Showing posts with label Do In. Show all posts
Showing posts with label Do In. Show all posts

Wednesday, 19 July 2023

夏指圧 - Natsu Shiatsu - Shiatsu d’été (6) : Tous descendants de l'Empereur Jaune

 Courtes réflexions pour ne pas oublier le Shiatsu pendant l’été



SIX

Dans l’article précédent, je vous disais qu’une des origines lointaines du Shiatsu réside dans les pratiques du Do In (Dao Yin) Ankyo chinois. 

En effet, le Shiatsu est un syncrétisme qui unit beaucoup d’influences, modernes ou anciennes, chinoises, japonaises et occidentales.


Notre pratique est l’exemple parfait de l’inclusivité à la Japonaise. Quand quelque chose de nouveau arrive, on examine, on essaye. On garde si cela marche, on oublie si cela ne marche pas. Plus pragmatique que cela, il n’y a pas. Et dire qu’on se fait parfois regarder comme des illuminés !


Donc, il y a ce Do In Ankyo comme une lointaine racine. M. Masunaga, dans Shiatsu et Médecine Orientale, faisait aussi remarquer que c’était là une influence certaine.

En bon Japonais, il a revisité et revivifié les pratiques d’étirements, proposant d’étirer les méridiens en les ressentant dans son corps.

Ce n’est ni du Do In ni du Makko Hô, appellations employées à tort et à travers, mais du Keiraku Taisô, littéralement gymnastique des méridiens.  L’essentiel, c’est de pratiquer, mais évitons de dire n’importe quoi quand même.

Ce qu’on ne sait pas non plus, c’est que le classique de l’Empereur Jaune ne mentionne guère que les pratiques d’acupuncture, mais qu’en fait, il vaut aussi pour le Do In Ankyo et donc, pour toutes les pratiques manuelles.

Ce n’est donc pas un manuel pour acupuncteurs, mais pour tous les praticiens orientaux de la santé.

Des concepts tels que YinYang, les 5 mouvements, les 5 organes , le Ki sont bel et bien le cadre de référence (lointain) dans lequel le Shiatsu est enraciné. Sauf quand on veut faire plus Occidental que les Occidentaux, ce qui s’explique historiquement et se voit encore de nos jours dans certaines écoles.

Pourquoi l’Empereur Jaune passe sous silence les pratiques manuelles… ce n’est pas clair. Sans doute  était-il dès le départ plus prestigieux d’être médecin acupuncteur que praticien manuel. La Chine, très hiérarchisée, a toujours mis en avant les lettrés, les longues études, les examens d’Etat.

Mais si les mises en oeuvre sont différentes, la réflexion en amont est bien la même.

Tuesday, 18 July 2023

夏指圧 - Natsu Shiatsu - Shiatsu d’été (5) : Bouddhisme et étirements de Do In

Courtes réflexions pour ne pas oublier le Shiatsu pendant l’été



CINQ

Un mini-voyage au Japon en ce mois de vacances.



Le Torii  de l’Itsukushima Jinja sur l’île de Miyajima à quelques encâblures d’Hiroshima est mondialement célèbre.

Toutefois, comme partout au Japon, Shintô et Bouddhisme sont intimement mêlés et l’île recèle de fort beaux temples bouddhistes, comme le Daisho In 大聖, qui appartient à la branche Shingon. Il est dit que c’est là que le célèbre moine Kobo Daishi débuta la pratique du Bouddhisme sur l’île.

Ce temple est  bâti à flanc de montagne, sur le chemin du sommet du Mont Misen, et le long d’une interminable volée d’escaliers, on est accompagné par des centaines de petites statues dans toutes les positions (500, dit-on…)

Je fus de suite charmé par celle-ci qui me semble prendre une position de Do In. On étire de cette façon la paume des mains et cela calme le mental. Essayez.

Cela rappelle qu’une des origines lointaines du Shiatsu est le Do In Ankyo chinois, revu par les Japonais. Tout cela trouve une origine encore plus lointaine dans le Taoïsme et même avant cela, dans les pratiques indiennes.

Par le Do In, les étirements, on fait circuler l’énergie et l’ankyo complète par des pressions, manipulations, etc. YinYang, de nouveau. Après bien des siècles et changements de nom, tout cela se retrouve aujourd’hui dans le Shiatsu.

Loin de toutes considérations et à travers les âges, ce petit personnage semble bien joyeux de pratiquer. Tout comme nous aujourd'hui encore.






Wednesday, 31 October 2018

Combien de fois venir en shiatsu ?


Nous poursuivons notre exploration de différents aspects du shiatsu avec une nouvelle vidéo, consacrée à la question souvent entendue « combien de fois dois-je venir ? ».

A l’issue d’une séance, il arrive en effet que nos clients soit reprennent rendez-vous, soit décident de nous rappeler plus tard, soit nous demandent notre avis sous la forme « combien de fois dois-je venir ? ».



Essayons, comme d’habitude, d’aller au-delà des quelques réflexions générales émises dans la vidéo.

Nous avons discuté dans l’article précédent le fait que rien ne doive et que l’obligation de quoi que ce soit n’est pas pertinente dès que l’on fait du shiatsu.

Il semble toutefois naturel de poser la question de la fréquence des séances. Je me souviens de ma toute première séance de shiatsu chez un thérapeute trèèèèèèès connu à Bruxelles. Au moment de le quitter, et comme il ne disait rien, j’osai lui demander quand je devais revenir, pour m’entendre congédier sèchement sur un « vous n’avez rien ! ». Du coup, cela a pris quelques années avant d’y retourner (mais je n’ai pas été perdu pour le shiatsu).

Ce qui se cache derrière la question « combien de fois dois-je venir ? », c’est la question de la régularité, qui n’est pas propre au shiatsu. 

La régularité, mot-clé de la longévité…


… comme l’exprime Jean Pélissier. L’Univers est régularité, succession de cycles, et notre organisme n’est fait que de cycles (circulation, digestion, sommeil…). Une certaine régularité dans la planification et l’enchaînement de ces cycles est souhaitable, sans tomber pour autant dans l’insupportable habitude. Car, nous dit Jean Pélissier, trop de régularité tue la régularité. Et il importe de garder la notion de « jouissance ». 

Comme discuté dans les précédents articles, nous aligner sur les grands cycles de la Terre et du Ciel nous offre effectivement les meilleures garanties d’une vie longue et harmonieuse.

C’est pareil pour toute discipline que nous pratiquons (physique, intellectuelle, spirituelle…). Nous savons bien que seule la régularité offre les meilleures chances de résultat. Nous le savons bien, mais nous ne le mettons pas en pratique.

C’est clair qu’il vaut mieux méditer 5 minutes chaque jour qu’une heure d’un seul coup une fois de temps en temps, s’entraîner un peu tous les jours à la course ou au vélo plutôt que de se lancer sans préparation dans un marathon dominical, pratiquer tous les jours quelques étirements plutôt qu’à l’occasion…

Les effets d’une pratique régulière


Ainsi du shiatsu : il vaut mieux en recevoir régulièrement plutôt que d’y penser quand c’est trop tard. La régularité est même en fait inhérente à notre art, en tout premier lieu axé sur la  prévention des problèmes.

Ainsi, les receveurs et receveuses qui viennent régulièrement me confirment-ils /elles tous (toutes) que, depuis que cette régularité est installée :

  1. Ils se sentent mieux (la réponse à la banale question « comment ça va » ? est, spontanément, « je me sens bien »)
  2. Certains maux récurrents dans leur corps ont disparu ou se sont allégés
  3. Ils ont une meilleure énergie et un état d’esprit plutôt optimiste. Ce qui confirme bien l’intérêt de faire du shiatsu régulièrement et sans attendre de souffrir de quelque chose.

A quel rythme pratiquer le shiatsu ?


Il n’y a donc certainement pas de « vous devez », pas de règle concernant la fréquence à observer, au demeurant différente pour chacun. Mais le bon sens et l’expérience permettent de dire que :
  • faire du shiatsu une ou deux-trois fois par an ne permet pas d’installer une régularité. Une séance offre des bienfaits à court terme (on se sent détendu, par exemple) et à plus long terme (travail sur l’énergie vitale ou sur un problème donné). Une séance de temps en temps n’offre pas ces bénéfices à long terme, qui se consolident en quelque sorte de séance en séance.
  • Faire du shiatsu une fois par mois environ (même si ce n’est pas une norme absolue) permet par contre déjà de mettre en place les bénéfices à court terme et à long terme. Cela peut être un peu plus ou moins souvent. Il n’est par contre pas nécessaire de venir toutes les semaines.
  • Il peut toutefois être opportun de venir plusieurs fois sur un court intervalle, et ensuite d’espacer les séances. C’est le cas pour les problèmes aigus, survenus récemment, mais aussi pour les problèmes anciens, bien incrustés, mais qui ont besoin d’une forte stimulation pour pouvoir être évacués.



Personnellement, je reçois un shiatsu environ deux fois par mois et m’en trouve fort bien. Pour un praticien, il est impératif de recevoir régulièrement pour pouvoir donner à son tour. Et de ressentir dans notre corps ce que nous faisons, de nous connecter à notre propre ressenti, de nous confier à des mains expertes… J’ai ce bonheur de connaître les bonnes personnes qui me ramènent en mon centre énergétique. Hommage soit ici rendu à ces belles collègues ! Ressenti et délectation, disions-nous, dans un article précédent.

Donc, lorsqu’on me pose la question « combien de fois dois-je venir ? » ou « quand nous revoyons-nous ?  », je ne suis pas trop directif, mais j’explique généralement ces différentes possibilités. Il faut bien dire quelque chose, car « rappelez-moi quand vous voulez » est trop aléatoire. Tant que cela reste au niveau du mental…

Sortir du mental, sinon on n'en sort pas



Car notre mental est ainsi fait que, si on lui confie l’organisation de notre bien-être, il n’en résultera pas grand-chose, voire rien du tout. Le besoin doit, en effet, venir du corps, et alors, c’est gagné.

Constatons simplement comment nous repoussons sans cesse les échéances qui concernent notre santé, voire simplement notre détente ou notre bien-être. Que ce soit un simple rendez-vous chez le dentiste, un check up, une intervention médicale… Ou que ce soit un moment pour soi qui va faire du bien à notre corps (une activité physique, un massage, un shiatsu…), notre mental trouve mille et une raisons de remettre à plus tard, arguant que nous n’avons pas le temps ou que nous nous en occuperons demain, c’est-à-dire jamais.

Il s’agit peut-être, à la base, d’un reliquat de mauvaise éducation qui nous a enseigné que l’effort était une plus grande valeur que le plaisir, qu’il fallait d’abord travailler dur avant de profiter de la vie et qu’il était égoïste de penser à soi. Idioties… Toujours est-il que c’est ancré quelque part en nous.

Le mental n’écoute donc généralement pas les signaux du corps (sauf si on arrive à lui faire très peur) et, à force de remettre à plus tard, il peut arriver que ce soit trop tard, auquel cas le corps manifeste sa désapprobation par une bonne maladie, un épuisement, un burn out, un accident… imposant ainsi l’arrêt des activités.

Il va donc falloir ruser et passer outre aux mille prétextes du mental pour ne pas nous faire du bien, notamment en installant cette fameuse régularité parce que le corps la demande.

Les quatre étapes de tout apprentissage


Il y a tout d’abord, pour les férus d’explications, la prise de conscience de la façon dont nous fonctionnons.

Ainsi y a-t-il quatre étapes à tout processus d’apprentissage :

  1. Incompétence inconsciente : je ne sais pas que je ne sais pas. Je ne suis absolument pas conscient des besoins de mon corps, et donc je ne fais rien pour.
  2. Incompétence consciente : je sais que je ne sais pas. Je suis conscient des besoins de mon corps, mais je sais que je ne fais rien pour.
  3. Compétence consciente : je sais que je sais. Je suis conscient des besoins de mon corps, et j’y travaille consciemment tous les jours. Pour cela, je suis obligé d’y penser, ou je m’y oblige.
  4. Compétence inconsciente : je ne sais plus que je sais. Je n’ai plus besoin de m’appliquer pour prendre soin de moi, cela vient naturellement.

Le quatrième stade est en fait le stade du corps, lorsqu’il reprend sa place, exprime ses besoins et que nous sommes à l’écoute. La régularité est le fait du corps, la pratique régulière nous amène à ce stade.

Donc, plus on fait du shiatsu, plus on en ressent les bienfaits, plus il y a de chances que le corps reprenne sa place. Dès ce moment, la régularité de la pratique s’impose et la prise de rendez-vous devient entièrement autonome. Ce que certains clients expriment en disant « je sentais qu’il était temps de revenir ».


Ainsi par exemple de la pratique du Do In (étirements propres au shiatsu), qui se fait, idéalement, au quotidien. Au début, il a fallu m’obliger à les faire. Ensuite, la pratique est venue naturellement. Maintenant, quand il m’arrive de ne pas pouvoir les faire, la journée n’est pas pareille, je sens dans mon corps qu’il manque quelque chose, il réclame son dû.


Pratiquer et observer : la régularité pour les praticiens aussi 


Et si nous devions trouver un conseil qui soit tout aussi valable pour le praticien que pour les receveurs, ce serait celui entendu récemment d’un ami moine bouddhiste, lors d’une intéressante discussion sur son expérience de la méditation.

Il n’y a que deux choses à faire : pratiquer, et observer.

Cela vaut pour tous les arts, pour notre santé, pour notre développement personnel…

  • Pratiquer, pratiquer et encore pratiquer (donner et recevoir) : c’est l’art.
     
  • Observer ce qui se passe dans son corps pendant et après la pratique, devenir conscient, rendre sa place au corps : c’est le ressenti. 
Comme le dit Eric Baret (« De l’abandon »), il y a encore plus vrai que la conceptualisation, c’est le ressenti. « Revenir à ce ressenti, humblement, simplement, et vous rendre compte que c’est ce qu’il y a de plus haut ».  Peu importe donc ce que disent les livres, les belles théories profondes, « restez tranquille, car il n’y a rien à comprendre ».

Dès que ces deux choses simples cessent d’être compliquées, la vie change. « Bingo », comme disait Maître Kawada.


Et une dernière pour la route… Une cliente a complété la liste la semaine passée par un « je dois » inédit : « dois-je dormir ? ». Inattendu, celui-là, quand même...

Thursday, 15 February 2018

Conseils de printemps

Il est bien là, le printemps, même si la météo fraîche semble nous dire que non. Les végétaux sont prêts à exploser au moindre redoux. L’hamamélis, le jasmin, les perce-neige et les hellébores, fleurs de l’hiver, prennent doucement congé.  Les narcisses s’impatientent, les « chatons », bourgeons du saule gris et duveteux, apparaissent sur les arbres.

De multiples signes nous annoncent le printemps. Et il s’en passe des choses,  sur et sous terre ! Le changement est permanent. Les anciens Chinois avaient divisé l’année en 24 périodes de changement de 15 jours, soit trois fois 5 jours : 5 jours de préparation, 5 jours d’installation et 5 jours de manifestation du changement. La période de début février s’appelle « commencement du printemps », et elle coïncide avec le commencement de l’année (« Nouvel-An Chinois »).  Le milieu du printemps, pour les Chinois, c’est l’équinoxe vers le 21 mars. Cette façon de compter est plus juste, car elle s’aligne sur la Nature, et pas sur une conception du monde (chrétienne), comme en Occident.

Donc, nous sommes bien au printemps. Et l’être humain ne peut pas se dissocier de la Nature et des cycles naturels, sinon, il risque d’avoir des problèmes, notamment de santé et d’identité. Les grands mouvements d’énergie que nous voyons à l’œuvre dans les saisons sont également à l’œuvre en nous. Il convient donc de suivre le mouvement de l’énergie, qui, après avoir quitté le point le plus Yin au solstice d’hiver, repart graduellement vers le point le plus Yang, le solstice d’été. Entre les deux, la part du Yang augmente, et la part du Yin diminue. Le Yang, c’est-à-dire la priorité donnée à l’action, au mouvement, à l’extraversion. Nous pouvons donc entreprendre, car cela nous démange. Mais pas si vite.

Voyons comment les Chinois expliquaient cela. Mais si vous voulez, vous pouvez passer directement aux conseils.


La montée du Yang, selon les Chinois

D’abord, prenons conscience de ce réveil de la Nature.  Coup de tonnerre dans un ciel tout gris !

Trois trigrammes nous montrent le chemin de la montée du Yang, avec le Tonnerre, dit encore l’Eveilleur, qui sonne le début du cycle Yang. Ce n’est pas rien, un coup de tonnerre. On sursaute.  « Wachet auf, ruft uns die Stimme » chantent les Protestants dans le célèbre choral du Veilleur. 

Il s’agit de se réveiller et de se secouer. Le trigramme « Tonnerre » est suivi par le Feu (soit la clarté, l’évidence, la conscience) au moment de l’équinoxe.  Et puis vient le trigramme du Lac, ou encore la Joyeuse Communication, la brume, la dissipation. C’est déjà le début de l’été. 


Ce mouvement Yang se traduit comme suit, si on observe ses effets : activité, fermeté, force, croissance, avance, expansion, extériorisation, positivité, légèreté, fluidité. Au cours des prochaines semaines, notre énergie va comporter une part croissante de ces éléments.

De ce côté gauche du diagramme, les traits de base sont tous Yang. Le mouvement  général est une attraction vers le haut, on monte.  Le mouvement est de la Terre vers le Ciel, les végétaux poussent. Et nous allons nous sentir des ailes, avec l’envie de faire mille choses.

Comme toujours, ces envies sont à ressentir et c’est bon de ne pas les retenir, mais il faut quelque peu tempérer. D’abord, ce n’est pas parce que le mouvement général est Yang que tout est Yang. On observe qu’il reste toujours au moins un trait Yin dans les trigrammes  qui montent à gauche du diagramme. Et une fois arrivé au maximum du Yang, le Yin réapparaît tout de suite, comme le montre le Tai Ji.  Yin et Yang sont un rapport dynamique : pas l’un sans l’autre.

Et ensuite, le Yang ne peut trouver à s’exprimer pleinement que si le Yin a été nourri correctement. En d’autres termes, si nous avons mis l’hiver à profit pour nourrir notre Yin en restant tranquille, au chaud et au calme, en respectant une nécessaire introspection, en nous reposant suffisamment, alors, nous pouvons nous lancer au printemps. Si ce n’est pas le cas, nous partons avec un handicap certain, une fatigue résiduelle, un manque d’énergie. Et nous risquons de ne pas tenir la distance.

Voilà ce que peuvent nous apprendre les trigrammes Chinois (disposition de Fu Xi, soit le monde cosmologique). Et comme microcosme = macrocosme, en tant qu’humains, nous sommes soumis à ces mêmes lois et mouvements.

Et maintenant, appliquons

Si ce qui précède est du Chinois, pour vous,  ce n’est pas grave. S’il est bon de comprendre les mouvements de l’énergie, il vaut surtout mieux les appliquer.

Donc, d’abord, soyons sûrs d’avoir bien récupéré en hiver et d’avoir protégé notre immunité.

Gare aux microbes à la sortie d’un hiver sans lumière, où notre immunité a été mise à rude épreuve. La glace fond lentement. Les variations de température sont redoutables pour notre santé et la bonne circulation de notre énergie. Prenons soin de nous, et pas d’excès, restons couverts, restons prudents. C’est un peu le conseil général : allons-y doucement. L’image est celle du chat qui s’étire après une bonne sieste et avant d’aller courir dans le vaste monde.  Dès lors, la pratique quotidienne du DO IN (les étirements des méridiens) s’avère idéale pour remettre notre énergie en route.

Envie de faire du DO IN ? Faites-le moi savoir, on peut organiser une pratique de groupe. 

Que peut faire le shiatsu pour vous, au printemps ?

Indépendamment, ou en plus du problème précis pour lequel vous venez consulter, il est bon de garder à chaque saison une attention particulière pour l’énergie du moment. Les méridiens concernés au printemps sont le Foie et la Vésicule Biliaire.

Nous serons donc plus particulièrement attentifs à l’énergie du Foie, qui est l’organe dominant au printemps. Le Foie évacue les toxines du corps, fait le grand nettoyage, vous donne la capacité de réaliser et l’endurance. Il peut aussi, s’il est trop fort, causer de soudains accès de colère ou un sentiment de frustration, ou encore le « Feu du Foie » peut faire monter l’énergie beaucoup trop haut et vous déséquilibrer, à l’image d’une quille dont le centre de gravité se situerait soudain dans le haut du corps. Un équilibre très instable !  A toute saison, une part du travail consiste à « redescendre », à centrer, pour ne pas perdre l’ancrage. 

Le Foie doit d’ailleurs pouvoir faire le nettoyage de l’entièreté du corps et, si vous êtes bloqué au niveau du Vaisseau Ceinture, il ne pourra pas bien travailler. C’est pourquoi on travaillera également le méridien couplé, Vésicule Biliaire et particulièrement le point 41 qui harmonise le Vaisseau Ceinture. Il s’appelle Rinkyu,  « Se pencher pour pleurer ». Ne voilà-t-il pas un double mouvement vers le bas ?

Si le Foie – « Le Grand Général des Armées » n’arrive pas à travailler correctement, vous ferez des cauchemars, dormirez mal, vous réveillerez franchement de travers, fatigués, lourds, saturés, gavés… L’énergie tourne en rond, il y a des frustrations, de la colère.

Je parlais plus haut de l’importance du rapport à l’espace-temps et de la nécessité de s’y conformer. Nous avons vu que le printemps « vient » en quelque sorte de l’hiver, moment le plus Yin de l’année qui appelle un nouveau départ. A chaque saison, on stimulera donc sur chaque méridien des points particuliers, car les différentes composantes de notre énergie vitale y sont associées, et l’énergie est plus présente sur ces points à ce moment-là.

Le Printemps est la saison où on tonifiera les points « Eau », associés à l’hiver, dans la logique du cycle d’engendrement des cinq mouvements. Ces points, appartenant aux  points dits « Shu antiques », sont tous situés sur les bras et les jambes, entre les extrémités et les articulations du coude et du genou. On travaillera donc P5-MC3-C3-GI2-TF2-IG2 sur les bras et les mains, et RP9, F8, R10, ES44, VB43 et V66 sur les jambes et les pieds.

Et plein de choses à faire soi-même  

Recevoir un shiatsu est une excellente chose, mais la participation active dans votre vie maximise les résultats.

Vous pouvez donc prendre soin de notre organe Foie en lui offrant une cure de désintoxication de toutes les toxines accumulées en hiver. Il existe d’excellentes cures de plantes chez les herboristes. Et le jus matinal de citron chaud est excellent. J’aime pour ma part le vinaigre de cidre. Et la nature offre les bonnes plantes au bon moment : jeunes orties pour désintoxiquer, ou sève de bouleau. Si vous ne savez pas quoi manger, informez-vous de ce qui pousse en ce moment. Il vaut toujours mieux consommer les plantes locales, et de saison.

Puisqu’au printemps l’énergie se remet en mouvement, nous aussi. La marche quotidienne s’avère un excellent moyen de rester en bonne santé. Trop peu de mouvement affaiblit non seulement les jambes, mais cause aussi des problèmes d’évacuation.  Marchons, donc, mais sans pour autant courir le marathon. Les textes anciens disent « allons marcher dans la cour », et prendre le jeune soleil.

Pour vivre en harmonie, il est bon d’être conséquent, au-dedans comme au-dehors. Le grand nettoyage printanier de notre lieu de vie et de tout ce qui nous encombre nous aidera à laisser notre créativité s’épanouir. C’est le moment de mettre en œuvre nos projets, nos élans, nos nouvelles aspirations.

Sur le plan de l’alimentation, enfin, répétons-le, mangeons de saison et local. Bonne nouvelle, après la relative disette et monotonie de l’hiver, les jeunes pousses printanières, feuilles et racines, garniront bientôt à nouveau notre assiette. C’est la fête du Vert, la couleur dominante du printemps. Un véritable plaisir pour les yeux… associés par ailleurs également au Foie. La nature est bien faite.

Je vous souhaite de beaux moments printaniers.

Thursday, 22 December 2016

Réflexions de fin d'année et de renouveau autour d’un bol de thé matcha


L’après-midi est tranquille. Je m’installe au salon. Devant moi, du thé japonais matcha, moulu patiemment à la meule de pierre, au goût si vert et si minéral, battu avec le petit fouet en bambou et servi dans ce beau bol en bois de chêne acheté un jour au Japon. En accompagnement, un morceau de chocolat 100% à base de fèves criollo, les cacaoyers natifs d’Amérique latine qui donnent un chocolat pâle et légèrement acidulé.

Pas n’importe quel thé, pas n’importe quel bol, pas n’importe quel chocolat. Snobisme ? Ce serait jugement. Choix délibéré, plutôt, de la qualité et de la beauté, choses inscrites dans les gènes au Japon, pays du shiatsu. Choix de l’attention, au sens bouddhiste, à ce que l’on mange et boit, par respect pour ce que la nature et le savoir-faire des hommes a produit, en harmonie. Conscience du bonheur d’être au XXIème siècle et de pouvoir bénéficier facilement de ces belles et bonnes choses. Gratitude.

Ce n’est pas tant qu’il faille attribuer un sens aux actes banals du quotidien, tels que manger, boire, se laver, s’étirer, se promener, ou se tenir simplement en silence. C’est question d’attention et d’intention.

L'attention

La pleine attention consiste à tenter de devenir conscient à tout ce qui est là. Thich Nhat Hanh, moine Zen coréen célèbre par son enseignement, raconte ainsi un exercice de pleine attention au départ d’une tasse de thé. En se concentrant, on peut remonter à la genèse même du thé que l’on boit : le travail des hommes, la pluie, le soleil et le vent sur le théier, le passage des 4 saisons,  les oiseaux qui s’y posent, son enracinement dans la terre, les feuilles qui poussent. Quand on a remonté tout l’enchaînement des causes et effets qui ont produit cette tasse de thé (idem pour la tasse et pour l‘eau), on est conscient de ce que l’on boit, et l’attention se poursuit après sur les sensations dans le corps.

En traitement shiatsu, nous tentons de même d’atteindre cet état de pleine attention pour la personne qui vient nous voir, dans l’écoute, la non-interprétation, le non-jugement, l’ouverture à ce qui est là. Lors d’un récent stage de Seiki Soho, avec Frans Copers, il y avait aussi cette attention totale à ce qui est là, et tout à coup, la main s’en va, spontanément, toucher l’endroit qui « appelle ». En Seiki, il est question là de résonance, ce qui vient faire vibrer nos fibres les plus profondes.

L'intention

Quand on prête attention aux actes du quotidien, on peut aussi les accomplir avec une intention. Je dirais presque les offrir, les dédier à quelque chose ou quelqu’un, ou simplement les accomplir en gratitude. En shiatsu semblablement, on peut mettre une intention dans son travail, ou aucune intention, pour laisser s’exprimer le corps qui reçoit.  Masunaga dit que l’intention suffit, d’autres disent qu’il n’en faut pas. Cela dépendra du moment et de la personne, mais au minimum, la bienveillance sera l’intention profonde. L’état de bienveillance et de gratitude est très puissant. Alors, l’esprit Shin (qui est, notamment, l’entité psychologique, harmonisante, correspondant au cœur) peut s’exprimer pleinement et la joie est présente. Joie ou jubilation ? Les théologiens disent que la prière de louange est la plus puissante, car elle est désintéressée. Quand on dit merci, c’est pour quelque chose et à quelqu’un. On peut être dans la gratitude pour tout et rien, sans raison précise. On peut s’adresser à Dieu, aux bouddhas, à tous les Kamis, ou à personne. Peu importe, c’est question d’affinités. L’important est le ressenti, l’état. « Have fun », dit Ajahn Brahm.

Le contentement

Ajahn Brahm est un abbé bouddhiste theravada qui écrit beaucoup de livres et donne beaucoup de conférences. Il parle du contentement et c’est la première fois que je rencontre ce terme dans un contexte bouddhiste. Le contentement est un état profond.  Se sentir content, à tout moment, c’est être reconnecté à l’instant présent, avoir laissé aller le passé et le futur, et les angoisses qui vont avec, et juste se sentir bien. Les  personnes qui viennent régulièrement en shiatsu me le disent : elles se sentent bien, et n’ont pas d’explications à cet état. Il n’y en a pas, ou il y en a autant que de personnes, peu importe. Si à la première question, « comment allez-vous ? », la réponse est « je vais bien » (et que c’est vrai J), le shiatsu prend tout son sens premier : faire en sorte que cela reste ainsi. Seul un travail régulier permet d’atteindre cet état de bien-être.

Partis d’une tasse de thé et d’un morceau de chocolat, nous voilà bien loin. C’est que tout est lié, tout est interdépendant et les analogies chères aux proto-Chinois, ou les correspondances chères à Baudelaire, pour prendre une référence occidentale, sont bien là.

Pratiquer le shiatsu amène à vivre autrement

En quête de qualité, en pleine présence, l’expérience est plus intense et donc, l’aspect quantitatif disparaît. Cela n’aurait aucun sens de boire 5 bols de thé et de manger toute la tablette de chocolat. Le corps n’a pas besoin de ces quantités-là, et si on le laisse s’exprimer, ce ne sera même pas possible. La quantité vient compenser le manque de qualité, cela se vérifie avec la nourriture de mauvaise qualité. En conséquence, nous n’aurons plus besoin de manger autant si nous optons pour la qualité et l’intensité, et nous pourrons nous offrir des choses meilleures. C’est Jean Rofidal, dans son livre « l’art du Do In » qui fait l‘éloge de la frugalité. Avoir toujours un peu faim donne de l’énergie et améliore la qualité de la vie. Etre toujours rassasié ou saturé ramollit et suscite l’égoïsme (pendant la digestion, l’organisme n’est tourné que vers lui-même). « Avoir l’estomac vide le plus longtemps possible est une bonne condition pour être libre, pour être tourné vers le monde, pour pouvoir donner ».

En ces périodes de fête, voilà qui donne à penser. Même si, comme le dit François Couplan, champion de l’alimentation par les plantes sauvages, un bon excès quelques fois par an fait partie des choses naturelles. Le problème, c’est d’être toute l’année en sur-consommation et de tenter des sevrages ponctuels. Il vaut donc mieux, de façon plus ou moins constante, rester dans la frugalité. Si nous pratiquons le shiatsu, nous savons bien qu’un extrême appelle l’autre, trop peu engendre trop et trop implique trop peu ailleurs.

Puisque nous parlons des fêtes et du sentiment d’interdépendance avec le vivant, il me vient à l’esprit d’appliquer la méthode de la tasse de thé aux mets traditionnels de fin d’année : foie gras, homards et autres dindons de la farce. On peut d’ailleurs le faire avec tout ce qu’on mange. Si cette méditation nous amène à la maltraitance et la souffrance animale, à l’exploitation et la prédation de la nature, au saccage ou à la pollution du vivant, à des traitements non-équitables… se pose la question de savoir si ingérer tout ce ressenti négatif et toute cette souffrance nous fera du bien. Chacun verra pour lui-même. Mais la sagesse derrière la pratique du shiatsu viendra de plus en plus nous titiller, et nous rapprocher de la bienveillance, de la compassion, de l’attention à la Nature, à toutes les créatures et à soi-même…

Que ces fêtes soient de belles fêtes, et vous amènent tous et toutes sans encombrent au renouveau du calendrier et de l’énergie qui repart vers de nouveaux sommets.
 
Meilleurs voeux