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Tuesday, 30 August 2022

Le dizain de neige – Un Bun Shin de Clément Marot



Dizain
 : forme poétique ancienne

Clément Marot : poète français de la Renaissance

Bun Shin : une des 4 formes de diagnostic oriental

L’Eau et le Feu : les deux premiers éléments des 5 décrits en Orient.

Shiatsu : ma pratique.

Pensée analogique : relier des choses en apparence très éloignées dans une même compréhension.

On y va ?



Musique !

 
Tout est parti de ce très joli poème de Marot mis en musique par Lise Borel. Ecoutez-la d’abord et lisez ensuite.



Coup de cœur ! Lise Borel (1993) est une jeune compositrice française qui pratique tous les genres avec talent et grande inventivité, la chanson française ou anglaise, le conte musical, la polyphonie a capella ou carrément la musique liturgique. Elle y ajoute un grand sens de la filmographie. Découvrez ses clips sur Youtube.

Intérêt d’écouter de la musique ? On ne dira jamais assez que le Shiatsu, étant au premier chef un art, a tout à voir avec l’art, certainement musical.

+ Texte


Lise Borel ressuscite en quelque sorte la grande chanson française, qui consiste à traduire en mélodies les meilleurs poèmes. Ici, c’est Clément Marot, célèbre poète français du 16ème siècle , dont on nous dit qu’il joignait ‘une tête vive à un bon cœur’. Il devait avoir le feu du  Shen qui s'exprimait librement.


On en lisait au Collège quand la 5ème s’appelait encore l’année de Poésie. Démarche intéressante d’aller exhumer des textes qui n’ont rien perdu de leur pouvoir poétique, mais que plus personne ne lit.

Démarche qui a sa pertinence dans notre métier également, on découvre des pépites.

C’est un dizain, dix vers de dix pieds, pour ceux qui aiment la symbolique des chiffres.

Marot nous dit donc ceci (en vieux Français, c’est compréhensible et très joli)

Anne (par jeu) me jecta de la Neige,
Que je cuidoys froide certainement:
Mais c’estoit feu: l’experience en ay je,
Car embrasé je fuz soubdainement.
Puis que le feu loge secrettement
Dedans la Neige, où trouveray je place
Pour n’ardre point? Anne, ta seulle grâce
Estaindre peult le feu que je sens bien,
Non point par eau, par neige, ne par glace,
Mais par sentir un feu pareil au mien. 

Elégant poème d’amour que l’on peut toutefois lire depuis la pratique du Shiatsu. Car de même qu’il y a la forme et la manifestation (l’amour de Marot pour Anne d’Alençon), il y a les éléments, et l’énergie qui anime tout cela.

Prêts pour le grand saut ?

+ lecture Shiatsu sur l'Eau et le Feu


Anne par jeu : le rappel que tout est jeu dans l’échange d’énergie, dans les rapports entre hommes et femmes, l’indispensable légèreté de l’être qui nous manque tellement ces temps-ci . Les Indiens disent ‘lîla’, le jeu divin ;

La neige que je (cuydais) pensais froide, le ressenti premier et superficiel que nous pouvons avoir du monde ;

Mais c’était feu, c’est l’expérience que j’en ai : nous entrons dans la sensation, le ressenti, le cœur de notre métier.

Quand les client(e)s me font part de leurs sensations, pour eux parfois nouvelles, incompréhensibles, étranges ou ‘anormales’, je les ramène à leur sensation et non à leur compréhension : toutes les sensations sont bonnes et correctes. Il s’agit d’entrer dedans et de les laisser s’exprimer. Si donc la neige est feu, c’est parfait.

Puisque le feu loge secrètement dedans la neige : nous voilà dans le YinYang au-delà (ou plutôt en-deçà) de l’apparente opposition des éléments : le Feu dans l’Eau, la chaleur dans le froid, l’impalpable dans la matière…

Pourquoi associe-t-on, au fond, le désir lié à l’énergie des Reins à l’Eau, alors que la perception générale est que le désir est Feu ? Si ce n’est que l’Eau Rein gauche se combine au Feu Rein droit, pour créer le mouvement perpétuel de l’énergie vitale, comme l’explique si bien l’idéogramme du Ki. Il y a aussi que la poussée de l’élan vital se situe au Koshi.

Où trouverai-je place pour n’ardre point ? (ne pas brûler). Question cruciale par nos temps de sécheresse où l’eau semble avoir disparu dans sa fonction de domination et d’opposé : l’Eau éteint le Feu. Quand nous brûlons, faut-il espérer l’Eau ?

Non, nous dit Marot, ça ne va pas aller, quel que soit l’état de la matière ‘non point par eau par neige ni par glace’, puisque tout cela contient du Feu.

Cela se fera ‘par sentir un feu pareil au mien’, le feu rencontrant semblable feu fusionne avec lui et en quelque sorte disparaît. Dans un contexte amoureux, je vous laisse à vos expériences pour savoir si la fusion est la solution. 

Dans un contexte énergétique, nous avons deux pistes :

  • 'Sentir un feu', on est de niveau au niveau du ressenti. Cela indique la perte de l’identification à et de la contraction de l’ego, en quelque sorte la perte de contours que m’évoquent parfois les client(e)s après une séance : ‘c’est comme si j’avais perdu mes contours’. On est passé dans l’état fluidique non opposé au monde extérieur mais qui se coule en lui.

  • La participation mystique, chère à Levi-Strauss et si souvent rappelée par Jung, peut apporter le soulagement. Savoir que d’autres brûlent du même feu que moi et souffrent semblablement peut apporter un apaisement. Nous sommes ici rappelés aussi en quelque sorte à l’interrelation chère aux Bouddhistes, mais au niveau du ressenti, pas de l’idée.


= Diagnostic Bun Shin


En fait, nous venons de faire un ‘Bunshin’. On traduit le mot lapidairement par ‘diagnostic par l’ouïe et l’odorat’. Mais comme d’habitude, il faut aller voir un peu plus loin. M. Masunaga attire notre attention sur la signification profonde de ces kanji :

聞 Bun – entendre, écouter, demander, composé des caractères ‘oreille’ et ‘porte’ comme si on écoutait à la porte

診 Shin – checkup, examen, diagnostic, composé des caractères ‘parole’ et ‘rendre clair’

Et donc la traduction complète serait : énoncer clairement ce qu’on pense en cherchant à entendre quelque chose d’indistinct.

En écoutant et réécoutant Marot mis en musique par Lise Borel est apparu ce d’abord imperceptible parfum de justesse et la compréhension s’est ensuite dessinée et affinée : Bun Shin.

Ainsi, lorsque nous pratiquons, nous écoutons les langages, des mots et du corps et à un moment, peut-être, une conviction se fait jour. C'est un processus que nous pouvons certainement appliquer en cabinet. 


A vous de conclure !


Je vous laisse tirer les conclusions

1. Je vire à l’obsessionnel en voyant du Shiatsu partout. Mais le Shiatsu n’est-il pas une compréhension de la Vie, et des flux d’énergie qui la traversent ? Et donc partout.

2. Notre tradition occidentale comporte des compréhensions très semblables à celles de la réflexion orientale, il suffit d’être attentifs et de cesser d’opposer.

Chercher les pépites dans le lit boueux de la rivière...

Bonne pratique et bon ressenti.





Wednesday, 22 August 2018

Vivre et pratiquer au temps solaire vrai – L’horloge circadienne

Si la médecine occidentale s’intéresse au rythme circadien à cause des processus physiologiques liés à la lumière du jour et aux saisons (le Prix Nobel de Médecine 2017 a même été décerné à des travaux sur l’horloge biologique), il y a longtemps que les Orientaux ont remarqué que le cycle de distribution du Ki dans le circuit des méridiens suit un schéma horaire.

C’est ainsi qu’ils ont divisé la journée en douze périodes et associé à chaque période un organe ou une entraille, représenté(e) par un méridien, et donc une certaine qualité d’énergie.

A noter qu’il ne s’agit pas d’ailleurs de 12 périodes de deux heures, mais bien de douze heures, la journée étant divisée en 12 dans la Chine antique. 12 heures, 12 animaux du Zodiaque, 12 méridiens…

Le tableau circadien


Pour rappel, les méridiens se répartissent comme suit sur l’horloge circadienne : 
  • Poumon : 3h-5h  
  • Gros Intestin : 5h – 7h  
  • Estomac : 7h – 9h 
  • Rate/Pancréas : 9h – 11h  
  • Cœur : 11h – 13 h  
  • Intestin Grêle : 13h – 15h 
  • Vessie : 15h – 17h 
  • Reins : 17h – 19h 
  • Maître de Cœur : 19h – 21h 
  • Triple Réchauffeur : 21h – 23h 
  • Vésicule Biliaire : 23h – 1h 
  • Foie : 1h – 3h

A partir de là, on peut commencer à associer.

L’heure du Bœuf n’est pas l’heure du Tigre


Prenons l’heure du Bœuf, entre 1h et 3h du matin. Au Japon, c’est l’heure où les Yôkai sortent, les êtres mystérieux, Oni, Kappa, Tengu, serpents, dragons, fantômes, gardiens et objets ensorcelés… Il vaut donc mieux dormir à cette heure-là pour ne pas faire de mauvaises rencontres. D’ailleurs, toute la Nature dort et est immobile à ce moment. 

Chez les humains,c’est l’heure du Foie, qui effectue le grand nettoyage du corps. Un Foie perturbé peut d’ailleurs provoquer rêves abondants et cauchemars. Les démons se promènent à l’extérieur et à l’intérieur. Si nous avons une activité quelconque à ce moment, même intellectuelle, le Foie ne pourra pas remplir sa mission de nettoyage et nous nous retrouverons avec des toxines dans le corps, d’où fatigue, raideurs, lever difficile, migraine, mauvaise humeur, colère …


L’heure des Poumons, ou heure du Tigre suit de 3h à 5h. Le Tigre peut passer en quelques secondes d’un sommeil apparent à une activité débordante (comme les chats). Son énergie puissante est disponible à la moindre sollicitation. Les Poumons sont le début de la vie, le premier inspir, la prise d’énergie nouvelle et le nettoyage des toxines également. C’est le moment où l’esprit est bien clair et tranquille. Ce n’est pas pour rien que les moines Zen commencent à méditer à trois heures. Le Poumon commence la journée, c’est l’organe le plus important, le Premier Ministre.

5h – 7h est l’heure du Gros Intestin (Lièvre), fonction similaire aux Poumons, mais ancrée dans la matière. Les naturopathes ont raison de nous dire que le lever est le meilleur moment pour aller à selle. L’Intestin évacue tout ce dont le corps n’a pas besoin en début de journée. On se sent léger et d’attaque.

Et ainsi de suite pour chaque période.

Un bel outil pour nous comprendre et nous respecter


Le rythme circadien établi par la Médecine Chinoise est donc un outil intéressant : 
  • pour comprendre les mouvements de l’énergie, ses enchaînements et le fonctionnement des organes dans notre corps. L’heure à laquelle certains symptômes apparaissent peut par exemple nous aiguiller vers un organe précis.
      
  • pour harmoniser nos activités le mieux possible à cette circulation de l’énergie dans le corps. Ne pas travailler quand il vaut mieux dormir ou le contraire, par exemple.
  • pour devenir conscient, de manière générale, de la qualité d’énergie de chaque moment de la journée et de notre interrelation aux cycles diurnes, nocturnes, saisonniers, astrologiques, astronomiques…

Se baser sur l’heure solaire


On constate donc un afflux d’énergie à des heures constantes sur les méridiens (heures de plénitude normale de l’énergie) et ces heures sont données en heures solaires.  

Donc à l’heure qu’il est réellement selon la position du soleil à un endroit donné, car les Anciens ne connaissaient pas d’autre heure.

Jusqu’il y a peu, quand un client me parlait d’un symptôme et que je lui demandais s’il pouvait y associer une heure précise, je me contentais de déduire une heure en hiver et deux heures en été, histoire de retrouver « l’heure solaire ». 

Mais ce n’est pas juste. Je dois en effet savoir à quelle heure le soleil passe au zénith pour définir midi. Et je ne peux pas le savoir en regardant ma montre.

L’inexactitude de nos montres


Quand il est midi à ma montre, il n’est pas midi pour le soleil, car l’heure de la montre est réglée par des conventions internationales (le temps UTC, ou GMT). Ce temps, basé sur la division de la planète en méridiens (temporels, ceux-là, les fuseaux horaires), me donne l’heure qu’il est légalement dans mon fuseau horaire (+ 1 par rapport à Greenwich), mais pas l’heure exacte à l’endroit où je suis, ici et maintenant.

On a en effet défini – au début du XXème siècle - une heure légale, basée sur le méridien de Greenwich, qui est l’heure solaire vraie + 3 corrections : 

  • L’équation du temps, qui tient compte de la course irrégulière de la Terre autour du soleil, mais on fait comme si elle était toujours égale à 24 heures (temps solaire moyen); 
  • La correction de longitude, 4 minutes par degré, qui permet de passer au temps solaire universel ; 
  • La correction « Eté – Hiver », pour nous +2 heures et + 1 heure par rapport à Greenwich (GMT), qui permet de passer à l’heure légale.

Ce qui a pour conséquence qu’en fait, nous ne savons plus jamais quand il est vraiment midi. Déduire 2 heures en été et 1 heure en hiver n’est pas correct, sauf si nous habitons à Greenwich. Nous nous trouvons en effet en Belgique quelque part entre le GMT et le GMT +1.
Au fait, pourquoi a-t-on abandonné l’heure solaire vraie depuis une petite centaine d’années ? A cause du « progrès », de la rapidité des déplacements, et pour des raisons d’hégémonie politique. 

Imaginez le carnage pour un simple horaire de train.  Midi en temps solaire vrai ne tombe pas au même moment à Paris et à Bruxelles. Alors, combien de temps met le train ? Et quelle heure choisit-on pour l’arrivée ? Dans un sens il va plus vite que dans l’autre, alors qu’en fait non..

L’heure solaire vraie est celle du cadran solaire, ou du clocher qui sonnait midi quand le soleil passait juste au zénith. Elle rythmait la vie du village, les pauses dans les champs, les prières des moines… 

La perdre, au même titre que des rythmes de vie saisonniers, nous a fait perdre un peu plus … le Nord.


Le bonheur d’être connecté … à l’Univers


Mais c’est ainsi.  N’empêche que pour mes shiatsu et en tant qu’habitant du système solaire, j’aimerais connaître l’heure solaire vraie. Je n’ai pas de cadran solaire, ni les capacités d’un astronome pour calculer tout cela.

La réponse est dans … mon smartphone. Car, évidemment, et pour d’obscures raisons, on a inventé des applications qui restituent l’heure solaire vraie de l’endroit où on se trouve, géolocalisation aidant.

Ainsi, j’ai installé « Solar Time Free », qui me donne l’heure vraie à tout moment. La différence pour Bruxelles en été est d’environ 1h45 en avance sur le soleil. En hiver, elle sera inférieure à 1 heure.

Question d’exactitude et d’alignement aux rythmes du Ciel


L’avantage pour le shiatsu ? Je ne peux plus me tromper dans ma recherche des organes à la base d’un symptôme en rétablissant l’heure solaire vraie, qui est à la base de l’horloge circadienne.

Détail de quelques minutes ? Chipotage ? Dans notre monde toujours plus déconnecté de la Nature, des saisons, des mouvements des astres, il me semble souhaitable de coller le plus possible aux mouvements de l’Univers et de faire abstraction des conventions humaines. 

Microcosme = macrocosme, notre corps est régi par les mêmes lois, à retrouver et à observer.

Et j’aime savoir quand il est exactement midi, ce moment où la journée culmine et où l’énergie bascule lentement d’un Yang croissant vers un Yin croissant, un imperceptible changement d’énergie, certes, mais en pleine conscience.

Tant qu’à être connecté, autant que ce soit à l’Univers…



Friday, 13 July 2018

Les merveilleux effets du stage de shiatsu 2018 – Kenbiki et mobilisations passives, avec Stéphane VIEN.


Derniers moments en Bretagne, appuyé contre un arbre près d’une tombe mégalithique, pour vous parler du stage de vacances de cette année.

C’est le troisième stage que je fais avec Stéphane Vien Espace Shiatsu  – avec un plaisir sans cesse renouvelé, et augmenté. Ce stage 2018 fut extraordinaire, sous de nombreux aspects.


D’abord, il faut souligner que Stéphane Vien est un enseignant exceptionnel.  Nous nous sommes trouvés jadis au hasard de publications sur Internet, puis rencontrés, et le courant passa immédiatement. Il enseigne de belles techniques, créatives et à l’écoute, utilisables immédiatement, et transmet sa  grande expérience, avec tellement d’humour et de simplicité. 

No nonsense, restons détendus nous-mêmes. Ce serait un comble que de se crisper autour d’une croyance, d’une technique, d’une pratique, d’une vision. On quitte le stage, et on a envie d’appliquer, de tester, d’expérimenter ces nouvelles choses qui améliorent notre façon de travailler. Mais en plus, Stéphane Vien évoque à chaque fois le « isshin denshin », expression japonaise qui veut dire « de mon cœur à ton cœur ». Il l’évoque, et il le fait. C’est là la véritable transmission, au-delà des mots. Le cœur du Maître est un trésor, et ce trésor rayonne, inépuisable, pour qui sait le ressentir. Passé ce stage, je me sens grandi, plus loin sur le chemin.


Merci à Stéphane Vien et à ses deux assistantes, Martha et Laura, qui n’ont pas ménagé leur peine pour que chacun retire le maximum du temps passé à apprendre et à échanger.

Un art comme le Shiatsu comporte des aspects exigeants. Répéter les gestes, par 35 degrés dehors, à genoux pendant 8 heures par jour dans un hall des sports m’a bien fait  transpirer.  Le shiatsu, c’est très physique. Mais voilà , c’est une façon de repousser les limites, de travailler l’endurance, de rester disponible jusqu’au bout pour les personnes qui passent sous nos mains. Comment rester frais et dispos pour ceux qui viennent en fin de journée ? C’est aussi un apprentissage. Le lendemain matin, le lever se fait d’un bond, avant le réveil. Donner de sa personne rend fort et agile.

Il faut dire un mot du lieu. Bretagne, terre magique, comme l’écrit une belle amie à propos de ce stage. Merci à Vonnick Le Berre, parce que c’est sur ses terres qu’elle a eu la bonne idée de nous inviter. Et parce que ces terres-là nous régénèrent et innervent le shiatsu par leur vitalité…
c’est vrai ! Les bains de mer revigorants, les forêts profondes, les sites mégalithiques, le soleil généreux (et, inutile de le cacher, les excellentes bières locales) viennent revitaliser, détendre, ancrer. Ici, on est en contact avec le Ciel et la Terre, l’énergie des saisons, les Celtes et leur monde magique, la mélodie perceptible dans le souffle du vent… Tout ce que vous m’entendez dire pendant l’année quand nous parlons de ressourcement et de vie autre, tout cela est en Bretagne. Et donc merci à l’organisatrice

Cette année, il y eut une alchimie extraordinaire avec certains participants. Je dis alchimie, car je parle bien de transmutation, c’est-à-dire un changement d’état intérieur. Impossible de travailler avec tout le monde (nous étions 130 !), mais celles et ceux avec qui un échange fut possible, sur le tapis ou à la troisième mi-temps, me laissent un souvenir impérissable. Merci à Lili Ma, Stella Spit, Hervé Guillemot, Okeanos Neptune, David Millerot, Damien Benis, Morgane Caugant, Sakura Dojo, Valérie Mayeux, Olivier Vaillant, Gérard Guérin, Sonia Gourdel… Et j’en oublie, je m’excuse. 

Toutes personnes que, sans hésiter, en mon absence ou pendant vos vacances, je vous recommanderais avec joie, tant s’abandonner à leurs mains constitue une belle expérience.

Le toucher est communication, nous a dit Stéphane Vien au tout début du stage. Se laisser toucher ouvre le cœur, libère les émotions, fait sentir comme il est bon de vivre, et avec quelle intensité joyeuse ! J’ai trouvé, cette fois, des amies de cœur, car j’ai pu me laisser toucher. Une main se pose sur vous, et vous savez.

Il y a tout cela dans le shiatsu. Et tout cela, je ne le garde pas pour moi, je l’écris, je le dis, je le répéterai et surtout, vous pourrez le sentir, quand vous viendrez, à votre tour, prendre soin de vous.



Tuesday, 24 April 2018

Traiter à temps l’Hallux Valgus, par la podologie et le shiatsu


Non, Hallux Valgus n’est pas le nom d’un centurion romain dans Astérix, mais une déformation douloureuse des pieds, plus précisément une déviation du premier métatarsien (os du squelette de l’avant-pied) vers le milieu du corps. Le gros orteil « rentre » peu à peu  au-dessous ou au-dessus de l’orteil voisin. En langage de tous les jours, on parle de « l’oignon du pied ».

Shinmon Shiatsu collabore sous un même toit avec Pedicentre, cabinet de podologie et de pédicures médicales,  et les deux disciplines en présence (podologie et shiatsu) peuvent vous aider, à leur façon, à soigner à temps un Hallux Valgus, et à éviter ainsi des moments très pénibles. Comme pour tant de choses, la prévention et la prise en charge dès les premiers symptômes ou douleurs donneront les meilleurs résultats.

Voici donc une explication, et ce que nous pouvons faire pour vous.

Problèmes, causes et pathologies

A la jonction du métatarsien et de la première phalange va apparaître une « bosse »sur la partie
médiale du pied, qui frottant contre le soulier peut créer une inflammation (appelée bursite).
Cette déformation est la pathologie la plus fréquente de l’avant pied.

Parmi les causes identifiées :
  • Une prédisposition/ hérédité familiale, touchant principalement les femmes
  • Favorisée ou majorée par l’âge (quarantaine, cinquantaine…)
  • Favorisée par le port de chaussures à talons haut et à bouts étroits

Cette déformation articulaire s’accentue de manière progressive et à une vitesse variable, créant une gêne au chaussage. La déformation s’aggrave progressivement,  la bursite grossit et le pied se déforme.  Les douleurs peuvent être intenses. Apparaissent ainsi des hyper appuis plantaires douloureux avec développement de durillons sous le pied et des cors sur les orteils latéraux qui évoluent progressivement en «  griffes ».

En cas de non-traitement, le risque principal est l’ouverture de la peau, avec possibilité d’infection de la bourse (bursite infectieuse) puis de l’articulation (arthrite) et enfin des ostéites. Cette situation peut devenir très grave pour les diabétiques entre autres. En effet, la perte de sensibilité aux pieds (neuropathie) et le risque d’artérite, rendant difficile la cicatrisation, peuvent mener, chez les diabétiques à de graves problèmes, allant jusqu’à l’amputation.

Traitement non-chirurgical, réalisé par votre podologue

Un traitement non-chirurgical, entamé à temps, devra permettre d’éviter une opération.

Plusieurs possibilités, selon le cas :
  •          Le port de chaussures larges et souples, en aucun cas serrantes ou avec des talons
  •         Un moyen mécanique
     
    •       la confection d’une orthèse plantaire. Réalisée sur place en une dizaine de minutes, l’orthèse consiste en un « boudin » de silicone qui maintiendra le gros orteil éloigné de son voisin. Elle peut se porter avec les chaussures en journée.
    •           Un correcteur nocturne ou une orthèse rigide pour la nuit peuvent également être envisagés.
  •            Un traitement antalgique est également possible

Quel que soit le problème aux pieds, les  personnes diabétiques devraient, plus que tout autre, faire surveiller étroitement  et soigner leurs pieds par un podologue, pour les raisons évoquées  plus haut.

Traitement chirurgical

La chirurgie consiste à ré-axer votre premier orteil, par une ostéotomie (on enlève la saillie osseuse) et un allongement des tendons et articulations. On peut implanter des vis, agrafes et broches en métal. 

La rééducation est longue et relativement douloureuse. La chirurgie n’interviendra donc qu’en dernière extrémité, et si les douleurs consécutives à l’Hallux Valgus ne sont plus maîtrisables. C’est donc évitable, si on s’y prend à temps.

Traitement par le shiatsu

D’inspiration orientale et de nature énergétique, le shiatsu propose une lecture des causes de l’Hallux Valgus.

Il considère le trajet des méridiens dans la zone concernée par la déformation et va aider le corps à rétablir une situation énergétique correcte.

L’Hallux Valgus étant articulatoire, nous allons tout de suite soupçonner la fonction du Foie, qui règle, notamment, tendons et articulations.  De plus, ce méridien débute son trajet sur le gros orteil, du côté du 2ème métatarse.  Sur ce même orteil, de l’autre côté, démarre un autre méridien, la Rate. Le Foie, plus fort que la Rate, tire vers lui et occasionne la déformation. C’est un peu comme ce jeu Anglais du tug of war (tir à la corde) où deux équipes essaient d’amener la corde dans leur camp, en déstabilisant l’autre équipe. 

Si le Foie est trop fort, on examinera également sa relation à d'autres organes, au travers des cycles d'engendrement et de contrôle. Y a-t-il déséquilibre sur les Reins et les Poumons ?  

Travailler les Reins aurait par ailleurs du sens, particulièrement dans ce cas,  ce méridien commençant sur la plante du pied et remontant sur le côté intérieur de la jambe, avec le Foie et la Rate, les rejoignant brièvement au point dit « saninko » (trois réunions Yin) pour se retrouver avec eux au niveau du genou à d’infimes distances.

Donc, le shiatsu consistera probablement dans les grandes lignes  – outre le ressenti particulier propre à chaque traitement - à calmer le Foie, tonifier la Rate, harmoniser les Reins, au niveau du pied et en remontant la jambe jusqu’au genou. On libèrera bien les articulations au passage. Et puisque l'Hallux Valgus est en rapport avec la posture, un travail sur les malléoles interne et externe, et un renforcement des lombaires seront également pertinents.  Le port de chaussures à talons hauts s’avère particulièrement nocif  pour les lombaires, surtout si une lordose ou hyper-lordose (bas du dos creusé) est déjà présente.   

L’apparition d’une grosseur sur le pied indique une accumulation, une stagnation et des étirements/massages/légères percussions sur le pied permettront de remettre en route la circulation de l’énergie.

S’interroger sur les causes profondes

Bref, on peut faire pas mal de choses en local pour soulager et atténuer. En amont, il sera intéressant de chercher les causes profondes. Un déséquilibre sur la fonction du foie ne signifie pas pour autant que vous avez un problème au foie. 

L’origine peut-être alimentaire, dans votre style de vie, émotionnelle, une accumulation de toxines… Il faudra examiner votre style de vie, de façon générale.

Enfin, nous sortons du shiatsu, mais la phyto propose également des solutions (laurier, huile de ricin…) Et il y a aussi les bains de pied (sel d’Epsom) que nos grands-mères  prenaient fréquemment parce qu’ils soulageaient bien des maux. Un phytothérapeute, herboriste, naturopathe, pharmacien spécialisé pourra vous conseiller utilement.

Podologue, praticien de shiatsu et autres thérapeutes… tout le monde est d’accord pour dire que la prévention, ou la prise en charge des problèmes au tout début, offrent les meilleures chances de succès et permettent d’éviter une intervention lourde. On remarque que beaucoup de personnes font prendre soin de leurs pieds, car, forcément, la douleur se rappelle à elles dès qu’elles posent le pied par terre. Mais l’Hallux Valgus n’est qu’un exemple parmi tant d’autres de cette démarche de précaution qui devrait toujours guider notre vie, dès qu’il s’agit de notre santé, et même si cela ne fait pas (encore) mal.

Action !


Pour un traitement en podologie : Dany Colot – Tel. : 02 -280 18 37

Pour un traitement shiatsu : Stéphane Cuypers –  Tel. : 0471-40 56 95

Monday, 26 March 2018

Prendre soin de son intestin

Réflexions et pratique à partir du livre de M. Takanori Naganuma

 

On m’a offert récemment un petit livre intitulé  « Prendre soin de son intestin »,  écrit par un certain Takanori Naganuma. Ce monsieur, nous dit-une courte biographie, est un écrivain scientifique qui s’attache à vulgariser les travaux de grands chercheurs japonais.
La traduction semble très bonne, car, à la lecture, on voit vraiment un Japonais vous expliquer en mots très simples et avec humour des vérités profondes, comme ils savent si bien le faire.
Sans doute ce livre n’atteindra-t-il pas le succès de Giulia Enders, avec « le charme discret de l’intestin ». Mais c’est dommage, car il offre lui aussi des réflexions fondamentales sur un organe capital du corps. En traitement shiatsu, nous parlons souvent de nourriture, de digestion…  car c’est une des bases de la Vie. Nous essayons de comprendre les mouvements de l’énergie, de nous harmoniser, de trouver les causes profondes et de prendre préventivement soin de notre santé à tous les niveaux.  C’est ainsi que, quand l’énergie circule sans obstacles,  nous pouvons nous reconnecter à la joie de vivre.
C’est donc un livre à lire et voici un recensement des constatations de M. Naganuma, auxquelles je me permettrai d’ajouter quelques commentaires, dans la ligne du shiatsu.

Nous ne mangeons plus correctement, en Asie comme ailleurs

En gros, l’auteur remet l’église au milieu du village. L’intestin n’est pas le second cerveau, mais le premier (dans l’ordre chronologique de l’évolution). Les premiers organismes vivants étaient un tube digestif, capable, non de pensée, mais de ressenti.

Et donc, même si nous nous flattons d’avoir un cerveau, les constituants anciens, de base, de notre organisme sont toujours bien là. Et par conséquent, ce que nous mangeons, et comment nous éliminons, va déterminer notre santé, bien sûr, mais aussi  notre ressenti, notre façon de penser et même notre conception du monde et des relations avec les autres. Manger nourrit les cellules. Le cerveau  est composé de cellules.
Le problème, c’est que nous ne mangeons plus correctement, car nous nous sommes mis à transformer la  nourriture et donc, à appauvrir ses qualités nutritionnelles.

M. Naganuma prend l’exemple de Musashi Myamoto, Toyotomi Hideyoshi et Tokugawa Yeyasu… Le premier un grand s
amouraï qui n’a jamais perdu aucun combat. Les autres, des dirigeants politiques dont on nous dit qu’ils avaient une force surhumaine. Tokugawa, par exemple,  a fondé le shogunat, qui allait  maintenir sa famille au pouvoir pendant plus de 200 ans.  Je me souviens avoir vu son mausolée, au temple Tosho Gu de Nikko, et avoir été saisi par une énergie farouche. Il reste quelque chose.
Les héros sont toujours un peu légendaires, mais si on regarde leur alimentation,  on voit qu’ils mangeaient sobrement, et, surtout, des aliments complets. Ce n’est qu’après qu’on s’est mis à raffiner le riz en riz blanc et donc, à le débarrasser de tous ses nutriments.  La mode du riz blanc a même amené au  Japon le béri-béri, mortelle carence en vitamine B1 entraînant troubles neurologiques, fatigue extrême et insuffisance cardiaque… Des milliers de personnes sont ainsi mortes au Japon au début du 20ème siècle. Ensuite, l’occupation américaine du Japon a amené la viande, le pain, le lait, le sucre… Toutes choses inconnues des estomacs japonais et dont ils n’avaient pas besoin, avec de graves conséquences sur la santé.

Saint-François Xavier, missionnaire débarquant au Japon au 16ème siècle, s’étonne de la santé des gens et du régime japonais : riz complet (ou blé), légumes abondants, fruits variés, parfois un peu de poisson. Jamais de bétail. On mesure l’ampleur du changement.
C’est important d’insister sur ces choses, car, comme dit M. Naganuma , « nous sommes ce que nous mangeons ».  Nos maux physiques et psychologiques, notre qualité d’énergie dérivent pour une bonne part de ce que nous mangeons. Modifier une alimentation qui ne nous convient pas élimine déjà pas mal de problèmes. Aussi bon que soit le traitement donné en shiatsu, il sera idéalement soutenu par un mode de vie sain, c’est-à-dire qui nous convient.  

En Occident, cela s’est passé de la même façon. D’ailleurs, à peu près à la même époque. Pour moi, il y a deux dates-charnières qui nous ont mis sur la pente descendante :
-          1750 : début du réchauffement climatique dû à l’homme, arrivage des produits des colonies (café, thé, sucre en grandes quantités), premières industries, et, sur le plan des idées, les dites « Lumières ».
-          1945 : apparition d’aliments exotiques et non-respect des saisons, élimination graduelle des paysans, destruction des écosystèmes par les remembrements et l’agrochimie, appauvrissement de la bio-diversité. Ce n’est apparemment pas terminé. Les Trente Glorieuses ne le furent que pour le capital.  Nous avons gagné la guerre, nous avons perdu la Vie.
Aujourd’hui encore, et de plus en plus, le raffinage des céréales, le pain blanc, le sucre blanc créent des ravages dans les intestins. Le traitement des aliments, en général, d’ailleurs. La Nature produit ce qui nous convient sous la meilleure forme possible, pas besoin de manipuler et de modifier les propriétés  des aliments. C’est horrifiant tout ce qu’on peut trouver comme produits conservateurs, exhausteurs, colorants… dans un seul aliment.

Nous n’avons pas connu la carence en vitamine B1, parce que nous mangeons, notamment, beaucoup de viande (contrairement aux Japonais). Mais la  viande engendre la stagnation dans les intestins, et la pourriture. Le nombre de cancers du côlon a augmenté. De plus, nous mangeons en trop grande quantité, car les aliments raffinés ne nous fournissent plus les nutriments nécessaires au quotidien. Cercle vicieux… Bref, après un repas « conventionnel », nous sommes lourds, fatigués, et nous nous précipitons sur les excitants et les sucreries, alors que nous n’avons pas éliminé les toxines du corps. La fatigue, c’est quand les cellules ne sont pas nourries correctement.

Cette attention pour les aliments complets se retrouve dans l’ancien idéogramme du KI, l’énergie vitale, le souffle de vie. Le riz, en cuisant, engendre la vapeur : c’est l’image de l’énergie vitale.  Les 4 "points" indiquent le cycle complet du grain de riz à travers les quatre saisons. L’écriture simplifiée a enlevé ces quatre points.  Coïncidence ? Sûrement pas !  C’est ce qui s’est passé. On a cessé de manger du riz complet. Du coup, le KI est affecté.
Rappelons que l’énergie acquise, dont nous avons besoin au quotidien, est fournie sur base de deux apports : une respiration correcte et une alimentation correcte.
On peut faire tous les traitements du monde, mais  mettre du carburant correct dans le moteur maximalisera évidemment les performances.
L’alimentation saine devrait être une question de santé publique, par conséquent. La frugalité, une nécessité. La base de l’alimentation ne peut plus être « de la viande et un accompagnement ».  Le raffinage et la manipulation des aliments sont une des principales causes des problèmes de santé (physiologique et psychologique) de notre époque. Donc mangeons autrement.

Ni régime, ni compléments

Hahaaa, mais voilà que j’entends s’approcher une horde de conseillers en tous genres, préconisant jeûnes et régimes, tous contradictoires.  Comment s’y retrouver ? Qui écouter ? Gardons simplement à l’esprit deux choses :

-          Ce qui me fait du bien, c’est ce qui me convient : en supprimant tel ou tel aliment, et en observant si on se sent mieux, on peut déjà voir ce qui nous convient ou pas.

-          Le bon sens et la simplicité : ne nous compliquons pas la vie. Comme en shiatsu, on pose les mains, et voilà.
Tout comme Giulia Enders, Takanori Naganuma s’intéresse aux milliards de bactéries dans nos intestins. Avec la constatation étonnante qu’il suffit d’avoir 20% de bonnes bactéries pour que les autres, neutres ou malveillantes, ne soient pas nuisibles. Donc, il ne sert à rien de tenter d’éliminer les mauvaises bactéries. Pour arriver à ces fameux 20%, il suffit de  manger des fibres, avoir une bonne hygiène de vie globale, sans trop de stress, jeûner régulièrement, et masser ses intestins. 

Pas besoin de probiotiques non plus, car l’apport est négligeable par rapport à la synthèse réalisée naturellement  par l’intestin suite à une alimentation saine. Et quant au jeûne… M. Naganuma en propose un très facile : s’abstenir de manger entre 20 heures et midi le lendemain, tout en buvant de l’eau (en quantité modérée), pour donner du repos à l’intestin. Voilà qui nous dispense des héroïques jeûnes prolongés, privations, monodiètes détox et régimes en tous genres. Régime = frustration = risque d’échec. Le mental s’arrange pour que cela ne marche pas, ou alors au prix d’affreuses souffrances psychologiques.
Mais comment savoir si nous mangeons bien ?  Il faut regarder à la sortie. Mme Yamamoto en parlait déjà. Giulia Enders détaille, même. Ni trop mous, ni trop durs, des excréments plutôt beiges, du volume d’une ou deux bananes, et sans odeur repoussante.

L'intestin, c'est aussi une question d’immunité et… d’écologie


Les intestins assurent la nutrition, mais aussi l’immunité.  Quand nos cellules sont nourries, le système immunitaire inné, par la collaboration des cellules, élimine tout de suite virus et bactéries. Un mauvais fonctionnement cellulaire paralyse ce processus, et nous devons alors produire des anticorps. Cela ne peut constituer que le plan B.
Au niveau cellulaire, M. Naganuma attire l’attention sur le rôle des mitochondries, centrales énergétiques présentes dans les cellules, et qui fournissent une énergie bien supérieure à celle fournie par le métabolisme du sucre (glycolyse), à condition de manger des végétaux et de bien respirer en mangeant calmement.  Viande et poisson ne sont plus, dès lors, que des accompagnements occasionnels d’un régime végétarien. L’énergie des mitochondries est source de longévité. A condition de les nourrir et d’y faire appel.
Autre réflexion intéressante : nous abritons dans nos intestins tout un écosystème. Il s’agit, comme au niveau macrocosmique, de ne pas le polluer. De cette façon, nous pourrons changer le monde, et faire progresser la société.  Car améliorer sa santé, c’est améliorer ses performances, et ses idées.

Ya-t-il dès lors un lien entre la façon dont nous traitons la planète et celle dont nous malmenons nos intestins ?  Microcosme = macrocosme.

Travailler avec le Hara et y redescendre sans cesse


En fait, dit M. Naganuma, notre moi se trouve… dans nos intestins, et pas dans notre cerveau. Penser, c’est le cerveau. Ressentir, c’est les intestins. Les premiers organismes vivants n’étaient qu’un long tube digestif. 
La danse de l’amibe, réalisée lors d’un stage récent avec Ohashi Sensei,  est venue renforcer ce propos. Ceux qui y étaient ne l'oublieront jamais. D’abord, l’amibe définit ses frontières, s’étend, se protège, échange des gaz avec son environnement (Poumons et Gros  Intestin).  C’est le premier mouvement. Comme par hasard, ce mouvement se répète chaque jour dans le même ordre, puisque les méridiens Poumons et Gros Intestin viennent en premier dans le cycle d’énergie.  

Cela nous amène au fameux Hara, le ventre cher aux Japonais. Beaucoup d’expressions en rapport avec les émotions incluent le mot « Hara ». Les premiers vertébrés n’avaient pas de cerveau, et pourtant avaient des émotions, un ressenti… par les intestins. Vivre, c’est manger (digérer, absorber, éliminer). Nos intestins nous font ressentir la vie. L’équilibre entre savoir, sentiment et volonté vient du traitement que nous réservons à nos intestins.
C’est ce qui explique sans doute cette grande spécificité japonaise : le diagnostic se fait sur le ventre. On est prudent, évidemment. On ne saute pas sur le ventre de quelqu’un que l’on ne connaît pas, et surtout pas une femme, pour d’évidentes raisons d’intimité.  Quelle différence avec les Chinois qui prennent le pouls au poignet ou examinent la langue ! Travailler sur le hara, c’est mettre le naturel avant le culturellement correct. Le mouvement de la Vie avant la conception de la Vie. La façon japonaise me parle bien plus. D’ailleurs, on positionne son hara vers celui des clients, et on travaille avec lui. Pas vraiment avec la tête qui a appris la théorie.

Donc, le cerveau pense. Les intestins ressentent. Qu’est-ce qui capte ?  Où est l’intuition ? M. Naganuma la met dans le nerf coccygial, vestige de notre queue, situé exactement à l’opposé du cerveau. Et donc, Zazen, assis pendant des heures sur notre coccyx, nous fait prendre conscience de l’intuition fondamentale d’être relié à tous les êtres vivants. Il y a décidément plus de choses intéressantes « en bas » qu’ « en haut ».
A presque tous mes clients, je dis : redescendez.  Ne pas avoir la tête comme un ballon d’hélium. Ouvrir la poitrine  pour rayonner et, paradoxalement, protéger. Descendre dans le hara pour la stabilité, le ressenti et  observer les niveaux « supérieurs » sans se laisser entraîner par tout ce qui passe.  Ancrer. Ici et maintenant. Le centre de gravité, c’est en bas, pas en haut. Sinon, on bascule au moindre souffle de vent. Cela s’explique, mais mieux encore, cela se ressent et cela s’applique au quotidien.

Le shiatsu pour vivre dans son corps toute cette sagesse


Le cadre donné par le livre « Prendre soin de son intestin » est bien celui dans lequel nous travaillons chaque jour : alimentation, respiration, immunité, hara, énergie vitale, primauté du corps… J'y ai retrouvé beaucoup de choses qui se travaillent en shiatsu.
Ohashi dessine l’être humain idéal comme un tube sans obstacles. Le travail du shiatsu permet justement d’éliminer les obstacles, de rééquilibrer. Les trois principaux points de longévité ?  Ils se trouvent sur Estomac, Gros Intestin, Intestin Grêle.  Tiens, tiens, comme par hasard. Pour vivre vieux, il ne faut pas d’obstacles sur le transit digestif. 
Mais seul, le praticien ne peut pas y arriver. Un travail sur les points permettra de réveiller le corps, de lui rendre sa place première.  Il reste au client à changer son alimentation, son mode de vie.  Less is more. A la portée de tous. Et, en plus, cela ne coûte pas cher. Cela coûte même moins cher, au final,  que de continuer  le mode de vie actuel.
Je vois que cela fonctionne comme cela. Le toucher du shiatsu peut donner l’impulsion, le rééquilibrage, le début du changement. Je vois bien que tout changement durable vient d’abord par le toucher, pas par le raisonnement.  Avec l’épiphénomène qu’est le cerveau, on discute des heures, des années… Si on prend les choses par la base, par la cause profonde, par le toucher, par le ventre, l’alimentation, la respiration,  le mouvement, on modifie tout le reste.

Une fois que l’énergie circule bien, le corps reprend la direction des opérations. Il devient alors  impossible (car on ne se sent pas bien) de manger des choses qui ne nous conviennent pas.
Prendre soin de son intestin ? C’est certainement le cadre favorable, au sens large, au sein duquel nous travaillons tous les jours.


Thursday, 15 February 2018

Conseils de printemps

Il est bien là, le printemps, même si la météo fraîche semble nous dire que non. Les végétaux sont prêts à exploser au moindre redoux. L’hamamélis, le jasmin, les perce-neige et les hellébores, fleurs de l’hiver, prennent doucement congé.  Les narcisses s’impatientent, les « chatons », bourgeons du saule gris et duveteux, apparaissent sur les arbres.

De multiples signes nous annoncent le printemps. Et il s’en passe des choses,  sur et sous terre ! Le changement est permanent. Les anciens Chinois avaient divisé l’année en 24 périodes de changement de 15 jours, soit trois fois 5 jours : 5 jours de préparation, 5 jours d’installation et 5 jours de manifestation du changement. La période de début février s’appelle « commencement du printemps », et elle coïncide avec le commencement de l’année (« Nouvel-An Chinois »).  Le milieu du printemps, pour les Chinois, c’est l’équinoxe vers le 21 mars. Cette façon de compter est plus juste, car elle s’aligne sur la Nature, et pas sur une conception du monde (chrétienne), comme en Occident.

Donc, nous sommes bien au printemps. Et l’être humain ne peut pas se dissocier de la Nature et des cycles naturels, sinon, il risque d’avoir des problèmes, notamment de santé et d’identité. Les grands mouvements d’énergie que nous voyons à l’œuvre dans les saisons sont également à l’œuvre en nous. Il convient donc de suivre le mouvement de l’énergie, qui, après avoir quitté le point le plus Yin au solstice d’hiver, repart graduellement vers le point le plus Yang, le solstice d’été. Entre les deux, la part du Yang augmente, et la part du Yin diminue. Le Yang, c’est-à-dire la priorité donnée à l’action, au mouvement, à l’extraversion. Nous pouvons donc entreprendre, car cela nous démange. Mais pas si vite.

Voyons comment les Chinois expliquaient cela. Mais si vous voulez, vous pouvez passer directement aux conseils.


La montée du Yang, selon les Chinois

D’abord, prenons conscience de ce réveil de la Nature.  Coup de tonnerre dans un ciel tout gris !

Trois trigrammes nous montrent le chemin de la montée du Yang, avec le Tonnerre, dit encore l’Eveilleur, qui sonne le début du cycle Yang. Ce n’est pas rien, un coup de tonnerre. On sursaute.  « Wachet auf, ruft uns die Stimme » chantent les Protestants dans le célèbre choral du Veilleur. 

Il s’agit de se réveiller et de se secouer. Le trigramme « Tonnerre » est suivi par le Feu (soit la clarté, l’évidence, la conscience) au moment de l’équinoxe.  Et puis vient le trigramme du Lac, ou encore la Joyeuse Communication, la brume, la dissipation. C’est déjà le début de l’été. 


Ce mouvement Yang se traduit comme suit, si on observe ses effets : activité, fermeté, force, croissance, avance, expansion, extériorisation, positivité, légèreté, fluidité. Au cours des prochaines semaines, notre énergie va comporter une part croissante de ces éléments.

De ce côté gauche du diagramme, les traits de base sont tous Yang. Le mouvement  général est une attraction vers le haut, on monte.  Le mouvement est de la Terre vers le Ciel, les végétaux poussent. Et nous allons nous sentir des ailes, avec l’envie de faire mille choses.

Comme toujours, ces envies sont à ressentir et c’est bon de ne pas les retenir, mais il faut quelque peu tempérer. D’abord, ce n’est pas parce que le mouvement général est Yang que tout est Yang. On observe qu’il reste toujours au moins un trait Yin dans les trigrammes  qui montent à gauche du diagramme. Et une fois arrivé au maximum du Yang, le Yin réapparaît tout de suite, comme le montre le Tai Ji.  Yin et Yang sont un rapport dynamique : pas l’un sans l’autre.

Et ensuite, le Yang ne peut trouver à s’exprimer pleinement que si le Yin a été nourri correctement. En d’autres termes, si nous avons mis l’hiver à profit pour nourrir notre Yin en restant tranquille, au chaud et au calme, en respectant une nécessaire introspection, en nous reposant suffisamment, alors, nous pouvons nous lancer au printemps. Si ce n’est pas le cas, nous partons avec un handicap certain, une fatigue résiduelle, un manque d’énergie. Et nous risquons de ne pas tenir la distance.

Voilà ce que peuvent nous apprendre les trigrammes Chinois (disposition de Fu Xi, soit le monde cosmologique). Et comme microcosme = macrocosme, en tant qu’humains, nous sommes soumis à ces mêmes lois et mouvements.

Et maintenant, appliquons

Si ce qui précède est du Chinois, pour vous,  ce n’est pas grave. S’il est bon de comprendre les mouvements de l’énergie, il vaut surtout mieux les appliquer.

Donc, d’abord, soyons sûrs d’avoir bien récupéré en hiver et d’avoir protégé notre immunité.

Gare aux microbes à la sortie d’un hiver sans lumière, où notre immunité a été mise à rude épreuve. La glace fond lentement. Les variations de température sont redoutables pour notre santé et la bonne circulation de notre énergie. Prenons soin de nous, et pas d’excès, restons couverts, restons prudents. C’est un peu le conseil général : allons-y doucement. L’image est celle du chat qui s’étire après une bonne sieste et avant d’aller courir dans le vaste monde.  Dès lors, la pratique quotidienne du DO IN (les étirements des méridiens) s’avère idéale pour remettre notre énergie en route.

Envie de faire du DO IN ? Faites-le moi savoir, on peut organiser une pratique de groupe. 

Que peut faire le shiatsu pour vous, au printemps ?

Indépendamment, ou en plus du problème précis pour lequel vous venez consulter, il est bon de garder à chaque saison une attention particulière pour l’énergie du moment. Les méridiens concernés au printemps sont le Foie et la Vésicule Biliaire.

Nous serons donc plus particulièrement attentifs à l’énergie du Foie, qui est l’organe dominant au printemps. Le Foie évacue les toxines du corps, fait le grand nettoyage, vous donne la capacité de réaliser et l’endurance. Il peut aussi, s’il est trop fort, causer de soudains accès de colère ou un sentiment de frustration, ou encore le « Feu du Foie » peut faire monter l’énergie beaucoup trop haut et vous déséquilibrer, à l’image d’une quille dont le centre de gravité se situerait soudain dans le haut du corps. Un équilibre très instable !  A toute saison, une part du travail consiste à « redescendre », à centrer, pour ne pas perdre l’ancrage. 

Le Foie doit d’ailleurs pouvoir faire le nettoyage de l’entièreté du corps et, si vous êtes bloqué au niveau du Vaisseau Ceinture, il ne pourra pas bien travailler. C’est pourquoi on travaillera également le méridien couplé, Vésicule Biliaire et particulièrement le point 41 qui harmonise le Vaisseau Ceinture. Il s’appelle Rinkyu,  « Se pencher pour pleurer ». Ne voilà-t-il pas un double mouvement vers le bas ?

Si le Foie – « Le Grand Général des Armées » n’arrive pas à travailler correctement, vous ferez des cauchemars, dormirez mal, vous réveillerez franchement de travers, fatigués, lourds, saturés, gavés… L’énergie tourne en rond, il y a des frustrations, de la colère.

Je parlais plus haut de l’importance du rapport à l’espace-temps et de la nécessité de s’y conformer. Nous avons vu que le printemps « vient » en quelque sorte de l’hiver, moment le plus Yin de l’année qui appelle un nouveau départ. A chaque saison, on stimulera donc sur chaque méridien des points particuliers, car les différentes composantes de notre énergie vitale y sont associées, et l’énergie est plus présente sur ces points à ce moment-là.

Le Printemps est la saison où on tonifiera les points « Eau », associés à l’hiver, dans la logique du cycle d’engendrement des cinq mouvements. Ces points, appartenant aux  points dits « Shu antiques », sont tous situés sur les bras et les jambes, entre les extrémités et les articulations du coude et du genou. On travaillera donc P5-MC3-C3-GI2-TF2-IG2 sur les bras et les mains, et RP9, F8, R10, ES44, VB43 et V66 sur les jambes et les pieds.

Et plein de choses à faire soi-même  

Recevoir un shiatsu est une excellente chose, mais la participation active dans votre vie maximise les résultats.

Vous pouvez donc prendre soin de notre organe Foie en lui offrant une cure de désintoxication de toutes les toxines accumulées en hiver. Il existe d’excellentes cures de plantes chez les herboristes. Et le jus matinal de citron chaud est excellent. J’aime pour ma part le vinaigre de cidre. Et la nature offre les bonnes plantes au bon moment : jeunes orties pour désintoxiquer, ou sève de bouleau. Si vous ne savez pas quoi manger, informez-vous de ce qui pousse en ce moment. Il vaut toujours mieux consommer les plantes locales, et de saison.

Puisqu’au printemps l’énergie se remet en mouvement, nous aussi. La marche quotidienne s’avère un excellent moyen de rester en bonne santé. Trop peu de mouvement affaiblit non seulement les jambes, mais cause aussi des problèmes d’évacuation.  Marchons, donc, mais sans pour autant courir le marathon. Les textes anciens disent « allons marcher dans la cour », et prendre le jeune soleil.

Pour vivre en harmonie, il est bon d’être conséquent, au-dedans comme au-dehors. Le grand nettoyage printanier de notre lieu de vie et de tout ce qui nous encombre nous aidera à laisser notre créativité s’épanouir. C’est le moment de mettre en œuvre nos projets, nos élans, nos nouvelles aspirations.

Sur le plan de l’alimentation, enfin, répétons-le, mangeons de saison et local. Bonne nouvelle, après la relative disette et monotonie de l’hiver, les jeunes pousses printanières, feuilles et racines, garniront bientôt à nouveau notre assiette. C’est la fête du Vert, la couleur dominante du printemps. Un véritable plaisir pour les yeux… associés par ailleurs également au Foie. La nature est bien faite.

Je vous souhaite de beaux moments printaniers.