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Thursday, 6 April 2023

La porte est en dedans

Partage d'expérience : laisser faire les mains


A. vient me voir pour la première fois et m’expose ses difficultés. C’est le syndrome d’Ehlers-Danlos, me dit-elle. Pardon ? Vous pouvez répéter ?

Maladie inconnue : moments privilégiés qui nous ramènent aux sources de notre art. Car voilà qui est bienheureux : je n’ai pas de protocole en tête et rien de familier sur quoi je pourrais m’appuyer en cours de route.

Ce que l'on en dit


A. non plus, d’ailleurs, car là est précisément son problème : elle ne sent pas ses os, elle n’en a pas la sensation et donc perd ses contours, ses repères de forme séparée du reste du monde, au point de devoir s’appuyer régulièrement sur quelque chose. Ennuyeux, car elle est incapable de conduire un véhicule, tout juste un vélo si ça ne va pas trop vite. Cela va avec une hypersensibilité : hyper-acuité visuelle, hyper-acousie, porosité émotionnelle, hyper-laxité et, par conséquent, une grande fatigue permanente : surexposition à une information bien trop dense.

Elle ne paraît pas son âge et est d’une minceur à faire envie à bien d’autres, car, malgré un grand appétit, elle ne prend pas de poids. Les articulations sont douloureuses, le haut du dos tendu, mais rien de nature inflammatoire.

Problème de codage dans la fabrication du collagène, me dit-elle. Rentré chez moi, je m’en vais voir au dictionnaire de quoi il retourne.

Ce que l'on en lit


Le syndrome d’Ehlers - Danlos (SED) est une maladie génétique rare qui peut prendre plusieurs formes et peut engendrer divers désordres : hypermobilité articulaire (jusqu’à la dislocation), hyper-extensibilité cutanée, fragilité tissulaire… Seule une biopsie cutanée permet de la déceler avec certitude. Comme je l’apprends en lisant le dictionnaire, A. souffre de la forme hyper-mobile, la plus fréquente, où la fragilité tissulaire est moins présente.

Il n’existe pas vraiment de traitement médicamenteux et, pour le reste, une approche multidisciplinaire (kiné, posture, podologie…) peut être prescrite.

Le site Passeport Santé me précise en outre que ‘ Aucune donnée scientifique ne permet aujourd’hui de traiter ou de prévenir le syndrome d’Ehlers-Danlos à l’aide de thérapies alternatives’.

Bref, personne ne m'aurait aidé de toute façon, mais A. me demande si je peux l'aider.


Comment s'y prendre ? 


Ce sont les moments de grâce pour le praticien et le retour à l’essence même de la pratique.

Ce qui ne signifie pas me croire plus malin que les autres et vouloir résoudre quoi que ce soit. Cela ne signifie pas non plus faire aveu d’incompétence et m’excuser de ne pas pouvoir aider. Cela signifie simplement que je vais faire quelque chose selon ce que je vais ressentir là et que je ne sais pas où cela va me mener. De ce fait, mon intérêt est décuplé car l’inconnu, précisément, me stimule.

D’abord, je vais écouter. Au sens de Bunshin, certes, ‘chercher à distinguer par l’oreille quelque chose

d’indistinct’, car où est le fil d’Ariane qui va permettre de dénouer l’écheveau ? Quel indice va émerger ?

Au sens d’Eric Baret (in ‘De l’Abandon’) : ‘Accepter veut dire écouter. Ecouter veut dire ne rien savoir’.  J’accepte ce qui est là, sans pouvoir interpréter, et, vierge de tout savoir, il me reste à mettre les mains et à leur faire confiance.

Ou encore : ‘ Que signifie écouter ? Cela veut dire aimer. Sans amour, l’écoute est impossible. Aimer signifie : être disponible à ce qui est là… vous ne cherchez pas à comprendre quoi que ce soit, mais à vraiment sentir’.

Me voici dès lors dans Setsushin, tel que compris par M. Masunaga, quand il nous dit : ‘je commence par toucher le corps du sujet sans poser de question et fais part, simultanément, à ce dernier, de mes impressions concernant le symptôme observé’.

Ajoutant : ‘Beaucoup de consultants ignorent que le Shiatsu n’est autre, en réalité, que le Setsushin lui-même’.

Ou comme le disait Maître Kawada, coupant court à toute question : ‘mettez les mains’.

Et puis s'y mettre


Ensuite, j’aurai bien quelques directions qui vont venir, évidemment.

Hyper-laxité, en effet : la main disparaît du premier coup sous l’omoplate. Mais il y a un point quand même, qui fait mal et fait du bien. Un tsubo qui appelle. Le corps réagit au toucher.

Un Fukushin confirme ce que je viens d’entendre. Les personnes hypersensibles se connaissent, évidemment.

‘Fatigue’ et ‘génétique’ vont me renvoyer vers les Reins.

‘Porosité émotionnelle’ vers le dit Maître Cœur et le Cœur.

‘Manque de contours’ vers la Rate et vers un shiatsu très enveloppant, très contenant, qui rassemble et ramène et où, donc, le corps du praticien se donne totalement (ceux qui me connaissent savent que c’est une de mes prédilections). D’ailleurs, A. a développé une endométriose, il y a une logique quand même.

Pour les articulations, même si nous ne sommes pas dans un contexte inflammatoire au sens d’une polyarthrite, nous savons que, dans ces cas précis, des pressions puissantes, enveloppantes précisément, soulagent beaucoup et cela vaudra la peine d’au moins essayer pour voir si cela apporte un soulagement. Ce fut bien le cas.

Et de manière globale, il faudra ramener une présence, un appui, un soutien, un ancrage dans la matière.

Et ainsi se construisit la séance.


La grande chance du praticien



La première chance est celle du terrain inconnu qui nous ramène aux origines de notre Art, quand les premiers praticiens, empiriquement, essayaient quelque chose et finissaient, avec le temps, par garder ce qui fonctionne. Beaucoup d’humilité. Obligation de moyens (se donner totalement), incertitude du résultat.

La seconde chance est d’avoir quelqu’un d’hyper-sensible sous les mains, car A. était consciente de toutes les sensations de son corps et capable de les communiquer en temps réel. Une aide précieuse…  Surprenamment (ou pas), une forte pression sur Gaikan et le Triple Réchauffeur amena ainsi instantanément un glissement de chaleur vers les épaules et la disparition des douleurs à cet endroit… ressenti partagé chez elle et chez moi au même moment.

Nous en conclûmes que le ressenti du corps est la porte de toutes les expériences, jusqu’aux spirituelles. Car l’Advaita Vedanta, le Shivaïsme et le Shintô poussèrent leur nez dans la conversation qui suivit… émanant en quelque sorte de l’expérience vécue pendant la séance.

Le corps est ce Grand Véhicule qui nous permet de ressentir, ce que même les dieux nous envient, dit-on.


 La récompense fut dans ces mots qu’elle me dit en partant : ‘Je suis là’.

 





Wednesday, 10 July 2019

Travailler sur votre corps, changer votre vie, changer le monde



Les effets du shiatsu dans l’espace-temps


Dans cette vidéo, j’évoque rapidement les changements que la pratique régulière du shiatsu peut apporter dans votre corps et, par la suite, dans votre vie, notamment en matière alimentaire.

En effet, si le rééquilibrage énergétique se ressent en tout premier lieu par l’installation d’une détente, la disparition d’une tension, l’allègement d’un symptôme, un sentiment de bien-être... un autre travail se fait graduellement en profondeur. 




Comme toujours, recevoir régulièrement un shiatsu est la meilleure façon d’expérimenter des changements à tous les niveaux, sur vous-même et même… autour de vous.

Non pas que ce soit systématique, ou un but en soi, mais si ces changements sont nécessaires, ils apparaîtront au grand jour et vous trouverez la force de les réaliser.

L’image pourrait être celle d’un caillou jeté dans un étang. Le caillou va faire jaillir de l’eau avant de remuer les profondeurs d’habitude immobiles (axe vertical), voire soulever un peu de vase, tandis que des ondes concentriques se propagent, de plus en plus larges (axe horizontal). Ces axes verticaux et horizontaux se retrouvent à la base même, dans l’étymologie du  mot « shiatsu » - voir article précédent « Ce que peut vouloir dire shiatsu » .

Développons donc l’analogie (manière très chinoise de penser, je vous rappelle) entre un traitement shiatsu et un caillou jeté dans un étang et suivons son mouvement vertical, tout en tentant d’identifier la nature des cercles concentriques qu’il propage horizontalement autour de lui.



Déjà avant de commencer la séance…


Nous parlons de shiatsu, donc nous sommes clairement dans la matière et en même temps, nous touchons à des énergies bien plus subtiles.  L’image du caillou qui crée des ondes en rappelle une autre, plus immatérielle, celle du champ gravitationnel, tel que décrit par la théorie de la relativité générale d’Einstein.

Aurélien Barrau sera ici un bon guide. Cet astrophysicien est justement célèbre par sa capacité à expliquer clairement les théories les plus abstraites.

En préparant cet article, je suis tombé sur une de ses conférences sur le Temps (vous pouvez la regarder, mais elle nous entraîne loin du shiatsu).


Il y explique ceci, qui va bien nous intéresser pour nos shiatsu : l’espace et le temps se distordent eu égard à la présence des corps. On ne peut plus penser comme si les corps étaient plongés dans l’espace et le temps (vision Newtonienne), car Einstein nous a appris il y a un peu plus d’un siècle que l’espace et le temps sont en interaction avec les corps. La manière dont ceux-ci varient dépend donc de ma présence. Il y a interaction réciproque. 

L’espace-temps est un raz-de-marée, nous sommes des vaguelettes sur ce raz-de-marée, et nous avons une maigre influence sur sa structure. Quant au champ gravitationnel de la Terre, il est plus intense au niveau des pieds que de la tête et donc, les pieds vieillissent moins vite. La présence d’un objet massif, la Terre, influe sur l’écoulement du temps (et il paraît même que nos GPS incluent ce paramètre pour une localisation précise). 

Il y a ici deux idées intéressantes pour nous :

  1. La seule présence d’un corps tord l’espace-temps, donc, même à notre petit niveau, s’installer à côté de notre client va modifier immédiatement les paramètres de son existence ;
  2. Le temps s’écoule moins vite plus on se rapproche du sol. Se coucher par terre donne d’office une pulsation plus lente.

On savait que la séance commence dès la prise de contact, mais la science nous explique donc ce qui se passe dans l’espace-temps. 

Notre seule présence va influencer, d’où l’importance de la qualité de la présence, tranquille et aimante, et qui par moments sera même effacement et absence. Travailler sur les autres, c’est d’abord beaucoup travailler sur soi !

Quant au travail au sol, il n’est plus seulement une tradition japonaise ou une manière d’ancrer dans la Terre, la science nous dit qu’il ralentit (infinitésimalement, mais quand même) l’écoulement du Temps.

Voilà pour l’image globale (the big picture) et vous remarquerez l’analogie de la courbure de l'espace-temps avec la photo de la pierre qui vient de tomber dans l’étang.

Et maintenant, passons au toucher.



Les effets immédiats du toucher


Le toucher, c’est la porte d’entrée et la signature du shiatsu. Il y a l’effet immédiat, le caillou touche la surface de l’eau. Et des choses bougent.

Parfois, poser les mains suffit déjà pour sentir. Le corps se détend, un soupir s’exhale, la respiration s’amplifie, les yeux se ferment. On peut même sentir comme une plongée, effectivement.

Même pour quelqu’un dont c’est le premier shiatsu, il y a un effet immédiat. Souvent, en fin de séance, la personne reste tranquille, n’a pas envie de bouger, reste allongée les yeux fermés. Rester dans le ressenti et goûter à l’instant : c’est parfait.   

Je laisse un peu de temps entre deux séances pour ne pas, justement, devoir se jeter à nouveau trop vite dans le flux du temps linéaire. Je finirai par installer un deuxième futon, de sorte que ceux et celles qui le souhaitent n’auront pas besoin de se lever et de partir tout de suite pour laisser la place au suivant.

La détente induite semble bien effacer toutes contraintes de temps : je n’ai encore jamais vu quelqu’un sauter sur sa montre en fin de séance. 

Le visage parle. Il faudrait prendre une photo à l’entrée et à la sortie de la séance. Je dis souvent, au moment de se lever du futon : ah bien, ce n’est plus la (le) même.

C’est important de rester dans le ressenti goûté en séance. J’attire l’attention là-dessus, car après, c’est possible de le retrouver. Même si, souvent, il faudra plus qu’une séance…



Les effets à long terme du toucher



Quand on a pu être présent dans son corps et dans l’instant, le corps reprend peu à peu la place qui est la sienne, au quotidien. Le vortex créé par le caillou descend dans les profondeurs.

Je dis toujours à mes clients de s’observer au cours des jours qui suivent la séance : tout changement, par rapport à ce qu’on a voulu traiter, ou de toute autre nature est en effet intéressant à noter. Il peut y avoir une intensification temporaire des douleurs, nécessaire à une amélioration durable (le dit « effet Menken »). Mais pas systématiquement, uniquement quand quelque chose doit être évacué.

Les personnes qui ont pris l’habitude de venir régulièrement disent toutes qu’elles vont bien de façon générale. Non pas que le travail soit terminé, il y a toujours bien des déséquilibres. Mais le shiatsu retrouve son sens premier : ne plus tomber malade.

La répétition des séances amènera un effet à long terme, une espèce de consolidation, d’inscription dans la durée. Le corps sait, reconnaît. Il existe de nombreuses visions du corps, avec des niveaux d’énergie, du plus dense au plus subtil, du purement physiologique aux vibrations spirituelles de l’aura et au-delà. Un Oriental, de toute façon, considère la globalité. Et donc, les pressions sur les points travaillent bel et bien en même temps les aspects physiologique, émotionnel, psychique, spirituel… 

Les émotions sont un aspect important. L’émotion est un ressenti qui pointe toujours vers la plénitude, vers le contentement, dit Eric Baret. 

Et nous savons que le Shen seul ressent les émotions, même si celles-ci agissent sur les organes. 

L’Emotion première et ultime, dont les autres ne sont que des altérations, c’est la Joie de vivre. Et très souvent, au long des séances, l’humeur s’améliore : les séances de shiatsu deviennent des échanges joyeux. Des choses lâchent. Les nuages qui cachaient la lumière s’estompent et le soleil réapparaît. Sol Invictus. Shen = Ciel = Joie = Empereur.

Voilà que l’axe vertical créé par notre caillou part du fond de l’Eau symbole de l’Inconscient et rejoint le Soleil, pas seulement celui qui se reflète dans l’Eau. Nous sommes à nouveau, par le toucher, dans l’axe vertical Ciel/Homme/Terre.


Au-delà du corps : la prise de substances


Intéressons-nous maintenant aux effets horizontaux, ces cercles concentriques qui s’élargissent jusqu’à toucher les bords visibles de l’étang. C’est-à-dire : à distance toujours plus grande du point d’impact. Et d’abord, ce que j’absorbe de l’extérieur.

Puisque le corps reprend la direction des opérations, le ressenti va devenir plus présent. En matière alimentaire, notamment, ou de façon plus générale, dans la prise de substances, comme l’alcool, le tabac…

La sensibilité à « ce qui ne me fait pas de bien » prend le dessus sur les addictions, les assuétudes comme on dit, qui résultent d’un déséquilibre à compenser, généralement un manque affectif ou une fascination du mental.

Le corps réagit, mal, à ce dont il n’a pas besoin.  Ici, la norme est différente pour chacun. Et il faut évacuer la culpabilité : simplement savoir, que, si je cède à un besoin nocif pour moi, je ne serai pas bien, après. Cela permet d’espacer les excès, sans les supprimer. 

Face à la prolifération de régimes alimentaires frustrants et culpabilisants, tous contradictoires, je teste et ne garde que trois règles : je prends ce qui me fait du bien, en quantité raisonnable et je fais un « excès » de temps en temps. En la matière, la diététique chinoise expliquée par Jean Pélissier et adaptée à nos contrées me semble un bon guide. Le point étant que, devenu attentif à mon corps, je n’ai qu’à l’écouter pour savoir ce qui me fait du bien.



Au-delà du corps : la relation aux autres


Puisque nous sommes dans le Ciel Postérieur (énergie acquise), examinons la respiration. Les Poumons gouvernent le Qi, ils contrôlent le Qi protecteur (Wei Qi).  De façon générale, avec la vie sédentaire que nous menons, nous respirons mal. La pratique du Shiatsu vient peu à peu corriger cela, les personnes se redressent, les poitrines s’ouvrent et… l’interaction avec les autres peut changer.
C’est un paradoxe : ouvrir la poitrine nous rend moins vulnérables. C’est l’image des poumons comme les boucliers du corps : des boucliers, on met ça devant.

La pratique du shiatsu peut ainsi amener des changements de comportement, et dans les relations. 

C’est parfois étonnant. Ainsi, une cliente me confia récemment avoir arrêté de faire des achats compulsifs. Elle enchaîna dans la foulée qu’elle avait pris ses distances par rapport à un excès de travail et qu’elle avait pu exposer clairement à son mari les choses qui coincent dans son couple ! « Depuis que je viens… », c-à-d quelques mois.

C’est chacun son rythme, évidemment… Et en fonction des besoins. Prendre du temps pour soi, se centrer, se rééquilibrer, s’ouvrir… Tout cela donne une vision plus claire et peut changer la nature des relations aux autres. Si vous changez, les autres le sentent et s’adaptent.

La relation d’alliance avec le thérapeute


De même, la relation avec le thérapeute peut changer. Jean-Marc Weill appelle cela la relation d’alliance, égalitaire et non thérapeutique au sens habituel, où deux humains partagent un espace de dialogue, avec des contenus verbalisés ou non. On peut dire des choses qu’on ne pourrait pas dire dans un autre cadre. Il y a résonance des deux côtés, en liberté. Pas d’a priori et pas de jugement.

Une cliente m’a dit récemment : il y a le shiatsu, et il y a le fait qu’ici je parle de choses dont je ne peux parler avec personne d’autre.


Nous voilà déjà quelques cercles concentriques plus loin que l’épicentre de notre pouce qui fait des pressions.

Dans la lignée



Il reste à évoquer un dernier effet possible, à la fois dans la verticalité et l’horizontalité, car touchant à la lignée, représentée par l’arbre généalogique.

Le travail de nettoyage psycho-émotionnel au travers des Vaisseaux Curieux, tel qu’il peut avoir lieu à la demande lors d’une relation d’alliance, pourra également bénéficier à la lignée descendante. Je pense qu’on peut considérer également la ligne ascendante, suite à ce que nous apprend par exemple le travail systémique en Constellations Familiales.

Il y aura bien d’autres effets, autant que de personnes, autant que de besoins… Il y a les cercles concentriques que l’on voit et tout l’espace des possibles entre les cercles.


On peut décrire le processus : tout part du moment où client et praticien rapprochent leurs « champs gravitationnels » et où les mains se posent. Ensuite, le corps se rééquilibre, il retrouve sa pleine présence et sa prééminence, la respiration se remet en place, les habitudes néfastes s’estompent ou disparaissent, la relation aux autres devient différente, l’attitude face à la Vie évolue, les « casseroles » sont nettoyées, la Joie réapparaît : on devient un Soleil pour le monde. Une présence rayonnante. Sois le changement que tu veux voir dans le monde, a dit Gandhi.

Tout ceci uniquement selon ce que vous décidez pour votre vie, évidemment… mais ce monde de possibles existe bien, grâce au shiatsu.

Pas mal au départ d’une toute petite pression… ne dis-je pas à chaque fois que le shiatsu est un art merveilleux ?

Et vous, avez-vous, dans votre pratique (donner ou recevoir) constaté des effets étonnants, des changements de vie suite à un traitement ?

C’est ici l’endroit de les partager.


Dans la légèreté :

Tu commenças ta vie
tout au bord d'un ruisseau
tu vécus de ces bruits
qui courent dans les roseaux
qui montent des chemins
que filtrent les taillis
les ailes du moulin
les cloches de midi
soulignant d'un sourire
la chanson d'un oiseau
tu prenais des plaisirs
à faire des ronds dans l'eau


Friday, 10 May 2019

Laissez-vous toucher par le Shiatsu





Après avoir regardé cette vidéo sur l’importance du toucher, sa facilité à mettre en œuvre et les spécificités propres au shiatsu, je vous propose, comme à l’habitude, de creuser un peu plus loin. 

Descendre dans les couches plus profondes quand on parle de toucher, voilà bien le travail de toute une vie en shiatsu.

La répétition incessante des pressions dans des conditions différentes et avec des intentions adaptées de séance en séance développe le ressenti. On peut dire que la pratique, et elle seule, offre une connaissance sensorielle « de l’intérieur » tandis que les conseils de professeurs ou de collègues offrent une connaissance (in)formelle « de l’extérieur ».

Pratiquer, pratiquer, et encore pratiquer, voilà la clef. Et entrer en résonance avec les pratiquants sincères, en recherche. Alors, il peut y avoir transmission, ce qui est préférable au simple enseignement de choses à apprendre.

En laissant monter ces réflexions sur la spécificité du shiatsu et de son toucher, afin de vous les partager, il m’apparaît que ce sont des choses que je répète souvent en cabinet quand on me pose des questions. De même que quand on passe plusieurs fois sur un méridien ou un point, la « réponse » change, le fait de réfléchir régulièrement à ce que nous faisons fait évoluer sans cesse les réponses. Mais tant mieux. 

La réponse est toujours juste, en ce qu’elle reflète là où nous sommes. Il ne faut donc pas avoir peur de dire des bêtises, mais simplement dire ce qui est là, sachant qu’il n’y a pas de vérité absolue. Certaines  personnes que nous recevons sont en recherche et le shiatsu peut être un (premier) pas sur un chemin qui les ramène au plus profond d’elles-mêmes. Nous sommes en Occident. On va certes plus loin avec le ressenti, mais nous avons besoin d’explications, d’éclaircissements.

Alors, expliquons et tâchons de transmettre quelque chose en même temps.

L’importance du toucher pour soigner


A la base du shiatsu, il y a le toucher. Quand il n’y a pas de toucher, il n’y a pas de shiatsu. Nous avons évoqué longuement, dans un autre article,  l’étymologie du mot « shi atsu » : « pousser avec les doigts ». Toutefois, ce toucher s’effectue de manière particulière et il y a bien une spécificité du shiatsu par rapport à d’autres arts, disciplines, techniques.

Le shiatsu n’a évidemment pas le monopole du toucher. Les ostéopathes, les kinés, les fasciathérapeutes, les massothérapeutes sont dans cette relation à l’autre par le toucher. Jadis également, - mais malheureusement, cela devient rare -, nos médecins allopathes ne posaient pas de diagnostic sans avoir ausculté, palpé leurs patients.


Il y a cette attente, légitime, de la personne en souffrance d’être touchée. Le toucher est apaisant, il est communication et la main qui va là où cela fait mal signifie : « j’ai compris où est la douleur et j’ai le désir de l’apaiser ». D’ailleurs, spontanément, nous posons nous-mêmes la main là où se trouvent nos douleurs. Quand un client me dit avoir envie de se toucher en un endroit précis plusieurs fois par jour, je l’y encourage, car le corps sait où le toucher va faire du bien.

J’ai entendu quelque part que c’est ce qui se passe la nuit et que la position que nous prenons en dormant répond au besoin de pression sur certains organes. Ainsi, ceux qui dorment sur le côté droit pressent notamment sur le Foie, sur le côté gauche  le Pancréas ou le colon sigmoïde, sur le ventre, l’Estomac, et sur le dos, nous soutenons les Reins, etc. La position dans laquelle nous nous réveillons (inconscient) est évidemment plus révélatrice que celle où nous nous couchons (conscient). 
Si non e vero, e bene trovato…, car, comme nous le disions, le corps sait ce dont il a besoin.
En recevant régulièrement du shiatsu, nous développons cette écoute naturelle du corps et des signaux qu’il nous donne sans cesse, et nous sommes donc mieux à même de respecter ses besoins. 

Ce n’est pas qu’il faille apprendre, cela se fait tout seul. Au fur et à mesure des séances, le corps s’habitue au toucher, le reconnaît et l’accepte de plus en plus rapidement. Le corps reprend sa place centrale, le mental reprend celle qui devrait le plus souvent être la sienne, en arrière-plan du ressenti. 

Comme m’a dit hier une cliente : « je sens que des choses ont lâché ».  Parfait. Pas besoin de développer pendant des heures.

C’est de l’énergétique


Nous partageons le toucher avec bien d’autres disciplines, mais nous ne touchons pas les mêmes choses. Nous ne travaillons ni sur les muscles, ni sur le squelette, ni sur les fascias, ni sur le système lymphatique… même si, inévitablement, certains points se situent sur les os, les muscles, les articulations… Et donc, il n’y a pas de concurrence ou d’incompatibilité avec d’autres disciplines ou de contre-indications par rapport à d’autres thérapies. Quand un client se voit prescrire des séances de kiné pour un problème précis, je l’encourage à y aller, mais juste pas le même jour que son shiatsu.

Comme évoqué dans un article précédent, le shiatsu n’a pas de vocation monopolistique et nous sommes en faveur de collaborations avec d’autres thérapeutes, aussi bien les dits « officiels » que les dits « alternatifs » afin d’aider nos clients communs le mieux possible.

Le shiatsu, c’est donc de l’énergétique. Nous travaillons sur les points et les méridiens décrits par la Médecine Chinoise, nous faisons des pressions de diverses intensités et profondeurs, des connexions, selon des rythmes différents. Il n’y a pas de fluide magique, ni de capacités surnaturelles. Nous pressons et nous posons les mains. Il n’existe pas à l’heure actuelle d’explication du comment ça marche, mais bien de plus en plus d’études sur les résultats nettement établis du shiatsu. Voir le recensement établi par la Fédération Européenne de Shiatsu, et il y en a bien d’autres, notamment en France. (http://www.europeanshiatsucongress.eu/science-library/)

Comme en arts martiaux, sans force


Il y a pression, mais il ne faut pas de force, ou alors de moins en moins au fur et à mesure que l’on pratique. « Beaucoup trop de force », disait à l’occasion Sensei Kawada en nous voyant travailler. 

Comme en Kyudo, où il faut arriver à bander l’arc sans force et où le lâcher de la flèche a lieu « tout seul », en shiatsu, il faut également pouvoir presser sans force ou, comme l’exprime Bernard Bouheret « effacer le pouce ». Sinon, il y a dureté, douleur, et on s’épuise. Il y a bien d’autres parallèles à tracer avec d’autres arts martiaux, comme l’aikido, ce qui n’a donc rien à voir avec de la force, mais un travail sur les énergies en présence. Comme souvent, « less is more ».  

Que l’on donne ou que l’on reçoive, il n’y a au fond qu’une seule recette pour accroître l’efficacité : pratiquer, pratiquer et encore pratiquer. La régularité est la meilleure garantie de résultats plus rapides et plus stables. On peut faire du shiatsu de temps en temps ou quand on en ressent le besoin, mais le mieux est d’installer une régularité, qui sera bien plus payante sur le long terme. Retour aux origines, perdues presque partout, y compris en Orient : la prévention.

L’arrière-plan est oriental


Les Orientaux s’occidentalisent, hélas, mais cela ne change rien aux origines de l’art que nous pratiquons qui sont, elles, bien orientales. Et donc, il serait pour le moins étrange de dénaturer notre shiatsu en tournant le dos au Japon pour n’en conserver qu’une très approximative inspiration.

Dans la vision Orientale, quand on touche, on ne touche pas qu’un corps. L’effet de ce toucher dépasse le domaine matériel, le monde des phénomènes, et pour moi, c’est une spécificité. Les Orientaux ne dissèquent en effet pas l’être humain en différentes couches, chacune étant attribuée à un spécialiste, comme nous avons tendance à le faire.
Les points correspondent à des maux bien physiques, mais ils peuvent avoir un aspect, une origine, une conséquence psychologiques, émotionnels, spirituels, …  Ils vont gérer des aspects très ponctuels, voire localisés, ou s’adressent à la circulation de l’énergie dans tout le corps. Ils prennent en compte l’intensité de la circulation de l’énergie. Ils peuvent également être saisonniers. Le nom du point sera parfois révélateur de ce qu’il traite ou de l’effet qu’il peut produire. Il appartient à un système, une vision de l’Univers et de l’Homme dans l’Univers mis au point sur quelques milliers d’années. Le livre "L'Esprit des points" de Philippe Laurent en est une magnifique et érudite illustration. 

Au moment où nous pratiquons le shiatsu, ce système cosmologique et anthropologique (l’un n’allant pas sans l’autre) est notre référence, à l’exclusion de tout autre. 

Nous sommes d’accord pour dire que le Grand Tout est indescriptible (« Le Tao qui est nommé n’est pas le Tao ») et du domaine du pur ressenti, mais dès le moment où nous tentons une compréhension, nous devons bien choisir un système. Ainsi YinYang, les 5 mouvements, Ciel-Homme-Terre, les méridiens, les différents aspects ternaires, dénaires et dodénaires … sont des éléments du système à la base du shiatsu et donc le cadre au sein duquel nous travaillons. On sait bien que tout système est une explication partielle et imparfaite, mais mélanger les systèmes amène la confusion. Nous n’excluons pas d’autres angles de compréhension pour nous-mêmes (c’est un enrichissement), mais nous ne mélangeons pas les approches en cabinet.

Si le shiatsu plonge ses racines dans l’Orient, il n’en a pas moins développé sa spécificité. Cette citation de Maître Kawada illustre bien toute la complexité et la richesse de notre art.  " Le shiatsu n'est pas une technique thérapeutique clairement définie au sens occidental. Son art ou sa pratique est d'avantage un continuum, un mélange de philosophie, d'expertise professionnelle et d'auto-guérison, d'exercices et d'étirements, de réflexions sur la vie, et un système sophistiqué de diagnostics intuitifs avec un arrière-plan spirituel implicite. […] C'est une manière de vivre, une philosophie, un remède familial efficace et un vaste système de diagnostic et de guérisons. […] En diagnostiquant et en répondant aux phénomènes disponibles à tous les niveaux et en mobilisant de ce fait le pouvoir de guérison inné du corps-esprit, le shiatsu sort de toutes les catégories de médecine contemporaine standard de l'Orient comme de l'Occident." (Yuichi Kawada)

Toucher tous les niveaux de l’Etre


Clairement donc, le toucher que nous pratiquons ne se limite pas au physiologique.

Le toucher effectué avec le Cœur met en mouvement. En Occident aussi, ne dit-on pas de quelque chose qui suscite en nous une émotion : cela me touche ?

Nous travaillons sur tous les niveaux de l’Etre, s’il fallait vraiment les distinguer. La preuve en est au cours du travail, avec des manifestations très diverses, selon la personne, le moment, le travail effectué, la sensibilité...

Il n’est pas rare que tout à coup une émotion surgisse, la personne se mette à pleurer, ressente une colère, soit prise d’un rire incontrôlé… La respiration soudain s’amplifie, s’approfondit. Il y a sensation de froid ou de chaud. Il y a des fourmillements dans le corps. Des sensations apparaissent le long du méridien traité, ou dans d’autres endroits du corps, sans lien apparent. Les pensées s’apaisent, la personne entre dans un état semblable à la méditation. Parfois s’endort. Il y a vision de couleurs, ou d’images mentales. Un sourire apparaît soudain là où il y avait crispation. Des tremblements ou des vibrations surgissent. Ou encore, la personne peut ne ressentir « rien de spécial » en partant, mais les réactions se déclenchent plus tard, ou le lendemain. Et parfois, il y a le fameux effet « Menken », où on se sent plus mal parce que des choses doivent absolument s’évacuer avant de se sentir mieux. 

Et pourtant, si une caméra était en train de filmer, elle n’enregistrerait que le praticien en train de faire des pressions. Il n’y a ni thérapie émotionnelle, ni séance de psychanalyse, rien d’autre que du shiatsu, c.-à d. : « presser avec les doigts ».

Chaque fois, l’inattendu me ravit.



Les pressions sur le corps travaillent donc sur ce que j’appelle « d’autres niveaux de l’être », psychologiques, émotionnels, spirituels… Est-ce systématique ? Non, uniquement s’il y a un besoin. Equilibrer le corps se passe au sens large. Et nous sommes larges, bien plus larges que les limites de notre corps physiologique. Nos cellules contiennent de l’information du niveau le plus concret au plus subtil.

A certains moments, le toucher se fait plus large, comme « impalpable » ou « effacé », mais en fait non. Que ce soit le shiatsu fluidique développé par Bernard Bouheret, où les mains se posent à peine après avoir bien « baratté » le corps, ou que l’on descende dans le corps de souffle avec une pression « en sablier »… Ou encore que l’on expérimente le Seiki, développé par Kishi Sensei, où la main se pose simplement - « faire sans faire, toucher sans toucher » - et où les corps entrent en résonance… 

Nous entrons là dans des dimensions à explorer à l’infini et impossibles à formuler, mais qui partent bien du toucher. Une clef de compréhension ? Souvenons-nous que microcosme = macrocosme, simplement.

Et relisons, à la lumière de ce qui précède, la célèbre phrase de Tokujiro Namikoshi : shiatsu no kokoro wa – le cœur du shiatsu – haha no gokoro – est (comme ?) le cœur d’une mère – oseba : si on pousse – inochi no izumi waku on fait jaillir les sources de la vie.

Traduction approximative, d’ailleurs, car « kokoro », pour un Japonais, est un concept bien plus large que l’idée que nous nous faisons du coeur et « inochi » est un des mots pour dire la vie, mais pourquoi celui-là ? Un autre article, un jour…

Par contre, « oseba », si on pousse, ne laisse aucun doute : c’est bien clair qu’il faut le toucher, le fameux premier pas sur le chemin de cent lieues.

Le corps et au-delà


Et allons d’ailleurs un pas plus loin. La pression dépasse de loin les limites du corps et va aller influencer l’environnement. Maître Ohashi a parlé un jour de l’environnement de la personne comme facteur venant enrichir le diagnostic. Je suis sûr qu’inversement, le shiatsu pratiqué sur quelqu’un peut modifier des situations compliquées, des relations difficiles, voire le cours d’une vie qu’on pourrait penser subir.

Car quand l’énergie de quelqu’un change, les interactions avec le monde extérieur changent également. On dit : soyez le changement que vous voulez voir arriver dans le monde. Changez, et le monde autour de vous changera.

Nous sommes également le fruit de nos interactions avec d’autres, nous appartenons à des systèmes que nous influençons et qui viennent nous influencer et on sait bien que notre façon d’être, nos pensées, nos émotions influencent la réponse de l’environnement proche et lointain. Jung avait déjà fort bien décrit le mécanisme des projections : ce que nous projetons de nous-mêmes sur l’autre revient à son tour nous influencer.

Profondément ressourçant et recentrant, le shiatsu permet des changements profonds de l’Etre et peut donc déboucher sur des changements de l’Etre considéré dans la « matrice ».

Eric Baret résume cela merveilleusement : « arrêter de prétendre » être comme ceci ou comme cela, recentrer sur l’écoute, laisser l’énergie couler librement à chaque instant.

La pyramide est sur sa base : centré et puissant dans le hara, la poitrine ouverte, la tête paisible.

Mettez les mains


Toute considération mise à part maintenant, revenons en séance. Praticien et client, nous sommes bel et bien et avant tout dans le ressenti. « Mettez les mains », disait Kawada Sensei lorsque nous avions envie de poser mille questions sur ce qu’il fallait faire et comment. Shikantatsu, disais-je dans un article précédent : seulement pousser.

La pression de nos doigts est notre seul outil et la seule réponse que nous ayons à toutes les questions ou les situations qui peuvent se présenter. Je suis outré d’entendre que, dans certaines disciplines ou thérapies, si on ne trouve pas la cause, on ne peut rien faire et on renvoie la personne souffrante en disant qu’on ne peut pas l’aider. 

La compréhension des causes est pour moi un « nice to have », qui n’est pas toujours indispensable ou possible. Bien entendu, il y a une réflexion, une connaissance de la technique qui va décider d’une orientation du travail. Mais parfois, on ne sait pas et, d’ailleurs, fondamentalement, personne ne sait. Alors, on fait. On met les mains.


Cet article vous a touché ? Ne le gardez pas pour vous. Partagez-le. Il ira peut-être toucher d’autres encore.

Monday, 10 September 2018

Au-dessus, en-dessous et autour d'une séance de shiatsu


La deuxième vidéo de la série est en ligne. Elle montre en quelques minutes ce qui peut se passer pendant une séance de shiatsu, comme on ferait une démo rapide à un public de passage. C’est son but. 

On peut expliquer le shiatsu de multiples façons. Mais, quelle que soit l’explication, longue ou courte, rien ne remplacera jamais le ressenti. Les mains se posent, et alors seulement, on comprend, avec tout le corps. 

C’est pourquoi nous devons donner un grand nombre de séances, de démos… afin de toucher le plus grand nombre et de faire ainsi beaucoup de bien autour de nous.



En complément, il m’a semblé intéressant d’explorer ce qu’il peut y avoir autour d’une séance de shiatsu : verticalement, horizontalement et dans toutes les directions. Car de même que dans un film, il y a des plans, en séance, nous sommes traversés par, reliés et connectés à différentes dimensions. Nous sommes certes deux, mais en interrelation.

Donc : zoom arrière.


Vertigineuse verticalité


Humains, nous sommes situés entre Ciel et Terre. Les pieds sur Terre et la tête dans les étoiles, dit-on.

J’ai dans mon cabinet une calligraphie de Maître Ohashi avec le signe « hito », être humain. Ainsi ai-je en permanence sous les yeux que nous nous inscrivons dans le plan vertical et que nous formons le lien entre le Ciel et la Terre.

Dans les articles précédents, nous avons vu tout le sens qu’il y a à analyser les kanji, les idéogrammes. Que voit-on dans le kanji de l’homme ? L’interprétation « le lien entre le Ciel et la Terre » est bien correcte, mais pas nécessairement la visualisation que l’on peut en avoir. 

L’évolution du Kanji dans le temps est trompeuse. Ce ne sont en effet pas deux jambes posées sur le sol et un être sans tête qui sont représentés, mais une personne de profil, avec les bras inclinés à 45°, comme nous le montre la graphie ancienne.  C’est comme si on voyait quelqu’un à distance sur la rue ou dans les champs.

Donc, l’Homme, c’est cette créature redressée qui, considérée à distance, ne peut être confondue avec un quadrupède. « A distance » fait penser à certaines peintures chinoises où il y a toujours dans un magnifique paysage un humain minuscule, qui n’est pas l’essentiel de la peinture. Cherchez-le sur cette peinture. 

La connexion entre Ciel et Terre n’est pas une raison pour se mettre en avant, se grandir et occuper tout le tableau. L’homme, dans sa petitesse, est toutefois un élément indispensable du Tout. Question de perspective.


Pour dire « grand », d’ailleurs, le kanji est aussi un homme, vu de face cette fois,  qui écarte les bras pour indiquer la grandeur autour de lui. 



Ce n’est pas l’homme qui est grand, mais son ressenti de la grandeur du monde qui l’entoure. 

Faites l’exercice de lever les bras au dessus de la tête et de les étendre à l’horizontale, jusqu’à tenter de toucher l’horizon de chaque côté, et vous ressentirez cette ouverture de la poitrine et cette extension des bras à l’infini… C’est cela, la sensation de « grand ». Face à un beau paysage, c’est magique.


Et pour dire « le Ciel », on rajoute un trait au-dessus, comme pour dire, voilà, c’est le sommet, il n’y a pas plus grand que cela.


Les Chinois décrivent le Ciel et la Terre comme étant les limites supérieure et inférieure du monde manifesté, par rapport à l’Homme, observateur et nécessairement à la place centrale. Notre place est donc bien « entre Ciel et Terre ».

Suivre les lois du Ciel et de la Terre


« Tout vient du Ciel et le Ciel commande », dit-on. D'un point de vue cosmique, c’est évident. Le Ciel n’a pas besoin de la Terre ni de l’Homme, mais la Terre et l’Homme ont besoin du Ciel et des énergies cosmiques. Le Ciel est le don total et désintéressé. Le Soleil envoie ses rayons sans rien attendre en retour.

Si l’Empereur de Chine était appelé le fils du Ciel, c’est parce qu’il était en charge des affaires du Ciel. Il devait accomplir les mouvements rituels garantissant le maintien de l’harmonie de l’Univers. L’Empereur du Japon est toujours désigné du nom de Tennô, Empereur céleste.  


Et donc, il n’est d’autre « DO », d’autre Voie pour l’Homme que de suivre le mouvement éternel du Ciel et de la Terre. Si nous pratiquons cela, selon la discipline qui nous convient le mieux, nous faisons partie de l’harmonie de l’Univers. L’état actuel du monde montre ce que cela donne quand nous ignorons les lois de la Nature.

Bernard Bouheret, dans ses stages, parle souvent du Ciel dans la pratique du shiatsu. Le donneur a la tête ouverte au Ciel. « Le Ciel est touché par les hommes sincères ». Et oui, on peut appeler le Ciel en travaillant, dans un moment compliqué ou en demande d’inspiration : tout de suite la qualité de l’énergie change. Appeler le Ciel n’implique pas d’appeler l’une ou l’autre puissance céleste, mais de s’aligner, de s’ouvrir et de laisser passer l’énergie du Ciel.

Si nous parcourons l’axe Ciel/Homme/Terre, nous voyons que le Ciel est qualité, la Terre est quantité. La Terre est la manifestation, la matière en transformation perpétuelle et l’impermanence. L’Homme a pour mission de nourrir la Terre et d’observer le Ciel. Les deux énergies, ascendante Terre et descendante Ciel, se réunissent en l’Homme. C’est pourquoi on peut dessiner le symbole de l’Infini au niveau de l’Homme.

Le point ES 25, commun au méridien de l’Estomac et au vaisseau Ceinture (croisement axe vertical et horizontal), ne s’appelle pas pour rien « Tensu » - Charnière Céleste. C’est le point du corps où l’énergie du Ciel va au plus bas. C’est également le point BO du Gros Intestin. On pourrait se croire au cœur de la matière, mais il y a là encore une parcelle d’énergie céleste.

Le Ciel et la Terre se rejoignent en l’Homme. Cette subdivision ternaire « Terre-Homme-Ciel » se retrouve à tous les niveaux, comme l’indique le docteur Serge Desportes dans ses excellents livres. La structure ternaire est la plus fondamentale des structures de l‘Univers.

Ainsi, le Ciel,  l’Homme et la Terre ont-ils chacun une subdivision Ciel/Homme/Terre. Il y a donc 9 subdivisions sur l’axe vertical, 9 niveaux hiérarchisés du temps. L’Homme a une partie Ciel et une partie Terre. Au centre, pile au chiffre 5 est « l’Homme de l’Homme ».




Retenons les chiffres 9 (3X3) et 5, ils vont nous intéresser pour la suite.  

Résumons :

  • Ciel : qualité, essence, temps, infini, cercle
  • Terre : quantité, substance, espace, fini, carré
  • Homme : concilie en lui tous les contraires, crée une différenciation ou polarisation dans l’Unité et participe des deux.




Se délecter des formes, être relié au Ciel



Comme le dit Alain Daniélou (dans « Shivaïsme et Tradition primordiale ») « l’espèce humaine est porteuse d’un double héritage : celui, génétique, de son être physique qui perçoit les formes extérieures et s’en délecte, mais fait aussi partie du décor et celui, initiatique, de la connaissance ».

N’est-ce pas ce que nous faisons en shiatsu ? Il y a la forme. Le shiatsu est très physique, nous touchons au plus concret. Nous faisons partie du « décor ». Le mot « délectation » est très approprié. Quand on se délecte, c’est tellement bon que l’on en ferme les yeux. A chaque fois, j’ai cette délectation à toucher, à pratiquer. C’est si bon ! Et en même temps, il y a cette dimension « initiatique », qui est du domaine du monde révélé, ce que nous savons, percevons de l’énergie qui en nous relie au Ciel.

Nous touchons à la fois au plus concret du plus concret et au plus subtil du plus subtil. C’est pour moi une des grandes spécificités du shiatsu : en touchant, on accède à tous les niveaux de l’énergie du corps, au sens très large. Se tenir dans l’axe vertical implique de faire sans cesse appel au tangible et à l’intangible, au génétique et à l’initiatique. Les deux sont indispensables. Y faire appel au moment opportun est notre privilège d’humains.

Elevés, mais au sol



Laissons le Ciel pour nous intéresser au Sol sous nos pieds et nos genoux.

Nous avons vu (article précédent dans ce blog) que le mot même shiatsu contient le Kanji de la Terre, toutefois dans sa dimension verticale : la pierre dressée, le mouvement Yin vers le haut, l’élan vers le Ciel.

Ce n’est pas cela que nous considérons ici, mais l’organisation de l’espace. Si le Ciel a pour symbole le cercle, la Terre est le carré.

Les anciennes pièces de monnaie chinoise (les sapèques de bronze) étaient rondes comme le Ciel avec un trou carré comme la Terre au milieu et représentaient donc un petit condensé de l’univers, avec une face vide (Yin) et une face où apparaissait en relief le nom du Fils du Ciel (Yang). (Cyril Javary, le Discours de la tortue). De plus, les deux idéogrammes du nom du Souverain étaient placés sur l’axe vertical, manifestant ainsi la dimension Ciel-Terre instituée pour le bien du peuple, tandis que  les caractères « monnaie » sur le plan horizontal sont le niveau des affaires humaines et des trésors en circulation. Ainsi, la modélisation de l’Univers était-elle rappelée en permanence à tout qui avait un sou en poche.

Ce symbole carré vient peut-être de la curieuse (et destructrice) propension de notre cerveau gauche à tracer des lignes droites et à clôturer pour s’approprier l’espace, alors que la Nature montre peu de lignes droites. Il faut à nouveau regarder le kanji de la rizière pour voir d’où cela vient. Et nous mettre dans la position centrale de l’observateur sédentaire cultivant son lopin de terre ou sa rizière, « TA ou DA », qui s’écrit comme ceci. 

Encore aujourd’hui, les écritures japonaises, kana et kanji, s’inscrivent strictement dans des carrés semblables. Pas de débordements dans l’organisation de sa feuille et du monde.

Cette propension à mettre la Terre au carré marque une rupture par rapport au Ciel. J’ai vu en effet au Japon à Takayama la reconstitution d’une rizière primitive, ronde avec un pieu au milieu. 

Le « Kurumada » était planté en cercles concentriques autour d’un pieu symbolisant les kami (axe vertical) et le riz planté de cette façon  leur était spécialement dédié. La nourriture céleste répond aux lois du Ciel, la nourriture terrestre aux lois de la Terre.

La subdivision en carrés va loin, puisque, nous dit Marcel Granet (« La pensée chinoise »), « Yu le Grand parcourut et mesura… arrangeant le sol qu’on put enfin mettre en culture, c’est-à-dire qu’on partagea en champs, lesquels étaient carrés et divisés en neuf carrés ».

D’où l’organisation de l’espace en huit directions cardinales et sous-cardinales, sans oublier le centre, où se trouve l’observateur, lieu de la pierre plantée.

Posés sur notre carré

Il y a peu de maisons circulaires, ou de pièces d’habitation circulaires. En shiatsu, nous travaillons au sol sur un tapis carré ou rectangulaire. J’utilise trois tatamis qui forment un « carré allongé ». Nous voici donc clairement inscrits dans cette antique spatialité. En général, nous nous mettrons au centre de notre tapis, pas au bord, et donc « au lieu de la pierre plantée ». Cette disposition satisfait sans doute notre besoin de nous situer précisément en un lieu, et permet, par ailleurs, comme le regard du paysan chinois de jadis, de nous tourner dans toutes les directions, de nous mouvoir autour de notre receveur.

Dans les 8 directions, rien n’est immobile. Tout, en nous et autour de nous, participe au mouvement perpétuel de l’Univers, à l’impermanence des phénomènes, à l’alternance Yin/Yang dynamique et cyclique, antagoniste et complémentaire. Cette impermanence génère 5 modes d’expression de l’énergie : ce sont les 5 mouvements.

5 mouvements

Deux Kanjis expriment l’idée des 5 mouvements. 五行

Le Kanji 5 nous intéresse par sa graphie ancienne, puisque 5 est le centre, l’endroit en l’Homme où, sur l’axe vertical, se rencontrent les énergies du Ciel et de la Terre (voir schéma plus bas).

Le Kanji de droite se compose de deux parties, à gauche « avancer le pied gauche pour faire un pas », à droite « ramener le pied droit ». Il s’agit donc bien de marcher, et d’ailleurs le verbe « aller », IKU, s’écrit de la même façon.

Il y a donc mouvement, dynamisme. Trop d’ouvrages mentionnent encore la traduction « 5 éléments », ce qui donne une idée fausse de matérialité statique (cfr. le tableau des éléments de Mendeleev).

Pas des élements, et pas 4

Dire 5 éléments génère d’ailleurs d’interminables discussions sur le fait qu’il n’y en a pas 5, mais 4, comme nous ont dit les Grecs. Il vaut mieux éviter une telle discussion, car elle contient pas moins de  quatre erreurs : 
  1. Nous venons de voir qu’il ne s’agit pas, étymologiquement, d’éléments dans la pensée orientale.
  2. La traduction « éléments » est tout aussi erronée concernant le système grec terre-eau-air-feu. Selon Marc Halevy, traduire 4 éléments n’est pas correct. La théorie d’Empédocle a découvert que tout ce qui existe peut s’offrir à l’expérience selon quatre modalités : Solide (terre)   Liquide (Eau) Gazeux (air) Lumineux (Feu)
     
  3. Certaines écoles grecques tenaient par ailleurs compte d’une cinquième modalité, (la fameuse quintessence) à savoir l’Ether, qui correspond au Ciel et qui a été évacué par la suite. Le lien au Ciel a été coupé, exactement comme dans l’évolution de la structure de la rizière.
  4. On ne doit pas opposer,on peut tout à fait raccorder le modèle grec à 4 et le modèle chinois à 5. Ainsi, Maud Ernoult, dans son « Manuel complet de médecine chinoise et de shiatsu », présente-t-elle comme suit le modèle d’Hippocrate.

    Dans sa théorie des humeurs, il observe le corps et l’esprit selon ces quatre modalités :

  • Air/Printemps/type sanguin – correspond au Bois
  • Feu/été/type colérique – correspond au Feu
  • Terre/Automne/type mélancolique – correspond au Métal
  • Eau/hiver/type lymphatique – correspond à l’Eau

Il est juste intéressant de constater que, dans les modèles grecs, une fois il manque le Ciel, une fois il manque la Terre au centre. L’Homme a vraiment perdu, au cours de son évolution, la conscience et la reconnaissance de sa connexion Ciel/Terre.  

5 mouvements, 5 chiffres, et de multiples déductions

Pratiquant le shiatsu, nous considérons qu’il y a bien 5 mouvements qui sont des caractéristiques de l’énergie. Il nous est en effet impossible de faire l'économie du centre, qui est la Terre : 

  1. Eau : conservation et écoulement vers le bas.
  2. Feu : chaleur et mouvement ascendant 
  3. Bois : croissance, impulsion 
  4. Métal : Décroissance, tendance à trancher et restreindre
  5. Terre : production, transformation  



Il y a une raison à l'attribution des chiffres.
  1. Un l’Eau car le fondement de toute manifestation
  2. Deux le Feu, car il est ambivalent (lumière et chaleur)
  3. Trois le Bois, car le ternaire évoque tout phénomène visible de la vie (Yin, Yang et leur relation)
  4. Quatre le Métal, car il est par contre « sans vie » (les Japonais évitent de prononcer quatre « shi » car ce son est le même que celui du verbe « mourir », ils disent « yon »).
  5. Cinq la Terre-Mère, au centre, le Centre indifférencié, le moyeu de la roue.


On peut, à l'infini, jouer avec les caractéristiques des 5 mouvements, par exemple, les points cardinaux :
  • La Terre est bien au centre
  • Nord, Eau : le froid et l’humidité viennent de là, on leur tourne le dos
  • Sud, Feu : on se tourne par contre vers le Feu, l’Empereur
  •  Est, Bois : l’énergie Yang monte, l’énergie Yin décroît
  • Ouest, Métal : l’énergie Yin monte, l’énergie Yang décroît

Notez que le Sud est en haut, car le Feu monte, et le Nord en bas, car l’eau descend. Mais aussi, on se tourne vers l’Empereur qui est le Feu. Aujourd’hui encore, cette disposition cardinale est parfois utilisée. Je suis tombé ainsi une fois à Tokyo sur un plan de ville avec le Sud en haut, ce qui m’a valu de partir du mauvais côté.

Le carré magique

Une autre lecture ajoute la Terre à chaque mouvement, c’est la disposition en carré magique de trois. Souvenez-vous de la division de la Terre en 9 carrés. Rapportons-y les 5 mouvements et nous obtenons un schéma que nous a partagés jadis Kawada Sensei et qui correspond au cycle d’engendrement des 5 mouvements.

A chaque mouvement on ajoute la Terre (chiffre 5). L’eau 1 +5 la Terre = 6, donc 1-6 et ainsi de suite. De cette façon, le mouvement Terre, l’Intersaison, le recentrage, l’assimilation et en quelque sorte la digestion de la période qui précède sont pris en compte avant d’évoluer vers la suivante. Et il y a bien sûr l’Intersaison majeure qui suit la fin de l’été /mouvement Feu.



5 mouvements dans tout


Le docteur Serge Desportes (« Les cycles du Ciel et de la Terre ») nous rappelle que le symbole « 5 mouvements » est à l’origine de toutes les classifications astronomiques, du comportement rituel, de l’organisation sociale, des vertus civiques, des devoirs impériaux, de l’organisation psycho-physiologique en médecine et, en fait, de toutes les questions sur l’organisation et le fonctionnement de la dynamique vitale sous toutes ses formes.

La théorie des cinq mouvements constitue, selon le Pr Eric Marié (in « Précis de Médecine Chinoise ») une méthode de classification de l’ensemble des objets et des phénomènes.  Ils sont des étapes particulières dans les mutations du Qi, interdépendants et en permanente relation, reliés entre eux selon 4 modalités (cycles d’engendrement, de contrôle, d’exploitation et d’outrage).  

Laissons là les grilles de lecture...

Les 5 mouvements nous permettent de réconcilier en une même lecture les axes vertical et horizontal. Nous les retrouverons partout, dans le diagnostic, les types physiologiques, les méridiens, les directions, les saisons, le cycle circadien et… en nous-mêmes.

Reconnaissons l'intuition géniale des Chinois, capables de synthétiser ainsi l'essence de l'Univers en un système qui fonctionne à tous les niveaux. 

Ainsi de nous, sur notre tapis, entre Ciel et Terre, posés sur le Sol, participant à ces mouvements permanents de l'énergie en nous et autour de nous.

Il n'est pas nécessaire de se rappeler tout cela en travaillant, mais, simplement, de nous sentir en harmonie avec le Tout, dont nous ne sommes pas séparés.

A notre juste place.

Quand nous nous positionnons sur le tatami et que notre client s’allonge, il y a tout cela. Vertigineux et enthousiasmant ! Zoom arrière, disais-je en commençant. Je ne m'imaginais pas aller jusque là.

Comme je dis à mes client(e)s : « le shiatsu, c’est formidable ».

De bonnes lectures


  • Docteur Serge Desportes : L’homme sous le Ciel – Les signes et les origines – Les cycles du Ciel et de la Terre
  • Professeur Eric Marié : Précis de Médecine Chinoise
  • Alain Daniélou : Shivaïsme et tradition primordiale
  • Maud Ernoult : Manuel complet de médecine chinoise et de shiatsu
  • Cyril Javary : le discours de la tortue
  • Marc Halévy : les mensonges des Lumières