Ce blog sur le shiatsu vous propose de découvrir les multiples facettes du shiatsu. Le cabinet de shiatsu, installé dans le quartier Schuman à Bruxelles, vous permet de ressentir ses bienfaits sur votre santé.
Courtes réflexions pour ne pas oublier le Shiatsu pendant
l’été
TREIZE
Vos réactions sur cette série d’été me sont précieuses, car inspirantes.
Ainsi, merci à Juliette qui en aiguillant la réflexion sur les mains, me donne
envie de vous évoquer brièvement le TEATE, mot japonais relatif à la base ancienne de toutes les
techniques du toucher depuis l’aube des pratiques corporelles.
Partons deux secondes sur une considération d’un enseignant tantrique (beaucoup
d’affinités avec le Shiatsu, comme déjà évoqué dans le nr 11 de cette série).
Daniel Odier (dans ‘Désirs, Passions et Spiritualité) nous
dit : ‘Les Maîtres cachemiriens parlent de la prééminence du sens du
toucher. Un être humain recouvre naturellement son unité lorsqu’il est touché
profondément, càd lorsque le contact n’est plus une stratégie sexuelle. Lorsque
rien n’est voulu. Ce contact s’établit dans une sorte de grâce, car il rend à
celui qui est ainsi touché le sens de sa propre spatialité’.
Nous n’allons certainement pas contredire les Maîtres cachemiriens sur ce
point, nous qui, en tout premier lieu, touchons. Pas de Shiatsu sans toucher.
Et vous avez certainement déjà éprouvé de quelle spatialité on parle ici.
Maître Kawada répondait presqu’invariablement à toutes les questions que nous
posions, surtout les plus alambiquées : ‘mettez les mains’.
Tout part de là. Le geste premier. Le Teate qui remonte à la nuit des temps,
puisque l’humain sait instinctivement mettre la main là où cela fait mal.
Les Japonais ont pour cela le mot « teate » 手当,
littéralement « la main » et « frapper, s’approprier »,
dont M. Masunaga nous dit qu’il est ‘la
forme première de toutes les thérapeutiques médicales’.
C’est là que nos clients nous disent : ‘vous avez mis la main exactement
où cela fait mal. Comment saviez-vous ?’ Je ne savais pas, mes mains
savent. Faire confiance à mes mains est la toute première étape.
S’il n’y a pas cet élan profond, antérieur à toute technique, toute réflexion,
toute projection, toute imagination, tout cadre, toute attente, tout espoir,
tout désir, il n’y a pas de Shiatsu.
Après avoir regardé cette vidéo sur l’importance du toucher,
sa facilité à mettre en œuvre et les spécificités propres au shiatsu, je vous
propose, comme à l’habitude, de creuser un peu plus loin.
Descendre dans les
couches plus profondes quand on parle de toucher, voilà bien le travail de
toute une vie en shiatsu.
La répétition incessante des pressions dans des conditions différentes et avec
des intentions adaptées de séance en séance développe le ressenti. On peut dire
que la pratique, et elle seule, offre une connaissance sensorielle « de
l’intérieur » tandis que les conseils de professeurs ou de collègues
offrent une connaissance (in)formelle « de l’extérieur ».
Pratiquer, pratiquer, et encore pratiquer, voilà la clef. Et
entrer en résonance avec les pratiquants sincères, en recherche. Alors, il peut y avoir
transmission, ce qui est préférable au simple enseignement de choses à
apprendre.
En laissant monter ces réflexions sur la spécificité du
shiatsu et de son toucher, afin de vous les partager, il m’apparaît que ce sont
des choses que je répète souvent en cabinet quand on me pose des questions. De
même que quand on passe plusieurs fois sur un méridien ou un point, la
« réponse » change, le fait de réfléchir régulièrement à ce que nous
faisons fait évoluer sans cesse les réponses. Mais tant mieux.
La réponse est
toujours juste, en ce qu’elle reflète là où nous sommes. Il ne faut donc pas
avoir peur de dire des bêtises, mais simplement dire ce qui est là, sachant
qu’il n’y a pas de vérité absolue. Certaines personnes que nous recevons sont en recherche
et le shiatsu peut être un (premier) pas sur un chemin qui les ramène au plus
profond d’elles-mêmes. Nous sommes en Occident. On va certes plus loin avec le
ressenti, mais nous avons besoin d’explications, d’éclaircissements.
Alors, expliquons et tâchons de transmettre quelque chose en
même temps.
L’importance du toucher pour soigner
A la base du shiatsu, il y a le toucher. Quand il n’y a pas
de toucher, il n’y a pas de shiatsu. Nous avons évoqué longuement, dans un autre article,l’étymologie du mot
« shi atsu » : « pousser avec les doigts ». Toutefois,
ce toucher s’effectue de manière particulière et il y a bien une spécificité du
shiatsu par rapport à d’autres arts, disciplines, techniques.
Le shiatsu n’a évidemment pas le monopole du toucher. Les ostéopathes, les
kinés, les fasciathérapeutes, les massothérapeutes sont dans cette relation à
l’autre par le toucher. Jadis également, - mais malheureusement, cela devient
rare -, nos médecins allopathes ne posaient pas de diagnostic sans avoir
ausculté, palpé leurs patients.
Il y a cette attente, légitime, de la personne en souffrance
d’être touchée. Le toucher est apaisant, il est communication et la main qui va
là où cela fait mal signifie : « j’ai compris où est la douleur et
j’ai le désir de l’apaiser ». D’ailleurs, spontanément, nous posons
nous-mêmes la main là où se trouvent nos douleurs. Quand un client me dit avoir
envie de se toucher en un endroit précis plusieurs fois par jour, je l’y
encourage, car le corps sait où le toucher va faire du bien.
J’ai entendu quelque part que c’est ce qui se passe la nuit et que la position
que nous prenons en dormant répond au besoin de pression sur certains organes. Ainsi,
ceux qui dorment sur le côté droit pressent notamment sur le Foie, sur le côté
gauchele Pancréas ou le colon sigmoïde,
sur le ventre, l’Estomac, et sur le dos, nous soutenons les Reins, etc. La
position dans laquelle nous nous réveillons (inconscient) est évidemment plus
révélatrice que celle où nous nous couchons (conscient).
Si non e vero, e bene trovato…, car, comme nous le disions, le corps sait ce
dont il a besoin.
En recevant régulièrement du shiatsu, nous développons cette
écoute naturelle du corps et des signaux qu’il nous donne sans cesse, et nous
sommes donc mieux à même de respecter ses besoins.
Ce n’est pas qu’il faille
apprendre, cela se fait tout seul. Au fur et à mesure des séances, le corps
s’habitue au toucher, le reconnaît et l’accepte de plus en plus rapidement. Le
corps reprend sa place centrale, le mental reprend celle qui devrait le plus
souvent être la sienne, en arrière-plan du ressenti.
Comme m’a dit hier une
cliente : « je sens que des choses ont lâché ».Parfait. Pas besoin de développer pendant des
heures.
C’est de l’énergétique
Nous partageons le toucher avec bien d’autres disciplines,
mais nous ne touchons pas les mêmes choses. Nous ne travaillons ni sur les muscles,
ni sur le squelette, ni sur les fascias, ni sur le système lymphatique… même
si, inévitablement, certains points se situent sur les os, les muscles, les
articulations… Et donc, il n’y a pas de concurrence ou d’incompatibilité avec
d’autres disciplines ou de contre-indications par rapport à d’autres thérapies.
Quand un client se voit prescrire des séances de kiné pour un problème précis,
je l’encourage à y aller, mais juste pas le même jour que son shiatsu.
Comme évoqué dans un article précédent, le shiatsu n’a pas
de vocation monopolistique et nous sommes en faveur de collaborations avec d’autres
thérapeutes, aussi bien les dits « officiels » que les dits
« alternatifs » afin d’aider nos clients communs le mieux possible.
Le shiatsu, c’est donc de l’énergétique. Nous travaillons sur
les points et les méridiens décrits par la Médecine Chinoise, nous faisons des
pressions de diverses intensités et profondeurs, des connexions, selon des
rythmes différents. Il n’y a pas de fluide magique, ni de capacités
surnaturelles. Nous pressons et nous posons les mains. Il n’existe pas à
l’heure actuelle d’explication du comment ça marche, mais bien de plus en plus
d’études sur les résultats nettement établis du shiatsu. Voir le recensement
établi par la Fédération Européenne de Shiatsu, et il y en a bien d’autres,
notamment en France. (http://www.europeanshiatsucongress.eu/science-library/)
Comme en arts martiaux, sans force
Il y a pression, mais il ne faut pas de force, ou alors de
moins en moins au fur et à mesure que l’on pratique. « Beaucoup trop de
force », disait à l’occasion Sensei Kawada en nous voyant travailler.
Comme en Kyudo, où il faut arriver à bander l’arc sans force et où le lâcher de
la flèche a lieu « tout seul », en shiatsu, il faut également pouvoir
presser sans force ou, comme l’exprime Bernard Bouheret « effacer le
pouce ». Sinon, il y a dureté, douleur, et on s’épuise. Il y a bien
d’autres parallèles à tracer avec d’autres arts martiaux, comme l’aikido, ce
qui n’a donc rien à voir avec de la force, mais un travail sur les énergies en présence. Comme souvent, « less is more ».
Que l’on donne ou que l’on reçoive, il n’y a au fond qu’une
seule recette pour accroître l’efficacité : pratiquer, pratiquer et encore
pratiquer.La régularité est la meilleure garantie de résultats plus rapides et
plus stables. On peut faire du shiatsu de temps en temps ou quand on en ressent
le besoin, mais le mieux est d’installer une régularité, qui sera bien plus
payante sur le long terme. Retour aux origines, perdues presque partout, y
compris en Orient : la prévention.
L’arrière-plan est oriental
Les Orientaux s’occidentalisent, hélas, mais cela ne change
rien aux origines de l’art que nous pratiquons qui sont, elles, bien
orientales. Et donc, il serait pour le moins étrange de dénaturer notre shiatsu
en tournant le dos au Japon pour n’en conserver qu’une très approximative
inspiration.
Dans la vision Orientale, quand on touche, on ne touche pas qu’un corps. L’effet
de ce toucher dépasse le domaine matériel, le monde des phénomènes, et pour moi, c’est une spécificité.
Les Orientaux ne dissèquent en effet pas l’être humain en différentes couches,
chacune étant attribuée à un spécialiste, comme nous avons tendance à le faire.
Les points correspondent à des maux bien physiques, mais ils peuvent avoir un
aspect, une origine, une conséquence psychologiques, émotionnels, spirituels, …
Ils vont gérer des aspects très
ponctuels, voire localisés, ou s’adressent à la circulation de l’énergie dans
tout le corps. Ils prennent en compte l’intensité de la circulation de
l’énergie. Ils peuvent également être saisonniers. Le nom du point sera parfois
révélateur de ce qu’il traite ou de l’effet qu’il peut produire. Il appartient
à un système, une vision de l’Univers et de l’Homme dans l’Univers mis au point
sur quelques milliers d’années. Le livre "L'Esprit des points" de Philippe Laurent en est une magnifique et érudite illustration.
Au moment où nous pratiquons le shiatsu, ce système cosmologique
et anthropologique (l’un n’allant pas sans l’autre) est notre référence, à
l’exclusion de tout autre.
Nous sommes d’accord pour dire que le Grand Tout est
indescriptible (« Le Tao qui est nommé n’est pas le Tao ») et du
domaine du pur ressenti, mais dès le moment où nous tentons une compréhension,
nous devons bien choisir un système. Ainsi YinYang, les 5 mouvements, Ciel-Homme-Terre,
les méridiens, les différents aspects ternaires, dénaires et dodénaires … sont
des éléments du système à la base du shiatsu et donc le cadre au sein duquel
nous travaillons. On sait bien que tout système est une explication partielle
et imparfaite, mais mélanger les systèmes amène la confusion. Nous n’excluons
pas d’autres angles de compréhension pour nous-mêmes (c’est un enrichissement),
mais nous ne mélangeons pas les approches en cabinet.
Si le shiatsu plonge ses racines dans l’Orient, il n’en a
pas moins développé sa spécificité. Cette citation de Maître Kawada illustre
bien toute la complexité et la richesse de notre art. " Le shiatsu n'est pas une technique
thérapeutique clairement définie au sens occidental. Son art ou sa pratique est
d'avantage un continuum, un mélange de philosophie, d'expertise professionnelle
et d'auto-guérison, d'exercices et d'étirements, de réflexions sur la vie, et
un système sophistiqué de diagnostics intuitifs avec un arrière-plan spirituel
implicite. […] C'est une manière de vivre, une philosophie, un remède
familial efficace et un vaste système de diagnostic et de guérisons. […] En
diagnostiquant et en répondant aux phénomènes disponibles à tous les niveaux et
en mobilisant de ce fait le pouvoir de guérison inné du corps-esprit, le
shiatsu sort de toutes les catégories de médecine contemporaine standard de
l'Orient comme de l'Occident." (Yuichi Kawada)
Toucher tous les niveaux de l’Etre
Clairement donc, le toucher que nous pratiquons ne se
limite pas au physiologique.
Le toucher effectué avec le Cœur met en mouvement. En
Occident aussi, ne dit-on pas de quelque chose qui suscite en nous une
émotion : cela me touche ?
Nous travaillons sur tous les niveaux de l’Etre, s’il
fallait vraiment les distinguer. La preuve en est au cours du travail, avec des
manifestations très diverses, selon la personne, le moment, le travail
effectué, la sensibilité...
Il n’est pas rare que tout à coup une émotion surgisse, la
personne se mette à pleurer, ressente une colère, soit prise d’un rire
incontrôlé… La respiration soudain s’amplifie, s’approfondit. Il y a sensation
de froid ou de chaud. Il y a des fourmillements dans le corps. Des sensations
apparaissent le long du méridien traité, ou dans d’autres endroits du corps,
sans lien apparent. Les pensées s’apaisent, la personne entre dans un état
semblable à la méditation. Parfois s’endort. Il y a vision de couleurs, ou
d’images mentales. Un sourire apparaît soudain là où il y avait crispation. Des
tremblements ou des vibrations surgissent. Ou encore, la personne peut ne
ressentir « rien de spécial » en partant, mais les réactions se
déclenchent plus tard, ou le lendemain. Et parfois, il y a le fameux effet
« Menken », où on se sent plus mal parce que des choses doivent
absolument s’évacuer avant de se sentir mieux.
Et pourtant, si une caméra était en train de filmer, elle
n’enregistrerait que le praticien en train de faire des pressions. Il n’y a ni
thérapie émotionnelle, ni séance de psychanalyse, rien d’autre que du shiatsu,
c.-à d. : « presser avec les doigts ».
Chaque fois, l’inattendu me ravit.
Les pressions sur le corps travaillent donc sur ce que
j’appelle « d’autres niveaux de l’être », psychologiques,
émotionnels, spirituels… Est-ce systématique ? Non, uniquement s’il y a un
besoin. Equilibrer le corps se passe au sens large. Et nous sommes larges, bien
plus larges que les limites de notre corps physiologique. Nos cellules
contiennent de l’information du niveau le plus concret au plus subtil.
A certains moments, le toucher se fait plus large, comme
« impalpable » ou « effacé », mais en fait non. Que ce soit
le shiatsu fluidique développé par Bernard Bouheret, où les mains se posent à
peine après avoir bien « baratté » le corps, ou que l’on descende
dans le corps de souffle avec une pression « en sablier »… Ou encore
que l’on expérimente le Seiki, développé par Kishi Sensei, où la main se pose simplement
- « faire sans faire, toucher sans toucher » - et où les corps
entrent en résonance…
Nous entrons là dans des dimensions à explorer à l’infini
et impossibles à formuler, mais qui partent bien du toucher. Une clef de compréhension ? Souvenons-nous que
microcosme = macrocosme, simplement.
Et relisons, à la lumière de ce qui précède, la célèbre phrase de Tokujiro
Namikoshi : shiatsu no kokoro wa – le cœur du shiatsu – haha no gokoro –
est (comme ?) le cœur d’une mère – oseba : si on pousse – inochi no
izumi waku on fait jaillir les sources de la vie.
Traduction approximative, d’ailleurs, car « kokoro »,
pour un Japonais, est un concept bien plus large que l’idée que nous nous
faisons du coeur et « inochi » est un des mots pour dire la vie, mais
pourquoi celui-là ? Un autre article, un jour…
Par contre, « oseba », si on pousse, ne laisse aucun doute :
c’est bien clair qu’il faut le toucher, le fameux premier pas sur le chemin de
cent lieues.
Le corps et au-delà
Et allons d’ailleurs un pas plus loin. La pression dépasse
de loin les limites du corps et va aller influencer l’environnement. MaîtreOhashi a
parlé un jour de l’environnement de la personne comme facteur venant enrichir
le diagnostic. Je suis sûr qu’inversement, le shiatsu pratiqué sur quelqu’un
peut modifier des situations compliquées, des relations difficiles, voire le
cours d’une vie qu’on pourrait penser subir.
Car quand l’énergie de quelqu’un change, les interactions
avec le monde extérieur changent également. On dit : soyez le changement
que vous voulez voir arriver dans le monde. Changez, et le monde autour de vous
changera.
Nous sommes également le fruit de nos interactions avec
d’autres, nous appartenons à des systèmes que nous influençons et qui viennent
nous influencer et on sait bien que notre façon d’être, nos pensées, nos
émotions influencent la réponse de l’environnement proche et lointain. Jung
avait déjà fort bien décrit le mécanisme des projections : ce que nous
projetons de nous-mêmes sur l’autre revient à son tour nous influencer.
Profondément ressourçant et recentrant, le shiatsu permet
des changements profonds de l’Etre et peut donc déboucher sur des changements
de l’Etre considéré dans la « matrice ».
Eric Baret résume cela merveilleusement : « arrêter de
prétendre » être comme ceci ou comme cela, recentrer sur l’écoute, laisser
l’énergie couler librement à chaque instant.
La pyramide est sur sa base : centré et puissant dans le hara, la poitrine
ouverte, la tête paisible.
Mettez les mains
Toute considération mise à part maintenant, revenons en
séance. Praticien et client, nous sommes bel et bien et avant tout dans le ressenti.
« Mettez les mains », disait Kawada Sensei lorsque nous avions envie
de poser mille questions sur ce qu’il fallait faire et comment. Shikantatsu,
disais-je dans un article précédent : seulement pousser.
La pression de nos doigts est notre seul outil et la seule
réponse que nous ayons à toutes les questions ou les situations qui peuvent se
présenter. Je suis outré d’entendre que, dans certaines disciplines ou
thérapies, si on ne trouve pas la cause, on ne peut rien faire et on renvoie la
personne souffrante en disant qu’on ne peut pas l’aider.
La compréhension des
causes est pour moi un « nice to have », qui n’est pas toujours
indispensable ou possible. Bien entendu, il y a une réflexion, une connaissance
de la technique qui va décider d’une orientation du travail. Mais parfois, on
ne sait pas et, d’ailleurs, fondamentalement, personne ne sait. Alors, on fait.
On met les mains.
Cet article vous a touché ? Ne le gardez pas pour vous.
Partagez-le. Il ira peut-être toucher d’autres encore.
Joli commentaire, lancé spontanément à la fin d’une séance,
par une cliente, Suzanne, 83 ans, devenue fidèle au shiatsu.
Les mots sont bienfaisants, et jamais innocents dans leur
choix, prononcés de surcroît par nos clients qui n’ont pas nécessairement
étudié la théorie et la technique du shiatsu.
Ces mots viennent vérifier et enrichir l’enseignement et la
pratique.
« Je me sens vivante partout ». C’est bien là le
cœur, l’essence du shiatsu. Quand l’énergie circule sans encombre, on se sent
bien, léger, joyeux.Vivant. J’aime
également employer le mot « pétillant », comme un bain de bulles,
mais qui viendrait de l’intérieur, de la source de vie en nous.
Se sentir vivant est autre chose que ressentir un certain
bien-être. C’est plus profond et plus fondamental. Le bien-être est passager.
Se sentir vivant implique que l’on s’est reconnecté à la source de vie et que
l’on a pu prendre conscience, dans l’instant présent, qu’elle est là à tout
moment. Le tout consistera à ne pas perdre cette conscience, ce lien, sous de
multiples préoccupations, ou par un excès de mental, d’émotions, qui toujours
nous déconnectent du corps.
Ce que l’on ne sait pas ou ne veut pas savoir, le corps le
sait. Il donne les signaux, et il a les clés de l’auto-guérison. Modestement,
nous, thérapeutes, aidons à rééquilibrer, et le corps reprend la direction des
opérations.
Belle récompense, un tel commentaire en fin de séance. Mais
la réponse n’estpas : j’ai bien
travaillé, ou j’ai fait ce qu’il fallait, mais « le shiatsu est
merveilleux ». Quand je reçois du bon feedback, j’ai l’habitude de
répondre cela : « ah mais, le shiatsu est un art merveilleux ».
Cela, on le constate au fil du temps. Et sa spécificité, qui est le toucher du
corps, permet bien de toucher l’Etre à tous ses niveaux, du plus concret au
plus subtil.
Autre chose : Suzanne, disais-je, est devenue fidèle au
shiatsu. Constatant que cela lui fait du bien, elle a choisi de revenir
régulièrement. C’est cette régularité aussi qui démultiplie l’effet du shiatsu.
Le corps s’habitue à recevoir et on va plus vite « au cœur » du
travail. Car travail il y a. On peut passer par toutes sortes d’états, parfois
désagréables, et ce n’est pas « bingo » à toutes les séances, comme
disait Maître Kawada. Mais le travail se fait, et le corps reçoit, met en
place.
Une autre cliente, devenue régulière elle aussi, Iroise, me
dit « j’aimerais retrouver la joie ». Bien sûr, la joie est là à tout
moment. La joie, associée à l’énergie du Cœur, ne pourra s’exprimer pleinement
que lorsque le Cœur – l’Empereur parmi les organes régnera - rayonnera de nouveau sur l’harmonie des
autres organes. Il y a beaucoup d’obstacles qui empêchent de ressentir la joie, la douleur bien sûr, la raideur, les
blocages,les préoccupations mentales,
les montagnes russes de nos émotions, la dissipation, le fait de ne pas être
ancré… Une fois que tout cela lâche, comme un barrage qui craque, l’énergie
peut jaillir librement, et ce jaillissement spontané est la joie. Alors, oui,
on se sent vivant partout, grâce au travail du shiatsu.
Ainsi, en nous reconstruisant, nous construisons le monde,
microcosme et macrocosme.
Et vous, collègues Shiatsushi ? Quelles sont les plus
belles réactions, riches d’enseignement, que vous ayez reçues à ce jour ?
Partagez-les en commentaire, car la joie se répand et est contagieuse.
Et vous qui avez reçu un shiatsu, de qui que ce soit,et avez ressenti certaines choses, n’hésitez
pas à les partager.
« Les corps sont malades », me faisait remarquer
une cliente récemment. Elle entendait par là que les gens ne sont pas bien, en
général. Il suffit de regarder autour de soi ou de parler un peu pour s’en
rendre compte. De fait, notre corps est
soumis à toutes sortes de contraintes pour lesquelles il n’est pas fait à la
base : position statique trop longue et non-naturelle au bureau,
environnement malsain, bruyant, pollué, suractivité intellectuelle, nécessité
d’être le meilleur ou comme ci ou comme ça, pressions sociales, bombardement
permanent d’informations anxiogènes souvent inutiles pour notre existence,
nourriture surabondante modifiée et non-adaptée à notre style de vie, air de
mauvaise qualité, météo déréglée, tensions entre humains qui obligent à rester
en permanence sur ses gardes, surpopulation et manque de place, … et j’en
passe. On a beau être résistant, comment être vraiment bien au milieu de tout
cela ?
Et tout étant lié,
j’ajouterais : les esprits, les cœurs, les âmes, l’environnement, la
civilisation, le monde… sont malades. Malades, c’est-à-dire : privés de
bonne santé joyeuse, privés de la sensation profonde de bien-être au niveau de
toutes les cellules. Et cette non-santé s’exprime par de multiples symptômes,
physiques, psychologiques, émotionnels, spirituels.
Quel enfer nous avons fait de notre existence, à la base
relativement insouciante… Il suffisait au départ de trouver à manger et
d’éviter de se faire manger, dans un environnement sain. Sans prêcher le retour
au paléolithique, on doit quand même reconnaître que le magnifique
« progrès », censé nous apporter la belle vie, a contribué fortement
à la dégradation de la qualité et de l’intensité de celle-ci, en même temps que
de l’environnement. On ne doit plus
trouver à manger, en Occident, mais on doit travailler pour cela, à des choses
qui n’ont rien à voir. C’est un déplacement de focus, sans plus. Et tant de
personnes ne voient plus le sens de leur existence.
A la fin des vacances, on entend souvent cette remarque : « en
quelques jours, j’ai perdu tout le bénéfice de mes vacances ». Mais oui…
La vie plus tranquille, au grand air et au soleil, l’esprit détendu, la
découverte de beaux endroits, la douceur de se laisser vivre ne sont-ils pas
plutôt notre condition naturelle ? Il suffit de se replonger dans des
conditions non-naturelles, dans un milieu « toxique », pour que le
corps rechute très vite. Et n’oublions pas que le corps ne ment jamais, même si
notre mental va tenter de nous persuader que c’est la vie et qu’on ne peut pas
y échapper, ou encore nous susurrer que nous sommes forts. Ne pas écouter les
signaux du corps mène, à terme, à la maladie, à la dépression, au burn out… La
maladie, le mal-être même simplement, appellent le changement. Persister, c’est
risquer l’aggravation de la situation, avec la mort prématurée au bout du
chemin.
Les corps sont malades, les corps appellent le changement.
Il est clair qu’une vie plus naturelle s’impose. Il est clair que quelques
heures de travail par jour suffiraient bien à assurer notre subsistance. Mais
le système, dans son état actuel, semble s’acharner dans l’autre sens :
toujours plus, en échange de toujours moins. Trop de Yang appelle l’apparition
du Yin. La réaction s’amorce. Il faudra toutefois encore des années pour de
vrais changements au niveau « macro ».
Quant au microcosme, c’est-à-dire nous-mêmes, les
« proto-Chinois» ont découvert depuis longtemps qu’il suit les mêmes lois
que le macrocosme. On peut le prendre aussi dans l’autre sens. En travaillant maintenant
déjà sur nous-mêmes, en mettant le changement en place dans notre vie sans
attendre, nous finirons par répandre autour de nous une bonne influence.
Les corps sont malades, soignons donc notre corps, le mieux
possible, en prenant soin de nous, en nous accordant du temps, en investissant
dans notre vie (ailleurs, il n’y a quand même plus de rendement). Je suis
convaincu que prendre soin du corps, c’est prendre soin de l’Etre, comme dit
Jean-Yves Leloup, c’est-à-dire du mental, des émotions, de l’âme… Ohashi Sensei
faisait remarquer qu’il fallait aussi tenir compte de notre environnement, de
nos interactions multiples, pour saisir la totalité de l’Etre. Je le crois
volontiers. Le shiatsu, en « prise directe » sur le corps, est pour
moi la porte d’entrée de tous les changements dans notre corps, et donc dans
notre vie, et même autour de nous. En touchant le corps, l’harmonie et l’équilibre
se réinstallent, à tous les niveaux.
De cette façon, nous connaîtrons et sentirons à nouveau
notre vraie place : l’homme entre Ciel et Terre, symbolisé par
l’idéogramme « Hito » en Japonais. L’être humain se nourrit de
l’énergie du Ciel et de la Terre. Il s’agit donc d’être à notre juste place, et
d’être capable de retrouver le chemin vers cette « oasis intérieure »
à tout moment. Nous aurons alors la force de supporter les circonstances
extérieures, au minimum, de les transformer ou de les transcender, idéalement.
Personne ! Pas même la science avec ses microscopes ! Nous voyons les effets de ces niveaux
subtils sur nous-mêmes et sur les autres. C’est tout. Nous ne savons pas ce que
c’est, ni où c'est, nous voyons ce que cela fait.
Mais nous pouvons voir et toucher notre corps, ou d’autres
corps. Ironiquement, le toucher, qui est à la portée de tous, est le sens le plus mal considéré, même dans notre Occident en apparence si libéré. Nous ne nous touchons plus, nous n’osons plus. Trop de connotations, trop d'idées là autour, qui viennent du mental, soit dit en passant. Nous devenons comme des entités qui évoluent l'une à côté de l'autre, enfermées dans leur bulle et "communiquant" à un niveau virtuel.
Or, un simple toucher, le franchissement d'un invisible barrage de quelques centimètres, permettrait déjà d'apaiser
tellement de tensions, de problèmes entre personnes, d’agressivité, de
solitude… On le voit bien : il suffit déjà de simplement poser les mains pour qu'une détente s'installe, la respiration s'apaise. Il y a l'intention, évidemment : le toucher se doit d'être bienveillant.
Quand commence la séance de shiatsu, le toucher reste bienveillant, et se fait équilibrant, régénérant, apaisant, dynamisant, selon les besoins. Il permet au corps du client de se rééquilibrer. Stéphane Vien fait remarquer que, si les mains sont au niveau du Coeur, ce n'est pas par hasard. il y a en shiatsu un engagement total du praticien : le hara (centre d'énergie) pousse, le coeur a l'intuition d'où aller (et guide donc les mains), la tête dit ce qu'elle veut (il y a évidemment un savoir là derrière).
Tokujiro Namikoshi, un des pères du shiatsu, disait «
le shiatsu est comme l’amour maternel, il fait couler les ruisseaux de la
vie ». Puis il éclatait d’un grand rire, HA HA HA. Le toucher est inconditionnel, il permet à l'énergie de circuler, mieux, de jaillir. Beaucoup de points en shiatsu réfèrent à l'eau et à son jaillissement. Le jaillissement implique une pression, une vitalité. Il est joyeux. Toucher rend joyeux, celui qui touche et celui qui est touché.
Ce qui me paraît propre au shiatsu, c'est qu'en touchant le corps, nous travaillons
aussi sur les pensées, les émotions et le spirituel. En Orient, l'être humain forme un tout, on ne le dissèque pas en plusieurs parties avec chacune leur spécialiste. Bien sûr, on peut faire des thérapies psychologiques, émotionnelles ou avoir une pratique spirituelle, et on obtiendra des résultats selon les besoins. Mais le shiatsu va toucher à tout, et va permettre le rééquilibrage. La première porte d’accès du monde subtil, c’est le corps, indissociable du reste. Question de vibration : la matière et l'énergie subtile sont une seule et même chose, seule la fréquence de vibration change. Tout le monde n'est pas capable de se transporter et d'agir sur les plans subtils. Par contre, tout le monde peut toucher tout le monde.
Mon Maître Y. Kawada disait que les psychopathes, tueurs en série et autres, étaient devenus insensibles à la souffrance humaine et au ressenti des autres, parce qu'ils n'avaient pas été touchés. C'est pourquoi il étaient séparés, sans état d'âme. Bien sûr, être touché, recevoir de la bienveillance et de la chaleur détend, rend bienveillant et supprime la distance, la séparation d'avec les autres. Cela amène l'empathie et la compassion. Autant commencer très jeune en famille : j'encourage toujours les mères à masser leurs enfants.
Notre mission de thérapeute en shiatsu, au-delà de l'écoute et de la prise en charge des demandes
précises qui nous sont formulées et qui sont des symptômes, est de toucher l’être en son entier et de le
reconnecter à sa joie de vivre. Derrière les nuages, le soleil brille en
permanence. Le sourire du client ou de la cliente, quand il ou elle nous dit "au-revoir", est notre plus belle
récompense.