, l’organisme n’est tourné que vers lui-même). « Avoir l’estomac vide le plus longtemps possible est une bonne condition pour être libre, pour être tourné vers le monde, pour pouvoir donner ».

En ces périodes de fête, voilà qui donne à penser. Même si, comme le dit François Couplan, champion de l’alimentation par les plantes sauvages, un bon excès quelques fois par an fait partie des choses naturelles. Le problème, c’est d’être toute l’année en sur-consommation et de tenter des sevrages ponctuels. Il vaut donc mieux, de façon plus ou moins constante, rester dans la frugalité. Si nous pratiquons le shiatsu, nous savons bien qu’un extrême appelle l’autre, trop peu engendre trop et trop implique trop peu ailleurs.

Puisque nous parlons des fêtes et du sentiment d’interdépendance avec le vivant, il me vient à l’esprit d’appliquer la méthode de la tasse de thé aux mets traditionnels de fin d’année : foie gras, homards et autres dindons de la farce. On peut d’ailleurs le faire avec tout ce qu’on mange. Si cette méditation nous amène à la maltraitance et la souffrance animale, à l’exploitation et la prédation de la nature, au saccage ou à la pollution du vivant, à des traitements non-équitables… se pose la question de savoir si ingérer tout ce ressenti négatif et toute cette souffrance nous fera du bien. Chacun verra pour lui-même. Mais la sagesse derrière la pratique du shiatsu viendra de plus en plus nous titiller, et nous rapprocher de la bienveillance, de la compassion, de l’attention à la Nature, à toutes les créatures et à soi-même…

Que ces fêtes soient de belles fêtes, et vous amènent tous et toutes sans encombrent au renouveau du calendrier et de l’énergie qui repart vers de nouveaux sommets.
 
Meilleurs voeux