Ce blog sur le shiatsu vous propose de découvrir les multiples facettes du shiatsu. Le cabinet de shiatsu, installé dans le quartier Schuman à Bruxelles, vous permet de ressentir ses bienfaits sur votre santé.
Courtes réflexions pour ne pas oublier le Shiatsu pendant l’été
DIX-NEUF
Parmi
les techniques disponibles, il en est une pour laquelle j’ai une inclination
particulière et je ne saurais vous dire pourquoi au juste. Elle me parle, elle
me plaît depuis toujours.
C’est Shin Sen Hô - 振せ法– Techniques de
vibration. Cela veut bien dire ce que cela veut dire, car :
振est bien l’idée d’une onde, d’une secousse, d’une
vague, d’un swing et dans ce kanji, vous voyez la clef de la main, c’est donc par la
main que cela arrive ;
せc’est moins clair, une espèce de confirmation, ou ‘ce
qui ressemble à’ et 法– la méthode.
C’est un peu difficile à faire car il faut réellement vibrer. Ce n’est donc pas
du kenbiki, qui consiste à faire des petites pressions / secousses rapides.
Pour la vibration, les mains sont posées et tremblent en quelque sorte. Pour
les faire trembler, il faut amener une forte tension dans les bras, la vibration s’opère
alors à partir du coude et se transmet dans la main.
On peut vibrer ainsi très longtemps, aussi longtemps que l’on maintient la
tension des bras, idéalement sur une longue expiration et on recommence ainsi
plusieurs fois.
Souvent, les personnes qui reçoivent une vibration s'étonnent et trouvent cela très agréable.
Les zones sur lesquelles j’applique généralement une vibration sont la tête, la
poitrine, le ventre, les genoux, le dos…
Vibrer est une manière d’éviter la pression lorsqu’il y a trop de tensions, par
exemple… Une pression serait douloureuse, alors on vibre, pour en quelque sorte défragmenter, la zone, désagréger la tension... On obtient parfois plus par une innocente douceur que par une focalisation.
A la fin d’un kata de la tête, la vibration est la cerise sur le gâteau, le
receveur / la receveuse étant généralement déjà dans une grande détente, tout
repère se perd sous ce doux tremblement.
On pourrait gloser évidemment à l’infini sur le fait que tout l’Univers n’est
que vibration, sur l’aspect vibratoire dne la pratique, sur l’utilisation du son
(kototama)… mais nous n’allons pas le faire.
Peut-être, en effet, la technique vibratoire nous ramène-t-elle à l’origine de
la manifestation, peut-être allons-nous, là, toucher directement le niveau
cellulaire…
Mais
l’intérêt, c’est d’essayer. Placés dans un état vibratoire, peut-être nous rendrons-nous compte que
la qualité de l’énergie intérieure et extérieure est devenue différente. Il y a un bruissement, un écho, une voix intérieure, un murmure, on se rapproche du frémissement, comme disent les Tantriques.
Inspiré par le livre de Tobie Nathan ‘Secrets de thérapeute’
Tobie Nathan est, depuis 50 ans, ethnopsychiatre. Il considère que chaque
ethnie a son inconscient collectif, son langage, ses traditions, ses
mythologies, son rapport au monde des esprits… et que, par conséquent, on ne
peut pas traiter cette évidente diversité avec le seul héritage des pères
occidentaux de la psychanalyse.
Dans ce livre très inspirant, j’ai trouvé beaucoup de bonnes analogies avec notre
pratique du Shiatsu.
Pas de méthode universelle
Respecter l’histoire des familles, le parcours de leurs aïeux, les terres qui
accueillent certains de leurs ancêtres, les dieux auxquels ils ne croient plus,
les cultes dont ils ignorent tout, est nécessairement le premier temps d’une
thérapie, nous dit Tobie Nathan.
Impossible pour un seul homme de maîtriser tout cela. Les consultations
d’ethnopsychiatrie sont donc un travail d’équipe : ‘Il ne s’agissait
plus de traiter un patient, mais de tenter de résoudre un problème qui, certes,
affligeait une personne, mais concernait sa famille et son groupe. Dans cette
discussion, tout le monde allait participer : le patient en premier lieu,
mais aussi les membres de sa famille, les médiateurs, les thérapeutes, les
stagiaires…les travailleurs sociaux, les experts…tout ce monde agglutiné…’
Bien, mais alors, s’il existe autant de thérapies que de peuples, il n’existe
pas de méthode universelle.‘La thérapie ne peut être une, elle est multiple
par nature’. Pour chaque patient, il faut aller chercher dans ses
attachements une pensée pour le soigner.
Ceci nous invite à réfléchir sur cette multiplicité avant de revenir sur la
‘spécificité universelle’ du Shiatsu.
Les choses visibles et invisibles
De multiplicité, il en est question à toutes les pages dans le livre de Tobie
Nathan..
Il nous fait ainsi prendre conscience d’un riche arrière-plan culturel
africain, amérindien, oriental, juif… susceptible de débarquer un jour dans
notre cabinet, incarné par ses sujets. Nous ne serons bien sûr pas compétents
pour en parler, mais il peut être bon de pressentir ce qui sous-tend et
accompagne nos client(e)s potentiel(le)s.
J’ai découvert dans ce livre une incroyable diversité dans les thérapies
pratiquées dans le monde entier. Tous phénomènes qu’étudie l’ethno-psychiatrie :
la transe, les pratiques de guérison des évangélistes africains, les esprits et
démons de la vie quotidienne en Egypte, les fétiches africains qui connaissent
l’ordre du monde, les amulettes pour empêcher Lilith de tuer les enfants, les
cas de possession par les Djinn…
Le cas des objets animés est particulièrement intéressant car il nous renvoie
au Japon. Nombre d’objets africains, par exemple, sont chargés de pouvoirs de
guérison et autres… de par la vénération, l’attention et l’utilisation
quotidiennes dont ils font l’objet. Il faut savoir que c’est le cas au Japon
également.
Muriel Jolivet dans son excellent livre ‘Les dernières chamanes du Japon’
n’hésite pas à dire que ce pays est le plus hanté au monde. En effet, tout y a
une ‘âme’ : les arbres, les pierres, les statues, les poupées…
Nombre d’objets de la vie quotidienne, dès qu’ils atteignent l’âge de 100 ans,
possèdent une âme. Les tsukumo gami (esprits des vieilleries) se manifestent
partout : balais qui se baladent tout seuls, vieilles chaussures animées
de mouvements, tas de poussière animés, épouvantails danseurs, parapluies
volants, miroirs magiques… la liste est longue.
Sylvain Jolivalt dans ‘Esprits et créatures fabuleuses du Japon :
Rencontres à l’heure du Bœuf’ nous illustre cette immense variété de kami, yôkai,
Maîtres de l’Eau, Protecteurs des Montagnes, esprits de l’air, gardiens des
enfers et yûrei (fantômes) de tout poil.
Toutes rencontres que l’on risque de faire à l’heure du bœuf, soit entre 1h et
3h du matin, l’heure du Foie, celle où on nous dit précisément qu’il vaut mieux
dormir. Et l’heure des cauchemars quand le Foie est un peu survolté !
Au Japon, de nos jours, on vous déconseille de sortir la nuit dans certains
endroits sous peine de mauvaises rencontres.
L’attention que l’homme accorde aux mondes spirituels manifeste leur présence
sur terre. Au Japon, la présence des kami est ainsi perceptible partout, si on
ne s’en coupe pas.
Chez nous, il reste bien des endroits où l’on ‘sent’ quelque chose, une
présence… Mais ils sont plus cachés qu’auparavant, moins ‘activés’ en quelque
sorte.
Enraciné dans l’irrationnel
Il s’agit donc d’être bien conscient de cette réalité du pays qui a vu naître
le Shiatsu. Et cela de la part d’un peuple considéré généralement comme plutôt
sobre et très rationnel. Il reste quelques mythes à déconstruire… et à faire
attention aux objets que nous plaçons dans notre cabinet et ailleurs.
Il s’agit de prendre conscience de l’imprégnation des pères et grands-pères du
Shiatsu dans cette réalité japonaise.
N'en déplaise aux fervents adeptes de la
rationalité (très récente au Japon, la greffe de l’ère Meiji), il y a d’ailleurs
aux origines du Shiatsu pas mal de pratiques sentant le soufre magique, irrationnel,
rituel, plus simplement spirituel. Tamai chantait le Hannya Shingyô et
pratiquait avec ‘les mains inspirées’, en fait 靈手, reite, ce qui renvoie à Rei / Tama, faute de mieux, ‘l’âme’.
Donc, les mains connectées aux âmes. Il y en a 4 dans le Shintô : ichirei,
shikon , un rei, quatre mitama. Autre sujet.
Selon Billy Ristuccia, presque tous les anciens manuscrits de Shiatsu
contiennent une partie consacrée à la méditation et aux méthodes pour
développer la puissance intérieure.
指圧秘図
Shiatsu Hizu, carte secrète du Shiatsu, est l’appendice d’un livre paru en 1933
(publié par Tanokura Kaisen, ‘Notes secrètes sur la thérapie des doigts et des
paumes’), montrant que les Japonais n’hésitent pas à se réclamer d’une
connaissance cachée, ésotérique, propre aux thérapies corporelles.
Et que penser de pratiques du Kohô Shiatsu comme Arukōru Shindan-Hōアルコール診断法Méthode de diagnostic par
l’alcool, a priori bien peu scientifiques ?
Le Japon, pays multiple où tout et son contraire se côtoient dans la plus
grande tolérance, est ici de nouveau une inspiration pour notre pratique.
Qui sommes-nous donc pour ranger au rang d’inepties des pratiques enracinées
dans des cultures ancestrales et qui y ont fait leurs preuves, puisqu’on y a eu
longtemps recours sur tous les continents, et encore aujourd’hui ? Et
d’ailleurs, dans nos campagnes aussi.
Teate
Revenons à Tobie Nathan qui cherche en permanence une pensée pour soigner.
Avec le Shiatsu, nous prendrions plutôt les choses à l’envers. Nous avons là un
Art clairement Japonais dans ses racines et son essence, mais qui, pourtant,
parle à l’humanité entière.
Travaillant dans le quartier européen à Bruxelles, j’ai déjà reçu de nombreuses
nationalités de tous les continents, et personne ne m’a fait la remarque que ça
ne marchait pas culturellement.
C’est que, nous ne cherchons pas ‘pour chaque patient
dans ses attachements une pensée pour le soigner’ : nous mettons les
mains.
A la base de toutes les thérapies du toucher, nous dit M. Masunaga, il y a le
Teate 手当, littéralement ‘la main’ et ‘frapper,
s’approprier’, dont M. Masunaga nous dit qu’il est ‘la forme première de
toutes les thérapeutiques médicales’.
Dans une récente publication, M. Kawada (Blog Yoseido Shiatsu School) nous dit
que ‘c’est parce que le
shiatsu possède ce mot Teate, c’est à dire la main touchant l’endroit qui devrait être touché intuitivement, que le shiatsu a pour vocation d’aider la personne qui
souffre de douleur physique, psychique ou émotionnelle. D’ailleurs, le mot
tsubo ( 壺 / vase ) qui correspond aux points des méridiens signifie aussi
l’endroit exact qui doit être touché’.
Nous n’avons donc pas de questions à nous poser concernant les personnes qui se
présentent, il suffit de faire ‘teate’. A supposer même que nous ne puissions
communiquer dans aucune langue, il suffit de faire ‘teate’.
Depuis la nuit des temps, les êtres humains savent
poser les mains là où cela fait mal, bloque… et ceci quels que soient les pays,
les croyances, les traditions…
Même si, évidemment, nos receveurs sont,
morphologiquement, toujours différents et si nous pouvons observer des
différences dues au lieu de naissance et de vie, au mode de vie, à
l’alimentation, aux événements de la vie… un corps est toujours un corps et
nous posons les mains sur ces corps.
Chacun est semblable, mais aucun n’est pareil.
Un Art Japonais pour le Monde
Bien sûr, nous allons décoder et travailler selon le cadre de référence qui est
le nôtre. C’est là que nous avons par moments le problème inverse d’un
ethnopsychiatre : nous pratiquons un art dont nous ne comprendrons jamais
parfaitement les tenants et les aboutissants.
C’est une partie de la réflexion menée dans mon livre ‘Le
Shiatsu – Un Art Japonais’. Nous pratiquons un Art Japonais, mais ‘gaijin nous
sommes et resterons’, càd que nous n’aurons jamais accès – en tant que
non-Japonais – à l’âme profonde du Japon et ce qu’elle implique pour la
pratique.
Mais ce n’est pas grave, si nous tentons d’intégrer l’esprit japonais qui est
ouverture, curiosité, inclusivité, assimilation, paradoxes, respect et, avant
toute chose : la pratique sans cesse répétée.
Corps-esprit ne font qu’un, et chacun le
prendra par le bout qu’il veut.
Si c’est l’esprit, il va falloir diversifier, comme le fait Tobie Nathan.
Si c’est le corps, il suffira de poser les mains et de rentrer dans le
ressenti, comme nous l’ont montré nos prédécesseurs sur la Voie.
Dans nos pays occidentaux, peut-être y
faudra-t-il deux professionnels, un de l’esprit et un du corps pour retrouver
un bien-être à tous les étages. Et parfois peut-être pas.
J’ai des clients qui viennent me trouver sans même savoir où ils mettent les
pieds ni ce qu’on va faire, on leur a simplement dit que c’était bien. Même
comme cela, cela fonctionne, parce que le corps reçoit.
Au fond, le Shiatsu consiste à rendre au corps la place centrale qui est la
sienne. Redescendre du lanterneau mental pour revenir au hara, à Kikai, à la
mer d’énergie.
J’ai eu récemment comme retour : ‘je ne connais rien d’aussi profond’.
C’est que, par le corps, on touche à toutes les dimensions de l’être. Autre
débat.
Merci à Tobie Nathan de m’avoir inspiré tellement de choses à partir de son
livre ‘Secrets de thérapeute’. Lecture recommandée à tout thérapeute.
Bonne
lecture, et bonne pratique !
Un petit bonus ? D'où vient le titre 'les choses visibles et invisibles ' ? Une autre méditation...
Parmi les professeurs inspirants que j’ai la grande chance
de rencontrer, il en est, comme Bernard Bouheret et Stéphane Vien, qui
n’hésitent pas à parler de musique, voire à fredonner une petite chanson ou un
air d’opéra en montrant un mouvement.
C’est que le shiatsu et la musique ont beaucoup à voir,
mélodiquement, rythmiquement… Il y a résonance dans le travail, entre le
donneur et le receveur. Et quand on est joyeux – la joie s’exprime dès que le
Cœur est ouvert -, on a envie de chanter. D’ailleurs, cela détend parfois
l’atmosphère, au besoin. Le shiatsu réveille la bonne humeur.
La musique au corps
A l’âge de 15 ans, je me suis ouvert aux sons et à la
musique. Depuis que je fais du shiatsu, le lien entre musique et shiatsu vient me titiller. Jusques
et y compris dans la façon de travailler.
Pour illustrer cette idée, je vous emmène à la découverte de l’art de
l’improvisation musicale, tel que la pratique le grand organiste français Jean
Guillou.
Etrange parallèle ? L'orgue, bien utilisé, m'a toujours fasciné par la diversité de ses sons dans des lieux qui résonnent et sont énergétiquement puissants. Pas question toutefois de cantiques mièvres, accompagnés sur des instruments asthmatiques. Visons de suite le sommet.
A 88 ans aujourd'hui, Jean Guillou continue à libérer un KI phénoménal. J'ai des souvenirs de concerts gravés dans mon corps où, pris dans une déferlante d’énergie, mon point KIKAI se contractait et se dilatait sans arrêt. Musique « tripative », comme dirait Stéphane Vien.
Original, puissant, dionysiaque, rebelle à toute école, libre
de tout cadre dogmatique ou religieux, jouant tout par cœur, n’interprétant
jamais rien deux fois de la même façon, c’est un homme inspiré et inspirant.
J’eus le plaisir de le rencontrer à plusieurs reprises. C’est ainsi qu’il me
permit un jour de sentir ses bras et son dos pendant qu’il jouait. Ce qui nous ramènera bien vite au shiatsu.
Voici pour illustrer le propos une improvisation expliquée par le musicien. Tout de suite, les analogies avec le shiatsu apparaissent.
Observez d’abord la position du corps
Il n’y a aucune tension dans les bras et les articulations. J’ai pu
le vérifier sur lui : rien. L’impulsion vient des épaules, et les doigts
sont totalement relax et font ce qu’il veut, sans force.
Il y a une assise dans le hara qui permet un centrage
sur le banc, et donc desdéplacements
dans tous les sens : haut/bas, gauche/droite. Pas de gesticulation inutile. La première chose que le
Maître enseigne, c’est la bonne assise de base.
Le dos ne repose sur rien, il est droit sans
être tendu, vu que l’assise est très stable.
Mains et pieds ont leur indépendance totale.
Pour ce qui est de l’énergie vitale, Jean
Guillou a environ 85 ans au moment de cet enregistrement.
Maintenant regardez
(mettre le casque pour un effet optimal)
Qu'entendons-nous dans l'explication ?
Il y a’sur l'instrument une variété de timbres
différents, chacun avec un caractère propre, qu’on va faire entendre
séparément, puis les mêler. Cela me fait penser aux méridiens, avec chacun leur
couleur, leur caractère, leur nature.
Le discours musical s’articule autour de thèmes et de leurs timbres. Quelque chose se construit. A ce stade, le mental
peut intervenir, il est capable d’expliquer ce qui se passe.
Puis toutes ces voix et tous ces thèmes vont se
mêler et partir dans un grand crescendo. Dès ce moment,le mental se tait,
l’énergie jaillit, l’improvisation se construit « toute seule ».
Observez bien la fin, quand l’écho disparaît
lentement, le musicien est habité encore de ce qu’il vient de faire. Cela me
fait penser au « zanshin » du Kyudo : la flèche est partie,
l’énergie continue.
Et si vous regardez jusqu’à la dernière seconde…
Mais oui, c’est bon de rire. Toutes les tensions sont libérées. Et d’ailleurs,
doit-on toujours se prendre au sérieux ? N’est-ce pas léger et joyeux
quand on termine ?
Des façons semblables de travailler
Bien sûr, pour faire cela, il y a une technique infaillible
et plus de 70 ans de métier. Mais, de même que les anciens Chinois pensaient
par analogies, cette improvisation me fait penser à une séance de
shiatsu :
Il y a notre technique, là où nous en sommes, et
l’école qui nous a enseigné un style. C’est bien pour commencer, après, on peut
libérer et ouvrir tout cela. La technique, comme pour un musicien, cela se
travaille chaque jour, sans arrêt. Do In, méditation, stages, posture, culture
générale. Et en séance. Bernard Bouheret parle ainsi du Maître qui nous regarde
travailler. Il s’agit d’être attentif à chaque instant à ce que l’on fait.
Dans uneséance
de shiatsu, il y a certes une idée de base sur ce que l’on va faire, mais
toujours, en chemin, l’improvisation s’installe. Les mains vont « toutes
seules » là où le corps les « appelle ».
Il y a une phase où on peut formuler ce qu’on
est en train de faire. Il peut arriver qu’on rentre tellement dedans qu’on ne
sache plus ensuite ce qu’on a fait. Et quand on termine, zanshin !
Personne ne bouge, l’énergie est là. Quand le mouvement du corps s’arrête, le
mouvement du KI se perpétue.
C’est possible si on a réussi à intérioriser, à
connecter avec le cœur, à entrer en résonance. Et là, même les personnes les
plus bavardes ne disent plus rien. Ce Zanshin, je le matérialise souvent par
une pression harmonisante sur C7 – Shinmon.
Shiatsu et musique… d'autres rapprochements
Il y a encore tout un univers à explorer sur l’utilisation
des Kotodama, des sons primordiaux japonais, des norito (prières Shinto) ou des
sutras. On sait par ailleurs que certaines fréquences et certains timbres
correspondent aux organes.
Il peut arriver qu'en travaillant un rythme s'impose en moi, une couleur de son ou une mélodie me passe par la tête. Y être attentif peut m'indiquer la voie à suivre, ou libérer des images intérieures.
Comment travailler avec un « beat » lent, une
pulsation tranquille et continue du
début à la fin, ce qui est bien plus difficile, comme en musique, que d’aller
vite ? A quels endroits du corps le rythme change-t-il ou un point d’orgue
s’impose-t-il ? Quel rythme choisir pour un kenbiki qui corresponde
exactement au client ?
Il m'arrive de tenter des "accords", à plusieurs doigts sur un ou plusieurs méridiens. C'est souvent intéressant. Mais je ne connais pas de théorie à ce sujet.
Comment libérer des moments « d’impro »
où les mains vont toutes seules comme un ballet là où elles doivent aller, sans
l’intervention d’une volonté quelconque ? Et qu’après le client vous
dise : « vous avez trouvé les points qui en avaient besoin ».
Et l’importance du silence… La musique naît du silence. Le
silence qui suit une pièce de Mozart est encore de Mozart, dit-on. Les mains
sont silencieuses quand elles se posent pleines d’énergie, notre silence
intérieur vient nourrir ce qui se passe là.
Il s'agit également d'entrer en résonance… Sur quelle
« fréquence » émettons-nous en séance ? Comment découvrir sa
propre résonance, entrer en résonance avec notre receveur, libérer la résonance
profonde du receveur, parasitée par les circonstances de sa vie ? Il
s’agit pour le praticien d’être en haute vibration, et de pouvoir moduler avec
chaque personne.
Le shiatsu est un art, disions-nous dans un autre article,
en cherchant à le définir. Qu’en pensez-vous ?
Le dernier mot à Jean Guillou, qui aurait aussi été un Maître sur un tatami
« L’organiste ne
doit chercher aucun autre soutien, hormis celui de son séant sur le banc. Mais
cet appui doit être tel qu’il puisse être en mesure de permettre à l’exécutant
une « suspension » totale des bras et des mains qui évitera ainsi
toute crispation et donnera une complète liberté d’action... On ne saurait espérer aucune musique, aucune
expression profonde de soi-même sans cette libération du geste ». Jean Guillou,
L’orgue,souvenir et avenir.