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Sunday, 16 November 2025

On le voit bien avec le Coeur (1)

 Une étymologie du Coeur - Le méridien


J’ai paraphrasé le poème ‘Clair de Lune’ de Paul Verlaine en mode Shiatsu et cela devient ‘Clair de Yin’ (voici la première strophe).

Ton corps est un paysage choisi
Où vont surgissant points et méridiens
Jouant du Ki et vibrant et quasi
Invisibles sous le lourd quotidien


Paraphrase pour le jeu, mais aussi pour souligner la profonde poésie de notre art, et surtout pour
 éclairer l’analogie certaine entre le corps humain et un paysage terrestre.

Microcosme = macrocosme. Cette compréhension remonte à la plus haute Antiquité orientale.

Pour comprendre un paysage, un lieu, et les gens qui y vivent, le recours à l’étymologie peut être très éclairant.

Les villes, villages, lieux-dits, régions, pays portent tous des noms, parfois très anciens, et connaître l’origine du nom via la toponymie peut apporter des renseignements intéressants sur les caractéristiques du lieu. Ainsi, Bruxelles vient de Bruocsella, mot qui contient la racine ‘broek’ qui signifie marécage. Et puis on s’étonne qu’il n’est pas possible d’y creuser un tunnel de métro…

De même, nos noms de famille indiquent souvent l’origine de la famille. Le mien signifie par exemple, en flamand, ‘Tonnelier’. Un ancêtre lointain a probablement exercé cette profession.





Les noms que nous donnons ne sont pas innocents.  Il en va de même des noms des méridiens et des points, tous signifiants et, surtout, éclairants pour notre compréhension et notre pratique. Le retour au sens étymologique profond des kanji (caractères sino-japonais) permet cela.

Démonstration.


Le nom complet des méridiens

Nous avons pour habitude de nommer les méridiens d’après l’organe ou l’entraille auxquels ils correspondent. Méridien du Cœur, du Rein, de la Rate…. C’est en fait incomplet, car cela ne rend qu’une toute petite partie du message. A y regarder de plus près, les noms d’origine sont bien plus complexes.

Je prends le Méridien du Cœur comme exemple, mais il en va de même pour tous les méridiens.

La dénomination d’origine est :手の少陰心経, ce qui se dit en chinois Shou Shaoyin xin jing et en japonais Te no Shôin Shinkei. Peu importe la prononciation, puisque cela s’écrit sensiblement pareil dans les deux langues.

Analyse

手 la main

の déterminatif (de)

少
petit, peu

陰 yin

心 kokoro, le cœur

経 kei, provenant de keiraku, la trame, la ligne verticale, le sutra c’est-à-dire ici le méridien.

 

Traduction de 手の少陰心経 : le méridien du cœur du peu de Yin de la main.

Il y a donc :

  • Un parcours : le méridien
  • Lié à l’organe Cœur
  • Le tout inclus dans quelque chose qui s’appelle peu de yin
  • Et ayant son aboutissement à la main.

Ce peu de yin, c’est ce qu’on appelle généralement ‘la couche’ en utilisant les noms chinois, donc, ici le ShaoYin, en japonais le Shôin. Je préfère le terme ‘grand méridien’. ‘Couche’ réfère plutôt à la théorie des atteintes par le froid et les facteurs climatiques externes. Or, ce n’est pas la seule façon d’utiliser les grands méridiens.

Ce que cela implique pour la pratique du Shiatsu

Il y a  donc 5 caractères qui définissent où je me trouve quand je travaille ‘le Cœur’.

En être conscient me rappelle une foule de choses concernant les bases de ma pratique :
 

  • Je me situe sur un ‘méridien’, une ligne de Ki, verticale, bien déterminée, passant par la main dans le sens du centre vers le Ciel

  • Je suis dans le domaine de ‘kokoro’, le Cœur, avec tout ce que cela implique (article suivant)

  • Le grand méridien précède le méridien classique : c’est le méridien du peu de Yin. A nouveau, cela dépend des modèles, mais quand on doit travailler le ShaoYin, c’est profond, intense, intime et possiblement grave.

  • Il est toujours question de Yin (comme ici) et de Yang, c’est le fondement de toute la pensée orientale, à ne jamais perdre de vue.

  • S’il y a un Yin de la main, il y a donc un Yin du pied ?


Deux branches à un méridien


En effet :


足の少陰腎経  - Zu Shaoyin Shen Jing  - Ashi no shôin Jinkei

Soit : 

足 のde pied

少陰 peu de Yin

腎経 méridien du Rein

Donc : le méridien du Rein du peu de Yin du pied.

Dans cette dénomination, je lis des choses semblables à celle du Cœur, à savoir le méridien, l’organe, le grand méridien, sauf que le trajet part du pied, donc de la Terre vers le Centre.

Je comprends surtout que :


  • Le grand méridien a la prééminence sur les deux branches qu’il englobe, réunies en un grand trajet Ciel /Terre

  • Il n’y a donc pas d’opposition au sein d’un même grand méridien, ici Feu/Eau, mais complémentarité, deux aspects du même ‘Peu de yin’

  • Quand je travaille une branche, je ne perds pas l’autre de vue

  • Il y a plusieurs endroits du corps où les deux branches se rapprochent, se rejoignent, physiquement ou énergétiquement

  • Le travail ne se limite pas seulement aux parcours et aux points situés sur les branches, mais peut s’étendre aux zones du corps, ce que Chris Mc Alister appelle, à raison, les ‘points nodaux’.

Une autre façon de travailler

La compréhension étymologique des noms de méridiens m’ouvre une toute autre façon de travailler, au demeurant très efficace, comme en témoignent les réactions des receveurs.

Cette approche m’invite à avoir le regard de l’aigle, du plus global au plus local en interrelation : Yin/Yang à grand méridien à branches à points. Les symptômes catégorisés dans les tableaux pathologiques prennent, eux, le problème par en bas et non par en haut… question de choix et de vision. C'est cohérent avec ce que présente le Dr Nguyen Van Nghi dans sa classification des moyens de traitement.

La recherche étymologique nous invite par ailleurs à nous méfier des traductions couramment rencontrées, à commencer par ‘méridien’.  Il n'y a jamais un seul sens à un kanji et les choix sont nécessairement orientés. Il faudrait trouver un mot qui intègre plusieurs sens... ce qui n'est pas possible, sauf à utiliser une périphrase. Traduttore, traditore…

Méridiens ou Vaisseaux ?



Méridien se dit Keiraku  経絡 en japonais et Jing en chinois. Les kanji (différents) pointent vers une circulation souterraine normée par une équerre, càd une trame, un fil de soie tendu longitudinalement, ce que Soulié de Morant a traduit par ‘méridien’ en français, mais cela ne rend pas l’idée.

Keiraku s’applique aux 12 classiques, mais pas aux 8 dits ‘Merveilleux’, puisque là, nous trouvons un autre kanji pour les caractériser. 
 

Ki Kei Hachi Myaku 奇経八脈 signifie en effet huit circulations hors de la trame, le mot myaku se traduisant par circulation, vaisseau sanguin… On ne dit pas ‘kei’ ici.

Avec les keiraku 経絡 (les classiques), on voit d’abord une grille de lecture d’une circulation souterraine.

Avec les myaku 脈 (les 8 autres), on voit d’abord une circulation et on précise bien que c’est hors du plan des 12.

Ce ne sont donc, ni des Méridiens, ni des Merveilleux, mais, au mieux, des Vaisseaux Curieux et l’étymologie nous dit qu’ils ne se travaillent ni ne se comprennent de la même façon que les autres.


Alors, vous mordez à l’étymologie ?


Prochain article : exploration du mot ‘kokoro’, traduit par cœur.

Article suivant : étymologie des points du Cœur, pour voir si cela nous apprend aussi quelque chose.


Je transmets ces enseignements, et bien d'autres, avec la pratique correspondante, à l'école Ôdô Shiatsu en Belgique.





Sunday, 16 July 2023

夏指圧 - Natsu Shiatsu - Shiatsu d’été (2) : YinYang

Courtes réflexions pour ne pas oublier le Shiatsu pendant l’été


DEUX


Repartons du titre du livre de Cyril Javary ‘YinYang – la dynamique du monde’.

D’abord YinYang et non pas Yin et Yang. C’est que, bien que deux, ils sont intrinsèquement mêlés. Rien n’est jamais Yin ou Yang, mais YinYang, dans des proportions diverses et surtout dynamiques.

La montagne a deux versants que l’on ne peut dissocier. Elle a l’air immuable, mais tout bouge en fait sans cesse.

On ne peut donc jamais qualifier quoi que ce soit de Yin ou de Yang, mais de plutôt Yin ou plutôt Yang, ce qui signifie deux mouvements.


  • Si c’est un mouvement Yin, ça accueille, monte de la Terre au Ciel, etc.
  • Si c’est un mouvement Yang, ça s’active, descend du Ciel vers la Terre, etc.

A réfléchir quand on parle d’un organe, d’un méridien et qu’on les qualifie selon le YinYang.

Le sinologue Léon Vandermeersch, décédé en 2021, attire notre attention sur les aspects fondamentaux de la pensée chinoise, qui se traduisent dans sa médecine et notamment celui-ci : ‘
une schématisation relationnelle plutôt qu’un réalisme atomique – l’intérêt est porté plus à la circulation suivant les chemins linéaires figurés par les médecins qu’au fonctionnement propre à chaque organe’…

Et donc le traitement, quelle que soit la discipline, ne cherche pas l’effet, mais une réponse, une correspondance, et considère son efficacité sur tout l’ensemble corporel.

Dans l’enseignement dispensé chez Ôdô Shiatsu, nous commençons par les méridiens vus comme des flux, des circulations qu’il importe de ressentir, dans leur nature et leur mouvement, avant de se pencher sur leurs constituants.

KI KETSU
気血, Ki – Sang, est en effet la dynamique fondamentale à percevoir avant d’intervenir.

Saturday, 15 July 2023

夏指圧 - Natsu Shiatsu - Shiatsu d’été (1) : le UN

Courtes réflexions pour ne pas oublier le Shiatsu pendant l’été (1)


UN – Puisque c’est le numéro 1 de la série, je ne peux que rappeler l’importance de ce nombre.

Des dizaines de livres ont été écrits sur ce sujet. Stimulons simplement votre réflexion et votre intuition de trois façons. Laissez les dériver sur la plage ou au bord d’un lac.

Compréhension intellectuelle


A la base, comprenons que pour les Orientaux les nombres n’ont pas seulement une valeur quantitative, mais également qualitative /symbolique.

UN c’est le Taiji qui est l’énonciation du Zéro. On ferait mieux de le traduire par ‘Il y a’. Il y a quoi ? Il y a le non-manifesté, insaisissable à nos sens et à notre compréhension.


Jacques Pialoux  (dans ‘Le 8ème jour de Ptah’) traduit par ‘principe premier de tout ce qui existe’. On n’en a pas fini avec les traductions.

Intuition intellectuelle


Cyril Javary nous dit (Dans ‘YinYang, la dynamique du monde’) qu’écrire Un au pinceau donne déjà une idée du YinYang et implique le Trois, donc le Ciel / Terre. Voyez-vous pourquoi dans le dessin en tête de ce texte ?

Un donne deux YinYang qui donne trois Ciel Terre Homme qui donne les 10.000 Etres. La Manifestation.

Ressenti


Saviez-vous qu’il existe un point qui s’appelle précisément Taiitsu en Japonais, Taiyi en Chinois ? 

太乙, traduit par Unité Extrême. L’idée est celle d’une germination et le nom serait un jeu de mots avec le Taiyi, précisément. Le point se trouve sur le ventre et le méridien de l’Estomac, coincé entre 3 portes.

Etrange localisation ! Mais on constate que travailler ce point donne des effets harmonisants profonds, surtout si on le connecte à un autre qui rassemble toutes les caractéristiques des 10.000 êtres.

Je vous laisse le trouver parmi les quelque 360 inventoriés sur le corps.

Et pour le pratiquer… l’école Ôdô Shiatsu vous le propose dans le cursus.

Bonne journée de vacances avec le Shiatsu !

Sunday, 4 October 2020

Le long chemin des méridiens - Regards japonais et utilisation en cabinet

Maintenant que l’étymologie nous a fait comprendre ce que l’on veut dire par ‘méridien’ (article précédent), considérons l’usage que l’on peut en faire.

Et puisque nous pratiquons un art japonais, intéressons-nous à des spécialistes au Japon.

Trois regards japonais sur les méridiens


Katsusuke Serizawa


Le Monsieur Tsubo cité dans un récent article, M. Serizawa, ne s’intéresse pas tellement aux méridiens mais ne les nie pas pour autant. Il part des organes et des entrailles, qui contrôlent le corps humain. L’énergie pour leur fonctionnement correct est fournie par un système total divisé en un système par organe. Les systèmes sont appelés méridiens, et il y en a donc 12. Des déficiences ou excès d’énergie dans ces systèmes déterminent si la personne est en bonne santé ou malade.

En outre, il y a 8 sous-systèmes dans le corps qui rendent possible les ajustements des intensités de l’énergie dans les 12 systèmes de base.  Ces sous-systèmes sont appelés keimyaku, ou vaisseaux. Les systèmes et sous-systèmes transportent le sang et l’énergie à travers le corps (KI Energie気  KETSU sang 血).

Parmi les causes de maladies, les situations mentales et émotionnelles sont extrêmement importantes, avec dans leur sillage les soucis familiaux, les souffrances mentales résultant de divers désirs (succès, avidité, trop de sexe et d’alcool) qui génèrent des maladies. Les causes ne sont jamais exclusivement internes ou externes. La stagnation du flux d’énergie dans les systèmes de méridiens et le mauvais fonctionnement des organes et des tissus du corps produisent divers symptômes pathologiques.

Pour trouver le bon tsubo à traiter, il faut connaître le système de méridiens affecté, qui révèle l’origine du problème (et non se limiter au symptôme). Un mal d’estomac peut provenir du Foie, des Poumons, etc. Et c’est pourquoi la médecine orientale traite chacun comme un cas individuel.

Après, les traitements de M. Serizawa sont basés sur des kata de points, pour lesquels il utilise évidemment la numérotation par méridien, mais les noms… en Chinois. Allez comprendre pourquoi...

Shizuto Masunaga

A la base du shiatsu plutôt axé sur les méridiens de M. Masunaga, se trouve en fait un ressenti. 

Dans ‘Shiatsu et Médecine Orientale’, il nous dit ‘les méridiens que j’expérimentais ne concordaient pas avec ceux du traité classique. Il était incompréhensible  que les méridiens soient représentés comme de simples lignes reliant les Keiketsu. Il était curieux que du point de vue de  l’activité d’êtres plastiques les méridiens se présentent sous la forme de lignes toutes droites ou fassent de brusques détours. On en vient à la conclusion que la carte classique des méridiens est une carte simplifiée dans un but de facilité pour le traitement et que celle-ci a été tracée en faisant des keiketsu – les points de pratique – l’élément essentiel.  

Dès lors rien ne devrait s’opposer à ce qu’on ajoute des méridiens dont les réactions sont sensibles et qui se révèlent efficaces. Et de même, rien n’interdit d’appuyer entre les keiketsu classiques et on trouve de nombreux tsubo qui donnent au sujet une sensation de bien-être'.

Et, en bon chercheur, M. Masunaga a voulu, comme il dit, ‘ appréhender sur moi-même les trajets de

circulation des méridiens, comme une sensation de quelque chose qui s’écoulerait dans le corps’.  

Cette sensation du corps est à la base de ses exercices des méridiens (keiraku taisô) puisqu’il ajoute ‘je me suis rendu compte  que par des mouvements souples et lents, il me devenait possible de percevoir ceux-ci’ (les méridiens).  Ajoutant ‘je suis finalement parvenu à trouver six postures’ et ‘leur ressemblance avec les exercices de Jikyôjutsu (mélange de Dô In et de gymnastique moderne) est tout à fait fortuite’. (Et, au risque d'insister : ils n'ont rien à voir avec le Makkô Hô).

Mais on entrevoit là une constante dans la façon de mouvoir son corps, qui ne renforce aucunement les muscles ou le squelette (ces exercices étant qualifiés d’intellectuels), mais met en jeu les six sortes de systèmes fonctionnels de l’ensemble du corps.

Et donc, le mouvement se fait dans les directions vers lesquelles se dirige le Ki-Ketsu : devant, extérieur, intérieur, derrière, surface, profondeur et les côtés. Là où manque le Ki-Ketsu, c’est Kyô. Là où il stagne, c’est Jitsu.

Et il ajoute que comme les méridiens sont des systèmes qui enregistrent toute altération survenant dans l’organisme, procéder à la remise en ordre de ceux-ci revient à faire le traitement holistique du corps tel que l’envisage la médecine orientale.

C’est donc une autre vision, même si on utilise encore les tsubo.

On ne part pas des symptômes, mais d’altération pathologique de l’ensemble de l’organisme, le traitement est holistique.

On fait confiance à son ressenti pour trouver les endroits / les parcours à traiter

La vision est dynamique, elle considère le flux, ses directions et ses altérations, nous sommes en fait plus dans des circulations que dans des schémas statiques.

Que M. Masunaga ait complété /augmenté les trajets des méridiens classiques n’est pas entre-temps pour nous surprendre, puisque nous savons maintenant que les anciens traités mentionnent 32 méridiens KEI et 68 RAKU. Il serait intéressant de voir s’il a eu accès à et s’est inspiré de matériel existant, pour modéliser ou guider son ressenti.

Arrêtons-nous là, le but n’étant pas de réécrire un traité sur les méridiens, et examinons une troisième vision, plus contemporaine.

Ryokyu Endo

Ryokyu Endo propose lui aussi une vision axée sur les méridiens. Un homme aux multiples talents, puisqu’il est le créateur d’un style de shiatsu, le Tao Shiatsu, musicien,  moine Jodo (Terre Pure) au Wadenji de Kyoto…  (https://endo-ryokyu.com/). Son site mentionne sobrement qu’il a créé cette méthode, étant devenu capable, en pratiquant, de voir le mouvement du Ki et les méridiens.

Le Tao Shiatsu travaille sur les pressions, la posture et la stabilité, le mouvement du ki… et développe des techniques propres. Il définit les méridiens comme des courants du ki vital et aucune trace n’en subsiste donc après la mort. Les organes ne sont pas la vie, mais des outils qui étayent le corps physique. Les méridiens sont plus proches de l’essence de la Vie que les organes. Ainsi, dit-il ‘les méridiens sont liés à la vie invisible et l’anatomie nie leur existence’. L’essence de la Vie peut être perçue uniquement à travers de vraies sensations et le visible n’est qu’une portion infinitésimale.

Les méridiens forment la toile de fond des organes anatomiques et sont à l’origine de toutes les fonctions vitales. En quelque sorte, le courant d’énergie vitale, la Vie qui sous-tend le fonctionnement du corps. Vision intéressante, car elle nous invite à abandonner toute tentative d’explication anatomique et toute spéculation sur la détection scientifique des méridiens : on ne trouvera rien.

Si l’étude des méridiens doit suivre le tracé d’un diagramme, toutefois, ils sont difficiles à trouver en un emplacement précis, car ils sont caractérisés par leur changement incessant de position. Pour guérir les troubles, les thérapeutes doivent s’adapter au changement des méridiens, et donc développer leur réceptivité, devenir ‘comme des enfants’. Devenir capable, en fait, de percevoir la douleur ou la joie d’une autre personne comme les siennes propres.

Sa démarche est similaire à celle de M. Masunaga, tout en allant plus loin et il s'est fait, comme il dit,  ‘une idée nette’ de l’existence de 24 méridiens parcourant l’ensemble du corps. Ainsi, pour M. Endo :

  • Il est inconcevable que les méridiens s’arrêtent à un endroit donné, puisque la Vie circule à travers eux

  • Il est anormal que des méridiens montent par les cuisses et s’arrêtent à l’aine

  • Il y a douze méridiens sur chaque côté du dos

  • Les méridiens des bras et des jambes circulent en paires

  • Le Vaisseau Conception et le Gouverneur circulent aussi sur les bras et les jambes et la zone du dos.

Il donne une technique pour détecter les méridiens : ‘lorsqu’un thérapeute applique une pression (continue) sur deux points du même méridien, ces deux points doivent être ressentis comme un seul’. Après quelques secondes, le patient ne perçoit plus la pression que sur un seul point et non deux. A ce moment, vous avez trouvé un méridien. Voilà qui nous incite à chercher les connexions.

Quant aux tsubo utilisés en Tao Shiatsu (traduits par ‘creux physiologiques des méridiens’), ils n’ont pas de position anatomique précise, puisqu’ils changent en fonction des circonstances. Ils sont l’accès aux méridiens et importants pour les méridiens kyo situés à la fois en surface et en profondeur. Si on ne comprend pas les tsubo, au lieu d’être un aspect de la vie, les méridiens ne sont que des lignes courant à la surface du corps. Nous ne savons pas pourquoi de tels creux physiologiques apparaissent sur les méridiens, mais ils sont des points importants pour le traitement.

Ryokyu Endo ajoute que lorsque le concept de méridiens est exclu de méthodes thérapeutiques comme le shiatsu et l’acupuncture, ces pratiques ne peuvent plus entrer dans la catégorie de la médecine orientale. Les méridiens permettent de poser un diagnostic individuel et il s’agit donc de médecine, sinon ce sont des méthodes curatives. 

Le travail avec les classifications de maladies est occidental et le shiatsu basé sur ces diagnostics ne permet pas au thérapeute de décider vraiment du traitement et donc, d’en être responsable.

Trois visions intéressantes pour enrichir notre pratique, et qui ne s'excluent pas. Et il y a sans doute encore bien d’autres théories, classifications, utilisations de méridiens, existantes ou à venir…


La disparition des méridiens… et des points


La lecture de ce qui précède nous amène à une constatation intéressante sur l’impermanence des méridiens et des points.

Cela vient éclairer cette remarque faite un jour en stage par Maître Ohashi dans son stage sur la psychologie des méridiens : ‘le problème doit être assez visible pour pouvoir être traité. Lorsqu’il y a désir, focus, le méridien est présent. Lorsque c’est bien équilibré, le méridien disparaît’. Il rejoint ici M. Masunaga dans sa perception de la spatialité des méridiens et des directions du Ki Ketsu. Lorsque le but est atteint, le méridien disparaît. Et il ajoute que ‘tsubo, méridiens, tout cela est très subjectif. C’est notre chance et, en même temps, c’est une difficulté’. 

Pour Ryokyu Endo, les tsubo mêmes disparaissent car  ‘quand on applique une pression régulière et constante, les tsubo se remplissent de ki et disparaissent de la zone respective du corps’.

Donc, au fond, pourquoi nous préoccuper tellement de tout cela, puisque, le traitement terminé, on n’en parle plus ?

Et puis alors, on fait des points ou des méridiens, ou les deux ?

Deux approches, une pratique

Au terme de ces trois articles, il me semble donc que le besoin de classifier les shiatsu en shiatsu de méridiens et shiatsu de points est plutôt une manie d’Occidental et il apparaît clairement des quelques réflexions ci-dessus que les Japonais, quand ils privilégient les tsubo, n’oublient pas les méridiens, et, quand ils mettent en avant les méridiens, tiennent compte des tsubo. Et, dans notre pratique, il me semble également que nous faisons de même, sans avoir le besoin de trop y réfléchir.

Rappelez-vous, à la base déjà, le mot général KEIKETSU, traduit par ‘point’, intègre aussi bien le tsubo que la ligne verticale sur laquelle on le situe.

Il y a plusieurs angles d’approches qui ne s’excluent pas :

  • Occidental ET Oriental : gardons bien en tête que le shiatsu s’inspire des deux, et posons là que, peut-être, l’approche par points /symptômes /traitement parle plus facilement à un Occidental, tandis que le concept des Méridiens / ressenti lui est plus étranger et se rapproche plus de la médecine holistique orientale.

  • Chinois ET Japonais : nous avons vu que les Japonais, arrivant après les Chinois sur certaines conceptions d’origine chinoise, développent leur propre vision et considèrent d’autres approches. On ne peut donc pas se limiter à la vision purement chinoise si on fait du shiatsu, on doit se demander quelle est l’approche japonaise de la chose. Il y a un génie particulier propre aux Japonais. Les subtiles différences, déjà dans le choix des mots, expriment bien cela.

  • Energétique ET anatomique : les tsubo sont plus faciles à intégrer dans une approche anatomique / physiologique (en tout cas dans leur localisation classique), tandis que les méridiens sont de l’ordre du ressenti et de l’énergétique, anatomiquement ils sont et resteront sans doute indétectables. Cela nous délivre du besoin de nous expliquer…

  • Ressenti ET savoir, expérience ET apprentissage : si un savoir est évidemment nécessaire pour comprendre cette vision de l’humain et l’appliquer, il n’est qu’un panneau indicateur et le ressenti seul dira l’emplacement exact des tsubo et la qualité des méridiens à travailler.

Vous avez remarqué que je n’oppose pas ces visions par ‘ou’, mais que je mets un ‘ET’. ‘Ou’ n’a, philosophiquement, pas sa place dans une pratique orientale.

Dans la pratique quotidienne

Avec le temps, il me semble aussi qu’il y a plusieurs étapes, inévitablement, dans la pratique et l’évolution d’un praticien, qu’il s’agisse de tsubo, de méridiens, de tout concept, technique, ressenti…

Au début, on nous apprend évidemment le trajet des méridiens (classiques ou Masunaga selon les écoles), l’emplacement et l’affectation des points. Et, en bons élèves appliqués, quand nous travaillons sur quelqu’un et que nous décidons, par exemple, de faire le Poumon, nous faisons consciencieusement tout le méridien.

Au bout d’un temps, on se rend compte que ce n’est pas vraiment nécessaire, et on ne travaille plus que les points les plus importants, les Shu par exemple, ou des parties de méridiens qui font sens pour le problème en présence.

On nous apprend également des kata, càd des enchaînements de mouvements et de points, qui sont généralement de bonnes entrées en matière et de bonnes pratiques quand il n’y a pas de chose particulière à travailler. Après, nous inventons nos propres kata, et la seule mesure de leur pertinence est leur effet et leur efficacité.

J’en suis venu, finalement, tout en gardant la boîte à outils qui précède, à rechercher les connexions de points sur un même ou sur différents méridiens, et les mains font comme une promenade sur le corps le long des méridiens (ou pas), s’arrêtant où elles sentent que c’est nécessaire. 


La vision globale du corps et de ses couches énergétiques m’inspire actuellement beaucoup et donc, ne pas perdre de vue que les méridiens sont du Sud/Nord, Ciel/Terre est inspirant pour le travail. Le Vaisseau Ceinture venant tenir tout cela ensemble… Dimension spatiale du travail, et dimension temporelle dans le rythme, l’intensité des pressions.

Et je me réjouis de savoir qu’il y a d’autres voies à explorer, et d’autres étapes de développement à venir.

Un aspect essentiel restera toujours le ressenti des receveurs. Il arrive qu’en pressant certains points, le receveur indique des sensations à divers endroits du corps et, parfois, il indique exactement le trajet du méridien. Merveilleuse confirmation de leur existence et de la pertinence du travail en cours …

Travaille-t-on mal quand on commence le shiatsu et qu’on fait de façon hésitante ce qu’on vient d’apprendre ? Non, puisque, quand on commence, des clients viennent et cette façon de travailler leur convient, visiblement. L’essentiel va être dans le travail sur soi, l’ouverture, le ressenti, la présence, l’intention et l’attention, l’intensité de l’échange… et toujours SHOSHIN ‘le ressenti profond des premiers instants’, l’état d’esprit qui ne devrait jamais nous quitter.

N’oublions pas par ailleurs cette petite phrase assassine de M. Masunaga : ‘Cependant, même sans étudier beaucoup, on peut, néanmoins, obtenir de bons résultats, et même si on ne connaît pas bien la théorie, on ne court pas de grands risques. Un fait peut le prouver, c’est le peu d’efforts que font aujourd’hui  les thérapeutes de shiatsu, une fois leurs études terminées, pour continuer à apprendre et à lire des ouvrages, comme le font les acupuncteurs. Parce que, même si on manque les Tsubo et même si le degré des pressions n’est pas convenable, l’action des Tsubo se fait malgré tout ici ou là, quand on appuie plus fort un peu partout. Une telle façon de faire, cependant, rend impossible la prise des Tsubo efficaces pour les personnes réellement malades’.

Voilà qui est clair : peu importe le niveau, mais soyons conscients que

  • si nous nous trompons, ce n’est pas grave, il n’y a pas de risques
  • si nous sommes des feignants, nous ne serons pas vraiment efficaces.

Oh, les jolis paradoxes orientaux !

Je nous souhaite un bon travail, sur 12, 24, 32 ou 100 méridiens, entre keiketsu, tsubo, keiraku, myaku et autres termes inspirants qui vous sont familiers maintenant. 



 

Saturday, 3 October 2020

Le long chemin des méridiens - Les racines


L’article précédent ouvrait quelques pistes sur la signification et l’utilisation des points. Et donc, puisque les ‘points’ se situent sur des ‘méridiens’, continuons l’analyse et  voyons, comme pour les points, où cela nous mène.

Restons fidèle à la méthode (Hô 法) et commençons par l’étymologie, en Chinois et en Japonais.


Deux idéogrammes en Chinois


Les méridiens classiques sont désignés par l’idéogramme Chinois traditionnel JING 經. L’idéogramme est une association d’un fil de soie (ténu, presque invisible) et d’une eau coulant sous la terre (un courant en mouvement). Une troisième partie du caractère indique un homme au travail (une équerre). En Chinois simplifié, cet idéogramme devient 经.La constante à travers toutes les variantes étant l’idée de modèle, de norme.


Le fil de soie amène l’interprétation de la chaîne (verticale) d’un tissu. Un méridien est donc, pour Elisabeth Rochat de la Vallée (in ‘Les 101 notions-clés de la médecine chinoise’), ‘une norme qui parcourt un territoire pour le diriger dans son espace et selon les cycles du temps ; il règle les circulations des souffles (des Ki) et de tout ce qui se meut dans le corps et fait que tout chemine et échange harmonieusement et rythmiquement’.

Jing est toujours employé dans le sens d’une direction normative, ici l’orientation Sud-Nord, verticale, fondamentale, céleste, d’où le nom de méridien (sur la longitude).

Voyez ici la décomposition du Kanji. 

Jean Fabre (in ‘Les repères de l’Empereur Jaune’) donne comme définition ‘une ligne indiscernable, tant elle est ténue, où circule un fluide invisible'. Nous avons toujours les idées de ligne, d’écoulement invisible. C’est que le modèle des méridiens se trouve, apparemment, dans les cours d’eau qui organisent les territoires de la Chine et qui sont,  comme par hasard, au nombre de 12.
Et quand on désigne le système de méridiens, on ajoute un idéogramme 絡 et on dit jingluò.


Il y a un deuxième idéogramme prononcé MAI 脈 qui désigne, lui, les Vaisseaux Curieux. 

L’idéogramme signifie circulation et on attribue à ces circulations le titre de méridien (puissance normative et régulation, donc). Le nom complet en Chinois est Qi 奇 (extraordinaire, le même idéogramme que celui qui désigne les points hors méridien) Jing 經 (Méridien) Ba 八(Huit) 脈Mai (Circulation). C’est pourquoi tous les vaisseaux curieux portent en Chinois le nom ‘Mai’ : Du Mai, Ren Mai, Chong Mai, Dai Mai, Yin et Yang Qiao Mai, Yin et Yang Wei Mai.


On ne considère donc pas la même chose, puisque pour les classiques, c’est la trame et l’organisation d’abord, puis la circulation et pour les Merveilleux, c’est la circulation d’abord, mais ils sont assimilés quand même à l’organisation.

Deux idéogrammes en Japonais

En Japonais, nous trouvons également deux idéogrammes différents.

Les classiques

Les méridiens classiques sont désignés comme des KEIRAKU 経絡, un mot composé de deux idéogrammes KEI  経 et RAKU 絡. 

A la base de KEI se trouve系 qui veut dire ‘système’, l’idéogramme complet étant 経 et signifiant ‘longitude’, voire même ‘sutra’. C’est donc l’idée de l’organisation longitudinale (on lit verticalement les sutra sur des rouleaux, à l’origine), et c'est le même idéogramme que le Chinois simplifié, même si il s’écrit légèrement différemment, intégrant des idées de main droite et de sol.

M. Masunaga précise que l’idéogramme est une figuration de ‘fils tendus longitudinalement d’un métier à tisser’, d’où son utilisation pour désigner plus spécifiquement les 14 méridiens longitudinaux.

Il s'agit bien du même 'KEI' que celui que nous lisons dans KEIKETSU, traduit 'point' (rappelez-vous, des cavités sur des lignes verticales, voir article précédent).

Mais le mot pour ‘méridien’ en Japonais est KEIRAKU, donc, ils associent toujours à KEI un deuxième idéogramme : RAKU 絡. Nous avons vu qu’en Chinois, ce même idéogramme réfère à ‘système’. Le dictionnaire japonais donne comme traduction ‘s’entrelacer, s’enchevêtrer, s’enrouler’, avec également une idée de relation et d’interaction. Y a-t-il un bug dans le métier à tisser ?

J’ai trouvé une fascinante information sur le blog de Billy Ristuccia, (Sojha School of Japanese Healing Arts,) praticien américain d’Anma et source précieuse pour les documents japonais. En fait, en disant, KEIRAKU, les Japonais gardent le souvenir d’un deuxième système de méridiens. 

Il y a, à l’origine, 100 trajets de méridiens, répartis en deux systèmes, les KEI et les RAKU.  

Le système KEI comprend 32 trajets :

  • 12 classiques
  • 12 méridiens divergents
  • 8 Méridiens extraordinaires
Le système RAKU comprend les … 68 autres, répartis eux-mêmes en diverses catégories et dont on sait fort peu de choses en Occident, puisque la littérature à leur sujet n’est quasi qu’en Chinois ou en Japonais, et puisque ces méridiens traitent des maladies qu’on ne voit que rarement dans les temps modernes. 

En disant KEIRAKU, les Japonais considèrent donc non seulement les méridiens comme un système, mais ils intègrent tous les méridiens imaginables, existant et ayant existé.

L'idée d'enchevêtrement contenue dans RAKU est d'ailleurs intéressante, dans l'optique où il y aurait 100 méridiens sur une si petite surface et pose la question de notre manie à tracer des lignes droites dans un corps qui n'en contient guère (de même que sur Terre ou dans l'Univers : nous voyons des lignes droites où il n'y en a pas, et nous construisons anguleux, c'est une obsession du cerveau gauche).

En entendant KEIRAKU, je me plais à visualiser un corps en 3D parcouru par des lignes emmêlées, courbes, spiralées, des vortex... plutôt qu'un plan en 2D avec des lignes tracées à la règle.

Les extraordinaires


Les Méridiens Extraordinaires sont désignés de la même façon qu’en Chine, sauf que ça se prononce différemment : Kikei Hachimyaku 奇経八脈. Donc littéralement : 'hors parcours système 8 circulations'.

Si l'idéogramme pour 'circulation' 脈 est le même qu’en Chinois et se prononce 'myaku', quand on cherche l’étymologie, on trouve des connotations intéressantes. Un myaku 脈 est en fait une pulsation, un flux, une veine, une chaîne de montagnes…Quand on parle de myaku, on considère donc le flux, et non la verticalité. Pour M. Masunaga, myaku est une ligne, un vaisseau circulant dans le corps ou même… un vaisseau sanguin.

A noter, pour compliquer les affaires, qu’on parle aussi des méridiens (classiques ou merveilleux) comme des ‘Keimyaku’, ou des ‘myaku-kei’ par quoi on évoque donc à la fois le système, la trame, et la circulation verticale dans le méridien 経脈.

Et enfin, puisque les Méridiens Extraordinaires sont des myaku, ils ont aussi un nom japonais en myaku que l’on n’utilise jamais, leur préférant les noms Chinois en Mai, pourquoi, on se le demande :

Français

Anglais

Chinois

Japonais

 

Vaisseau Conception

Conception Vessel

RenMai

Ninmyaku

 

Vaisseau gouverneur

Governing Vessel

DuMai

Tokumyaku

 

Vaisseau Carrefour

Through-going Vessel

ChongMai

Shiyô-myaku

 

Vaisseau Ceinture

Belt Vessel

DaiMai

Taimyaku

 

Vaisseau Equilibre Yang

Yang Ankle Vessel

Yang QiaoMai

Yokiyô-myaku

 

Vaisseau Equilibre Yin

Yin Ankle Vessel

Yin QiaoMai

Inkiyô-myaku

 

Vaisseau Liaison Yang

Yang Linking Vessel

Yang WeiMai

Yôi-myaku

 

Vaisseau Liaison Yin

Yin Linking Vessel

Yin WeiMai

Ini-myaku

 

 

La traduction par ‘méridien’.

TOUT CELA, ces termes divers, avec des connotations et des idées sous-jacentes différentes, Jing, Mai, Keiraku, Myaku, Keimyaku…, s’est vu attribuer une unique traduction en Français : méridien. On a, comme pour les points d’ailleurs, une belle perte de sens et de nuances en chemin.


Nous devons le mot ‘méridien’ à Georges Soulié de Morant, un des grands promoteurs de l’acupuncture en Europe, qui n’était pas médecin, mais … diplomate en Chine. Persuadé de l’efficacité de l’acupuncture, il a traduit divers textes chinois qu’il a réunis dans son ouvrage ‘l’acupuncture chinoise’. Le mot ‘méridien’ a fini par s’imposer par l’usage, et d’ailleurs dans d’autres langues.

Pour Jean Fabre (in ‘Les repères de l’Empereur Jaune’), continuateur de la pensée de Jacques-André Lavier, le terme méridien ne tient compte ni du fluide souterrain, ni de l’idée de succession des points, clairement évoquée dans l’idéogramme. Méridien est, de plus, un terme cartographique désignant des conventions linéaires pour séparer l’espace, ce qui ne figure en rien la réalité vivante de l’énergie des Jing.


Jacques-André Lavier avait d’ailleurs lui-même proposé le néologisme de ‘péridromie’ (in ‘Histoire, doctrine et pratique de l’acupuncture chinoise’). ‘Dromos’ signifiant en Grec  à la fois une course (il y a du mouvement là-dedans), mais aussi le parcours, le chemin, et le préfixe ‘peri’ ‘autour’, donc, des ‘parcours qui courent’ tout autour du corps. Ce mot n’a pas été adopté par la suite.

Pour les myaku, les traducteurs ont été plus créatifs, puisque on trouve des Méridiens extraordinaires, Merveilleux, Merveilleux Vaisseaux et Vaisseaux Curieux, ce qui montre simplement que les traducteurs ne savent pas quel aspect considérer.

Car, suite à ce que nous avons vu ci-dessus, si on considère l’aspect organisateur奇経, le terme ‘méridien extraordinaire’ semble plus approprié. Et si on considère le flux circulatoire八脈, le terme Vaisseau conviendra mieux.

On ne voit pas comment les appeler au plus juste, si ce n’est en disant ‘8  circulations linéaires hors système classique’, ce qui est impraticable.

Quel à peu près dans les traductions, n’est-ce pas ?

Il faudra évidemment nous résigner à utiliser le même langage que les autres et que l’usage a fini par consacrer, mais au moins avons-nous ouvert notre compréhension sur la riche réalité que la pauvreté des mots dissimule. Et cela va nous inspirer pour notre pratique.

Arrivés à ce point, faisons une pause et laissons décanter tout cela, car le prochain article abordera plusieurs visions japonaises des méridiens et réfléchira sur notre pratique. Une autre histoire...