Parfois, diverses lectures ou conversations se recoupent sur
un même thème. Comme pour dire : c’est le moment de réfléchir à cela. Deux
lectures récentes m’amènent à vous partager quelques réflexions sur
le choix de
nos praticiens et enseignants.Nous sommes tous confrontés à la question du choix des bons praticiens,
enseignants, guides… Vers qui aller ?
Comment être sûr de rencontrer quelqu’un de valeur avec une transmission et une
pratique authentiques ?
Less is more, en matière d'info
Ainsi, je lis dans la préface du dernier livre de Maître Kawada ‘Shiatsu &
Santé’ (écrite par le professeur
Frédéric Thys, directeur de la collection Santé chez Mardaga) : ‘ Sur un
sujet aussi particulier (le Shiatsu), face à la multitude de sources d’informations
consultables sous toutes les formes (réseaux sociaux, blogs, Web, podcasts,
conférences, télévision, magazines), il est
difficile de déterminer si les
contenus sont fiables, validés par des experts, ou douteux. Retrouver son
chemin et un esprit critique dans cette info-obésité qui nous pousse à
appréhender beaucoup de données dans un temps de plus en plus court est parfois
bien ardu’.
Holà ! N’y aurait-il pas un avertissement de la part d’un éditeur ayant
pignon sur rue ? Si nous voulons être crédibles, il faut
arrêter de s’étaler
avec une grande quantité de publications (la quantité faisant baisser,
toujours, la qualité) et si on n’a rien de particulier à dire, attendre d’avoir
un vrai sujet avec une approche rigoureuse ? C’est en tout cas notre parti pris avec le
groupe Ôdô Shiatsu Community.
Travailler à notre crédibilité
Et, poursuit le Pr Thys, ‘c’est pour cette raison que nous
avons confié à Maître Yuichi Kawada la responsabilité de cet ouvrage, car il
est reconnu pour
pratiquer cette discipline avec la connaissance profonde de
ses limites dans des hôpitaux belges exigeants sur la rigueur des soins
proposés’.
Tous les mots sont ici importants : pour être crédible, il s’agit de
- Pratiquer ;
- Une discipline, càd quelque chose qui exige du
travail sur soi, un cadre, une technique ;
- Avoir la connaissance profonde de ses limites,
càd l’humilité face à ce que l’on peut faire ou non avec notre pratique ;
- Parce que les clients sont exigeants sur la
rigueur des soins. L’exemple des hôpitaux ne change rien à l’affaire. Tout le
monde ne pratique pas en hôpital, comme Maître Kawada, mais tous nos clients
méritent la rigueur des soins proposés.
Nous nous plaignons volontiers que la communauté
scientifique et médicale démontre peu d’intérêt envers le Shiatsu, mais il y a
là peut-être quelques indices qui pourraient favoriser un rapprochement et des
collaborations, toujours souhaitables.
La surabondance des formations
Une deuxième piste de réflexion se présente à moi au même moment à travers le
livre de
Daniel Odier ‘Le grand sommeil des Eveillés’. Daniel Odier a une
longue pratique spirituelle à travers les traditions cachemirienne et Chan (devenu
le Zen au Japon), mais ce qu’il observe sur l’enseignement de ces disciplines est
tout autant pertinent et applicable au domaine des soins dits ‘alternatifs’ et
des formations qui sont dispensées.
Attention ! Car il est trash, cash et décapant, mais justement, cet
iconoclasme éveille les consciences.
Ainsi, nous dit-il, ‘ Nous sommes aujourd’hui submergés par
l’abondance des messages et des enseignants. Il y aura bientôt un maître spirituel
pour 3 habitants et chacun sera au fait d’une demi-douzaine de voies promettant
la délivrance. Mais la délivrance de quoi ? De la dépendance, de la
souffrance, de la solitude ? Certainement pas. Tout est à notre
disposition, mais notre boulimie spirituelle nous pousse à une compréhension
artificielle qui nous fait échouer dans notre recherche’.
Allusion claire au zapping, au shopping si souvent observé, avec la tentation
de toucher à tout sans se tenir à rien. Slogan célèbre jadis à la télé : ‘Du
fromage belge… un peu de tout !’
Il poursuit : ‘Obsédés par le temps, nous nous fourvoyons. Il ne suffit
pas de s’acheter un tambour pour devenir chaman, d’entendre des voix pour
communiquer avec les maîtres d’antan, de s’asseoir en méditation pour perdre
ses illusions’.
Toute ressemblance avec des situations existantes serait purement fortuite…
La qualité très diverse des enseignants
Et il continue avec les enseignants, cette fois : ‘ Nous
sommes manipulés par des pseudo-sages qui arborent un éveil de pacotille collé
à un ego surdimensionné. Ces illuminés prennent soin de nous faire glisser dans
un système qui nous lie pieds et poings au devenir. Les jeunes loups-gourous s’éveillent
en trois stages d’été et quittent leur emploi pour enseigner prématurément. Les
vieux renards veillent au grain en appointant parcimonieusement des être plus
médiocres qu’eux-mêmes pour être certains qu’on ne les oubliera pas. La plupart
des scélérats qui font métier d’enseigner ne transmettent que leur propre désarroi
pour continuer à gagner leur vie et satisfaire leur ambition’.
Nous
voilà bien avertis sur les dérives possibles dès que nous enseignons quelque
chose. Examen de conscience et discernement nécessaires…
Daniel Odier place ensuite sous une lumière crue certaines dérives bien connues
(sous le manteau) autour de la figure du ‘Maître’, que ce soit dans les
branches spirituelles, les arts martiaux ou autres pratiques… Vous lirez cela
si, comme moi, vous vous délectez de ce ton libre et sans détours. Il est, au fond,
un miroir. Il s’agit de se regarder chaque matin dans le miroir et de soutenir
notre regard. Pas de pointer le doigt vers les autres.
Comment reconnaître les bons ?
Que ferait alors un bon enseignant, maître, praticien, appelons-les comme on
veut.
‘Qui parle du grand nettoyage, de celui qui se fait hors de la dépendance, de l’effarement,
de la peur, en ne comptant sur personne que sur soi-même ? Evidemment,
impossible de construire un empire sur de pareilles idées.’
Dans la pratique du Shiatsu, notre but ne peut être de fidéliser à outrance ou
de retenir nos clients, mais précisément de leur rendre leur autonomie. De même
que c’est le corps des clients qui fait l’auto-guérison, pas nous. Nous, nous aidons,
nous accompagnons. Cette semaine, une cliente me dit comme en s’excusant :
‘je vais maintenant essayer quelque temps par moi-même’. C’est très réjouissant
d’entendre cela : elle reprend la direction du travail sur soi grâce au
travail que nous avons fait sur le corps. Elle viendra moins souvent. C'est fort bon signe.
Daniel Odier ajoute encore cette très belle phrase : ‘Je prends le parti
de ceux qui cherchent et doute de ceux qui ont trouvé, car ils sont morts’. L’humilité
consiste à partager notre recherche et à ne jamais l’arrêter. Les affirmations
péremptoires comme quoi ‘voilà comment il faut faire’ devraient résonner en
nous comme des signaux d’alarme. La pratique, nécessairement, évolue sans cesse.
Alors voilà, en cette période de surabondance de stages, formations en tous
genres qui vous promettent des tas de choses… je vous souhaite d’exercer votre
discernement, de garder votre indépendance d’esprit et de vous abreuver aux
bonnes sources.
Car avant de travailler sur les autres, il s’agit de travailler sur soi.
Bon été !