Tuesday, 14 March 2017

Conseils pour votre énergie vitale : vidéo et texte pratique

Aujourd’hui, je vous parle de vitalité, à la demande de Laurence Fischer et Céline Toucanne, co-créatrices de JeClicNaturel (http://www.jeclicnaturel.be/) qui ont réalisé la belle vidéo ci-dessous.

Avec Jeclicnaturel, Laurence Fischer et Céline Toucanne aident les gens épuisés, fatigués, stressés, inconfortables dans leur corps, à réveiller leur vitalité ! Le site est un "guide en ligne" dans lequel vous pouvez puiser des conseils simples et naturels sous forme de vidéos, d'accompagnement en ligne, d'articles et un annuaire de bonnes adresses du secteur du naturel (restaurants, producteurs, cosmétiques...).
 
Shiatsu et alimentation saine : un cocktail puissant pour se sentir bien. Alors... 
  • Regardez
  • Puis...  lisez les conseils sous la vidéo.
  • Et puis... pratiquez ! 

Ca y est : vous travaillez à votre bien-être.




Vitalité

On parle beaucoup de la nécessité d’avoir une bonne énergie vitale. De quoi s’agit-il vraiment et comment faire ?

Dans la conception que nous en avons en shiatsu, l’énergie vitale est ce capital d’énergie dont nous disposons à la naissance, auquel s’ajoute l’énergie dont nous avons besoin quotidiennement pour vivre.

C’est ainsi que l’on distingue l’énergie innée et l’énergie acquise.


L’inné

L’énergie innée est l’énergie résultant de la conception (énergie des deux parents) et de la période de grossesse (nourriture, attention…). A la naissance, nous disposons donc d’un capital-énergie qui peut être très variable, en fonction de notre hérédité et de notre vie intra-utérine. Certains ont reçu beaucoup et peuvent, en apparence se permettre tous les excès. Ils ne sont jamais malades, récupèrent très vite. D’autres ont reçu très peu et sont fragiles, doivent faire attention à tout et s’économiser.  On verra, une fois 50-60 ans ce qu’il en est. 

Car l’énergie innée, une fois dépensée, ne se reconstitue pas, il faut la maintenir à niveau. Une maladie grave, de lourdes épreuves, une vie difficile, de grands problèmes émotionnels, des pensées négatives à répétition, une alimentation désastreuse… viendront puiser dans ce capital d’énergie. C’est pourquoi la prévention, à la base du shiatsu, est tellement importante. Non pas en permanence « nihil nimium », rien de trop, mais une claire connaissance de soi et des capacités de son corps, en étant à son écoute. Car le corps nous envoie de multiples signaux quand nous exagérons.

L’acquis

A partir de la naissance, il nous faut en outre nourrir notre énergie au quotidien. Cette énergie acquise, nous la prenons essentiellement de deux façons : par la nourriture et par la respiration.

Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas. Il s’agit somme toute du même processus. En respirant et en nous alimentant, nous prenons de la nourriture et nous évacuons des toxines. La respiration est en rapport avec une qualité de Ki-énergie plus subtile et l’alimentation concerne une énergie clairement matérielle. Respiration et alimentation représentent chacune 50% de notre énergie acquise. Si donc, nous nous alimentons mal, nous ne prenons pas assez d’énergie au quotidien. Et si nous respirons mal, idem. Or on constate que la plupart d’entre nous s’alimentent mal, et que très peu sont conscients de la nécessité de bien respirer. Nous atteignons donc rarement notre quota d’énergie quotidien nécessaire à une bonne vie. Et nous puisons dans nos réserves qui, elles, ne se reconstituent pas.

Ajoutons à cela le fait que nous sommes sollicités de toutes parts et à tout moment : vie stressante, obligations diverses, prestations sur tous les fronts, ambiance générale négative, surinformation… Il faut être solide. Que faire pour être, et rester bien ? 

Suivre les cycles naturels

Un premier point très important est de s’harmoniser le mieux possible à l’énergie de l’univers autour de nous, dont nous ne sommes pas séparés. Ainsi, la période de l’hiver ne correspond pas à un moment de grande énergie. Inutile donc de prester 12 heures par jour sur un nouveau projet. C’est le printemps qui correspondra mieux à l’élan créateur, à un démarrage modeste au départ et qui pourra prendre de l’ampleur jusqu’à l’été, sommet de l’énergie. L’automne sera le moment de la récolte suite aux efforts accomplis.  En apparence, nous faisons tout à l’envers, puisque nous prenons nos vacances en été, au moment où il y a le plus d’énergie. Mais au départ, les vacances d’été étaient faites pour que les enfants puissent aller aider aux champs, un moment de grande dépense d’énergie physique. Même en étant ‘urbains’, il est important de tenir compte de l’énergie saisonnière et d’essayer d’y harmoniser sa vie.

Notons que ce cycle saisonnier se retrouve également sur une journée. Entre 1h et 3h du matin, l’énergie est au plus bas, elle redémarre vers 3h du matin et vers midi, elle est au plus haut. D’où l’importance de bien récupérer la nuit et d’être actif au moment où l’énergie monte, moins quand elle redescend. Pour ceux et celles qui ne sont pas « du matin », c’est un autre problème, de non-récupération et de mauvaise évacuation des toxines.

La vitalité est aussi une question de bien respecter les rythmes de son corps, à tout moment et en toutes circonstances.

Trois conseils

      On me demande de donner trois conseils pour une bonne vitalité. Ceux-ci sont totalement à la portée de tous et peuvent être mis en œuvre immédiatement.
  1. Créez du temps rien que pour vous
Si nous ne créons pas de temps, nous n’avons pas le temps. Nous sommes soumis à trop d’obligations. Prendre 10 minutes, un quart d’heure, voire une demi-heure pour soi chaque jour est essentiel pour se recentrer. Il est important que ce ne soit du temps que pour soi, sans interaction avec d’autres. Ce n’est pas de l’égoïsme. De cette façon, on aura plus d’énergie et on sera plus disponible par après. Peu importe ce que l’on fait : la lecture, un bain chaud, une promenade, une méditation… Il ne FAUT rien faire, sinon, on se met la pression.

De mon expérience, les étirements du DO IN et quelques points d’auto-shiatsu sont très bénéfiques dès le matin. La journée est différente par après. Lorsque la technique est intégrée au corps, c’est gagné, le corps réclame et on n’écoute plus la petite voix qui nous susurre que nous n’avons pas le temps.

A l’image de l’eau, l’énergie, pour être bonne, doit toujours être en mouvement. Rester en mouvement est capital. La stagnation n’est pas bonne. La vie que nous menons dans les bureaux, dans des positions statiques et tassées n’est pas bonne. Au regard de l’évolution, nous sommes toujours des coureurs des bois, avec une constitution faite pour la vie au grand air. Au diable donc la frilosité et l’enfermement, et bougeons.

Cela ne sous-entend pas la nécessité de performance. Tant mieux si vous aimez suer et repousser vos limites, mais ce n’est pas nécessaire et en tout cas pas à la portée de tout le monde. Par contre, une promenade d’une demi-heure par jour (au grand air, s’entend) va déjà travailler sur beaucoup de choses : respiration, intestins, articulations… et mental. Très vite, une relaxation s’installe.

Ce « moto perpetuo » est également mental. Le mental ne peut être souple et agile si le corps ne l’est pas.

Le corps est la porte d’accès à tous les autres niveaux qui nous constituent : mental, émotionnel, spirituel, voire au-delà, si l’on en croit les théories des corps subtils. En travaillant sur le corps, on se sent plus grand, on repousse ses limites, on prend sa place.

Cela vaut aussi pour les personnes complètement bloquées suite à un accident, une maladie, une opération… Même dans son lit, il y a moyen de bouger l’une ou l’autre partie du corps, de remettre le mouvement, et de se voir, très vite, progresser.

2.      Remettez de la qualité dans votre vie

Un de mes anciens professeurs disait « le seul investissement qui rapporte vraiment, c’est d’investir dans sa vie ». C’est tout à fait vrai. On ne parle pas seulement d’investissement financier, mais de faire en sorte, à tous niveaux, que notre vie soit de qualité. Nous sommes confrontés en permanence à des choses non-qualitatives, en grande quantité. Il est dès lors difficile d’instaurer et de maintenir cette qualité de vie.

Une vie de meilleure qualité signifie une vie de moindres quantités : en faire moins, limiter ses activités, éviter de se disperser, placer le niveau pour soi-même en tout.

Et puisque nous sommes attentifs à l’alimentation, il va de soi que manger moins, mais que du meilleur, amène le mieux-être. On s’aperçoit d’ailleurs qu’on a besoin de moins de choses quand on ne prend que de bonnes choses. La frugalité procure de l’énergie, tandis que la saturation induit la lourdeur, l’assoupissement et … l’égoïsme, l’organisme étant exclusivement tourné vers lui-même et son processus de digestion. Jean Rofidal recommande ainsi d’avoir toujours un peu faim, car cela donne de l’énergie, éclaircit l’esprit et ouvre à l’autre.

3.      Pratiquez une discipline corporelle


L’offre est pléthorique. Que choisir ? Celle qui vous convient, en ce moment de votre vie. Je conseille toujours d’essayer plusieurs disciplines et de se concentrer ensuite sur celle qui convient le mieux. Peut-être pratiquerez-vous la même toute votre vie et peut-être pas. Ce n’est pas important. Deux choses sont importantes, et constituent la base du bien-être et de la bonne santé.

Cette discipline doit être corporelle, physique. Le Yoga, Le Qi Gong, le Tai Chi,  tous les arts martiaux, le Do In, le shiatsu, toutes les techniques de massage, la méditation, le Pilates … peuvent être pratiqués pour soi-même. Le jardinage, ou le travail au grand air, sont des activités très ancrantes et le contact avec la Terre est de toute façon bénéfique. Les activités artistiques, la peinture, la sculpture, la poterie, la musique sont en fait très physiques. Je connais un grand musicien qui met la posture correcte en toute première place, comme préalable à toute exécution musicale et avant le talent.

Une fois que vous avez trouvé votre Voie, l’essentiel est la régularité. Il n’est pas profitable de papillonner ou de faire du zapping. Les personnes qui viennent régulièrement en shiatsu me disent qu’elles se sentent bien. Il est certain que la régularité y est pour quelque chose. A chacun son rythme, mais il faut du rythme.

Quelques points-vitalité

Terminons par quelques points. Votre corps vous offre à tout moment, à portée de la main, des points bienfaisants. Vous pouvez les stimuler à vos moments perdus : en réunion, dans un embouteillage, dans votre canapé, le matin au réveil... Plusieurs sites ou livres vous montrent leur emplacement exact. N’ayez pas peur d’être à côté, cherchez et faites confiance à votre ressenti : appuyez là où cela vous fait du bien.

Il n’y a bien entendu rien de magique ou d’instantané là-dedans, comme quand on pousse sur l’interrupteur et on allume d’un coup la lumière. Une stimulation régulière « apprête » le point, qui s’ouvre alors d’autant plus facilement s’il est bloqué.

MC 8 -  Le « Laogong » - Le Palais du Labeur




Dans la vidéo, je montre sur Céline ce point situé au centre de la paume de la main, au bout du medius quand on fléchit les doigts. Il renforce le corps dans son activité et permet de récupérer rapidement.





 
ES36 -  « SANRI » - Trois Lieues


A 3 pouces au-dessous de la rotule, sur l’extérieur de la jambe. Il ravive le Yang et fortifie l’Estomac, il favorise donc une bonne assimilation de l’énergie acquise. Sanri agit en cas de fatigue et est un point tonifiant pour tout l’organisme. C’est un point fameux des marcheurs, qui se le stimulaient toutes les trois lieues pour retrouver des forces et alléger les jambes.



VC6 – « KIKAI » – Mer d’énergie





Sur le ventre, un pouce et demi sous le nombril. Kikai tonifie le Ki, ancre, recentre… C’est le point central. Kikai doit être ferme et le plexus solaire détendu. Quand la base est solide, le reste peut se détendre. Très souvent, on observe le contraire. 





VG 4 – « MEIMON » – Porte de la Vie



Sur le dos, au dessous de l’apophyse épineuse de la 2e vertèbre lombaire. C’est le grand point de l’énergie vitale, au niveau des Reins. On peut le stimuler en frottant doucement et souplement cette zone avec les mains, sur toute la ligne horizontale. On peut aussi  frotter les surrénales, situées plus haut dans le dos. Toujours garder le bas du dos au chaud !





R 1- « YUSEN » – Fontaine jaillissante

Sur la plante des pieds, dans le creux qui se forme quand on fléchit les orteils. Premier point des Reins (et seul point de shiatsu sur la plante des pieds), c’est la « prise de terre ». Du temps où nous marchions pieds nus, il était stimulé en permanence. Une pression bien profonde à cet endroit réveillera votre énergie vitale. Et, le plus possible, marchez pieds nus.







Quand vous pratiquez, pratiquez toujours les deux côtés gauche/droit.

On se surprend parfois à avoir envie de masser ou de presser telle ou telle zone du corps. Ne réfrénez surtout pas cette envie. Même si vous ne connaissez pas les points, votre corps vous indique ses besoins !

Bonne vitalité !


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Vous ne pouvez plus attendre pour un shiatsu ? www.shinmon-shiatsu.be ou appelez le 0032 471 40 56 95.





Wednesday, 1 February 2017

Avec ou sans alcool ?


Réflexions sur les excès et la sobriété, et ce que le shiatsu a à faire là dedans

En début d’année, les régimes d’un mois sont à la mode. Le mois sans alcool est sans conteste le plus populaire. Les tenants de  la méthode estiment qu’après l’exagération des fêtes,  un sevrage permet de nettoyer le corps. Mais de plus en plus de voix s’élèvent pour contester l’efficacité de ces régimes, à juste titre, me semble-t-il.  D’un excès à l‘autre : le sevrage brutal met le corps à rude épreuve et induit un conflit intérieur. Le problème avec la volonté, c’est qu’elle peut faillir, le problème de l’épreuve de force, c’est de tomber sur plus fort que soi. Privé de quelque chose, on n’a plus envie que de cela et on y pense sans cesse. Pour arrêter (de boire, de fumer, de manger…), il vaut mieux un sevrage progressif et en douceur, plus sûr sur le long terme et qui diminue vraiment le besoin.

Dire d’autre part qu’on ne boit pas d’alcool, c’est encore se positionner de façon négative par rapport à lui et donc, toujours être occupé avec l’alcool. J’ai aperçu cette semaine un article comme quoi la méditation serait le remède ultime. Ce n’est pas faux. Couper tout attachement à l’alcool (ou quoi que ce soit d’autre), ne pas le désirer et ne pas le rejeter, élimine immédiatement la question de la dépendance et du sevrage. Mais de façon générale, nous ne vivons pas en permanence à ce niveau. Alors, boire ou ne pas boire ? Et en quelle mesure ?

Tournée Minérale et autres

Loin de moi l’idée toutefois de casser la Tournée Minérale lancée ces jours-ci par la Ligue contre le Cancer.  Nombre de maladies, dont des cancers, sont liées en effet à une consommation excessive d’alcool.  Mais pas seulement. Les causes du cancer sont multiples et de nombreux facteurs concourent à son apparition, voire l’accélèrent ou aggravent la maladie. L’alcool est certainement un de ceux-ci.  Arrêter de boire pour affecter cet argent à la lutte contre le cancer est un noble objectif, qu’il faut soutenir.
Ce genre d’actions permet aussi de prendre conscience des habitudes que nous avons et des mécanismes qui les soutiennent. Changer d’habitudes est toujours intéressant.

J’aimerais simplement qu’un jour, quelqu’un organise aussi le mois sans sodas, certes non alcoolisés mais au moins aussi addictifs et dévastateurs pour la santé.

Je profite de l’occasion pour partager quelques réflexions sur l’alcool, dans la perspective du shiatsu et de la philosophie de vie dont il émane. Observateurs permanents du Yin et du yang en mouvement, nous savons bien que rien n’est blanc ou noir, mais toujours les deux dans une proportion sans cesse changeante. Et il ne peut donc être question de diaboliser ou sanctifier l’alcool, ou quoi que ce soit d’autre.

Les excès ne sont pas mauvais, s’ils ne sont pas la règle.

J’ai déjà plaidé, dans la ligne de Jean Rofidal pour une certaine frugalité, voire même, pour rejoindre Pierre Rabhi pour une « sobriété heureuse ». Manger et boire moins, mais de qualité supérieure est en effet un grand pas en avant vers une qualité de vie heureuse. Cela n’implique donc nullement l’idée de privation forcée, insupportable et génératrice par la suite … de nouveaux excès.  Trop de Yin implique trop de Yang, et inversement.
Les excès contribuent même à un rééquilibrage, après une période maigre. Le problème, c’est que nous sommes toute l’année en excès de tout. On pointera l’alcool, le sucre, le tabac, la viande, le café, le thé… les excitants, quels qu’ils soient. Tout cela acidifie le corps, et vient stimuler une énergie immédiate, qui est une fausse bonne énergie. Venant réveiller le Yin, les excitants font en sorte que le corps puise dans ses réserves, et après un bref délai, le besoin se fait sentir à nouveau.

Dans le cas de l’alcool, des tas de bonnes raisons viennent encourager sa consommation : c’est un geste social, cela fait partie de la fête, c’est l’expression du terroir, cela permet de décompresser, cela flatte le sens du goût sur une palette infinie, c’est un art de vivre, cela montre que l’on est un homme, etc.  etc.  Sagesse d’alcooliques : tout le monde connaît les proverbes du style « une journée sans vin est une journée sans soleil » qui ornent encore les murs des maisons. Il y a toujours une part de vérité dans ces fausses bonnes raisons. La question qui se pose, comme avec tout, est celle de la quantité, de la fréquence et de la qualité. La limite à ne pas dépasser sera différente pour chacun, en fonction de sa constitution et de sa résistance. 

Diminuer le besoin : se livrer à des activités heureuses
Comme le chante Boris Vian « Je bois, systématiquement, pour oublier tous mes emmerdements ». Une étude récente a montré que les Belges sont les plus gros consommateurs d’alcool d’Europe. Faut-il en déduire que nous avons plus d’emmerdements que les autres ?  Il est vrai qu’il y a un lien entre les contrariétés que l’on peut avoir et le refuge dans l’alcool. J’ai ainsi remarqué que les journées heureuses, passées au grand air, avec des activités captivantes ne donnent pas envie de consommer de l’alcool.  La bonne circulation d’énergie élimine jusqu’à l’envie. C’est pourquoi l’alcoolisme au bureau est tellement répandu, ou le petit verre après une journée éprouvante.  En tant qu’activité permettant la bonne circulation de l‘énergie, le shiatsu s’avère aussi une bonne aide. D’ailleurs, pas question de boire une seule goutte pour donner ou recevoir un traitement,  car la circulation de l’énergie serait perturbée. Premier remède, donc : se consacrer à des activités complètes, qui nous rendent heureux.

Diminuer le besoin : boire de la bonne eau
J’ai également remarqué que, paradoxalement, la consommation d’alcool est liée à la consommation d’eau de mauvaise qualité, telle que nous l’avons au robinet ou même en bouteilles. J’ai ainsi séjourné dans une abbaye (maintenant privatisée) du côté de Neuchâtel, en Suisse, l’abbaye de Fontaine-André. L’endroit jouit d’une source naturelle potable, sortant de terre, et d’excellente qualité gustative.  Cette eau pure donnait envie d’en boire de grandes quantités, et chacune de mes sorties passait immanquablement par la source, rafraîchissante et régénérante. D’où une moindre consommation d’autres liquides, même si la Suisse, pays de grands assoiffés, produit d’excellents vins.

En Belgique, l’eau n’est en général pas bonne, manipulée et frelatée, et la plupart des accès aux sources ont été fermés. On se tourne donc vers d’autres produits en apparence plus goûteux. La consommation d’un verre d’alcool  (de bonne qualité) vaut donc parfois mieux que celle d’eau frelatée avec divers additifs chimiques et colorants et certainement mieux que celle d’un soda. Dans les pays d’Asie où l’eau est de qualité douteuse, même en bouteilles, mieux vaut la bière que le soda. En Ecosse, l’ingrédient essentiel du whisky écossais est … l’eau, unique, toujours puisée à même le sol et déterminante pour le goût.

L‘alcool est  une affaire de bactéries et de culture
On n’arrivera pas à éliminer la consommation d’alcool, pour la simple raison qu’il fait partie de notre passé lointain à un endroit donné. L’alcool (mot d’origine arabe : un comble !) existe depuis l’aube de l’humanité (et lui préexiste sans doute). Le tout premier alcool, daté de la Préhistoire, est l’hydromel. Il suffit de mélanger de l’eau à du miel et de laisser fermenter. L’alcool est, à la base, lié au processus naturel de fermentation. Comme l’explique Marie-Claire Frédéric, dans son excellent livre « Ni cru ni cuit » consacré aux aliments fermentés du monde entier, chaque région, chaque culture a ses ferments particuliers. Les fermentations, d’abord spontanées, furent ensuite maîtrisées et développées. C’est l’origine du petit rouge de terroir avec le cépage local, de la bière de l’abbaye du coin, du whisky, du saké, de la vodka… Chaque culture a ainsi fait fermenter, puis éventuellement distillé son aliment principal : orge, maïs, riz, fruits, miel…

Cette adéquation au terroir, je l’ai ressentie en Ecosse pour la première fois, il y a déjà longtemps. Ce fut la seule fois de ma vie où je bus de l’alcool à 8 heures du matin.  C’était en juillet, un matin humide et glacé, la tente détrempée par les averses nocturnes. Pas forcément les vacances espérées. Quelques gorgées d’un whisky local furent nécessaires pour réchauffer tout cela, mais elles ont fait bien plus. Elles m’ont fait saisir en un éclair l’adéquation parfaite du breuvage au pays, au paysage et au climat qui l’avaient produit. 
Consommer local a donc tout son sens, certainement dans le cas des aliments fermentés à l’aide des bonnes bactéries qui sont là depuis toujours, nous nourrissent, créent notre immunité et  aident à nous définir culturellement. L’alcool n’est qu’un des produits de ces bactéries, parmi tant d’autres : pain, levures, sauces, aliments lacto-fermentés…
Cette bonne fermentation permettait d’assainir l’eau pas toujours potable. C’est pourquoi les moines se sont mis à brasser, à vinifier, à distiller. Saint-Benoît lui-même, dans sa Règle, conseille le vin quotidien « à cause de l‘infirmité de ceux qui sont faibles » et remarque qu’à certains seulement « Dieu donne la force de s’en priver ». En gros : impossible de les empêcher de boire, sauf les meilleurs.

Pour la religion chrétienne, il convient toutefois de ne pas s’adonner à l’ivresse.  L’alcool permet de relâcher , c’est sans doute là une des raisons de son succès depuis la nuit des temps : l‘état d’esprit modifié qu’il procure et la levée des inhibitions, essentiellement d’ordre sexuel. D’autres religions y voient ou y voyaient un moyen comme un autre de passer des initiations ou d’atteindre d’autres états de conscience.
Dès que l‘homme touche quelque chose, malheureusement, il est capable d’en faire le pire comme le meilleur usage.  L’histoire n’est qu’une longue suite de beuveries, depuis la mythologie et  l‘Antiquité, en passant par l’alcoolisme des artistes, des travailleurs jusqu’à nos jours. De véritables drames personnels ou familiaux et beaucoup de souffrance sont bel et bien présents là. A la base, le fait de ne pas se sentir bien, le besoin d’oublier sa condition, sa vie, d’anesthésier ses pensées…

Pas si clean que cela, l'abstinence
Positif et négatif sont donc étroitement entremêlés en matière d’alcool, qui fait partie intégrante de l’humanité depuis toujours et pour de nombreuses raisons. En la matière, comme partout ailleurs, je me méfie des abstinents et des ascètes auto-proclamés. Un moine bénédictin de ma connaissance, qui a maintenant 90 ans passés et a d’ailleurs toujours eu la descente extrêmement raide, me disait  « trop de piété, moi, je me méfie ». J’ai bien retenu la leçon.  Trop d’ascétisme, trop de perfection, je me méfie. Je me méfie aussi des donneurs de bons conseils.

Ce n'est pas trahir un secret que de dire cela : plus d’un Sensei d’arts martiaux ou autre s’est avéré  un épouvantable buveur. Dire que c’est de l’alcoolisme serait porter un jugement inutile. Pour quelqu’un qui est loin dans son art, les excès inverses sont presque nécessaires, car ils viennent compenser. Souvenez-vous, trop de Yin appelle trop de Yang, et inversement. Un bon pratiquant chez qui l’énergie circule bien a également une meilleure capacité de récupération. On m’a ainsi raconté des histoires de Sensei  saoûlant leurs étudiants jusqu’aux petites heures, mais levés à l’aube sans  le moindre mal.  La capacité d’auto-désintoxication et de récupération est ici supérieure. Bien entendu, il n'est pas question de mêler pratique et moments festifs, mais ils ne s’excluent pas. Beaucoup de clients ou d’élèves ont tendance à projeter une aura de sainteté sur leur thérapeute, maître, Sensei. C’est une projection et une fausse attente. Un bon thérapeute est pour moi imparfait, il connaît les prétendues faiblesses et peut donc aider utilement. On ne peut montrer le chemin que si on y est allé soi-même.
Finalement, l’exemple de l’alcool nous apprend beaucoup pour un bon art de vivre, indissociable de la pratique du shiatsu.

Il me reste à considérer un dernier aspect de l’alcool : l‘usage thérapeutique.

L‘alcool un remède
N’oublions pas que l’alcool est aussi la base de  nombreux remèdes.  J’ai  acheté à New York au musée The Cloisters un fac simile expliqué d’un traité de médecine par les plantes du 16ème siècle anglais, « The Herbalist’s Bible », d’un certain John Parkinson. Parkinson recense les plantes utilisées couramment à son époque et donne des recettes pour guérir de multiples maladies. Nombre de recettes commencent invariablement par « prenez de grandes quantités de vin blanc ou rouge d’ici ou de là-bas… » Ma première réflexion fut qu’il y a 500 ans, le monde était décidément peuplé d’abominables boit-sans-soif, mais en fait, l’alcool, une fois distillé, était le seul liquide stérile disponible, avec en plus  l’admirable propriété d’extraire tout le suc des plantes qui y sont plongées.

Dans notre jeunesse, nous avons tous consommé les eaux et autres jouvences élaborées par des ecclésiastiques  au nez rouge selon des recettes secrètes, avec des effets positifs sur la santé et un fort degré d’alcool.
Quant à nos merveilleuses huiles essentielles, tellement efficaces, elles sont des distillats et c’est précisément cela qui leur accorde des propriétés.
Exagération et abstinence : même regard

J’ai quelque peu forcé, non sur la bouteille, mais sur les aspects positifs de l’alcool, son utilité et son enracinement, pour contrebalancer la diabolisation en cours et montrer la complexité de la question. Il en va d’ailleurs ainsi de toute question humaine. Je n’ai pas oublié les effets indésirables liés non à l’alcool mais uniquement à une consommation abusive : maladies, problèmes sociaux, vies brisées, carrières ruinées…
Ici, comme ailleurs, c’est le corps qui doit décider. Et les limites sont différentes pour chacun. Si je sens que quelque chose me fait du tort, ce quelque chose ne me convient pas.

Si je prends de l’alcool et que cela altère, amoindrit, détruit ma santé…
Si je prends de l’alcool et que cela impacte négativement ma vie, celle de mes proches, mon environnement…

Si je bois de l’alcool parce que je ne peux absolument plus m’en passer…

Alors, il y a un problème. Mais, dans les phrases précédentes, j’aurais pu aussi bien remplacer le mot « alcool » par un autre mot : tabac, café, sucre…
Si je m’abstiens par contre, et que ma vie n’est pas plus heureuse, épanouie, joyeuse… Alors, le problème n’est pas dans l’alcool.

Je connais des abstinents en tout genre  qui n’ont pas l‘air particulièrement joyeux ou libérés de quelque chose. C’est comme dans les magasins bio. Ceux qui mangent sainement n’ont pas l’air particulièrement en meilleure santé ou joyeux.
Le devraient-ils ? Désir déplacé de perfection ou idéalisation à outrance, sans doute, mais aussi la preuve que le remède n’est pas (seulement) là.

Ce que la philosophie derrière le shiatsu nous apprend, c’est que rien n’est jamais blanc ou noir, que le jugement ne mène à rien de constructif, il y a simplement des mouvements d’énergie dans des sens opposés, qui sont impermanents de surcroît.
Et sur le tatami, qu’est-ce qu’on  fait ?

Un monsieur est venu me voir un jour avec un problème d’alcool, qui ruinait sa vie (ses partenaires ne restaient pas) et sa carrière (on lui retirait des responsabilités). Il était bien conscient du problème, mais n’arrivait pas à arrêter. En l‘occurrence, les causes étaient à chercher loin dans son enfance. Tout était déréglé par ailleurs : sommeil, alimentation, vie sociale…

Nous ne sommes pas des psychologues ou des thérapeutes systémiques, nous n’allons donc pas disserter, exhumer, réfléchir, persuader… Mais il serait souhaitable qu’un autre thérapeute vienne en complément pour travailler sur les causes et sur un changement de vie.
Le trajet spécifique touché par une consommation inadaptée d’alcool est en premier lieu digestif. Comme le dit Ohashi, entre ce qui entre et ce qui sort, il ne doit pas y avoir d’obstacles. Les obstacles, en l ‘occurrence, ont à voir avec l’absorption de substances inutiles et en trop grand nombre et  la non-élimination de toxines. On observera des effets sur le trajet de la digestion : estomac (appétit, acidité peut-être), pancréas (sucres et compulsions psychologiques), intestin grêle (causes lointaines et mauvais tri des substances), foie (toxines, mauvais sommeil, articulations raides ou bloquées), vésicule (incapacité à reprendre le contrôle), gros intestin (problèmes d’élimination). Il est à parier que les métatarsiens seront hyper-douloureux à cause des toxines. Possibles crampes nocturnes dans les mollets sur le muscle gastrocnémien et  le point de vessie  V57 SHYOZAN sera très douloureux.

Il y a également un problème de volonté (Reins). Shin est évidemment troublé, donc le travail sur le Cœur ne pourra qu’aider à réharmoniser.

Enfin, il y a ce point de Poumons 10 GYOSAI « Région du Poisson », dont certains prétendent qu’il fait redescendre très vite le grammage d’alcool dans le sang, et qui agit effectivement sur la consommation d’alcool.
L’apport essentiel du shiatsu consistera, comme bien souvent, dans la reprise de contrôle par le corps, qui sait toujours ce qui est bon ou mauvais pour lui. Cela permet de passer outre aux argumentations du mental, bien illustrées dans Tintin, avec un Milou rouge diabolique et un Milou blanc angélique argumentant sur la déciion à prendre. Souvent le Milou rouge l’emporte. Le centrage qu’apporte le shiatsu et le réveil du corps rendent superflus ces argumentations du mental et permettent de passer outre. Ou, si l’on passe outre quand même, on se sentira mal.

Le shiatsu permet donc de détoxifier, nettoyer, soutenir, recentrer…  Il permettra et s’accompagnera du retour à une vie de qualité, avec un nouveau sens et de nouvelles activités. Cela ne se fera pas du jour au lendemain. Quand les problèmes  sont anciens, ils mettent plus de temps à s’évacuer.
Enfin, le contact avec la Nature et les activités en plein air, ou une activité artistique, le Yoga, la méditation viendront soutenir le nouvel ancrage en cours.

Et puis, pour plus tard… La personne qui est passée par là saura elle-même montrer le chemin à d’autres. Passée par là, elle connaît tous les pièges et surtout, elle ne jugera pas.

 

Alors, régime sans alcool ou pas ? Vous aurez compris que la question ne se pose pas uniquement en ces termes. Quoi que vous décidiez, éliminez en tous cas la culpabilité et écoutez votre corps, qui sait ce qui est bon ou mauvais pour vous. La pratique régulière du shiatsu donne ce ressenti.
Est bon pour moi ce qui me fait du bien. Tout ne me fait pas du bien tout le temps, il faut de l’alternance. Si j’arrive à comprendre les signaux de mon corps et si je les écoute, alors, je suis sur le bon chemin.

Thursday, 22 December 2016

Réflexions de fin d'année et de renouveau autour d’un bol de thé matcha


L’après-midi est tranquille. Je m’installe au salon. Devant moi, du thé japonais matcha, moulu patiemment à la meule de pierre, au goût si vert et si minéral, battu avec le petit fouet en bambou et servi dans ce beau bol en bois de chêne acheté un jour au Japon. En accompagnement, un morceau de chocolat 100% à base de fèves criollo, les cacaoyers natifs d’Amérique latine qui donnent un chocolat pâle et légèrement acidulé.

Pas n’importe quel thé, pas n’importe quel bol, pas n’importe quel chocolat. Snobisme ? Ce serait jugement. Choix délibéré, plutôt, de la qualité et de la beauté, choses inscrites dans les gènes au Japon, pays du shiatsu. Choix de l’attention, au sens bouddhiste, à ce que l’on mange et boit, par respect pour ce que la nature et le savoir-faire des hommes a produit, en harmonie. Conscience du bonheur d’être au XXIème siècle et de pouvoir bénéficier facilement de ces belles et bonnes choses. Gratitude.

Ce n’est pas tant qu’il faille attribuer un sens aux actes banals du quotidien, tels que manger, boire, se laver, s’étirer, se promener, ou se tenir simplement en silence. C’est question d’attention et d’intention.

L'attention

La pleine attention consiste à tenter de devenir conscient à tout ce qui est là. Thich Nhat Hanh, moine Zen coréen célèbre par son enseignement, raconte ainsi un exercice de pleine attention au départ d’une tasse de thé. En se concentrant, on peut remonter à la genèse même du thé que l’on boit : le travail des hommes, la pluie, le soleil et le vent sur le théier, le passage des 4 saisons,  les oiseaux qui s’y posent, son enracinement dans la terre, les feuilles qui poussent. Quand on a remonté tout l’enchaînement des causes et effets qui ont produit cette tasse de thé (idem pour la tasse et pour l‘eau), on est conscient de ce que l’on boit, et l’attention se poursuit après sur les sensations dans le corps.

En traitement shiatsu, nous tentons de même d’atteindre cet état de pleine attention pour la personne qui vient nous voir, dans l’écoute, la non-interprétation, le non-jugement, l’ouverture à ce qui est là. Lors d’un récent stage de Seiki Soho, avec Frans Copers, il y avait aussi cette attention totale à ce qui est là, et tout à coup, la main s’en va, spontanément, toucher l’endroit qui « appelle ». En Seiki, il est question là de résonance, ce qui vient faire vibrer nos fibres les plus profondes.

L'intention

Quand on prête attention aux actes du quotidien, on peut aussi les accomplir avec une intention. Je dirais presque les offrir, les dédier à quelque chose ou quelqu’un, ou simplement les accomplir en gratitude. En shiatsu semblablement, on peut mettre une intention dans son travail, ou aucune intention, pour laisser s’exprimer le corps qui reçoit.  Masunaga dit que l’intention suffit, d’autres disent qu’il n’en faut pas. Cela dépendra du moment et de la personne, mais au minimum, la bienveillance sera l’intention profonde. L’état de bienveillance et de gratitude est très puissant. Alors, l’esprit Shin (qui est, notamment, l’entité psychologique, harmonisante, correspondant au cœur) peut s’exprimer pleinement et la joie est présente. Joie ou jubilation ? Les théologiens disent que la prière de louange est la plus puissante, car elle est désintéressée. Quand on dit merci, c’est pour quelque chose et à quelqu’un. On peut être dans la gratitude pour tout et rien, sans raison précise. On peut s’adresser à Dieu, aux bouddhas, à tous les Kamis, ou à personne. Peu importe, c’est question d’affinités. L’important est le ressenti, l’état. « Have fun », dit Ajahn Brahm.

Le contentement

Ajahn Brahm est un abbé bouddhiste theravada qui écrit beaucoup de livres et donne beaucoup de conférences. Il parle du contentement et c’est la première fois que je rencontre ce terme dans un contexte bouddhiste. Le contentement est un état profond.  Se sentir content, à tout moment, c’est être reconnecté à l’instant présent, avoir laissé aller le passé et le futur, et les angoisses qui vont avec, et juste se sentir bien. Les  personnes qui viennent régulièrement en shiatsu me le disent : elles se sentent bien, et n’ont pas d’explications à cet état. Il n’y en a pas, ou il y en a autant que de personnes, peu importe. Si à la première question, « comment allez-vous ? », la réponse est « je vais bien » (et que c’est vrai J), le shiatsu prend tout son sens premier : faire en sorte que cela reste ainsi. Seul un travail régulier permet d’atteindre cet état de bien-être.

Partis d’une tasse de thé et d’un morceau de chocolat, nous voilà bien loin. C’est que tout est lié, tout est interdépendant et les analogies chères aux proto-Chinois, ou les correspondances chères à Baudelaire, pour prendre une référence occidentale, sont bien là.

Pratiquer le shiatsu amène à vivre autrement

En quête de qualité, en pleine présence, l’expérience est plus intense et donc, l’aspect quantitatif disparaît. Cela n’aurait aucun sens de boire 5 bols de thé et de manger toute la tablette de chocolat. Le corps n’a pas besoin de ces quantités-là, et si on le laisse s’exprimer, ce ne sera même pas possible. La quantité vient compenser le manque de qualité, cela se vérifie avec la nourriture de mauvaise qualité. En conséquence, nous n’aurons plus besoin de manger autant si nous optons pour la qualité et l’intensité, et nous pourrons nous offrir des choses meilleures. C’est Jean Rofidal, dans son livre « l’art du Do In » qui fait l‘éloge de la frugalité. Avoir toujours un peu faim donne de l’énergie et améliore la qualité de la vie. Etre toujours rassasié ou saturé ramollit et suscite l’égoïsme (pendant la digestion, l’organisme n’est tourné que vers lui-même). « Avoir l’estomac vide le plus longtemps possible est une bonne condition pour être libre, pour être tourné vers le monde, pour pouvoir donner ».

En ces périodes de fête, voilà qui donne à penser. Même si, comme le dit François Couplan, champion de l’alimentation par les plantes sauvages, un bon excès quelques fois par an fait partie des choses naturelles. Le problème, c’est d’être toute l’année en sur-consommation et de tenter des sevrages ponctuels. Il vaut donc mieux, de façon plus ou moins constante, rester dans la frugalité. Si nous pratiquons le shiatsu, nous savons bien qu’un extrême appelle l’autre, trop peu engendre trop et trop implique trop peu ailleurs.

Puisque nous parlons des fêtes et du sentiment d’interdépendance avec le vivant, il me vient à l’esprit d’appliquer la méthode de la tasse de thé aux mets traditionnels de fin d’année : foie gras, homards et autres dindons de la farce. On peut d’ailleurs le faire avec tout ce qu’on mange. Si cette méditation nous amène à la maltraitance et la souffrance animale, à l’exploitation et la prédation de la nature, au saccage ou à la pollution du vivant, à des traitements non-équitables… se pose la question de savoir si ingérer tout ce ressenti négatif et toute cette souffrance nous fera du bien. Chacun verra pour lui-même. Mais la sagesse derrière la pratique du shiatsu viendra de plus en plus nous titiller, et nous rapprocher de la bienveillance, de la compassion, de l’attention à la Nature, à toutes les créatures et à soi-même…

Que ces fêtes soient de belles fêtes, et vous amènent tous et toutes sans encombrent au renouveau du calendrier et de l’énergie qui repart vers de nouveaux sommets.
 
Meilleurs voeux

Wednesday, 14 December 2016

Le bore out : mourir d’ennui, ou presque


 Klara a dû arrêter de travailler. Diagnostic : bore out. Le bore out, c’est ce « syndrome d’épuisement professionnel par l’ennui ». Le travail est tellement inintéressant, ou rare, qu’on s’ennuie, on ne se sent pas valorisé, et donc, on perd toute estime de soi, rien n’a plus de sens, on déprime, on est fatigué, on devient irritable, on n’arrive plus à dormir… Evidemment, le corps envoie des signaux d’alarme par tous les côtés. A priori, le bore out est le contraire du burn out, où on a tellement à faire qu’on craque, mais la conséquence est semblable : pendant une longue période de temps, on n’est plus capable de travailler.

Un problème de management

Il semblerait que 15% des employés s’ennuient au bureau. Le Dr Luc Swinnen, qui est une autorité en matière de stress management et de bien-être au travail (www.stressmanagement.be) questionne (article dans Jobat) la responsabilité du management, qui ne prête pas suffisamment attention à ces signaux, et n’est pas attentif à déléguer des tâches intéressantes. Pour lui, un remède consiste dès lors, pour l’employé en bore out, à être assertif et à revendiquer du travail ou du travail plus intéressant. Le problème, c’est que l’énergie manque souvent pour ce faire. Et j’ajouterais que l’on est souvent confronté, en plus, à un conflit de personnes. Devenue « indésirable », la personne en bore out est tenue à l’écart par un responsable. J’en ai même connu à qui on disait de rester chez eux, tout en étant payés. Tout comme le Dr Swinnen, je pointerais d’abord du doigt le management car c’est un poste à responsabilités, y compris celle d’anticiper et de résoudre les problèmes, où que se trouve la « faute ».

Toutefois, la littérature professionnelle et l’expérience montrent qu’il y a peu de chance de faire bouger le management (le middle management représentant trèèèèèèès souvent la pire couche d’immobilisme en entreprise ou en institution). La meilleure solution consiste en fait à partir de là. C’est ce qu’a fait Klara.  Elle et son employeur se sont quittés, pour reprendre le ton souvent hypocrite des communications d’entreprise, « de commun accord » et elle est maintenant à la recherche « d’un nouveau défi ». Enfin, cela, justement, reste à voir.

Car, malgré tous les efforts qu’elle fait pour se remotiver et se remettre à la recherche d’un travail, Klara n’y arrive pas vraiment. Elle ne voit rien d’intéressant dans les annonces, ne voit d’ailleurs pas bien quoi faire et n’a pas d’énergie pour entreprendre grand-chose. De plus, elle subit la pression de son entourage qui trouve qu’elle est restée suffisamment longtemps à la maison, qu’elle n’est pas malade, et qu’il serait temps de s’y remettre.
Changer de vie

Parmi les personnes qui viennent en shiatsu, nous avons évidemment des personnes qui, comme Klara, et à des degrés divers, font face à un changement de vie. Ce que bore out et burn out viennent nous dire, généralement, c’est : il est temps de changer de vie. Sinon ? Il y a de fortes chances que de multiples maux vont se déclarer, ou que les symptômes vont s’aggraver. Quand on est en bore out, sans énergie, c’est d’ailleurs qu’on a déjà nié les premiers symptômes.

Souvent, le médecin, à juste titre, a donné plusieurs mois (reconductibles) à la maison et, parfois, ces personnes ont entamé une psychothérapie ou un travail sur soi leur permettant d’explorer ce qui est là. Il est clair que la première chose à faire, c’est l’éloignement d’un environnement devenu toxique. En parallèle, il y a la reconquête du temps pour soi. Avec tous les pièges d’être à la maison, quand il s’agit de femmes, qui redeviennent des mères au foyer. Ce job-là à temps plein ne leur permet justement pas de se retrouver. De plus, il y a la pression sociale, comme dans le cas de Klara, les amis ou la famille qui trouvent qu’il est temps de retourner travailler. Là aussi, il va falloir la force de dire non.
Les mesures d'urgence : faire le vide et éloigner les toxiques

Le problème, comme au travail, c’est que de la force, justement, il n’y en a plus dans ces moments-là, pour claquer la porte, prendre de la distance, mettre des barrières. Il faut absolument du temps, et du temps rien que pour soi. La personne en bore out est arrivée à un extrême, est envahie de partout, et il faut expulser les envahisseurs.
Je félicite toujours ceux et celles qui m’avouent leur préavis de façon un peu honteuse, et je m’en réjouis avec eux : c’est sans doute une des plus belles années de leur vie. Payés pour se reconvertir, magnifique ! Ces derniers temps, il y a en plus cette autre pression politique de l’obligation de travailler, toujours plus, toujours plus longtemps et pour moins d’argent. Actuellement, il ne surgit plus que des politiciens en costume et à la mine sombres pour nous dire de travailler et de consommer en oubliant de vivre. Il est urgent de dire que non merci, et de travailler non pas à la survie d’un système qui coince de tous les côtés, mais à l’émergence d’un nouveau système. On me rétorque déjà : il faut bien avoir de l’argent. Exact, et on attend que se lèvent les vrais réformateurs qui mettront fin au non-sens ambiant et rendront à l’homme sa dignité, avec la satisfaction de faire des choses bien rémunérées qui font vraiment progresser l’humanité tout en préservant la planète.

Il y a nécessité donc de faire le vide, de se tenir à l’écart d’environnements et de personnes toxiques. Il vaudrait mieux partir seul(e), un certain temps. Quand on crée de l’espace en soi, uniquement, quelque chose de nouveau peut surgir. Jamais là où les décombres d’une ancienne vie encombrent.
Voilà pour les mesures d’urgence.

Libérer et reconstruire, avec l'aide du shiatsu

Plus qu'un traitement, le shiatsu est un art de vivre. En pratiquant ou simplement en recevant le shiatsu, la façon de vivre évolue, on comprend les choses autrement.
Il suffit de bien regarder le corps pour se rendre compte que nous ne sommes pas faits pour vivre de façon confinée, assis devant un écran, les sens émoussés, à faire des choses dont le sens souvent nous échappe. Nous sommes des coureurs des bois, cela n’a pas changé depuis la Préhistoire, nous avons besoin d’air, de mouvement. Plus nous sommes sédentaires, plus nous nous affaiblissons. Nous mangeons trop, et n’importe quoi, cela n’arrange rien.  Et nous sommes perpétuellement bombardés d’informations inutiles, angoissantes, avec la peur du lendemain.

Pour le bore out comme pour tout, si l’on considère les flux d’énergie, rien ne sert de s’obstiner dans ce qui bloque. Le perpétuel balancement du Yin et du Yang vient nous l’apprendre. Lorsqu’une polarité est à son maximum, l’autre est déjà présente et grandit. Il importe de discerner ce qui est déjà là et réclame de grandir. Jung parlait déjà de ce type de crise, qui arrive souvent vers la quarantaine. Il est temps de regarder l’autre versant et de se demander s’il n’est pas temps de faire autre chose, de faire moins, de faire autrement ou… de ne plus rien faire (de semblable).

Venir en shiatsu va permettre de libérer et de reconstruire. Il y aura sans doute un nécessaire passage par le lâcher-prise. On constatera peut-être que le « kikai », mer d’énergie vitale, est faible, tandis que le plexus est trop tendu. En d’autres termes, il y a déséquilibre, tensions, l’énergie est trop haut.  

Un bon travail de fond, sur Reins, Foie sera sans doute à sa place. Et nous n’oublierons pas l’énergie des Poumons, souvent perturbée, à cause de l’envahissement, parfois même la peau montre des rougeurs.  Ce sont des considérations générales, car chaque personne est différente et on ne peut vraiment juger que sur place.

Tout dépendra aussi du moment. Quand Klara me dit, en décembre, qu’elle a envie de rester chez elle et pas de courir les entretiens d’embauche, elle est 100 % à l’écoute de son corps et en harmonie avec l’énergie ambiante. On n’entreprend pas de grandes choses en hiver, on laisse monter les idées pour dans quelques mois, quand l’énergie reviendra. Le shiatsu permet de débloquer, et de déculpabiliser, aussi.

Je n’hésite pas non plus à conseiller de regarder ce qu’on a laissé de côté dans sa vie : un talent artistique, une activité manuelle, une aptitude sacrifiée à son métier et à la nécessité de gagner sa vie. C’est le moment de laisser surgir tout cela. Les longues promenades dans la nature seront également bénéfiques, par le travail qu’elles accomplissent toutes seules sur les poumons, les intestins, l’espacement des pensées…  

Le shiatsu offre donc une large palette  de solutions et permet toute une série de choses : écoute, lâcher-prise, soin de soi, relaxation, centrage, stimulation de l’énergie. On met littéralement le doigt sur ce qui ne va pas, et comme dit Kishi Sensei on enlève les pierres au milieu du ruisseau.

Même si il eût été préférable, dans ce cas comme dans tout autre, d’avoir commencé le shiatsu « quand tout va bien », car cela aurait sans doute permis d’éviter la cassure et d’assurer une transition plus en douceur.