Thursday, 16 April 2020

Trois pratiques d'étirement (2) : le Keiraku Taisô de M. Masunaga


Le but premier des exercices : réjouir les gens.


Nous avons donc compris dans l’article précédent que le Makkô Hô des origines n’a rien à voir avec le shiatsu, les méridiens, la Médecine Traditionnelle Chinoise. Ses racines sont dans le Bouddhisme de la Terre Pure – Ecole Shinshû, dans un rituel précis du temple Shôman Ji près de Fukui, même si la pratique actuelle ne met plus de lien religieux explicite et se présente comme une méthode de pure santé. Il s’agit d’une pratique de l’assise et du salut, travaillant sur l’union du corps et de l’esprit.

Pourtant, un mythe tenace nous poursuit en shiatsu et quand nous parlons de Makkô Hô, nous pensons tous à une série d’étirements des méridiens proposée par M. Shizuto Masunaga dans son livre ‘Zen – Exercices visualisés’.

‘Savoir ce que l’on fait’ est un principe en séance de shiatsu, même si cela n’annule pas l’intuition et parfois l’improvisation hors cadre. Et donc, si les exercices de M. Masunaga sont excellents et hautement recommandables, il est bon de savoir ce que l’on fait.

Ni Zen, ni Makkô Hô




Me dérange dans le titre de ce livre l’appellation ‘Zen’, car le travail n’est pas lié à la pratique du Zen. Mais on sait que le ‘Zen’ du ‘Zen Shiatsu’ est dû à la traduction en Anglais de Maître Ohashi qui a proposé de l’appeler comme cela (lui-même ne s’en cache pas), alors que le shiatsu développé par M. Masunaga est un shiatsu des méridiens. Même si l’esprit japonais est imprégné de Bouddhisme Zen, il s’agit de shiatsu des méridiens et d’un cadre de médecine orientale. Le véritable danger, c’est ‘l’Orient rêvé des Occidentaux’.

Le sous-titre ‘exercices visualisés’ est évidemment moins vendeur. C’est typique de la réflexion de M. Masunaga. Tous ses livres sont des mines d’or qui reflètent ses découvertes par une pensée à multiples facettes et de nombreuses petites touches. Il faut chercher l’info, lire et relire. Et justement, lire et relire ne m’a fait trouver nulle part la mention ‘Makkô Hô’, mais bien ‘exercices de base’ ou ‘exercices fondamentaux’.

Donc ce n’est pas clair qui a dit un jour ‘mais c’est du Makkô Hô !’. Toujours est-il que cette appellation est restée. Je n’ai pas trouvé le coupable. Mais en tout cas, ce n’est pas M. Masunaga qui les a désignés sous ce nom. Par contre, il a clairement puisé dans les pratiques de son temps et les pratiques anciennes pour attribuer des étirements d’autres disciplines au shiatsu des méridiens. Rappelez-vous que le Makkô Hô est apparu vers 1948.

Dans 'Shiatsu et Médecine Orientale', M. Masunaga s'explique d'ailleurs sur l'origine des exercices : 'appréhender sur moi-même les trajets de circulation des méridiens, comme une sensation de quelque chose qui s’écoulerait dans le corps’.  Cette sensation du corps est à la base de ses exercices, et il ajoute  : 'je me suis rendu compte  que par des mouvements souples et lents, il me devenait possible de percevoir ceux-ci’ (les méridiens).  Ajoutant ‘je suis finalement parvenu à trouver six postures’ et ‘leur ressemblance avec les exercices de Jikyôjutsu (mélange de Dô In et de gymnastique moderne) est tout à fait fortuite’. La base est donc la recherche de la sensation des méridiens.

Une tradition des pratiques de santé préventive


Rien d'étonnant dans la démarche. Les étirements font partie des pratiques de santé, c’est une donnée fondamentale de l’Orient qui ‘insiste sur l’équilibre et la souplesse plutôt que sur la force’ et dont la démarche consiste à ‘augmenter sa vitalité et prévenir la maladie plutôt que lutter contre la maladie une fois attrapée’. Soit dit en passant, ce serait à mettre en lettres d’or sur les frontispices. Pour diminuer l’impact des crises sanitaires, c’est là que nous devons être, là où presque personne ne nous attend. Il y a du travail.

Donc, évidemment, un arrière-plan général et culturel commun va baigner des appellations différentes. Les racines ne sont pas les mêmes, mais le terreau est commun. Les exercices de M. Masunaga, s’ils ne sont pas du Makkô Hô, ne contredisent pas celui-ci.

En voici quelques principes :

  • La santé vient de la joie de vivre. Le but premier des exercices est de réjouir les gens, c’est agréable, profitable et accessible à tout niveau
  • La force fondamentale est en soi, il n’est pas profitable de suivre les effets de mode et de groupe avec des gourous médiatisés. Mais on doit être tolérant.
  • L’apprentissage par le corps, ce qu’il appelle ‘l’unité du savoir et de l’action’.
  • La nécessité de s’y tenir pour voir les résultats
  • La nécessité de l’image mentale et de la visualisation en travaillant
  • Un travail doux et détendu
  • L’unité du corps et de l’esprit


Dans la réflexion préliminaire à ses exercices, M. Masunaga révèle quelques-unes des influences qui l’ont amené à les créer :

  • Les textes anciens Chinois base de l’acupuncture, comme le Su Wen
  • Les travaux de ses contemporains M. Michizo Noguchi, auteur d’une méthode d’exercices nommée ‘Noguchi Taiso’ et le Dr Yoshinaru Fujioka, psycho-sociologue japonais réputé pour son travail sur les images mentales
  • Les exercices de Do In et d’Ankyo (d’origine chinoise)
  • Le Yoga
  • La gymnastique…

S’ensuit une analyse du Ki et des méridiens, qui sont bien le cœur de l’ouvrage. Puis le corpus d’’étirements.

Le Keiraku Taisô


 


S’il fallait donner un nom aux ‘étirements de Masunaga’, le meilleur serait finalement ‘Keiraku Taisô’, gymnastique, ou exercices physiques des méridiens.
Il serait d’ailleurs dommage de se limiter à 6 des exercices de base (ceux désignés à tort comme ‘Makkô-Hô’), car le corpus est bien plus vaste, et bien plus intéressant. Nous trouvons en effet :


  • 10 exercices de base : 2 positions de départ, Le Vaisseau Gouverneur, le Vaisseau Conception, puis, par paires, les 12 méridiens
  • 8 exercices complémentaires : le Vaisseau Gouverneur, le Vaisseau Conception, et de nouveau, par paire de méridiens. On ajoute ici une visualisation.
  • 6 exercices à faire au travail, pour chaque paire de méridiens
  • 12 exercices-types, soit un par méridien
  • Des exercices pour améliorer son apparence, selon le type physique
  • Des exercices au sol par méridien
  • Des exercices pour finir la séance

Et enfin, du shiatsu familial sur différentes parties du corps, qui se pratique donc à deux.

Chaque exercice d’imagerie a reçu une lettre de l’alphabet occidental, comme aide mnémotechnique et aussi pour susciter une image mentale propre à chaque exercice. Car le corps prend une position qui reflète effectivement la lettre en question. « A » est par exemple Poumon et gros Intestin, et ainsi de suite.

Il existe une affiche reprenant l’ensemble de ces exercices, mais je pense qu’elle est sous copyright. On peut se la procurer auprès de praticiens de Zen Shiatsu.


Un principe fondamental pour la pratique


En dehors de toute appellation, ces exercices sont excellents et il ne faut pas hésiter à dépasser les exercices de base.

Je retrouve dans le livre de M. Masunaga une petite phrase de fin de chapitre qui est fondamentale lors d’étirements et de sessions individuelles :

‘Le simple principe  du déplacement dans la direction qui est la plus facile  en expirant à fond à la fin de chaque mouvement sert à détendre tout le corps et à renforcer les zones faibles. Une fois que les zones pauvres en énergie sont remplies, la circulation d’énergie s’améliore dans tout l’organisme et les problèmes disparaissent d’eux-mêmes’.
   
En d’autres termes, rien ne sert de s’acharner sur les tensions, il faut nourrir le Kyo plutôt que se battre contre le Jitsu. Principe fondamental, à l’inverse de nos raisonnements logiques. Donc, conseil que je donne systématiquement, pour les exercices bilatéraux : étirer deux fois plus le côté facile pour le renforcer et ainsi détendre le côté tendu. Inutile et dangereux parfois de passer en force. En général, cela parle bien…

Regarder et pratiquer


Pour vous montrer ces étirements, j’aime bien (I like !) cette vidéo, car le praticien suit la recommandation de M. Masunaga : faire suivre chaque exercice de base d’un exercice complémentaire avec visualisation. C'est également plus dynamique pour les positions.

J'émets des réserves sur la musique New Age déplacée pour ce genre de pratique (on est dans le souffle), ainsi que sur des mentions comme ‘Yoga des méridiens »... Mais vous l’avez vu,  il n'y a pas que nous, les Japonais brouillent bien les pistes eux-mêmes.

Comme le disait,  avec un fort accent liégeois, un ancien professeur : ‘c’est un mic-à-mac épouvantable !’

https://www.youtube.com/watch?v=wh-akuMX2rw


Vous me permettrez donc, dans le 3ème article, de faire comme les autres et d’ajouter à la confusion ambiante.

Lecture


Shizuto Masunaga : Zen – Exercices visualisés




Trois pratiques d'étirements (3) : un Keiraku Taiso rituel


Nous sommes des accompagnateurs de vies.




Peu importe l’époque où on la fait démarrer, mais il y a une constante dans la tradition et la transmission de nos pratiques énergétiques, c’est la dimension empirique. En effet, ce que nous faisons est le résultat des recherches et des trouvailles de nos prédécesseurs. 

On connaît ce parcours de l’oiseau qui sort du nid : ne faire religieusement que ce que nous a dit le Maître – Remettre en question ce que nous a dit le Maître – Ne plus rien faire du tout de ce que nous a dit le Maître, parce que c’est n’importe quoi – Faire notre propre Voie qui intègre tout cela, enrichir cette Voie par nos propres trouvailles et les partager (enseigner, ‘if we must’).

Le problème, c’est de penser faire tout cela en quelques mois. Il y faut des années, et donner vraiment beaucoup de shiatsu. Ce n’est pas question de connaissance, mais d’expérience. Empirisme : l’expérience sensible est l’origine de toute connaissance.
Et donc, au moment juste, sans connaître ni ignorer totalement le matériau vérifié par une longue chaîne de  prédécesseurs, nous avons comme légitimité de poursuivre leur travail et d’expérimenter nous aussi, puis de partager nos découvertes. Avec cœur et humilité.

Dans cet esprit, vous me permettrez de vous présenter un Keiraku Taiso ‘rituel’ tout personnel.

En rapport avec la série d’étirements des méridiens qui nous occupe et donc improprement appelée Makkô Hô, m’est venue l’idée de les pratiquer dans un ordre différent. Cette idée a surgi suite à un séminaire de Maître Ohashi sur la psychologie des méridiens et des connexions se sont faites avec d’autres pratiques ou cadres de référence.

Traditionnellement selon le cycle circadien


M. Masunaga propose d’enchaîner les étirements des méridiens comme suit, dans les exercices de base :
  • Exercice Z préparatoire (position couchée sur le dos), donc, Terre, horizontalité
  • Exercice I préparatoire, position debout, donc verticalité, Ciel Homme Terre
  • Exercice P : s’incliner vers l’arrière, vers le Ciel : Vaisseau Conception
  • Exercice Q : se pencher vers la Terre, Vaisseau Gouverneur
  • Exercice A : Poumon et Gros Intestin, élément METAL
  • Exercice B : Estomac et Rate, élément TERRE
  • Exercice C : Cœur et Intestin Grêle, élément FEU
  • Exercice D : Rein et Vessie, élément EAU
  • Exercice E : Maître de Cœur et Triple Réchauffeur, élément FEU
  • Exercice F : Vésicule Biliaire et Foie, élément BOIS
  • Retour à la position Z allongée sur le sol, dont il spécifie qu’on l’appelle ‘le cadavre’.

Pourquoi cet ordre ?

  • Il stimule la circulation primordiale de l’énergie dans le corps via les Vaisseaux Conception et Gouverneur, telle qu’elle s’est installée dès les premiers moments de la Vie (aspects Yin/Yang, petite circulation)
  • Il suit ensuite le cycle circadien de l’énergie, qui attribue cet ordre-là à la circulation de l’énergie dans le corps. 12 méridiens, chacun avec une fenêtre de 2 heures dans la journée où il prédomine. Il est d'ailleurs bon de tenter de s’harmoniser à l’énergie dominante du moment. Exemple connu : à l’heure du Foie, on dort.

C’est un enchaînement somme toute ancré dans la temporalité et l’universalité des parcours d’énergie. Quand il est 2h00, c’est l’heure du Foie pour tout le monde.




Selon le cycle d’une vie humaine


Dans la conception psychologique des méridiens telle qu’expliquée par Maître Ohashi, nous avons un autre enchaînement des méridiens qui s’étend, lui, sur le cycle d’une vie humaine.

Tentons de décrire ces caractéristiques à l’aide de mots-clefs (pensée analogique, toujours, toujours) :

  • Poumon : Naissance et expansion, respiration, échange interne / externe, établissement des frontières, Métal. Direction : AUTOUR.
  • Estomac : nécessité de se nourrir, faire entrer une énergie externe en soi, Terre. Direction : DEVANT.
  • Coeur et méridiens Feu : intériorisation, chaleur, prise en soi, conscience, Feu. Direction : DEDANS.
  • Foie : activité, extériorisation, élan, Bois. Direction : GAUCHE - DROITE (VB).
  • Reins : origine, passé, peurs, inconscient, tirer vers le bas, Eau. Direction : DERRIERE.   

Cet enchaînement nous parle donc du déroulement d’une vie humaine : naître, établir ses frontières avec le monde et respirer, se nourrir, intérioriser et développer sa conscience, réaliser des choses et enfin partir à reculons vers la mort, avant de disparaître à nouveau.

Accompagner rituellement la vie, en s’étirant



La première idée est donc de pratiquer dans cet ordre, pour voir, en ajoutant le Vaisseau Conception et le Vaisseau Gouverneur. Ce qui ne semble pas avoir un intérêt réel, sauf si nous considérons que nous sommes ici dans un schéma de vie individuelle. Or ne sommes-nous pas, en shiatsu, des accompagnateurs de vies ?

Et donc, pourquoi ne pas accompagner rituellement ce schéma de vie symbolisé par les étirements ? 

L’Empereur de Chine accompagnait par un rituel les événements célestes, il se déplaçait dans son Palais en fonction des saisons, des événements cosmologiques… Nous n'avons pas ce Mandat du Ciel, mais nous avons celui de vivre sur Terre en nous conformant aux lois du Ciel. Ajoutons donc aux étirements dans ce nouvel ordre une pérégrination sur les tatamis, dans un carré, tenant compte des directions cardinales et de leur symbolique, ainsi que du mouvement propre à chaque organe (autour, devant, gauche/droite, dedans, derrière…)

  • Etendu sur le ventre, on part au Nord, dans l’inconscient, le sombre, on naît : étirement du Vaisseau Conception, on se redresse
  • On passe par le centre, car toujours on revient à la Terre dans le cycle saisonnier
  • On s’avance vers l’Ouest : Métal, étirement du Poumon / GI, ouverture, respiration, frontières
  • On recule vers le centre : Terre, nourriture, combler les besoins matériels, étirement de l’Estomac/ Rate
  • On s’avance vers le Sud : prendre à l’intérieur, conscience éclairée par la lumière, le Feu Empereur, étirement du Cœur,/IG puis le Feu Ministre, étirement du Maître de Cœur/TR
  • On repasse par le centre
  • On s’avance vers l’Est, Bois, soleil levant, entreprendre, agir, étirement du Foie/VB
  • On repasse par le centre et, à reculons cette fois…
  • On se replace au Nord : Eau, inconscient, peurs, retour en arrière : étirement des Reins/Vessie
  • On s’allonge sur le dos, étirant lentement le Vaisseau Gouverneur, jusqu’à la position du ‘cadavre’ : fin de vie.
  • On se remet sur le ventre pour plonger dans le néant, tête dans la Terre

Voici le mouvement schématisé. Rappelez-vous que nous mettons toujours le Sud, le Feu, l'Empereur en haut. 



C’est compliqué à expliquer sur papier. Regardez la vidéo, et relisez peut-être les explications, si nécessaire.

😈😈😈 Attention ! La video date de plus d’une année et j’utilisais moi aussi, à l’époque, le nom Makkô Hô pour les exercices de M. Masunaga. Mea culpa. J’ai changé d’avis. La connaissance progresse.




Autres aspects symboliques de cette façon de faire

En pratiquant de cette façon, je médite sur le cours de la Vie et je le parcours à travers les différents mouvements. Les étirements selon le cycle circadien ont lieu selon la temporalité et l’universalité. Ici, l’optique est spatiale et individuelle.

Mais on peut élargir le cadre des aspects  rituels et symboliques : 
  1. Cette déambulation s'inscrit tout à fait dans un espace terrestre, illustré par le caractère TA ou DA, qui représente la surface plane, un champ, la Terre dans son horizontalité.
  2. La déambulation est d'avant en arrière, de gauche à droite et de droite à gauche, et chaque mouvement comprend sa propre dynamique spatiale, nous sommes clairement dans la Terre, en contact avec le Ciel, débouts, assis et allongés. Les kanji Ciel Homme Terre se superposent donc au kanji de la Terre considérée dans son horizontalité.

  3. Quelque part, cette ritualisation des étirements est un reflet humain de celle de l’Empereur Fils du Ciel. Il accompagnait l’ordre immuable de l’Univers (Ciel Antérieur), nous accompagnons le cheminement d’une Vie (Ciel Postérieur) en n’oubliant pas notre place entre Ciel et Terre.

On pourrait sans doute encore creuser la symbolique de cette façon de pratiquer les étirements.

Dire par exemple qu’elle permet de prendre conscience de la dynamique des 5 mouvements, selon la graphie ancienne du chiffre 5, car elle dessine une croix et s’axe sur le centre (article précédent). Ou qu’elle est projection plane d’un diagnostic des 5 mouvements sur le ventre. Ou encore pourrait-on lui associer un travail sur les 8 directions, et, partant, sur les trigrammes du Ciel Postérieur.

En explorant les mouvements, nous ressentons des choses, nous éveillons des symboles et sentons notre place dans l'Univers se matérialiser. Nous mettons en mouvement la dynamique du Ciel Postérieur. L'énergie circule.

Allez, un dernier pour la route. Pensée analogique : cela me fait penser à quelque chose du Moyen-Age de chez nous.

Cette symbolique se retrouve dans le motet de Guillaume de Machault qui avance, puis rétrograde et se lit en palindrome (càd dans les deux sens) : Ma fin est mon commencement, et mon commencement ma fin. Ciel Postérieur. Mais là, on part loin ! C'est pourquoi cette phrase se trouve sur mon petit schéma, en guise de méditation.

Pour ceux qui veulent :




Tout cela est encore en train de s'affiner, les pistes sont ouvertes. Avant tout, cela se pratique et se ressent.

Peut-être aurons-nous un jour la joie de pratiquer ces étirements ensemble, et de questionner leur  profondeur et leur subtilité… 

Pour terminer, il y a bel et bien un fil rouge entre les trois articles… Cette forme ritualisée rejoint totalement M. Wataru Nagai et son Makkô Hô, M. Shizuto Masunaga et son Keiraku Taiso… Tout cela, c’est pour la joie de la pratique. Que je vous souhaite au quotidien.

Trois pratiques d'étirement (1) - Le vrai Makkô Hô japonais


Partager la joie de sa bonne santé


En cette période de repli forcé chez soi (mais non sur soi), on voit fleurir les vidéos montrant des exercices physiques à faire à la maison. Un peu de tout. Dans notre boîte à trésors orientale, nous avons, de fait, pas mal de techniques d’étirements, de souffle, de posture… que nous pratiquons et enseignons parfois à nos receveurs. On appelle cela, pêle-mêle, Do In, Qi Gong, auto shiatsu ou autres, et un des noms qui revient le plus souvent est sans aucun doute le Makkô Hô, c'est-à-dire, dans l’acception répandue, ‘les étirements des méridiens inventés par M. Masunaga’.

Mais c’est comme avec l’histoire des débuts du shiatsu jusqu’à très récemment : tout le monde répète ce qu’il a entendu (moi en premier, vous le verrez si vous allez jusqu’au bout du dernier article) et presque personne ne vérifie les sources. Et c’est ainsi que quelques heures de recherche un peu focalisée m’ont permis de découvrir des inédits qu’il ne reste qu’à ordonner et partager. 

Donc :

  • Ce qu’on appelle Makkô Hô n’est pas le Makkô Hô original, tel qu’il existe encore au Japon aujourd’hui
  • Shizuto Masunaga ne parle pas de Makkô Hô, il propose des ‘exercices visualisés’.
  • Il y a un fond commun à toutes ces pratiques, mais il y a aussi des différences fondamentales.

En supplément, je vous proposerai une nouvelle lecture et pratique, personnelle, du Makkô Hô, avec sa réflexion philosophique également.

A l’issue de ces trois contributions, vous aurez donc trois réflexions, trois vidéos et trois pratiques à tester, une de Makkô Hô et deux de ‘Makkô Hô’.

Ce que veut dire Makkô Hô


真 向 法


C’est une règle sur laquelle on ne peut absolument plus transiger : face à un concept japonais, aller voir l’étymologie en regardant les kanji. Avec prudence. Google Translate est très approximatif et ne donne pas toujours les bonnes lectures des kanji (il y a le plus souvent deux façons de les prononcer, pour faire simple). Quant aux traducteurs de livres, ils ont souvent tendance à fantasmer et à raccrocher à des concepts occidentaux qu’ils connaissent, mais qui n’ont rien à voir avec l’idée japonaise. Donc, le mieux est de regarder les kanji et de juxtaposer les significations, sans interpréter avec un mental d’Occidental. Il y a pour cela d’excellents dictionnaires en ligne.

Dans le cas de Makkô Hô, il y a trois kanji :

  1. Ma prononcé également Shin contient l’idée de vérité, de réalité, d’authenticité, de sérieux. Ainsi, il se retrouve également dans le mot ‘photographie’.
  2. donne l’idée de direction, inclinaison, tendance, aller vers, pointer vers
  3. nous envoie vers loi, acte, principe, méthode, technique… Le livre de Tempeki Tamai s’appelle ainsi Shiatsu Hô, c’est bien le même Hô, donc Méthode de Shiatsu.

Détail, mais c’est Koo et Hoo longs, donc, il faut matérialiser et prononcer ces sons longs, Ko et Ho courts voulant évidemment dire tout autre chose.

Makkô Hô, c’est donc méthode de Makkô, méthode qui nous fait aller, nous renvoie vers l’authenticité, le sérieux, la vérité. Tomoko Morikawa Morganelli, praticienne de Makkô Hô japonais, traduit par ‘to look straight forward’, regarder droit devant. Quel est le rapport de Makkô avec des étirements ?

La réponse est sans doute dans le véritable Makkô Hô, tel que pratiqué encore aujourd’hui au Japon.

Origine du Makkô Hô japonais



C’est un acupuncteur anglais, John Dixon, qui m’a mis sur la piste du Makkô Hô japonais actuel. Il parle en effet de 4 exercices, alors qu’habituellement nous en proposons 6. On trouve ainsi des choses bien intéressantes en remontant la piste jusqu’au Japon.

C'est M. Wataru Nagai qui a mis à l’honneur les exercices du Makkô Hô. Fils d’un moine bouddhiste, il mène une carrière d’homme d’affaires lorsqu’il est frappé d’hémorragie cérébrale. Déclaré incurable et diminué physiquement, il se met à réciter les sutra bouddhistes. Or, dans son temple natal, le Shôman Ji près de Fukui (on ne le retrouve qu’avec les kanji : 福井県の勝鬘寺), il y a une pratique assise qui consiste à ‘se plier à partir de la taille’ devant le Bouddha.

Trouvant qu’il devrait introduire la gratitude dans sa vie, M. Nagai décide de pratiquer, découvre qu’il est bloqué suite à son accident, mais, en bon Japonais, s’efforce (gambatte kudasai, comme on dit là-bas) et, après 3 ans de pratique, retrouve ses pleines capacités physiques d’avant l’accident.

En 1948, dans l’après-guerre, et dans le but d’encourager les Japonais, Wataru Nagai se mit à enseigner et diffuser ces exercices de santé sous le nom de Makkô Hô. Son fils, Haraku Nagai, écrivit même un livre sur la méthode en 1972 ‘Makkô Hô : 5 minutes’ physical fitness’ et voyagea en Occident dans les années ’70 pour la diffuser. Historiquement, nous sommes donc en plein parallèle avec la période de développement du shiatsu et dans le schéma d’exportation de techniques japonaises en Occident.

Il ne semble pas que la méthode s’y soit largement enracinée, à l’exception de deux praticiens aux Etats-Unis.


Terreau culturel et religieux

Quand on parle d’une pratique ‘dans un temple bouddhiste’, à quoi raccrocher ? Il y a en effet pas mal de différences entre les différents bouddhismes japonais. C’est un FAQ du site officiel du Makkô Hô qui m’a mis sur la piste. Une question fréquemment posée au Japon est apparemment de savoir s’il y a un lien entre le Makkô Hô et la religion. La Fondation officielle s’en défend : il n’y en a pas, le Makkô Hô étant une fondation d’intérêt public reconnue par le Gouvernement et une pure méthode de santé. Mais il est vrai, précise le site, que le fondateur, vu les origines bouddhistes de sa pratique, l’avait appelée au début ‘nembutsu gymnastics’.


Le ‘nembutsu’c’est cette formule du Bouddhisme de la Terre Pure qu’il suffit au croyant de répéter pour y entrer après sa mort : ‘Nami Amida Butsu’, ce qui signifie adoration au Bouddha Amida (Bouddha de la Vie et de la lumière éternelle, infinie). Et comme c’est une caractéristique du Bouddhisme japonais de se séparer en de multiples branches et écoles (le mot ‘secte’ souvent employé est mal choisi), il convenait de vérifier si le temple Shôman Ji près de Fukui tracé comme le temple d’origine de Wataru Nagai était donc bien en rapport avec la Terre Pure.

Il l’est, mais de l’école Shinshû (et même encore une branche importante de celle-ci, appelée Ôtani-ha), fondée au 13ème siècle par un moine nommé Shinran. Donc, le Makkô-Hô trouve son origine spirituelle dans le Bouddhisme de la Terre Pure – école Jôdô Shinshû – Temple de Shôman Ji près de Fukui.


En quoi est-ce intéressant, sinon pour comprendre l’esprit qu’il y a à la base de ces exercices et qui, forcément, habitait le fondateur ? Qu’est ce qui caractérise les Bouddhistes de l’obédience Shinshû ?

  • Les croyants du Shinshû répètent le ‘nembutsu’, Nami Amida Butsu, car ils renaîtront après leur mort dans le Paradis de la Terre Pure, devenant ainsi un Bouddha. Il s’agit donc d’un acte de foi, sans demande précise, sans mérites à acquérir par de longues études ou de longues méditations. Le nom d’Amida contient l’idée de sauver tous les hommes. Cela donne la paix de l’esprit. La grâce sauve, pas les efforts personnels. (mais attention, il n’y a pas de dieu et il y a, surtout, une différence essentielle avec le Zen, qui n’accorde pas de foi dans un principe de force extérieure).
  • Les bonzes eux-mêmes vivent la vie du monde et disent qu’il faut vivre ‘selon les usages honnêtes de son temps’ (dixit Emile Steinilber-Oberlin, ‘Le Bouddhisme Japonais’) : les religieux se marient, mangent de la viande, du poisson… pas de pratiques extrêmes ou inaccessibles au commun des mortels absorbé dans le monde moderne.
  • Cette pratique s’adresse par conséquent aux gens simples (sans dénigrement aucun), menant une vie ‘dans le temps et dans le monde’ et qui n’ont ni le temps ni les moyens de rester longtemps sur un coussin ou de se perdre dans les subtilités métaphysiques. 
  • L’amour inconditionnel d’Amida pour les hommes et la gratitude qu’il engendre dans les cœurs sont des éléments opérants et fondamentaux de moralité, qui se suffisent. Chacun juge pour lui-même.



Voici donc quelques éléments du terreau dans lequel s’enracine le Makkô Hô, car son premier promoteur baignait dedans : on comprend mieux la traduction ‘to look straight forward’ dans une optique de Terre Pure. On comprend aussi que ces exercices sont simples, accessibles à tous, ne demandent pas d’efforts particuliers, ne prennent pas de temps et permettent à la gratitude et à la joie de s’exprimer.

Coïncidence ? En lisant en Anglais le site japonais du Makkô Hô, un intéressant glissement sémantique m’apparaît, puisque le Pure Earth Buddhism a engendré une pure health method.
 

Unité corps-esprit


On comprend aussi que le corps exprime par sa posture un état intérieur (et l'influence) et que, par conséquent, l’action sera autant sur le corps que sur l’esprit (au sens large), puisqu’il s’agit au départ de saluer pour exprimer sa gratitude. Renforcer le corps et l’esprit, donc, afin d’aborder directement les choses et de vivre positivement sa vie. Partager la joie de sa bonne santé, dit le site officiel. Voilà qui nous ramène à la joie du Cœur qui s’exprime pleinement quand les organes fonctionnent harmonieusement.

La pratique quotidienne de ces exercices vise ainsi plusieurs effets :

  • L’anti-vieillissement, problème bien japonais. C’est possible par la souplesse et la bonne humeur. J’ai vu au Japon, il est vrai,  beaucoup de Japonais(e)s âgé(e)s cavaler comme des lapins dans les escaliers de temples en devisant joyeusement. Le vieillissement s’exprime par l’atrophie, suite à un mauvais usage ou trop peu d’usage du corps.
  • Le travail se situe autour du tanden, des hanches, du sacrum, de la colonne vertébrale et du rééquilibrage symétrique du pelvis.
  • La respiration est fondamentale.
  • Les effets se situent sur l’état des articulations, la souplesse, la posture, la circulation sanguine, la respiration, le système nerveux.
  • Quel que soit son état, on va progresser sans heurts, jusqu’à retrouver la souplesse naturelle d’un enfant.
  • L’aspect de la gratitude envers la vie et de la joie de pratiquer sont fondamentaux. C’est une pratique joyeuse.

Quatre exercices seulement




La capture d’écran du site officiel du Makkô Hô au Japon nous présente l’essentiel dans un style japonais contemporain un peu naïf. Même sans lire le Japonais, on comprend par le graphisme. Il y a  quatre exercices de 3 minutes chacun qui font du bien à Monsieur et Madame quand ils sont stressés au travail, broient du noir ou éprouvent un manque de chaleur vitale. Et il y a là-derrière toute une organisation avec des niveaux de Makkô Hô, des cours collectifs à suivre à prix démocratique.
  1. Le nr 1 travaille sur l’ouverture du pelvis et serait en rapport avec une façon ancestrale de s’asseoir.
  2. Le nr 2 consiste à saluer, mais assis
  3. Le nr 3 ouvre l’intérieur des jambes
  4. Le nr 4, c’est du ‘back bending’, s’incliner en arrière et du ‘wariza’, une assise (suwahiro) basse entre les pieds.

En travaillant tout cela, ne pas oublier ‘harakokyu’, respirer (ko expirer kyu inspirer) dans le ventre.

To look straight forward : les mouvements se font exclusivement d'avant en arrière. C'est une attitude de la vie : avancer sans regarder sur les côtés.
Voilà qui nous paraît familier, puisque
    Dans la série de M. Masunaga, le nr 1 correspond pile à Cœur / Intestin Grêle, le nr 2 à Vessie / Reins et le nr 4 à Estomac / Rate.

  • Quant au nr 3, on le retrouve intégralement chez M. Kawada, dans sa série d’étirements des Vaisseaux Curieux, où il correspond au Liaison Yang.

  • L’attribution de ces étirements à des méridiens est par contre ultérieure et ne correspond pas à l’esprit initial. On ne peut donc pas appeler nos étirements habituels du nom de Makkô Hô.

    Spécificité japonaise


    Les éléments à la base du Makkô Hô sont culturellement bien Japonais :
    • Le salut, pas seulement les différentes formes de ‘rei’ dans les arts martiaux, mais question d’étiquette dans la vie quotidienne… En s’inclinant, on témoigne son respect… avec beaucoup de gradations.
    • L’assise, pas seulement dans un temple Zen à faire du ‘shikantaza – simplement s’asseoir’, mais comme posture fondamentale du corps dans la vie, et dans la verticalité Ciel / Terre.


    L’intérêt du Makkô Hô est qu’il a été trouvé sur base d’une expérience et d’un ressenti, et non emprunté à un fond existant d’exercices. Cette démarche empirique est au cœur de ce que nous faisons.

    Et pour vous imprégner de l’esprit des origines… plus qu’à regarder et pratiquer. Voici une vidéo de Makkô Hô tel que pratiqué au Japon.

    Une belle leçon d'atmosphère
    pour nous qui pratiquons coincés et graves dans nos beaux habits et nos temples silencieux...Ca se passe dans les festivals, collectif, simple, joyeux et pour tous les âges... Le Japon des gens, c'est bien celui-là.



    Ou encore ce praticien qui propose des enchaînements pour préparer les mouvements et... regardez bien la fin, pour voir si ça ne renforce pas le hara !

    https://youtu.be/_HraGERX040


    Ceci étant éclairci, allons voir ce qu’on pourrait dire des exercices de M. Masunaga. Prochain article…

    Lectures



    Emile Steinilber-Oberlin : le Bouddhisme Japonais


    Tuesday, 10 March 2020

    Le salaire de la peur - Article de Jean Pelissier

    Je relaie ici intégralement un bon article de Jean Pélissier, praticien bien connu de Médecine Chinoise, écrivain, conférencier...

    Il y analyse la peur ambiante, suscitée par le coronavirus et les communications surabondantes à son sujet, dans la perspective des 5 mouvements, cycles d'engendrement et de contrôle. Avoir peur a un impact négatif sur le fonctionnement de tous les organes et ne mène à rien, sinon à nourrir des tendances d'auto-destruction. Bien des choses sont, de plus, à relativiser et remettre en perspective.

    Une des grandes règles est de toujours revenir aux Reins, de toujours travailler les Reins. En ces temps troublés, en séance, c'est sûr que j'y accorde une attention toute particulière. Avec puissance.

    Continuons à célébrer la Vie et la Joie. "Cela nous a fait du bien de vous voir", m'a dit une cliente ce matin. Mais oui.

    Continuons à vivre bien, avec l'attention à ce qui est là.

    Bonne lecture. Et merci à Jean Pélissier pour cette belle analyse.

    Le salaire de la peur




    "Averroès, philosophe du 12e disait : « L’ignorance mène à la peur, la peur mène à la
    haine et la haine conduit à la violence. Voilà l’équation ». Et j’aimerais rajouter : à l’autodestruction
    !

    La Peur, la grande Peur mondiale est le reflet d’une grande souffrance mentale et émotionnelle,
    la conséquence de la perte de point de repères pour une majorité d’individus sur cette
    terre.

    Vous n’êtes pas sans savoir que la médecine chinoise explique de manière on ne peut
    plus claire les différentes interrelations existant entre les émotions, le déroulement de la pensée
    et le fonctionnement énergétique entre les organes. Comme les organes sont interdépendants,
    les émotions le sont aussi.

    Allons plus loin. La peur est à mettre en relation avec l’énergie des Reins, là où se situent
    les défenses immunitaires, les facultés d’adaptation, l’incroyable pouvoir d’auto guérison de l’organisme. La peur auto entretenue en boucle via les réseaux médiatiques avec comme vecteur
    le « principe de précaution » finit par mettre à bas toutes nos barrières protectrices.

    Il existe un cycle en médecine chinoise où l’énergie de chaque organe est le fils de celui
    qui le précède, et la mère de celui qui le suit. Plus la peur s’insinue au plus profond de vos entrailles, plus vous affaiblissez la mère des Reins à savoir le Poumon selon le célèbre cycle des Cinq éléments. Or le Poumon, c’est « l’arbre respiratoire », mais c’est aussi la peau qui respire et qui se défend, empêchant la pénétration des intrus. Vous vous donnez alors toutes les armes pour attirer les « agents pervers ».

    Ce serait aller beaucoup trop loin dans ce propos que de dire qu’à ce niveau, se trouve « logée », une entité plus que subtile, une partie de l’âme que nous appelons « Po » en MTC. Quand le Yin du Poumon s’épuise à aider le Rein affaibli par la peur chronique, le Yang augmente. Le Po devient excessif et c’est l’autodestruction qui prend le dessus. C’est à ce moment-là que les cancers flambent, que les décompensations se produisent. C’est à cette phase que les individus se suicident. Pour information, le suicide est la première cause de mortalité dans le monde avant les grippes. 800 000 suicides l’année dernière dans le monde, un toutes les 40 secondes !

    Reporté à l’égrégore humain, n’assistons-nous pas à un début d’auto suicide généralisé?

    Preuve en est l’effondrement des économies, le repli sur soi, l’amplification de la peur de l’autre,
    les quarantaines de la peur !!!

    Les Reins sont la mère du Foie, là où se loge l’émotion colère, mais aussi les troubles
    obsessionnels compulsifs et les états de dépendance. Le Foie n’est plus nourri par sa mère. Le
    Yang s’échappe. La grande peur génère violence, colère, paranoïa et dans certains cas « folie
    hystérique ». Nous sommes en plein dedans.

    Il existe aussi entre les cinq organes, un cycle de contrôle mutuel. Ainsi, l’énergie de la
    Rate dont le rôle est de contrôler les pensées, de « digérer » les informations est en relation directe
    avec l’énergie des Reins. Plus l’énergie de la peur s’insinue dans le subconscient le plus
    profond, plus l’énergie de la Rate s’affaiblit. La manipulation de vos pensées, de votre manière
    d’appréhender les événements, de diriger vos réactions devient un jeu d’enfant pour ceux qui
    ont la connaissance et qui veulent vous asservir. La peur fait alors perdre toute objectivité et
    toute vision profonde.

    Plus grave encore. L’énergie des Reins contrôle le Coeur, là où les textes fondateurs de
    la MTC disent que se trouvent « logés » le mental et les émotions. Un corps bien équilibré avec
    une énergie des Reins puissante permet au Coeur de « s’ouvrir », d’émettre de l’Amour, de la
    Paix, de la Joie. Nous appelons cela le « sourire du Coeur ». Mais si l’énergie des Reins est
    malmenée par le virus de la peur, le Coeur « s’enflamme » et ce « Feu du Coeur » nous fait
    plonger dans une sorte de spirale dévastatrice. En effet, il est dit : « Ce que le Coeur émet, il le
    reçoit ». Or s’il émet l’énergie de la peur en continu, il va s’attirer obligatoirement des situations
    où cette peur pourra être assouvie, vécue.

    Bref, la Peur est l’arme fatale qui favorise l’autodestruction d’un corps (baisse des défenses
    immunitaires d’un individu), d’un pays (mise en quarantaine), d’un monde (préeffondrement
    économique).

    Et tout cela pourquoi ? Je ne rappellerai pas ici les statistiques, mais cette grippe est loin
    d’être le fléau mondial tant redouté. Après plus de deux mois et demi, elle est à l’origine de
    quelque 4000 décès sur sept milliards d’habitants. Je reviens de Ouagadougou. Leur problématique
    est tout autre. Chaque jour 1000 enfants meurent du paludisme, soit 350 000 enfants
    par an, alors que les traitements naturels sont à portée de main !

    Mais revenons à la Peur. Le matérialisme ambiant a érigé la science au cénacle de « nouveau Dieu ». Elle émet ses propres « Fatwas », ses « bulles du pape » infaillibles. Mais ce nouveau dieu a les pieds d’argile et la perte de confiance s’insinue en chacun d’entre nous. Or, le plus grave dans une société est la perte de confiance. Perte de croyance au Ciel, perte de confiance au « dieu science », intuition d’une grande manipulation. Or, la croyance en quoi que ce soit (de positif, évidemment) est l’élément essentiel pour booster la batterie des Reins et rendre le corps invulnérable. Si vous pensez que la pierre que vous portez peut guérir vos maux, en tant qu’objet de transfert elle va jouer son rôle de catalyseur d’autoguérison.

    Nous pouvons aussi nous poser la question suivante : quel est le flux d’énergie continue
    qui en arrière-plan alimente cette émotion dévastatrice ? Il s’agit de la peur de la mort. Mais
    l’analyse de cette problématique dépasserait le cadre de mon propos.

    Alors, une seule solution : reprenons confiance !

    La MTC, avant d’être une médecine curative est une médecine préventive, selon l’adage
    bien connu : « il vaut mieux prévenir que guérir ».

    Réapprenez à respirer, à bien dormir, à bien manger, à bien rythmer votre vie, à bien bouger, à bien « penser », à vous remettre à l’écoute de votre âme, de vos intuitions, à méditer. C’est ce que nous enseigne le Nei Jing dans ses méthodes dites « Yang Sheng Fa », « nourrir la vitalité ». (Si ce livre avait été écrit dans les temps modernes, il aurait rajouté comme méthode de prévention : éteindre radio et TV ! ).

    L’ensemble de ces pratiques ont la capacité de restaurer la confiance en soi, d’augmenter les
    défenses immunitaires qui vous mettront à l’abri de la pénétration de toute attaque externe,
    qu’elle soit virale ou médiatique.

    Et après la pluie vient le beau temps !"



    Tuesday, 28 January 2020

    Lecture symbolique du cabinet de shiatsu

    Sept nouveaux personnages sont venus habiter le cabinet de shiatsu à Schuman. Ils viendront nourrir l'énergie et rayonner de leur présence pendant les séances de shiatsu.

    Ce qu'ils viennent faire ?

    Six grues du Japon, oiseau emblématique du Japon, symbole de longévité et de bonheur, oiseau 'danseur' qui a inspiré par ses postures des maîtres de Kung Fu... Elles figurent sur un tissu encadré de style Meiji, imprimé par Eirakuya, un marchand de coton installé maintenant à Uji, près de Kyoto, et qui remonte à l'époque d'Edo. Il s'agit en quelque sorte d'un tenugui, une pièce de tissu multi-usages (essuie, sac...) et que certains praticiens de shiatsu utilisent pour travailler sur la tête.

    Symboliquement, 2 grues regardent le Ciel, 2 s'abaissent en direction de la Terre et 2 autres se tiennent entre les deux. Ce sont les 3 "étages" Ciel - Homme -Terre, qui nous rappellent notre place (au milieu) et notre double attraction et participation, terrestre et céleste. Elles ont toutes les pieds dans l'eau - Energie des Reins - car où que nous regardions, nous revenons toujours à cette énergie vitale innée en chacun de nous.

    Le 7ème personnage est Mikaeri Amida, soit le Bouddha qui regarde (mi) en se retournant (kaeri). Mikaeri est unique au Japon, et cela fait déjà trois fois que je vais le voir dans son temple Eikando à Kyoto. Ce temple appartient à la Véritable Ecole de la Terre Pure, Jôdô Shinshû, qui promet aux croyants de renaître dans la Terre Pure du Bouddha Amida, s'ils ont une foi sincère et répètent le mantra 'Namu Amida Butsu'. Etonnamment, la Terre Pure se situe ... à l'Ouest.

    Cette statue a une histoire. En 1082, le moine Yôkan et ses condisciples effectuent un rituel et marchent autour de la statue, quand celle-ci, soudain, quitte son socle. Tous s'arrêtent, mais la statue regarde par dessus son épaule et dit 'Yôkan, tu es trop lent'. Mikaeri Bouddha, au cabinet, vous invite, en sortant du cabinet, à suivre votre Voie et à vivre votre Vie sans tarder.

    Il y a un 8ème personnage au cabinet depuis toujours, le Bouddha Khmer, qui nous regarde travailler de façon bienveillante en prenant la Terre pour témoin.

    Le 9ème, c'est moi (9 = sommet du Yang, l'action, pour faire court, ou le carré magique 3X3 avec la Terre au Centre) et il y a vous qui franchissez la porte, ce qui fait 10, 10 comme les 10 tableaux de l'apprivoisement du buffle, une allégorie Zen décrivant un parcours où nous redevenons un avec l'Univers...

    Je crois que nous sommes au complet, mais vous voyez que chaque séance, sur un plan 'méta', si l'on veut, est un peu comme un parcours rituel, avec des symboles agissants (il y en a même encore quelques autres dans le cabinet).

    Parce que ce moment où vous venez au shiatsu est un moment pour vous, hors du temps et de l'espace où vous retournez à votre vraie nature, centrée, alignée et joyeuse et où vous vous reconnectez à votre énergie profonde.

    A bientôt

    Sunday, 8 December 2019

    Origines et racines du Shiatsu (2)


    II. Cantabile – Les racines - Remettre le Japon dans la pratique


    La première partie de cet article démontait quelque peu les visions romantiques d’un art du shiatsu ancré dans le Japon ancien, et questionnait les amalgames, imprécisions, erreurs historiques qui ont été commises et répétées de génération en génération.

    On peut toutefois concevoir que les pionniers du shiatsu étaient à la fois attirés par les techniques nouvelles et l’envie de sauver les meubles de la Tradition ancienne. Aucune Révolution, surtout qui ne propose rien, comme celle de Meiji, n’arrive à changer l’inconscient d’un peuple. 

    Les Japonais, insulaires, ont une forte conscience de leur appartenance à quelque chose de spécifique. De nos jours, la télé japonaise parcourt le Japon en quête de Japonais, producteurs, artisans… qui ont gardé un savoir du passé ou innové… Si cela n’est pas révélateur de recherche de sens…

    J’ai tenté de montrer qu’à côté de la modernisation à outrance, des résurgences de l’esprit ancien se sont manifestées, tandis que d’autres s’attachaient silencieusement à perpétuer dans leur coin des pratiques authentiques.

    Notre héritage


    Nous avons hérité pour notre part de … quelque chose avec un peu tout cela. Après la deuxième guerre mondiale, des Sensei Japonais ont été envoyés tous azimuts enseigner en Occident les arts Japonais, anciens et nouveaux. Peut-être l’américanisation accélérée du Japon a-t-elle incité des Maîtres de certaines traditions à s’exporter en Occident pour transmettre et préserver quelque chose. 

    Et donc, les Japonais ont déposé entre nos mains un héritage fragmentaire.

    Le shiatsu s’inscrit dans cette mouvance. Et nous avons, selon notre âge et notre lieu de résidence, étudié, soit avec un Japonais (qui ne dit et ne montre que ce qu’il veut bien), soit avec quelqu’un qui se situe quelque part dans cette filiation, a adapté, interprété, choisi des parties d’enseignement et laissé d’autres… 

    Comme pour les recherches historiques, nous avons hérité de quelque chose au sujet duquel nous ne pouvons pas trop affirmer.

    On voit bien la complexité de la filiation, entre le rêve du Japon ancien et authentique et tous les glissements qui ont pu s’opérer.

    Est-ce à dire que nous sommes finalement incapables de définir exactement ce que nous faisons ?

    Oui.

    Est-ce à dire que nous ne savons pas ce que nous faisons ?

    Non.

    La pratique… C’est là qu’on nous attend.



    Car cela va être à nous, Occidentaux, fascinés par la culture traditionnelle japonaise et aidés finalement par la distance avec le Japon, de petit à petit remettre le temple au sommet du village.
    Non pas en portant le kimono et en mangeant des sushi (soit dit en passant, encore une invention moderne), mais en cherchant, en travaillant avec humilité et sincérité, dans le ressenti et l’ouverture du cœur (kokoro).

    C’est bien plus une question d’attitudes à cultiver et qui nous rapprochent, instantanément, de l’esprit du Japon traditionnel.

    Quelques pistes :


    • Renouer avec la chaîne de transmission du savoir expérimental, càd remettre à l’honneur l’apprentissage par la pratique, la rencontre de praticiens qui montrent ce dont ils ont hérité ou ce qu’ils ont trouvé en travaillant, s’en inspirer, chercher et transmettre après maturation notre propre expérience ;
    • Renouer avec un temps centré sur la Vie (les 5 Mouvements notamment), vivre et travailler en accord avec les cycles de la Terre, être attentifs aux messages subtils de l’environnement et s’y accorder ;
    • Sentir l’omniprésence de la Vie en nous, autour de nous, en toutes choses, travailler en interrelation, laisser monter le ‘frémissement’ (comme disent les Tantriques), laisser advenir, jaillir le courant de la Vie ;
    • Travailler dans l’instant présent, s’axer sur le processus et non escompter un résultat objectivé, planifié ou prévisible, être pleinement dans le souffle et dans la pression ;
    • Développer notre sensibilité, avoir la conscience de l’intangible à partir du tangible, des flux d’énergie, devenir de plus en plus sensation ;
    • Laisser émerger les phénomènes spontanés, sans toutefois les rechercher ou s’y attacher, donner de l’espace, de l’amplitude, accueillir l’imprévisible, savoir improviser ;
    •  Développer notre expérience intérieure et travailler à notre ‘purification’ (au sens Shinto, enlever les kegare, impuretés) pour laisser émerger notre nature originelle ;
    • Développer une attitude intérieure d’invitation et d’accueil, une ‘passivité’, en résonance ;
    • Ressentir l’énergie vitale et se laisser porter, développer une conscience claire et non-troublée ;
    • (Ré)-inventer nos katas en séance, càd les formes par lesquelles le courant de la Vie pourra s’écouler et l’inattendu pourra surgir.

      Le travail en seiza est déjà en soi un kata de la réceptivité, avec des corollaires : diminuer la force, effacer la présence, travailler sans tension, traverser la douleur, diminuer la part de la volonté, s’installer dans la stabilité.

      Lorsque je pratiquais le Kyudo, art martial où les katas sont très importants, entre l’entrée dans le kata et la sortie, j’étais pris dans une espèce de mouvement hors du temps et qui se suffisait à lui-même. On se sentait porté et capable de faire des choses difficiles (s’harmoniser à l’autre, tenir longtemps des positions douloureuses, sentir le mouvement dans l’immobilité…)

      I
      nventer des formes pour pratiquer, sans rigidifier pour autant, permet d’entrer facilement dans la dimension de la pratique. Entrer en chaque séance comme dans un Kata, dès que nous entrons dans le champ de notre receveur et que celui-ci nous accueille. 
      Le travail en Kata implique de travailler avec la bonne intensité, au bon moment et avec la bonne distance.

      Dans le même ordre d’idée, l’espace où nous travaillons peut être ritualisé, de même que la préparation à la pratique ;
    • Garder la conscience de travailler entre Ciel et Terre, les genoux dans la Terre et la Tête au Ciel, connaître notre place, à l’image de l’idéogramme du Roi (cfr texte précédent A quoi ressemble une séance de shiatsu), développer le centre et ne jamais le perdre ;

    La forme


    Dans son excellent article cité plus haut, M. Noguchi parle des artisans japonais qui ne prétendent jamais avoir réalisé quelque chose (le pronom ‘je’ n’est normalement employé que pour éviter la confusion), mais disent que le travail s’accomplit, spontanément, de manière improvisée, grâce à une force qui n’est ni de la volonté ni de la tension.

    Et donc, pour nous qui pratiquons un Art japonais, non pas je fais du shiatsu, mais le shiatsu s’accomplit, comme quelque chose de naturel. Grâce, bien entendu, au savoir-faire de l'artisan.



    Ces quelques aperçus de ce que nous pouvons travailler ne sont pas présentés de façon très ordonnée, ils représentent quelques exemples de ce qu’on peut pratiquer en séance et de la façon d’apprendre. Ces attitudes nous replongent dans le Japon ancien, sans pour autant être un spécialiste du Japon.

    La formule


    Et après la forme, seulement, vient la formule (qui est une petite forme, diminutif latin), càd qu’on peut évidemment partir à la recherche d’éléments de savoir, culturels, théoriques, historiques, voire même savants. Dans l’ordre : la forme, puis la formule. ‘ Grâce aux pratiques du corps, accepter le savant et le spéculatif’.

    Et donc, oui, allons voir le Japon, allons ressentir là-bas, étudions les arts martiaux, lisons les documents anciens, pratiquons la méditation, une spiritualité japonaise, exerçons-nous à la calligraphie de kanji, étudions différents styles de shiatsu, cuisinons Japonais, que sais-je ?... et voyons comment tout cela peut enrichir notre pratique. 

    Chacun, en fonction de ses affinités, aimera nourrir sa pratique d’éléments extérieurs, créer des ponts, faire des analogies (pensée orientale oblige).  

    Soyons curieux, dépassons les lieux communs pour développer les champs de l’expertise. Et partageons nos trouvailles.

    Sans oublier que nos premiers enseignants sont nos receveurs, dans la pratique, au quotidien.

    Pratiquer, pratiquer et pratiquer


    Nous n’arriverons pas à faire progresser l’intérêt pour le shiatsu en inventant une vérité  ou revendiquant une légitimité. Le travail sur nous-mêmes est la première chose à faire quotidiennement et la Voie est bien celle du corps.  A partir de là, nous pourrons redécouvrir une authenticité proche de l’esprit japonais, et remettre ainsi le temple au sommet du village.

    Entre Ciel et Terre. Pour que l’on puisse entendre le chant du shiatsu sur les flux stochastiques de notre monde troublé.

    Je citerai pour terminer la conclusion d’un collègue suisse, Peter Itin, après qu’il ait tenté de démêler les origines du shiatsu : ‘les noms ne m’intéressent plus, mais bien l’histoire (history) du Shiatsu, une histoire (story) entre technologie et temple, dans le champ relationnel science/modernité et spiritualité/tradition’.





    Origines et racines du Shiatsu (1)

    I. Agitato – Les origines  - Mythologie et mythomanie autour du shiatsu


    Quelles sont les origines et les racines de notre art ? Grande question.  Au fond, nous savons que notre shiatsu est un art japonais. Mais dans quelle tradition nous situons-nous ? Quelle filiation ?

    Poser cette question, c’est oser se remettre profondément en question. Après avoir lu et vu pas mal de choses, je vous livre mon ressenti.

    Faire du shiatsu, c’est développer son ressenti. Comprendre le shiatsu se fait, en tout premier lieu, par le ressenti.


    Le voici, en deux parties : 

    • Agitato, les origines : remuons bien les idées, les histoires, regardons le Japon contemporain de l’apparition du shiatsu et le Japon actuel, secouons le joli sakura légendaire pour voir ce qu’il en tombe ;
    • Cantabile, les racines : voyons comment la pratique authentique et joyeuse peut nous ramener aux racines et laissons monter le chant du shiatsu.

    I. Agitato – Les origines  - Mythologie et mythomanie autour du shiatsu



    Etrange manie de l’homme que de vouloir à tout prix établir une filiation légitime qui remonte à la nuit des temps. Ainsi faisaient les Rois pour leur dynastie, ainsi faisons-nous tous un peu. L’ancien est signe de sérieux.

    On entend beaucoup de discussions et on raconte beaucoup d’histoires contradictoires au sujet du shiatsu et de ses origines. Démêler le vrai du faux va être très compliqué, pour plusieurs raisons : 

    • Les origines sont au Japon, très peu sont capables de lire les sources et même les Japonais ne s’y retrouvent  pas. Ainsi, quand Jean Herbert, dans les années ’60 écrivit sa somme sur le Shinto ‘Aux origines du Japon’, il consulta sur le terrain des dizaines de sources contradictoires. La contradiction ne dérange pas les Japonais ou alors ils disent ‘on ne sait pas’, peut-être une façon de dire ‘ce ne sont pas vos affaires’.
    •  L’obsession de l’Histoire objective est bien Occidentale. Nous voulons absolument être sûrs qu’un événement a eu lieu. Un Oriental accorde plus de valeur à ce que raconte un événement, peu importe s’il a eu lieu. Ainsi ne saura-t-on sans doute jamais si l’Empereur Jaune a bien existé en Chine, par contre le Classique de l’Empereur Jaune est fondamental pour la Médecine Chinoise.
       
    • Céline qualifiait Sartre d’’agité du bocal’. Nous sommes, nous aussi, des agités, sans cesse à l’affût de nouveauté, de sensation. Nous aimons nous raconter des histoires… fabriquant des mondes et des modes, créant des liens éphémères, des mythes, des écoles, des oppositions, des rivalités, écrivant des hagiographies… Et tout cela ajoute encore au flou ambiant.

    Voyage au pays du shiatsu ?


    C’est mon 4ème voyage au Japon et on me demande à chaque fois si je vais y faire un stage. Non, car il vaut mieux être introduit et, de toute façon, tout étant en Japonais, je n’y comprendrai rien. J’ai appris avec un Japonais, Maître Kawada, qui m’a transmis le shiatsu pratiqué par un Japonais. Mon Sensei de Kyudo, Jean-Pierre Vlasselaer, fin connaisseur du Japon, m’a également ouvert la sensibilité et la compréhension. 

    Après, pour comprendre une culture étrangère, comme le décrit très bien Emile Steinilber-Oberlin (in ‘Le Bouddhisme Japonais’), il s’agit de faire ‘un effort personnel de sympathie compréhensive et de sincérité d’âme’. En d’autres termes, abandonner nos grilles de lecture, nos certitudes et nos jugements pour nous ouvrir à ce qui est vraiment là.

    Alors, quand je vais au Japon, je regarde, je m’imprègne, je perçois, je m’incline et je cultive la pensée analogique chère aux Orientaux.

    Il faut avouer que le shiatsu, même reconnu par l’Etat Japonais depuis plus de 50 ans, n’y est pas très visible et que prononcer le mot ‘shiatsu’ devant des Japonais qui vous demandent votre métier suscite, la plupart du temps, l’incompréhension. Ils percutent quand on commence la phrase de Namikoshi ‘shiatsu no kokoro wa…’ A ce moment, ils lèvent les pouces et se mettent à rire, parce qu’ils ont vu cela… à la télé. Tokujiro Namikoshi était en effet un personnage médiatique qui intervenait souvent à la TV japonaise. Il a véritablement popularisé sa conception du shiatsu.

    Clairement, les Japonais d'aujourd'hui ne sont pas occupés avec ‘ces choses’, mais bien plus à travailler, faire du commerce, consommer, ne pas se faire inonder ou balayer par une tempête et,
    surtout, multiplier les plans pour survivre… On perçoit une pauvreté et des rémunérations insuffisantes. Dès qu’on s’éloigne des villes, la population chute, beaucoup de maisons et de parcelles sont à l’abandon… Bien sûr il y a de l’artisanat de grande qualité, des lieux spirituels très visités, des biens classés ‘Trésors Nationaux’… Il y a surtout des communautés locales qui vivent sur elles-mêmes, sont ravies de vous accueillir quelques heures puis soulagées de vous voir repartir, et, non, tous ces gens ne boivent pas de matcha, ne mangent pas de cuisine kaiseki et ne font pas de méditation Zen une heure sur un zafu.


    Le shiatsu, comme bien d’autres choses, entre plus dans notre vision romantique du Japon que dans le  ‘top of mind’ du Japonais moyen d’aujourd’hui.

    Des origines floues


    J’ai beaucoup d’admiration pour le courage de mes collègues du Groupe Facebook ‘History of Shiatsu’ qui se sont mis à chercher récemment des sources historiques et vont de surprise en surprise. Il faut, en fait, revérifier toutes les sources, faire un travail de traduction et ne pas répéter les ‘vérités’ communément acceptées, ni croire les hagiographies.

    A l’image des dragons peints sur les plafonds de certains temples, les prémices du shiatsu se fondent en méandres infinis et de véritables labyrinthes d’écoles, de techniques, de styles se révèlent à la recherche, tant pour le shiatsu que pour les arts qui l’ont précédé et dont il a repris des éléments à divers degrés, les plus connus étant l’Anma et l’Ampuku. Si on frappe des mains sous le dragon, il répond. Il faut juste trouver l’endroit et la hauteur exacts.

    Du travail de recherche effectué à ce jour, je retiens, pour ce propos, plusieurs faits généraux : 
    •  Le mot Shiatsu est bien apparu dans un livre écrit au 20ème siècle par un certain Tempeki  Tamai, ouvrage qui a connu plusieurs éditions et donc dates de parution à partir de 1939 (et non 1919) ;
    • Quand on regarde ce livre (jamais traduit à ce jour), il y a des pages entières consacrées à des planches d’anatomie… occidentale et d’autres encore à des points avec des numéros d’ordre… sans pour autant avoir des tracés de méridiens ;
    • D’autres sources indiquent que Tempeki Tamai parlait de pouvoirs spirituels pour guérir avec les mains et chantait en traitement le Hannya Shingyo, Sutra du Cœur bouddhiste. Rien à voir avec les traitements actuels.
       
    • Il semble n’y avoir AUCUNE filiation ou rapport entre le shiatsu et les arts japonais anciens (le ko ryû : arts traditionnels précédant l’ère Meiji – 1868). Par contre, il y en a avec le Gendai Budô, les arts martiaux apparus après Meiji (judo, aikido, karate,kempo…)    

    Travail de recherche salutaire, donc, qui nous ramène à deux valeurs fondamentales :

    •  Humilité : c’est compliqué.
    • Sincérité : nous ne savons pas grand-chose, et ce que nous savons aujourd’hui sera remis en question demain.

    Les origines précises de notre art sont décidément bien floues, il n’y a pas de vérités éternelles.

    Faire le lien entre le shiatsu et son époque


    Par contre, examiner de plus près l’époque qui a vu naître le shiatsu va nous apprendre beaucoup, car on ne peut dissocier l’émergence d’une idée ou d’une technique du terrain qui l’a nourrie.  Un remarquable article découvert récemment, écrit en 2004 par M. Hiroyuki Noguchi et traduit de l’Anglais par l’école Itsuo Tsuda m’a permis de mieux sentir le contexte qui a précédé l’apparition du shiatsu. 

    C’est important de s’attarder un peu sur cette époque pour comprendre.

    Lorsque l’Occident a forcé le Japon à sortir du splendide isolement imposé depuis deux siècles par le Shogunat, toutes les valeurs traditionnelles ont non seulement été dénigrées, mais reniées, au nom de l’imposition d’un ordre nouveau.



    L’ère Meiji (1868 - 1912), et dans sa suite Taishô (1912-1926) et Showa (1926 -1989), s’est ainsi employée à faire entrer le Japon dans le concert des nations modernes et a posé l’Occident comme modèle, en imposant :

    • Mode de vie occidental : habits, chaussures…
    • Changement d’alimentation : pain, lait, viande, café, aliments raffinés…
    • Destruction des symboles du passé : cerisiers sauvages…
    • Création du Shintoïsme d’Etat et persécution du Bouddhisme
    •  Interdiction du théâtre Nô
    • Arts occidentaux : peinture, architecture, musique, techniques de construction…
    • Introduction de la médecine occidentale, éradication de la médecine chinoise, suppression de l’acupuncture japonaise au profit de la chinoise
    • Déconnexion de la relation aux cycles naturels (calendrier…)
    • Industrialisation accélérée : usines, chemins de fer, banques, télégraphe…
    • Suppression des samouraïs et création d’une armée axée sur la conquête et la guerre
    • Système d’éducation occidental : universités…
    • Renouveau de la morale confucéenne, pragmatique et agnostique, s’accordant avec les enseignements occidentaux...



    Tout ce qui faisait la sensibilité et la spécificité du Japon a donc été déconsidéré, voire interdit. La culture traditionnelle a été complètement démantelée.

    Sophie Makariou, dans son introduction au catalogue de la magnifique et récente exposition au Musée Guimet  ‘Meiji, Splendeurs du Japon Impérial’ nous dit que ‘l’ère Meiji fit passer le Japon à l’Ouest, sans pour autant le faire renoncer complètement à lui-même’ et parle bien d’une ‘acculturation’, de la préservation de formes traditionnelles et de la création de nouvelles formes artistiques suite à la ‘marche forcée vers le progrès et l’adaptation au goût d’un marché extérieur’. En l’occurrence, l’Occident, fasciné par le Japonisme. 

    Cette fascination allait se renouveler après-guerre et jusqu’à ce jour, avec les arts martiaux, la méditation… et se poursuit peut être encore maintenant avec l’intérêt grandissant pour le shiatsu.

    Au début du 20ème siècle, l’euphorie des premières années de ‘découverte’ forcée de l’Occident est passée, le Japon est engagé dans des conflits internationaux, la machine de guerre court déjà à sa perte. 

    Danielle et Vadime Elisseef  (‘La Civilisation Japonaise’) parlent même de ‘l’impossibilité grandissante de concilier le respect traditionnel de la société confucéenne et l’épanouissement individuel tel que le prônaient les formes d’expression occidentale. Mélancolie, pessimisme, accablaient l’homme moderne condamné à l’isolement, mal à l’aise entre deux mondes’.

    Dans ce contexte psychologiquement et culturellement instable apparaît le shiatsu, quelque part lors de l’ère Taishô.

    Il ne peut donc  absolument pas se profiler comme un art traditionnel
    . Au contraire… 

    M. Masunaga (Shiatsu et Médecine Orientale) nous précise bien que son cri de guerre (!) était ‘le Shiatsu n’est pas l’Anma’ et qu’il avait emprunté toute sa théorie à la médecine occidentale pour mieux se démarquer de l’Anma. L’Anma, c’est précisément un art traditionnel du massage japonais, déjà en perte de vitesse avant les réformes, et qui ne pouvait qu’être classé au rang des vieilleries à éliminer avec le reste. Pratiqué essentiellement par des aveugles, des personnes âgées, il n’a sans doute dû sa survie que par la nécessité d’occuper ces gens à quelque chose, sous peine de les avoir à charge. Idée inconcevable à l’époque au Japon… et même aujourd’hui.

    M. Masunaga, toujours lui, pourtant plus proche des sources et parfaitement à même de les comprendre, avoue, dans sa tentative de démêler les débuts du Shiatsu, parler d’’affaires’ et d’ ‘impressions’ recueillies dans le but  de trouver dans celles-ci une direction d’avenir pour le shiatsu (Origine du Shiatsu, 1977). Comme nous le disions au début… l’histoire objective n’intéresse pas les Japonais. Et il ajoute que ‘bien que l’appellation de Shiatsu soit maintenant devenue un terme internationalement connu, la réalité mêlée que celle-ci recouvre, venue du temps de sa création, subsiste toujours’.




    Il m’apparaît donc que ce n’est pas changé et que, plus on cherche, moins on trouve, ou, en tout cas, moins on trouve ce qu’on a envie d’y trouver, à savoir que le shiatsu serait un art plurimillénaire plongeant ses racines dans un passé mythique, ce qui lui donnerait à coup sûr (et à ses praticiens) une incontestable et prestigieuse légitimité.

    Non au Tout à la Chine


    Dans le même ordre d’idées, on voit actuellement beaucoup de raccourcis amalgamant philosophie, culture, médecine chinoise et japonaise… sous prétexte que les Japonais ont tout emprunté aux Chinois et qu’étudier les formes chinoises,  c’est comprendre la forme japonaise.

    Il faut d’abord bien voir que les Japonais, curieux de nature et plutôt tolérants à toutes les influences, ont une méthode bien à eux d’intégrer les influences étrangères.

    Comme l’écrit Emile Steinilber–Oberlin (in ‘Le Bouddhisme Japonais’) : ‘Comme un sable tamisé, les doctrines indiennes et chinoises furent passées au crible, pour n’en garder que l’or, et le Japon refondit cet or à l’image de son génie multiforme, idéaliste et réaliste, poétique et pratique, constructeur’.   

    Bref, au final, la version japonaise n’est pas la même que l’original.

    Ensuite, j’ai pu constater sur place bien d’autres influences que la chinoise, indigènes ou non : 

    •  Il a fallu 5 minutes dans une pharmacie pourtant de médecine chinoise pour m’entendre dire que les Japonais de la région d’Izumo ont une phytothérapie traditionnelle bien à eux, déjà décrite dans le Kojiki, et que ces « herbes mystérieuses » sont l’expression de l’esprit des gens de l’Ancien Izumo. Rien à voir avec la Chine, ni, d’ailleurs, avec le culte impérial japonais dont le temple d’Izumo ne veut rien savoir.
    • La première capitale du Japon, Asuka, est entourée de tumuli… coréens et plusieurs empereurs et grandes familles japonaises proviendraient bien de Corée.
    • Okinawa, le royaume de Ryukyu a des influences clairement polynésiennes, une histoire à part et un Shintoïsme bien à lui.
    • Encore aujourd’hui, la mémoire du Satsuma dans le Kyushu est bien vivante et ce territoire jadis indépendant ne se sent pas du tout Japonais de Honshû.
    • Les symboles du magatama et des tomoe sont indigènes et largement antérieurs au symbole Chinois du Taiji (11ème siècle), mais, curieusement, cela ne semble interpeller personne.
    • Parmi les divinités vénérées au temple de Kurama dans la Trinité du Sonten, on trouve un visiteur de l’espace, un gardien hindou du ciel et Kannon Boddhisattva. Un beau mélange…
    • Beaucoup de temples bouddhistes présentent des statues de Fudo Myô, entouré de flammes et clairement indien dans sa représentation. 



    Et ce ne sont que quelques exemples dont je me rappelle…

    Les influences diverses ne sont pas seulement anciennes… Que dire justement de la modernité occidentale introduite par Meiji, passée au crible de l’esprit Japonais, qui fait qu’un train ou une voiture, l’organisation d’une ville, la folie consumériste sont reconnaissables pour nous mais avec des accents très différents… Et qu’est-ce qui est Japonais dans la manie d’installer dans les endroits les plus isolés des toilettes publiques d’une propreté irréprochable ? Ce n’est pas Occidental, en tout cas.

    Si on veut regarder les influences étrangères, il faudra donc regarder bien au-delà de la Chine, dans toutes les époques et il faudra surtout comparer les originaux avec les versions finales japonaises.

    Quant au shiatsu, la filiation japonaise n’est déjà pas claire, alors, comment déterminer avec précision les influences étrangères ?

    Ou faut-il en conclure que le shiatsu est inclusif, càd qu’on peut mettre dedans des choses très diverses et qu’effectivement, comme le dit M. Masunaga, le Shiatsu est une forme de pratique vraiment personnelle, au point qu’on puisse dire ‘un thérapeute, une école’ (Shiatsu et médecine Orientale). Le shiatsu n’est pas quelque chose de figé et de codifié.

    Mais est-ce donc  à dire qu’il n’y a plus rien de la Tradition ancienne dans le shiatsu ?

    Un double mouvement


    Tant en Occident qu’en Orient, à partir du moment où le socle culturel et spirituel est opprimé, il y a des résurgences. Répression implique expression souterraine. L’énergie cherche son chemin. La Tradition et ses arts, décriés ici comme au Japon cherchent des conservateurs, des porte-paroles, des rénovateurs, des canaux d’expression.

    Elle les trouve donc :
    • Dans ceux qui, en silence, perpétuent les anciennes traditions et transmettent en secret jusqu’à des temps plus favorables. Ces lignes de transmission se perpétuent encore aujourd’hui. Le Japon reconnaît fort heureusement ces ‘Trésors Nationaux Vivants’, mais il y en a bien d’autres. Il faut les trouver et s’y abreuver. Certains ne nous sont pas accessibles.
    • Dans ceux qui, inspirés, réinterprètent à leur manière moderne des éléments anciens. Ce sont tous les mouvements ‘néo-quelque chose’. On l’a vu chez nous (néogothique par ex.) et on constate au Japon aux 19ème et 20ème siècles une ébullition de sectes néo-shintoïstes, par exemple. On s’aperçoit qu’il y a dans ces mouvements un réel ancrage historique, une volonté d’authenticité, une sincérité, du vrai et du faux, des pépites et beaucoup de fatras.

    Le  shiatsu, né dans une époque de destruction et de réinterprétation en même temps, avec un besoin plus ou moins conscient de préserver certaines choses, ferait donc plutôt partie de ces mouvements ‘néo-traditionnels’. Mais il a préservé en son sein des choses bien plus authentiques, il nous montre des pistes à explorer, des pratiques à retrouver ou réinventer.

    Pour résumer :

    • Il est donc tout à fait pensable que le mot ‘shiatsu’ a été créé pour perpétuer quand même un courant existant de thérapies manuelles, en minimisant en apparence les pratiques du passé et en s’ouvrant à des techniques occidentales. Il fallait que ça fasse « moderne », c’était la seule façon d’être un jour reconnu.
    • Auquel cas notre shiatsu des origines est plutôt un syncrétisme, une espèce de phénix sortant des cendres des thérapies manuelles, dans une époque qui avait perdu tous ses repères…
    • Très rapidement, diverses techniques et écoles très diverses sont apparues sous le nom de shiatsu
    • Cette diversité et les histoires colportées autour rendent difficile une description précise du shiatsu des origines (non pas un, mais des shiatsu ?), de même qu’il est difficile d’identifier la part des apports de la tradition ancienne Japonaise, des influences étrangères et de la modernité.  On peut admettre qu’il y a les trois.

    On ne peut pas trop affirmer : soupçon de mythologie, danger de mythomanie



    Alors, que faire ?

    Face à cette nébuleuse à des années-lumière de nos capacités de perception intellectuelle, deux attitudes me semblent possibles :
    • Pour ce qui est de la compréhension, adopter l’attitude des Japonais telle que bien résumée par Emile Steinilber-Oberlin (in ‘Le Bouddhisme Japonais’) : ‘Le Japon ne rejette jamais rien, il assimile’. Pratiquant un art Japonais, que notre attitude soit la même : ne pas fermer, ne pas rejeter, ne pas rigidifier, ne pas décréter ce qui est authentique et ce qui ne l’est pas, mais examiner et transformer, faire évoluer.

      N
      ous n’avons pas besoin de passé prestigieux, de légende dorée, et nos receveurs encore moins. Mais nous pouvons en faire quelque chose.
       
    • Le Japon s’est perdu, et nous avons perdu le Japon… Les brumes entourent les valeurs et les techniques du passé. Notre quête va consister à remettre quelque chose de l’esprit du Japon ancien dans le shiatsu, càd de pratiquer pour le retrouver. La Tradition est bien là, dans notre pratique.

    Des idées pour faire cela ?