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Wednesday, 23 August 2017

Traiter tout le monde ? Tout seul ? Et n'importe quand ?


Une jeune collègue me demande mon avis cette semaine. Hola ! Serais-je tout à coup devenu senior executive  😄  ? Je vous le partage, car la question est intéressante, elle ouvre beaucoup de portes.

La voici :

Quelqu’un qui a été admis en urgence la semaine passée et a subi un pontage  veut recevoir demain un shiatsu détendant. Y a-t-il contre-indication ? Son médecin est en vacances  et ne peut pas émettre d’avis. Je ne veux pas prendre de risques… que faire ?

Réponse : pas de hâte ! Considérons d'abord le côté pratique. Comment la personne va-t-elle se coucher, après cette opération ?  Il ne faut pas d'écrasement. Et aussi : il est impossible de traiter le dos ou la poitrine, alors, pour un shiatsu relaxant ?  Mais avant tout : si vous n’êtes pas à l’aise dans le traitement, ne le faites pas. Donc, dans ce cas : il vaut mieux attendre que le médecin revienne et donne son avis sur la question.

Ceci ouvre plusieurs débats. Peut-on traiter tout le monde  à tout moment ? Quelles sont l'interaction et la relation avec d'autres thérapeutes ou avec le médecin traitant ? Et aussi : l’importance de se sentir soi-même à l’aise.

Aider tout le monde ? Oui, mais pas n’importe comment.

En shiatsu, a priori, tout qui se présente, quelle que soit la nature ou la complexité du problème, de la souffrance, peut être aidé et en retirer un bienfait. La technique est telle qu'il n'est pas possible de causer du tort en l'exerçant. Toutefois, pas n'importe comment et en n'importe quelles circonstances. Il faudra  toujours adapter la technique à la personne qui se présente (différent à chaque fois) et parfois émettre des restrictions, s'interdire certaines approches, voire postposer ou même renvoyer vers d'autres thérapeutes.

D’où l’importance de s’assurer au préalable, avec quelqu’un que l’on ne connaît pas, d’éventuels obstacles : la personne a-t-elle mal au dos ? Certaines positions (même allongée sur le dos) sont-elles difficiles pour elle ? A-t-elle été opérée de quelque chose, récemment ou il y a longtemps ?  A-t-elle mal quelque part ? Suit-elle un traitement ou une thérapie ? A-t-elle vu quelqu’un à ce sujet récemment ? Quel était le diagnostic posé par cette personne ? Histoire aussi de ne pas interférer… Quelqu’un qui a vu son ostéo cette semaine ne doit, par exemple,  pas venir faire un shiatsu en plus.

On peut par contre toujours faire quelque chose. Il arrive que des personnes viennent nous voir en désespoir de cause. Elles se sont adressées à plusieurs autres, sans succès. Ou que l’on soit recommandé : « lui va pouvoir vous aider ». Vache de pression ! Mais en fait, avec le temps, de moins en moins. Oui, on pourra toujours faire quelque chose : au moins écouter, apaiser, détendre, rééquilibrer, harmoniser, mais pas de miracles, de guérisons spectaculaires… Laissons cela aux maîtres dans l’art de la catharsis, quel que soit leur arrière-plan. Maître Kawada disait : si c’est spectaculaire, ce n’est pas du shiatsu.  Cela ne veut pas dire non plus qu’il n’y a pas de résultat, immédiat et sur le long terme..
Avec le temps, j’ai  abandonné certaines contre-indications, telles que Tokujiro Namikoshi a pu les formuler au départ. Evidemment, on va éviter le shiatsu sur des membres blessés, en cas de maladies contagieuses, ou, dans le cas qui nous occupe, après une opération très récente.

Mais, en matière de cancer, par exemple, je rejoins Bernard Bouheret qui a balayé mes dernières réticences. Bien sûr que quelqu’un en chimio ou radio, ou en soins palliatifs, peut recevoir un shiatsu. Justement, il ou elle a besoin de toucher, alors que tout le monde, ou presque, le ou la regarde de loin, voire avec une certaine répugnance ou pitié voire une peur de se faire contaminer.

Non, le cancer n’est pas contagieux, mais l’agressivité – nécessaire - du traitement, et la solitude face à lui ont besoin d’être compensés.  Et bien sûr, le système immunitaire a besoin de toute l’aide possible dans des moments pareils.  En soins palliatifs ou dans d’autres domaines hospitaliers, le shiatsu fait d'ailleurs son chemin,  à la grande satisfaction des équipes médicales. En témoigne l’introduction du shiatsu, par le même Bernard Bouheret dans plusieurs hôpitaux français, ou en Belgique à Saint-Luc avec l’école de Maître Kawada.
Donc, la gravité de la maladie n’est pas un critère absolu, le timing doit cependant être bien choisi et aussi – dans certains cas - surtout de maladies graves - où les interventions se croisent, s'additionnent, se complètent – l’avis du médecin traitant est déterminant.

Travailler avec les médecins et thérapeutes

C’est un autre aspect de la question sur lequel il reste beaucoup à faire. On peut généralement regretter le manque de contacts entre les différentes spécialités.

Pourtant, généralement, la personne en quête de soulagement d'un problème ponctuel ou de mieux-être en général, consultera  en parallèle, selon le cas,  son médecin allopathe ou homéopathe,  un kiné, un psy, voire d'autres thérapeutes comme un ostéopathe, un nutritionniste,  ou encore des massothérapeutes.

Oh, j’entends bien de temps à autre un client me dire que son médecin ou autre thérapeute encourage : si cela vous fait du bien, faites seulement. C’est déjà très bien, en soi.  On pourrait aller un pas plus loin et envisager une vraie collaboration, un échange sur le cas de notre client commun. Nos métiers ne sont ni opposés ni concurrents, bien au contraire. Nous voulons tous : santé et bien-être sur tous les plans. 
Le shiatsu s’occupe de la personne en son entier, de prévention, de rééquilibrage… ce que d'autres n’ont souvent pas ou plus le temps de faire. C’est parfait pour moi que quelqu’un travaille sur l’élimination du symptôme, car si le shiatsu peut aussi s’y attacher le cas échéant, ce n’est pas l’essence de la technique. Quand quelqu’un vient avec un problème aigu, cela va, on relève le défi, mais d’un point de vue MTC ou Shiatsu, en fait, il aurait fallu venir avant le problème, pour risquer moins de l’attraper.


Donc, même si les techniques et le but des techniques sont différents, nous travaillons en fait à un objectif commun : la santé et le bien-être de notre client. Et je serais donc ravi de travailler avec d'autres praticiens, scientifiques ou énergéticiens, "conventionnels" ou "alternatifs", chez qui je pourrais prendre un avis, envoyer quelqu'un, et inversement...
Il est clair que le shiatsu peut aussi avoir du sens et de l’efficacité à un moment d'un traitement plus global ou plus ciblé, ou en préparation de celui-ci. On y arrivera, je pense. Mais ce sera d’abord le fait d’initiatives isolées, de collaborations entre humains qui s’apprécient et se respectent, avant toute collaboration institutionnelle. L’humain est ainsi fait… qu’il doit oser innover et réussir pour influencer les systèmes qu’il a lui-même mis en place et qui bloquent.

« N’ayez pas peur… »


… disait Jean-Paul II, pardon Saint Jean-Paul II. Il y a aussi une mudra qui exprime cet état d’esprit, la Abhaya Mudra  (ci-contre).

Bernard Bouheret, toujours lui, disait lors d’un récent stage : « si vous avez peur, ne faites pas de shiatsu », en réponse à la question de savoir si on risquait d’attraper « de la mauvaise énergie ».
La particularité du shiatsu – les restrictions émises ci-dessus étant bien comprises - est tout d’abord de ne pas être nocif. Si on met les doigts à côté, il ne se passera rien. 

 C’est vrai qu’au début, on est impressionné. Les gens viennent avec des questions complexes qu’on ne peut pas – et ne doit pas - résoudre nécessairement. Seul le lâcher, la bienveillance et la confiance permettent d’y aller. Et de dire : voilà, je serai 200 % là pour t’aider, mon intention, ma bienveillance, mon attention.  Masunaga lui-même semblait dire que c’était déjà le plus important : l’intention bienveillante. Ne pas se sentir bien avec quelqu'un ne donnera pas de bons résultats, et il ou elle ne reviendra pas.
De toute façon, en fin de séance, on a progressé. La personne se sent bien à la fin. On a soulagé, détendu, harmonisé, peut-être résolu une chose ou l’autre, que sais-je ? Le corps  va pouvoir reprendre la direction des opérations.
Que savons-nous tous, finalement, de ce qui se passe dans la complexité du corps, des émotions, du mental ou de l’âme ? Honnêtement ? Plus on avance, et moins on semble savoir.
On ne peut clairement pas attendre de tout savoir. Alors, faisons, dans les limites du raisonnable et dans la plus grande honnêteté. En acceptant nos limites et en disant non, parfois, si on ne le sent pas. Et sans accepter la pression que l’on peut nous mettre. Ce sera le sujet du prochain article. 

Thursday, 6 July 2017

« Je me sens vivante partout »




Joli commentaire, lancé spontanément à la fin d’une séance, par une cliente, Suzanne, 83 ans, devenue fidèle au shiatsu.

Les mots sont bienfaisants, et jamais innocents dans leur choix, prononcés de surcroît par nos clients qui n’ont pas nécessairement étudié la théorie et la technique du shiatsu.

Ces mots viennent vérifier et enrichir l’enseignement et la pratique.

« Je me sens vivante partout ». C’est bien là le cœur, l’essence du shiatsu. Quand l’énergie circule sans encombre, on se sent bien, léger, joyeux.  Vivant. J’aime également employer le mot « pétillant », comme un bain de bulles, mais qui viendrait de l’intérieur, de la source de vie en nous.

Se sentir vivant est autre chose que ressentir un certain bien-être. C’est plus profond et plus fondamental. Le bien-être est passager. Se sentir vivant implique que l’on s’est reconnecté à la source de vie et que l’on a pu prendre conscience, dans l’instant présent, qu’elle est là à tout moment. Le tout consistera à ne pas perdre cette conscience, ce lien, sous de multiples préoccupations, ou par un excès de mental, d’émotions, qui toujours nous déconnectent du corps.

Ce que l’on ne sait pas ou ne veut pas savoir, le corps le sait. Il donne les signaux, et il a les clés de l’auto-guérison. Modestement, nous, thérapeutes, aidons à rééquilibrer, et le corps reprend la direction des opérations.

Belle récompense, un tel commentaire en fin de séance. Mais la réponse n’est  pas : j’ai bien travaillé, ou j’ai fait ce qu’il fallait, mais « le shiatsu est merveilleux ». Quand je reçois du bon feedback, j’ai l’habitude de répondre cela : « ah mais, le shiatsu est un art merveilleux ». Cela, on le constate au fil du temps. Et sa spécificité, qui est le toucher du corps, permet bien de toucher l’Etre à tous ses niveaux, du plus concret au plus subtil.

Autre chose : Suzanne, disais-je, est devenue fidèle au shiatsu. Constatant que cela lui fait du bien, elle a choisi de revenir régulièrement. C’est cette régularité aussi qui démultiplie l’effet du shiatsu. Le corps s’habitue à recevoir et on va plus vite « au cœur » du travail. Car travail il y a. On peut passer par toutes sortes d’états, parfois désagréables, et ce n’est pas « bingo » à toutes les séances, comme disait Maître Kawada. Mais le travail se fait, et le corps reçoit, met en place.

Une autre cliente, devenue régulière elle aussi, Iroise, me dit « j’aimerais retrouver la joie ». Bien sûr, la joie est là à tout moment. La joie, associée à l’énergie du Cœur, ne pourra s’exprimer pleinement que lorsque le Cœur – l’Empereur parmi les organes  régnera  - rayonnera de nouveau sur l’harmonie des autres organes. Il y a beaucoup d’obstacles qui empêchent de ressentir  la joie, la douleur bien sûr, la raideur, les blocages,  les préoccupations mentales, les montagnes russes de nos émotions, la dissipation, le fait de ne pas être ancré… Une fois que tout cela lâche, comme un barrage qui craque, l’énergie peut jaillir librement, et ce jaillissement spontané est la joie. Alors, oui, on se sent vivant partout, grâce au travail du shiatsu.

Ainsi, en nous reconstruisant, nous construisons le monde, microcosme et macrocosme.  

Et vous, collègues Shiatsushi ? Quelles sont les plus belles réactions, riches d’enseignement, que vous ayez reçues à ce jour ? Partagez-les en commentaire, car la joie se répand et est contagieuse.

Et vous qui avez reçu un shiatsu, de qui que ce soit,  et avez ressenti certaines choses, n’hésitez pas à les partager.

 


Wednesday, 1 February 2017

Avec ou sans alcool ?


Réflexions sur les excès et la sobriété, et ce que le shiatsu a à faire là dedans

En début d’année, les régimes d’un mois sont à la mode. Le mois sans alcool est sans conteste le plus populaire. Les tenants de  la méthode estiment qu’après l’exagération des fêtes,  un sevrage permet de nettoyer le corps. Mais de plus en plus de voix s’élèvent pour contester l’efficacité de ces régimes, à juste titre, me semble-t-il.  D’un excès à l‘autre : le sevrage brutal met le corps à rude épreuve et induit un conflit intérieur. Le problème avec la volonté, c’est qu’elle peut faillir, le problème de l’épreuve de force, c’est de tomber sur plus fort que soi. Privé de quelque chose, on n’a plus envie que de cela et on y pense sans cesse. Pour arrêter (de boire, de fumer, de manger…), il vaut mieux un sevrage progressif et en douceur, plus sûr sur le long terme et qui diminue vraiment le besoin.

Dire d’autre part qu’on ne boit pas d’alcool, c’est encore se positionner de façon négative par rapport à lui et donc, toujours être occupé avec l’alcool. J’ai aperçu cette semaine un article comme quoi la méditation serait le remède ultime. Ce n’est pas faux. Couper tout attachement à l’alcool (ou quoi que ce soit d’autre), ne pas le désirer et ne pas le rejeter, élimine immédiatement la question de la dépendance et du sevrage. Mais de façon générale, nous ne vivons pas en permanence à ce niveau. Alors, boire ou ne pas boire ? Et en quelle mesure ?

Tournée Minérale et autres

Loin de moi l’idée toutefois de casser la Tournée Minérale lancée ces jours-ci par la Ligue contre le Cancer.  Nombre de maladies, dont des cancers, sont liées en effet à une consommation excessive d’alcool.  Mais pas seulement. Les causes du cancer sont multiples et de nombreux facteurs concourent à son apparition, voire l’accélèrent ou aggravent la maladie. L’alcool est certainement un de ceux-ci.  Arrêter de boire pour affecter cet argent à la lutte contre le cancer est un noble objectif, qu’il faut soutenir.
Ce genre d’actions permet aussi de prendre conscience des habitudes que nous avons et des mécanismes qui les soutiennent. Changer d’habitudes est toujours intéressant.

J’aimerais simplement qu’un jour, quelqu’un organise aussi le mois sans sodas, certes non alcoolisés mais au moins aussi addictifs et dévastateurs pour la santé.

Je profite de l’occasion pour partager quelques réflexions sur l’alcool, dans la perspective du shiatsu et de la philosophie de vie dont il émane. Observateurs permanents du Yin et du yang en mouvement, nous savons bien que rien n’est blanc ou noir, mais toujours les deux dans une proportion sans cesse changeante. Et il ne peut donc être question de diaboliser ou sanctifier l’alcool, ou quoi que ce soit d’autre.

Les excès ne sont pas mauvais, s’ils ne sont pas la règle.

J’ai déjà plaidé, dans la ligne de Jean Rofidal pour une certaine frugalité, voire même, pour rejoindre Pierre Rabhi pour une « sobriété heureuse ». Manger et boire moins, mais de qualité supérieure est en effet un grand pas en avant vers une qualité de vie heureuse. Cela n’implique donc nullement l’idée de privation forcée, insupportable et génératrice par la suite … de nouveaux excès.  Trop de Yin implique trop de Yang, et inversement.
Les excès contribuent même à un rééquilibrage, après une période maigre. Le problème, c’est que nous sommes toute l’année en excès de tout. On pointera l’alcool, le sucre, le tabac, la viande, le café, le thé… les excitants, quels qu’ils soient. Tout cela acidifie le corps, et vient stimuler une énergie immédiate, qui est une fausse bonne énergie. Venant réveiller le Yin, les excitants font en sorte que le corps puise dans ses réserves, et après un bref délai, le besoin se fait sentir à nouveau.

Dans le cas de l’alcool, des tas de bonnes raisons viennent encourager sa consommation : c’est un geste social, cela fait partie de la fête, c’est l’expression du terroir, cela permet de décompresser, cela flatte le sens du goût sur une palette infinie, c’est un art de vivre, cela montre que l’on est un homme, etc.  etc.  Sagesse d’alcooliques : tout le monde connaît les proverbes du style « une journée sans vin est une journée sans soleil » qui ornent encore les murs des maisons. Il y a toujours une part de vérité dans ces fausses bonnes raisons. La question qui se pose, comme avec tout, est celle de la quantité, de la fréquence et de la qualité. La limite à ne pas dépasser sera différente pour chacun, en fonction de sa constitution et de sa résistance. 

Diminuer le besoin : se livrer à des activités heureuses
Comme le chante Boris Vian « Je bois, systématiquement, pour oublier tous mes emmerdements ». Une étude récente a montré que les Belges sont les plus gros consommateurs d’alcool d’Europe. Faut-il en déduire que nous avons plus d’emmerdements que les autres ?  Il est vrai qu’il y a un lien entre les contrariétés que l’on peut avoir et le refuge dans l’alcool. J’ai ainsi remarqué que les journées heureuses, passées au grand air, avec des activités captivantes ne donnent pas envie de consommer de l’alcool.  La bonne circulation d’énergie élimine jusqu’à l’envie. C’est pourquoi l’alcoolisme au bureau est tellement répandu, ou le petit verre après une journée éprouvante.  En tant qu’activité permettant la bonne circulation de l‘énergie, le shiatsu s’avère aussi une bonne aide. D’ailleurs, pas question de boire une seule goutte pour donner ou recevoir un traitement,  car la circulation de l’énergie serait perturbée. Premier remède, donc : se consacrer à des activités complètes, qui nous rendent heureux.

Diminuer le besoin : boire de la bonne eau
J’ai également remarqué que, paradoxalement, la consommation d’alcool est liée à la consommation d’eau de mauvaise qualité, telle que nous l’avons au robinet ou même en bouteilles. J’ai ainsi séjourné dans une abbaye (maintenant privatisée) du côté de Neuchâtel, en Suisse, l’abbaye de Fontaine-André. L’endroit jouit d’une source naturelle potable, sortant de terre, et d’excellente qualité gustative.  Cette eau pure donnait envie d’en boire de grandes quantités, et chacune de mes sorties passait immanquablement par la source, rafraîchissante et régénérante. D’où une moindre consommation d’autres liquides, même si la Suisse, pays de grands assoiffés, produit d’excellents vins.

En Belgique, l’eau n’est en général pas bonne, manipulée et frelatée, et la plupart des accès aux sources ont été fermés. On se tourne donc vers d’autres produits en apparence plus goûteux. La consommation d’un verre d’alcool  (de bonne qualité) vaut donc parfois mieux que celle d’eau frelatée avec divers additifs chimiques et colorants et certainement mieux que celle d’un soda. Dans les pays d’Asie où l’eau est de qualité douteuse, même en bouteilles, mieux vaut la bière que le soda. En Ecosse, l’ingrédient essentiel du whisky écossais est … l’eau, unique, toujours puisée à même le sol et déterminante pour le goût.

L‘alcool est  une affaire de bactéries et de culture
On n’arrivera pas à éliminer la consommation d’alcool, pour la simple raison qu’il fait partie de notre passé lointain à un endroit donné. L’alcool (mot d’origine arabe : un comble !) existe depuis l’aube de l’humanité (et lui préexiste sans doute). Le tout premier alcool, daté de la Préhistoire, est l’hydromel. Il suffit de mélanger de l’eau à du miel et de laisser fermenter. L’alcool est, à la base, lié au processus naturel de fermentation. Comme l’explique Marie-Claire Frédéric, dans son excellent livre « Ni cru ni cuit » consacré aux aliments fermentés du monde entier, chaque région, chaque culture a ses ferments particuliers. Les fermentations, d’abord spontanées, furent ensuite maîtrisées et développées. C’est l’origine du petit rouge de terroir avec le cépage local, de la bière de l’abbaye du coin, du whisky, du saké, de la vodka… Chaque culture a ainsi fait fermenter, puis éventuellement distillé son aliment principal : orge, maïs, riz, fruits, miel…

Cette adéquation au terroir, je l’ai ressentie en Ecosse pour la première fois, il y a déjà longtemps. Ce fut la seule fois de ma vie où je bus de l’alcool à 8 heures du matin.  C’était en juillet, un matin humide et glacé, la tente détrempée par les averses nocturnes. Pas forcément les vacances espérées. Quelques gorgées d’un whisky local furent nécessaires pour réchauffer tout cela, mais elles ont fait bien plus. Elles m’ont fait saisir en un éclair l’adéquation parfaite du breuvage au pays, au paysage et au climat qui l’avaient produit. 
Consommer local a donc tout son sens, certainement dans le cas des aliments fermentés à l’aide des bonnes bactéries qui sont là depuis toujours, nous nourrissent, créent notre immunité et  aident à nous définir culturellement. L’alcool n’est qu’un des produits de ces bactéries, parmi tant d’autres : pain, levures, sauces, aliments lacto-fermentés…
Cette bonne fermentation permettait d’assainir l’eau pas toujours potable. C’est pourquoi les moines se sont mis à brasser, à vinifier, à distiller. Saint-Benoît lui-même, dans sa Règle, conseille le vin quotidien « à cause de l‘infirmité de ceux qui sont faibles » et remarque qu’à certains seulement « Dieu donne la force de s’en priver ». En gros : impossible de les empêcher de boire, sauf les meilleurs.

Pour la religion chrétienne, il convient toutefois de ne pas s’adonner à l’ivresse.  L’alcool permet de relâcher , c’est sans doute là une des raisons de son succès depuis la nuit des temps : l‘état d’esprit modifié qu’il procure et la levée des inhibitions, essentiellement d’ordre sexuel. D’autres religions y voient ou y voyaient un moyen comme un autre de passer des initiations ou d’atteindre d’autres états de conscience.
Dès que l‘homme touche quelque chose, malheureusement, il est capable d’en faire le pire comme le meilleur usage.  L’histoire n’est qu’une longue suite de beuveries, depuis la mythologie et  l‘Antiquité, en passant par l’alcoolisme des artistes, des travailleurs jusqu’à nos jours. De véritables drames personnels ou familiaux et beaucoup de souffrance sont bel et bien présents là. A la base, le fait de ne pas se sentir bien, le besoin d’oublier sa condition, sa vie, d’anesthésier ses pensées…

Pas si clean que cela, l'abstinence
Positif et négatif sont donc étroitement entremêlés en matière d’alcool, qui fait partie intégrante de l’humanité depuis toujours et pour de nombreuses raisons. En la matière, comme partout ailleurs, je me méfie des abstinents et des ascètes auto-proclamés. Un moine bénédictin de ma connaissance, qui a maintenant 90 ans passés et a d’ailleurs toujours eu la descente extrêmement raide, me disait  « trop de piété, moi, je me méfie ». J’ai bien retenu la leçon.  Trop d’ascétisme, trop de perfection, je me méfie. Je me méfie aussi des donneurs de bons conseils.

Ce n'est pas trahir un secret que de dire cela : plus d’un Sensei d’arts martiaux ou autre s’est avéré  un épouvantable buveur. Dire que c’est de l’alcoolisme serait porter un jugement inutile. Pour quelqu’un qui est loin dans son art, les excès inverses sont presque nécessaires, car ils viennent compenser. Souvenez-vous, trop de Yin appelle trop de Yang, et inversement. Un bon pratiquant chez qui l’énergie circule bien a également une meilleure capacité de récupération. On m’a ainsi raconté des histoires de Sensei  saoûlant leurs étudiants jusqu’aux petites heures, mais levés à l’aube sans  le moindre mal.  La capacité d’auto-désintoxication et de récupération est ici supérieure. Bien entendu, il n'est pas question de mêler pratique et moments festifs, mais ils ne s’excluent pas. Beaucoup de clients ou d’élèves ont tendance à projeter une aura de sainteté sur leur thérapeute, maître, Sensei. C’est une projection et une fausse attente. Un bon thérapeute est pour moi imparfait, il connaît les prétendues faiblesses et peut donc aider utilement. On ne peut montrer le chemin que si on y est allé soi-même.
Finalement, l’exemple de l’alcool nous apprend beaucoup pour un bon art de vivre, indissociable de la pratique du shiatsu.

Il me reste à considérer un dernier aspect de l’alcool : l‘usage thérapeutique.

L‘alcool un remède
N’oublions pas que l’alcool est aussi la base de  nombreux remèdes.  J’ai  acheté à New York au musée The Cloisters un fac simile expliqué d’un traité de médecine par les plantes du 16ème siècle anglais, « The Herbalist’s Bible », d’un certain John Parkinson. Parkinson recense les plantes utilisées couramment à son époque et donne des recettes pour guérir de multiples maladies. Nombre de recettes commencent invariablement par « prenez de grandes quantités de vin blanc ou rouge d’ici ou de là-bas… » Ma première réflexion fut qu’il y a 500 ans, le monde était décidément peuplé d’abominables boit-sans-soif, mais en fait, l’alcool, une fois distillé, était le seul liquide stérile disponible, avec en plus  l’admirable propriété d’extraire tout le suc des plantes qui y sont plongées.

Dans notre jeunesse, nous avons tous consommé les eaux et autres jouvences élaborées par des ecclésiastiques  au nez rouge selon des recettes secrètes, avec des effets positifs sur la santé et un fort degré d’alcool.
Quant à nos merveilleuses huiles essentielles, tellement efficaces, elles sont des distillats et c’est précisément cela qui leur accorde des propriétés.
Exagération et abstinence : même regard

J’ai quelque peu forcé, non sur la bouteille, mais sur les aspects positifs de l’alcool, son utilité et son enracinement, pour contrebalancer la diabolisation en cours et montrer la complexité de la question. Il en va d’ailleurs ainsi de toute question humaine. Je n’ai pas oublié les effets indésirables liés non à l’alcool mais uniquement à une consommation abusive : maladies, problèmes sociaux, vies brisées, carrières ruinées…
Ici, comme ailleurs, c’est le corps qui doit décider. Et les limites sont différentes pour chacun. Si je sens que quelque chose me fait du tort, ce quelque chose ne me convient pas.

Si je prends de l’alcool et que cela altère, amoindrit, détruit ma santé…
Si je prends de l’alcool et que cela impacte négativement ma vie, celle de mes proches, mon environnement…

Si je bois de l’alcool parce que je ne peux absolument plus m’en passer…

Alors, il y a un problème. Mais, dans les phrases précédentes, j’aurais pu aussi bien remplacer le mot « alcool » par un autre mot : tabac, café, sucre…
Si je m’abstiens par contre, et que ma vie n’est pas plus heureuse, épanouie, joyeuse… Alors, le problème n’est pas dans l’alcool.

Je connais des abstinents en tout genre  qui n’ont pas l‘air particulièrement joyeux ou libérés de quelque chose. C’est comme dans les magasins bio. Ceux qui mangent sainement n’ont pas l’air particulièrement en meilleure santé ou joyeux.
Le devraient-ils ? Désir déplacé de perfection ou idéalisation à outrance, sans doute, mais aussi la preuve que le remède n’est pas (seulement) là.

Ce que la philosophie derrière le shiatsu nous apprend, c’est que rien n’est jamais blanc ou noir, que le jugement ne mène à rien de constructif, il y a simplement des mouvements d’énergie dans des sens opposés, qui sont impermanents de surcroît.
Et sur le tatami, qu’est-ce qu’on  fait ?

Un monsieur est venu me voir un jour avec un problème d’alcool, qui ruinait sa vie (ses partenaires ne restaient pas) et sa carrière (on lui retirait des responsabilités). Il était bien conscient du problème, mais n’arrivait pas à arrêter. En l‘occurrence, les causes étaient à chercher loin dans son enfance. Tout était déréglé par ailleurs : sommeil, alimentation, vie sociale…

Nous ne sommes pas des psychologues ou des thérapeutes systémiques, nous n’allons donc pas disserter, exhumer, réfléchir, persuader… Mais il serait souhaitable qu’un autre thérapeute vienne en complément pour travailler sur les causes et sur un changement de vie.
Le trajet spécifique touché par une consommation inadaptée d’alcool est en premier lieu digestif. Comme le dit Ohashi, entre ce qui entre et ce qui sort, il ne doit pas y avoir d’obstacles. Les obstacles, en l ‘occurrence, ont à voir avec l’absorption de substances inutiles et en trop grand nombre et  la non-élimination de toxines. On observera des effets sur le trajet de la digestion : estomac (appétit, acidité peut-être), pancréas (sucres et compulsions psychologiques), intestin grêle (causes lointaines et mauvais tri des substances), foie (toxines, mauvais sommeil, articulations raides ou bloquées), vésicule (incapacité à reprendre le contrôle), gros intestin (problèmes d’élimination). Il est à parier que les métatarsiens seront hyper-douloureux à cause des toxines. Possibles crampes nocturnes dans les mollets sur le muscle gastrocnémien et  le point de vessie  V57 SHYOZAN sera très douloureux.

Il y a également un problème de volonté (Reins). Shin est évidemment troublé, donc le travail sur le Cœur ne pourra qu’aider à réharmoniser.

Enfin, il y a ce point de Poumons 10 GYOSAI « Région du Poisson », dont certains prétendent qu’il fait redescendre très vite le grammage d’alcool dans le sang, et qui agit effectivement sur la consommation d’alcool.
L’apport essentiel du shiatsu consistera, comme bien souvent, dans la reprise de contrôle par le corps, qui sait toujours ce qui est bon ou mauvais pour lui. Cela permet de passer outre aux argumentations du mental, bien illustrées dans Tintin, avec un Milou rouge diabolique et un Milou blanc angélique argumentant sur la déciion à prendre. Souvent le Milou rouge l’emporte. Le centrage qu’apporte le shiatsu et le réveil du corps rendent superflus ces argumentations du mental et permettent de passer outre. Ou, si l’on passe outre quand même, on se sentira mal.

Le shiatsu permet donc de détoxifier, nettoyer, soutenir, recentrer…  Il permettra et s’accompagnera du retour à une vie de qualité, avec un nouveau sens et de nouvelles activités. Cela ne se fera pas du jour au lendemain. Quand les problèmes  sont anciens, ils mettent plus de temps à s’évacuer.
Enfin, le contact avec la Nature et les activités en plein air, ou une activité artistique, le Yoga, la méditation viendront soutenir le nouvel ancrage en cours.

Et puis, pour plus tard… La personne qui est passée par là saura elle-même montrer le chemin à d’autres. Passée par là, elle connaît tous les pièges et surtout, elle ne jugera pas.

 

Alors, régime sans alcool ou pas ? Vous aurez compris que la question ne se pose pas uniquement en ces termes. Quoi que vous décidiez, éliminez en tous cas la culpabilité et écoutez votre corps, qui sait ce qui est bon ou mauvais pour vous. La pratique régulière du shiatsu donne ce ressenti.
Est bon pour moi ce qui me fait du bien. Tout ne me fait pas du bien tout le temps, il faut de l’alternance. Si j’arrive à comprendre les signaux de mon corps et si je les écoute, alors, je suis sur le bon chemin.

Thursday, 22 December 2016

Réflexions de fin d'année et de renouveau autour d’un bol de thé matcha


L’après-midi est tranquille. Je m’installe au salon. Devant moi, du thé japonais matcha, moulu patiemment à la meule de pierre, au goût si vert et si minéral, battu avec le petit fouet en bambou et servi dans ce beau bol en bois de chêne acheté un jour au Japon. En accompagnement, un morceau de chocolat 100% à base de fèves criollo, les cacaoyers natifs d’Amérique latine qui donnent un chocolat pâle et légèrement acidulé.

Pas n’importe quel thé, pas n’importe quel bol, pas n’importe quel chocolat. Snobisme ? Ce serait jugement. Choix délibéré, plutôt, de la qualité et de la beauté, choses inscrites dans les gènes au Japon, pays du shiatsu. Choix de l’attention, au sens bouddhiste, à ce que l’on mange et boit, par respect pour ce que la nature et le savoir-faire des hommes a produit, en harmonie. Conscience du bonheur d’être au XXIème siècle et de pouvoir bénéficier facilement de ces belles et bonnes choses. Gratitude.

Ce n’est pas tant qu’il faille attribuer un sens aux actes banals du quotidien, tels que manger, boire, se laver, s’étirer, se promener, ou se tenir simplement en silence. C’est question d’attention et d’intention.

L'attention

La pleine attention consiste à tenter de devenir conscient à tout ce qui est là. Thich Nhat Hanh, moine Zen coréen célèbre par son enseignement, raconte ainsi un exercice de pleine attention au départ d’une tasse de thé. En se concentrant, on peut remonter à la genèse même du thé que l’on boit : le travail des hommes, la pluie, le soleil et le vent sur le théier, le passage des 4 saisons,  les oiseaux qui s’y posent, son enracinement dans la terre, les feuilles qui poussent. Quand on a remonté tout l’enchaînement des causes et effets qui ont produit cette tasse de thé (idem pour la tasse et pour l‘eau), on est conscient de ce que l’on boit, et l’attention se poursuit après sur les sensations dans le corps.

En traitement shiatsu, nous tentons de même d’atteindre cet état de pleine attention pour la personne qui vient nous voir, dans l’écoute, la non-interprétation, le non-jugement, l’ouverture à ce qui est là. Lors d’un récent stage de Seiki Soho, avec Frans Copers, il y avait aussi cette attention totale à ce qui est là, et tout à coup, la main s’en va, spontanément, toucher l’endroit qui « appelle ». En Seiki, il est question là de résonance, ce qui vient faire vibrer nos fibres les plus profondes.

L'intention

Quand on prête attention aux actes du quotidien, on peut aussi les accomplir avec une intention. Je dirais presque les offrir, les dédier à quelque chose ou quelqu’un, ou simplement les accomplir en gratitude. En shiatsu semblablement, on peut mettre une intention dans son travail, ou aucune intention, pour laisser s’exprimer le corps qui reçoit.  Masunaga dit que l’intention suffit, d’autres disent qu’il n’en faut pas. Cela dépendra du moment et de la personne, mais au minimum, la bienveillance sera l’intention profonde. L’état de bienveillance et de gratitude est très puissant. Alors, l’esprit Shin (qui est, notamment, l’entité psychologique, harmonisante, correspondant au cœur) peut s’exprimer pleinement et la joie est présente. Joie ou jubilation ? Les théologiens disent que la prière de louange est la plus puissante, car elle est désintéressée. Quand on dit merci, c’est pour quelque chose et à quelqu’un. On peut être dans la gratitude pour tout et rien, sans raison précise. On peut s’adresser à Dieu, aux bouddhas, à tous les Kamis, ou à personne. Peu importe, c’est question d’affinités. L’important est le ressenti, l’état. « Have fun », dit Ajahn Brahm.

Le contentement

Ajahn Brahm est un abbé bouddhiste theravada qui écrit beaucoup de livres et donne beaucoup de conférences. Il parle du contentement et c’est la première fois que je rencontre ce terme dans un contexte bouddhiste. Le contentement est un état profond.  Se sentir content, à tout moment, c’est être reconnecté à l’instant présent, avoir laissé aller le passé et le futur, et les angoisses qui vont avec, et juste se sentir bien. Les  personnes qui viennent régulièrement en shiatsu me le disent : elles se sentent bien, et n’ont pas d’explications à cet état. Il n’y en a pas, ou il y en a autant que de personnes, peu importe. Si à la première question, « comment allez-vous ? », la réponse est « je vais bien » (et que c’est vrai J), le shiatsu prend tout son sens premier : faire en sorte que cela reste ainsi. Seul un travail régulier permet d’atteindre cet état de bien-être.

Partis d’une tasse de thé et d’un morceau de chocolat, nous voilà bien loin. C’est que tout est lié, tout est interdépendant et les analogies chères aux proto-Chinois, ou les correspondances chères à Baudelaire, pour prendre une référence occidentale, sont bien là.

Pratiquer le shiatsu amène à vivre autrement

En quête de qualité, en pleine présence, l’expérience est plus intense et donc, l’aspect quantitatif disparaît. Cela n’aurait aucun sens de boire 5 bols de thé et de manger toute la tablette de chocolat. Le corps n’a pas besoin de ces quantités-là, et si on le laisse s’exprimer, ce ne sera même pas possible. La quantité vient compenser le manque de qualité, cela se vérifie avec la nourriture de mauvaise qualité. En conséquence, nous n’aurons plus besoin de manger autant si nous optons pour la qualité et l’intensité, et nous pourrons nous offrir des choses meilleures. C’est Jean Rofidal, dans son livre « l’art du Do In » qui fait l‘éloge de la frugalité. Avoir toujours un peu faim donne de l’énergie et améliore la qualité de la vie. Etre toujours rassasié ou saturé ramollit et suscite l’égoïsme (pendant la digestion, l’organisme n’est tourné que vers lui-même). « Avoir l’estomac vide le plus longtemps possible est une bonne condition pour être libre, pour être tourné vers le monde, pour pouvoir donner ».

En ces périodes de fête, voilà qui donne à penser. Même si, comme le dit François Couplan, champion de l’alimentation par les plantes sauvages, un bon excès quelques fois par an fait partie des choses naturelles. Le problème, c’est d’être toute l’année en sur-consommation et de tenter des sevrages ponctuels. Il vaut donc mieux, de façon plus ou moins constante, rester dans la frugalité. Si nous pratiquons le shiatsu, nous savons bien qu’un extrême appelle l’autre, trop peu engendre trop et trop implique trop peu ailleurs.

Puisque nous parlons des fêtes et du sentiment d’interdépendance avec le vivant, il me vient à l’esprit d’appliquer la méthode de la tasse de thé aux mets traditionnels de fin d’année : foie gras, homards et autres dindons de la farce. On peut d’ailleurs le faire avec tout ce qu’on mange. Si cette méditation nous amène à la maltraitance et la souffrance animale, à l’exploitation et la prédation de la nature, au saccage ou à la pollution du vivant, à des traitements non-équitables… se pose la question de savoir si ingérer tout ce ressenti négatif et toute cette souffrance nous fera du bien. Chacun verra pour lui-même. Mais la sagesse derrière la pratique du shiatsu viendra de plus en plus nous titiller, et nous rapprocher de la bienveillance, de la compassion, de l’attention à la Nature, à toutes les créatures et à soi-même…

Que ces fêtes soient de belles fêtes, et vous amènent tous et toutes sans encombrent au renouveau du calendrier et de l’énergie qui repart vers de nouveaux sommets.
 
Meilleurs voeux

Wednesday, 5 October 2016

L’esprit, ce grand malade (et ce que le shiatsu peut y faire)


Le dernier article partait de la constatation « les corps sont malades ». Nous avons pu en tirer certaines conclusions pour notre vie. Dans la logique de ce qui précède, me revient cette autre idée à laquelle je réfléchis souvent : l’esprit est un grand malade.
Pour bien nous accorder sur les concepts, j’entends ici par esprit : nos pensées, notre aspect intellectuel, dit « rationnel » qui raisonne (résonne), réfléchit, ordonne, perçoit et décide…
Cet esprit-là est un grand malade, parce qu’il est responsable des pires idées que nous ayons pu avoir au cours de l’histoire. C’est lui qui a décidé que nous étions séparés de la Nature, c’est lui qui nous a mis en tête ces idées de progrès, de perfection, d’ordre du monde, de croissance, de conquête, de domination, de puissance, de haine et on en passe…. C’est lui qui filtre la réalité et exclut tout ce qui ne passe pas par sa vision réductrice.
Je n’hésite pas à dire « grand malade », pas seulement malade, à l’image des points dits « raku » en shiatsu, qui témoignent de la lente incrustation d’un déséquilibre. La répétition d’idées et de pratiques néfastes de génération en génération implique que le sillon dans lequel nous sommes tombés est profond.
Et attention, qui suis-je pour critiquer ? Il est clair que chaque humain, du fait d’être humain, a ces tendances en lui, à des degrés divers. Moi pareil. En tant qu’humain, je ne fais que constater, en quelque sorte, de l’intérieur et de l’extérieur, les dégâts à l’échelle macro et micro que certaines de mes pensées peuvent provoquer.
Un de mes anciens professeurs n’hésitait pas à affirmer que l’homme est décidément une erreur de l’évolution. Et c’est vrai que nous nous comportons, en règle générale et par la loi du nombre maintenant, comme un parasite à la surface de la planète. Un parasite, c’est ce qui exploite et finalement fait mourir l’organisme porteur, et ne rend rien en échange.
Il suffit de prendre conscience  de quelques exploits de nos pensées et pratiques connexes pour s’en rendre compte :
·         Nous sommes apparus sur une planète vierge et pleine d’énergie et nous sommes en train de la souiller et de l’exploiter sans mesure ;
·         Nous sommes apparus sur une planète remplie d’une magnifique diversité de créatures animales et végétales et nous les exterminons ou les asservissons sans pitié ;
·         Nous sommes apparus sur une planète riche et nous l’appauvrissons ;
·         Nous sommes apparus sur une planète incroyablement belle et nous l’enlaidissons avec nos constructions et nos villes ;
·         Nous nous entêtons à tracer partout des lignes droites, alors qu’il y en a peu ou pas dans la nature ;
·         Nous passons notre temps à exterminer d’autres humains, physiquement ou économiquement,  et nous gaspillons les ressources pour ce faire ;
·         Nous sommes apparus sur une planète libre et ouverte, et nous plaçons partout des barrières, des frontières, des limites ;
·         Nous sommes apparus sur une planète où le jour alterne avec la nuit, mais nous avons relégué le calme, la poésie et la profondeur de la nuit au rang de nos peurs et de nos insomnies, au point de ne même plus pouvoir voir les étoiles;
·         Nous sommes apparus sur une planète innocente, mais nous avons inventé le Bien et le Mal, défini le Mal selon l’air du temps et tenté de l’exterminer ; 
·         Nous sommes apparus sur une planète où tout le monde pouvait trouver sa subsistance et nous avons créé les riches et les pauvres ;
·         Nous sommes apparus sur une planète où tout se recyclait et nous avons produit des choses non- recyclables et polluantes ;
·         Nous sommes les derniers à être apparus sur cette planète et, normalement, les derniers arrivés se font discrets et tentent de se faire accepter, mais nous nous sommes arrogés le droit de tout voler et avons pensé que les autres créatures devaient s’adapter à nous.
Vous pourrez compléter la liste de milliers d’exemples, à l’échelon planétaire ou même dans votre vie de tous les jours. Alors, à lire  tout cela, sommes-nous une erreur de l’évolution ? L’évolution décidera. Elle n’a pas hésité, par le passé, à réaliser plusieurs extinctions, pour tout recommencer. C’est clair que s’il y a un jour un tribunal cosmique, nous risquons d’être condamnés à errer dans le Vide Absolu pendant quelques éternités pour notre mauvaise conduite et mauvaise gestion.
Que nous devons, en grande partie, aux lumineuses idées qui hantent notre cerveau : puissance, domination, exclusion, profit, séparation, destruction, peurs, analyse, ligne droite, peur du manque, obsessions… Le tout formulé en archétypes, religions, philosophies, sciences clamées par nos grands penseurs. Car nous avons inventé des histoires  et nous avons tenté de légitimer notre inconduite, voire de rejeter la responsabilité sur d’autres forces, dites maléfiques.
D’autre part, l’humain a quand même d’autres qualités, que l’on décrit plus volontiers comme des qualités du cœur : amour, douceur, compassion, respect, gentillesse, protection, attention… Et tous, également, nous nourrissons et pratiquons ces qualités à certains moments plus que d’autres. Il y a également eu, tout au long des derniers millénaires, des esprits éclairés qui ont bien tenté de nous retenir ou de nous montrer autre chose. Ce sont les grands sages, les grands artistes, les visionnaires… Mais on ne peut que constater que – quand ils n’ont pas été carrément ignorés ou éliminés - leur influence – réelle – est restée limitée.
Se battre contre la pensée ambiante avec des raisonnements, c’est se battre à un contre cent. Même les plus braves succombent sous la loi du nombre. C’est peut-être pour cela que la croissance globale en humanité de celle qui se nomme elle-même l’humanité est dérisoire depuis que nous conservons la mémoire de notre histoire. Il ne semble y avoir d’issue que dans le ressenti.
Alors, l’esprit, ce grand malade ? Bien entendu. Il ne faut pas être « bien dans sa tête » pour gérer si mal la planète et les relations entre les gens.
Mais que faire ? Si je regarde tout cela avec ce que m’a déjà appris la pratique du shiatsu, je peux en tirer certaines conclusions :
-          La maladie est le signe d’un déséquilibre, en l’occurrence profond. Ce déséquilibre consiste à accorder la primauté à cette partie destructrice / hyperactive de nous-mêmes et à refouler la partie créatrice / réceptive. Il faut rééquilibrer, c’est-à-dire permettre l’auto-guérison, en favorisant les énergies créatrices, positives et en atténuant les tensions.  

-          En termes imagés et très généraux, nous sommes « trop hauts ». L’énergie est en haut, non ancrée, décollée de la Terre. Le point d’équilibre du corps ne peut pas être dans la tête. Les pratiquants d’arts martiaux le savent bien. Test : poussez quelqu’un. S’il perd l’équilibre, son énergie est trop haut, il n’est pas ancré.

-          Eliminer le symptôme ne permet pas d’éliminer la cause de la maladie. Heureusement, car vu le nombre de symptômes décrits ci-dessus, on n’y arrivera pas tout seul. Enormément d’humains sont actifs sur le plan des symptômes, où ils font un travail remarquable, énergétique, scientifique, économique, écologique… Notre travail, en shiatsu, s’adresse à la racine des symptômes.

-          En prenant du recul, si l’on veut lire tout cela à la lumière des deux grands principes d’énergie Yin et Yang, on constate que le Yang est beaucoup trop fort. Les dégâts décrits ci-dessus sont des effets du Yang, qui suragit. Le Yin, réceptif et ouvert, ne trouve pas à s’exprimer de façon suffisamment visible. « Yang can be very stupid », disait Ohashi Sensei lors d’un récent stage. Indeed. Plutôt que de s’opposer frontalement au Yang, avec le risque de perdre, il vaut mieux nourrir le Yin en nous. La tension n’est là que parce qu’il n’y a pas assez de tension en face. Kawada Sensei préconisait également, lors de ses cours, de ne pas affronter le Yang, mais de toujours nourrir l’énergie vitale en nous, en premier lieu.

-          Si nous reprenons l’idéogramme « HITO », évoqué dans l’article précédent, nous constatons qu’effectivement, et à nouveau, le travail consiste à reprendre notre juste place, entre Ciel et Terre. Accueillir en nous, et faire le lien entre le Yin et le Yang, permet de laisser s’exprimer leurs qualités positives.

-          A chaque organe sont associés, en MTC, une psychologie, une attitude, une aptitude mentale. Ce sont les entités viscérales. L’entité viscérale « I » , rattachée à Rate Pancréas,  gère tout ce qui touche à la pensée, à la mémorisation, à la réflexion. En excès, « I » donne l’obsession du passé, le ressassement des idées, les idées fixes. « I » est généralement en excès.  Il est certain que notre mode de vie et notre alimentation sur-sollicitent « I ». Tellement de clients se plaignent du carrousel dans leur tête, qui ne peut plus s’empêcher de tourner, même quand ils veulent se reposer. Il s’agira donc de diminuer la part accordée à cette fonction, au profit d’activités non-intellectuelles, par exemple, et non-connectées via le monde virtuel. Il est clair aussi que la mauvaise alimentation, essentiellement sucrée, vient nourrir le carrousel en question.

-          Une autre entité viscérale « Shin » (Shen) ne peut, du coup, pas faire son travail correctement. Shin est lié au cœur et gère la capacité de juger sainement, le discernement. Le méridien du Cœur a la charge du cerveau et est sur-sollicité. Shin ne peut réaliser son travail d’harmonisation globale quand les autres entités viscérales font n’importe quoi. Michel Odoul voit ici un rôle majeur de la pratique du Shiatsu : réaliser un travail d’harmonisation globale, rééquilibrer Shin, et donc notre gestion énergétique et émotionnelle du monde.
 

 
Seuls les idiots scient la branche sur laquelle ils sont assis. Si nous ne sommes pas idiots, il faut d’abord  reprendre conscience que nous sommes assis sur cette branche, en corrigeant notre vision du monde et en reconnectant à la fameuse « interrelation » des Bouddhistes. Si je détruis le monde, je me détruis. Je ne suis pas séparé.
La pratique du shiatsu n’est pas la panacée qui va résoudre tous les problèmes de l’humanité. Mais je suis convaincu que le travail sur le corps est la porte d’entrée vers tous les plans, physiologiques, psychologiques, émotionnels, spirituels. Au-delà des demandes spécifiques qui nous sont faites en séance et que nous prenons en compte, il est clair que nous travaillons en même temps sur l’empathie, l’interrelation, la connexion au Ciel et à la Terre, la communication entre les hommes et les femmes, l’harmonie, la détente. Et que donc nous contribuons, en nous et autour de nous, à un monde plus viable. Au fur et à mesure que le corps s’harmonise, que nous devenons plus conscients de et dans notre corps, notre façon de vivre et de penser se met à changer et nous devenons, nous-mêmes, acteurs du changement autour de nous.
 
 
 

Wednesday, 21 September 2016

Changer de vie pour éviter la maladie


« Les corps sont malades », me faisait remarquer une cliente récemment. Elle entendait par là que les gens ne sont pas bien, en général. Il suffit de regarder autour de soi ou de parler un peu pour s’en rendre compte. De fait,  notre corps est soumis à toutes sortes de contraintes pour lesquelles il n’est pas fait à la base : position statique trop longue et non-naturelle au bureau, environnement malsain, bruyant, pollué, suractivité intellectuelle, nécessité d’être le meilleur ou comme ci ou comme ça, pressions sociales, bombardement permanent d’informations anxiogènes souvent inutiles pour notre existence, nourriture surabondante modifiée et non-adaptée à notre style de vie, air de mauvaise qualité, météo déréglée, tensions entre humains qui obligent à rester en permanence sur ses gardes, surpopulation et manque de place, … et j’en passe. On a beau être résistant, comment être vraiment bien au milieu de tout cela ?

 Et tout étant lié, j’ajouterais : les esprits, les cœurs, les âmes, l’environnement, la civilisation, le monde… sont malades. Malades, c’est-à-dire : privés de bonne santé joyeuse, privés de la sensation profonde de bien-être au niveau de toutes les cellules. Et cette non-santé s’exprime par de multiples symptômes, physiques, psychologiques, émotionnels, spirituels.

Quel enfer nous avons fait de notre existence, à la base relativement insouciante… Il suffisait au départ de trouver à manger et d’éviter de se faire manger, dans un environnement sain. Sans prêcher le retour au paléolithique, on doit quand même reconnaître que le magnifique « progrès », censé nous apporter la belle vie, a contribué fortement à la dégradation de la qualité et de l’intensité de celle-ci, en même temps que de l’environnement.  On ne doit plus trouver à manger, en Occident, mais on doit travailler pour cela, à des choses qui n’ont rien à voir. C’est un déplacement de focus, sans plus. Et tant de personnes ne voient plus le sens de leur existence.

A la fin des vacances, on entend souvent cette remarque : « en quelques jours, j’ai perdu tout le bénéfice de mes vacances ». Mais oui… La vie plus tranquille, au grand air et au soleil, l’esprit détendu, la découverte de beaux endroits, la douceur de se laisser vivre ne sont-ils pas plutôt notre condition naturelle ? Il suffit de se replonger dans des conditions non-naturelles, dans un milieu « toxique », pour que le corps rechute très vite. Et n’oublions pas que le corps ne ment jamais, même si notre mental va tenter de nous persuader que c’est la vie et qu’on ne peut pas y échapper, ou encore nous susurrer que nous sommes forts. Ne pas écouter les signaux du corps mène, à terme, à la maladie, à la dépression, au burn out… La maladie, le mal-être même simplement, appellent le changement. Persister, c’est risquer l’aggravation de la situation, avec la mort prématurée au bout du chemin.

Les corps sont malades, les corps appellent le changement. Il est clair qu’une vie plus naturelle s’impose. Il est clair que quelques heures de travail par jour suffiraient bien à assurer notre subsistance. Mais le système, dans son état actuel, semble s’acharner dans l’autre sens : toujours plus, en échange de toujours moins. Trop de Yang appelle l’apparition du Yin. La réaction s’amorce. Il faudra toutefois encore des années pour de vrais changements au niveau « macro ».

Quant au microcosme, c’est-à-dire nous-mêmes, les « proto-Chinois» ont découvert depuis longtemps qu’il suit les mêmes lois que le macrocosme. On peut le prendre aussi dans l’autre sens. En travaillant maintenant déjà sur nous-mêmes, en mettant le changement en place dans notre vie sans attendre, nous finirons par répandre autour de nous une bonne influence.

Les corps sont malades, soignons donc notre corps, le mieux possible, en prenant soin de nous, en nous accordant du temps, en investissant dans notre vie (ailleurs, il n’y a quand même plus de rendement). Je suis convaincu que prendre soin du corps, c’est prendre soin de l’Etre, comme dit Jean-Yves Leloup, c’est-à-dire du mental, des émotions, de l’âme… Ohashi Sensei faisait remarquer qu’il fallait aussi tenir compte de notre environnement, de nos interactions multiples, pour saisir la totalité de l’Etre. Je le crois volontiers. Le shiatsu, en « prise directe » sur le corps, est pour moi la porte d’entrée de tous les changements dans notre corps, et donc dans notre vie, et même autour de nous. En touchant le corps, l’harmonie et l’équilibre se réinstallent, à tous les niveaux.

De cette façon, nous connaîtrons et sentirons à nouveau notre vraie place : l’homme entre Ciel et Terre, symbolisé par l’idéogramme « Hito » en Japonais. L’être humain se nourrit de l’énergie du Ciel et de la Terre. Il s’agit donc d’être à notre juste place, et d’être capable de retrouver le chemin vers cette « oasis intérieure » à tout moment. Nous aurons alors la force de supporter les circonstances extérieures, au minimum, de les transformer ou de les transcender, idéalement.

Wednesday, 7 September 2016

Le shiatsu touche à tout

Qui a déjà vu ou touché une pensée ?


Qui a déjà vu ou touché une émotion ?
Qui a déjà vu ou touché une âme ?

Personne ! Pas même la science avec ses microscopes ! Nous voyons les effets de ces niveaux subtils sur nous-mêmes et sur les autres. C’est tout. Nous ne savons pas ce que c’est,  ni où c'est, nous voyons ce que cela fait.
Mais nous pouvons voir et toucher notre corps, ou d’autres corps. Ironiquement, le toucher, qui est à la portée de tous, est le sens le plus mal considéré, même dans notre Occident en apparence si libéré. Nous ne nous touchons plus, nous n’osons plus. Trop de connotations, trop d'idées là autour, qui viennent du mental, soit dit en passant. Nous devenons comme des entités qui évoluent l'une à côté de l'autre, enfermées dans leur bulle et "communiquant" à un niveau virtuel.

Or, un simple toucher, le franchissement d'un invisible barrage de quelques centimètres, permettrait déjà d'apaiser tellement de tensions, de problèmes entre personnes, d’agressivité, de solitude… On le voit bien : il suffit déjà de simplement poser les mains pour qu'une détente s'installe, la respiration s'apaise. Il y a l'intention, évidemment : le toucher se doit d'être bienveillant.
Quand commence la séance de shiatsu, le toucher reste bienveillant, et se fait équilibrant, régénérant, apaisant, dynamisant, selon les besoins. Il permet au corps du client de se rééquilibrer. Stéphane Vien fait remarquer que, si les mains sont au niveau du Coeur, ce n'est pas par hasard. il y a en shiatsu un engagement total du praticien : le hara (centre d'énergie) pousse, le coeur a l'intuition d'où aller (et guide donc les mains), la tête dit ce qu'elle veut (il y a évidemment un savoir là derrière).

Tokujiro Namikoshi, un des pères du shiatsu, disait «  le shiatsu est comme l’amour maternel, il fait couler les ruisseaux de la vie ». Puis il éclatait d’un grand rire, HA HA HA. Le toucher est inconditionnel, il permet à l'énergie de circuler, mieux, de jaillir. Beaucoup de points en shiatsu réfèrent à l'eau et à son jaillissement. Le jaillissement implique une pression, une vitalité. Il est joyeux. Toucher rend joyeux, celui qui touche et celui qui est touché. 

Ce qui me paraît propre au shiatsu, c'est qu'en touchant le corps, nous travaillons aussi sur les pensées, les émotions et le spirituel. En Orient, l'être humain forme un tout, on ne le dissèque pas en plusieurs parties avec chacune leur spécialiste. Bien sûr, on peut faire des thérapies psychologiques, émotionnelles ou avoir une pratique spirituelle, et on obtiendra des résultats selon les besoins. Mais le shiatsu va toucher à tout, et va permettre le rééquilibrage. La première porte d’accès du monde subtil, c’est le corps, indissociable du reste. Question de vibration : la matière et l'énergie subtile sont une seule et même chose, seule la fréquence de vibration change. Tout le monde n'est pas capable de se transporter et d'agir sur les plans subtils. Par contre, tout le monde peut toucher tout le monde.
Mon Maître Y. Kawada disait que les psychopathes, tueurs en série et autres, étaient devenus insensibles à la souffrance humaine et au ressenti des autres, parce qu'ils n'avaient pas été touchés. C'est pourquoi il étaient séparés, sans état d'âme. Bien sûr, être touché, recevoir de la bienveillance et de la chaleur détend,  rend bienveillant et supprime la distance, la séparation d'avec les autres. Cela amène l'empathie et la compassion. Autant commencer très jeune en famille : j'encourage toujours les mères à masser leurs enfants. 
Notre mission de thérapeute en shiatsu, au-delà de l'écoute et de la prise en charge des demandes précises qui nous sont formulées et qui sont des symptômes,  est de toucher l’être en son entier et de le reconnecter à sa joie de vivre. Derrière les nuages, le soleil brille en permanence. Le sourire du client ou de la cliente, quand il ou elle nous dit "au-revoir", est notre plus belle récompense.