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Tuesday, 4 August 2026

Qui prie encore pour la pluie ?


Mois de juillet très sec, presque pas de pluie, les prés tout jaunes, beaucoup d’incendies de forêt dans certaines régions… Au retour de vacances, le long des routes, à certains endroits, une désolation desséchée. Je n’aime pas voir la Nature dans cet état.

Année du Cheval de Feu, on vous avait prévenus, les astrologues de tout poil triomphent ! Les gens s’agitent veulent comprendre, cherchent des coupables. Le réchauffement climatique ! Les forestiers ! les agriculteurs ! Les pyromanes ! Le gouvernement !

Un peu de tout ! Peut-être en effet un peu de tout à la fois, mais nous savons bien qu’il faut toujours balayer devant notre porte avant de chercher fiévreusement des coupables à l’extérieur.

Quoi ? Qu’est-ce que moi j’ai à voir avec le temps qu’il fait ?


Voici ce qui m’est venu lors de ma dernière nuit de vacances, sur le retour, au Mont Sainte-Odile (Alsace) – lieu sacré et tellurique depuis bien longtemps.

Cette phrase : Qui prie encore pour la pluie ?


Rappelons que la philosophie orientale dans laquelle s’enracine la médecine où le Shiatsu plonge des racines profondes est une philosophie de paysans. Des gens dont la lignée, de toute mémoire, a toujours habité au même endroit, travaillé le même lopin de terre et observé et suivi le mouvement des saisons.

Ces gens vous diraient que, régulièrement, il ne pleut pas assez, ou il pleut trop. Cela varie d’une année à l’autre et c’est bien pour cela que les énergies climatiques décrites sont : chaleur, sécheresse, temps orageux, froid, humidité et vent. Ces énergies sont, soit dominantes, soit se combinent. Elles ont évidemment une influence sur la Nature, en ce compris l’être humain. Tout cela est décrit dans le Traité des Atteintes par le Froid et se retrouve dans l’approche des grands méridiens. Nous ne sommes pas séparés : le Ciel commande.

Quoi qu’on en pense actuellement avec nos délires prométhéens, il n’est pas vraiment possible ni souhaitable ni efficace d’influer par des moyens technologiques (scientifiques) sur le climat. Les seuls décideurs sont le Ciel et la Terre, l’histoire de la planète le démontre largement. Il est préférable de s’adapter, quand c’est possible ou de tenter de contrebalancer (nous dirions en Shiatsu rééquilibrer) ces énergies par une réaction appropriée, individuelle ou collective.

La piété occidentale oubliée


Je me suis souvenu qu’il n’y a pas si longtemps, en Europe comme ailleurs, le paysan priait pour la pluie.

Le paysan priait d’ailleurs, dans le meilleur des cas, trois fois par jour, lorsque l’Angelus sonnait au clocher du village, à 7h, 12h et 19h. Pas mal d’églises sonnent d’ailleurs toujours l’Angelus à ces heures, 3x3 coups de cloche, suivis d’une volée. Si vous habitez près d’une telle église, vous avez de la chance. L’idée était d’arrêter ses activités quelques instants pour prier. La prière de l’Angelus rappelait la conception de Jésus et sa venue sur Terre. Le peintre Millet a immortalisé ce moment dans un célèbre tableau. Un court moment spirituel, une brève prière, une connexion fugace avec le Ciel au milieu du travail de la Terre. Un moment de verticalité, de louange, de remerciement, de demande peut-être. Etrange idée ? Pas tant que cela. De nos jours, dans leur Tradition, les musulmans s’interrompent toujours quelques fois par jour pour prier. 

Il y avait également les 3 journées des Rogations, précédant l’Ascension, pendant lesquelles les fidèles partaient en procession dans les champs, derrière le curé, les effigies et les reliques locales, afin de prier pour de belles moissons.  Cette coutume remonte au Ve siècle, et il s’agissait de la christianisation de rituels de fécondité bien plus anciens adressés aux esprits de la fertilité, pour implorer la pluie, le soleil, le mûrissement, l’absence de maladies. Rogation vient du latin ‘rogare’, demander et fait écho à la parole du Christ : demandez, et vous recevrez.

Histoire ancienne ? Pas tant que cela. Mes parents me parlaient de cette fête, toujours célébrée dans nos campagnes jusqu’à la moitie du XXème siècle environ et il semble que cette coutume existe encore ou reprenne en certains endroits.

Superstitions ? Vieilleries ? La météo était-elle plus clémente ces années-là ? Sans doute que non, il y a toujours eu des années de sécheresse et des années d’inondations, rien d’étonnant dans un cycle naturel (Un Yin, un Yang…) Mais la relation, le rapport que l’on avait à ces événements extérieurs étaient différents.

Ces cinquante dernières années, nous sommes passés par une sécularisation (de la société et même de la religion, de l’Eglise) qui nous a menés là où nous sommes : dans l’agitation résultant de la perte de la verticalité.

J’évoque toujours de préférence nos traditions occidentales, car on aurait tendance à opposer l’Occident éclairé au reste du monde ‘obscurantiste’. Ce n’est pas le cas. Ici comme ailleurs, on a prié pour la pluie et pour la fertilité depuis des temps immémoriaux.


Le chamane sibérien qui fit pleuvoir toute l'année 1997


Et cela marche toujours !
Je ne peux résister au plaisir de vous citer cet extrait du livre consacré au ‘Cercle des Anciens’, une réunion de chamanes de tous pays à l’initiative du Lama français  Denys Teundroup Rinpoché en 1997 et en présence du Dalai Lama, s'il vous plaît !

‘Quand Fallyk Kantchyyr-Ool arriva à Karma Ling , plusieurs personnes parlèrent au chamane de Touva de la sécheresse qui sévissait en France et lui demandèrent, mi-hésitants mi-sérieux, de faire pleuvoir sur le pays. La météorologie nationale annonçait que, si la situation persistait, nous subirions une année de sécheresse pire qu’en 1976. Chamanic fiction ? Le lendemain de son arrivée, le 24 avril 1997, Fallyk Kantchyyr-Ool, récemment élu président de la Fédération des chamanes de la plus ancienne région chamanique d’Asie, célébra, en présence de quelques rares témoins, dans la forêt savoyarde, un rituel destiné à appeler la pluie sur notre pays. Coïncidence ? A partir du lendemain, à peu d’éclaircies près, il allait pleuvoir sur la France pendant des semaines, au point que plusieurs régions furent d’ailleurs dangereusement inondées. Si bien qu’au bout de 48 heures de déluge, plusieurs personnes allèrent demander au chamane d’avoir la gentillesse de procéder au rituel inverse – ce qu’il promit plusieurs fois, mais sans effet. Cela pourrait facilement se comprendre : on raconte que , pour parvenir à influer ainsi sur les éléments, un chamane se met littéralement ‘à leur place’, par exemple à la place de la terre sèche qui a soif.  Si donc Fallyk Kantchyyr-Ool s’est mis à la place de la terre qui avait soif et s’il a réellement souffert avec elle, comment aurait-il pu vraiment vouloir stopper la pluie au bout de 48 heures, simplement parce qu’un groupe de ‘touristes chamaniques’ désiraient maintenant se faire bronzer ?’

Ainsi, un chamane sibérien a sauvé le temps chez nous en 1997. Histoire vraie ou fausse ? On peut toujours aller demander à Lama Denys. On peut aussi, à l’orientale, ne pas se préoccuper de la véracité historique de l’histoire pour en intégrer le sens et la leçon.

Les chamanes orientaux avaient constaté la difficulté de contacter les esprits de la Terre et du Ciel dans nos pays, car, disaient-ils, ces énergies sont assoupies, plus personne ne travaille avec elles.  Cela se remarque a contrario au Japon, où les temples Shintô, visités quotidiennement par les fidèles, dégagent une énergie bien présente et vivante.


Question d'avoir la Foi


Et donc, la phrase qui m’est venue au Mont Sainte-Odile est très pertinente : Qui prie encore pour la pluie ?

Là-bas, contre toute attente, quelques gouttes de pluie sont venues parsemer la promenade du matin. J’ai remercié ces quelques gouttes pour les petits oiseaux assoiffés. Et rentré à la maison, deux splendides orages sont venus abreuver abondamment le jardin qui résistait tant bien que mal à la sécheresse.

Hasard ? Clin d’oeil ? Bien sûr que ‘je’ n’a pas fait pleuvoir.

Mais ‘la foi qui soulève les montagnes’, c’est cela, le fait de tenter de se relier ne fût-ce qu’un bref instant au sacré, càd : au mouvement profond du Ki dans l’Univers, en sentant ses déséquilibres.

Face au climat, la lutte est inégale et nous perdrons toujours. Le seul mot ‘lutte’ implique la défaite. Il ne s’agit pas de  lutter, mais d’accompagner, de faciliter, d’influer /influencer.

Sur le plan sociétal, revoir les modèles et surtout pratiquer la prévention et en matière de climat, écouter les vrais experts, ceux du terrain qui à leur niveau appliquent déjà des solutions, les descendants lointains des ancêtres qui observent les cycles naturels.

Sur le plan individuel, il me semble que chacun a une part à offrir.

L’Homme entre Ciel et Terre si cher à notre réflexion n’est pas un concept, il est à mettre en œuvre, càd : la capacité à comprendre, décoder les lois du Ciel et nous harmoniser, et la capacité à prendre soin de la Terre sous nos pieds conformément à ces lois. Le trait d’union et le ressenti profond de ces deux plans est en nous.

Question d’attention : la réalité est celle de nos campagnes proches et des cycles naturels, qui permet de nous nourrir correctement. Pas celle anxiogène des réseaux virtuels qui sous prétexte d’être connectés nous déconnectent de la Vie.

Question d’attitude : plutôt que d’acheter un airco(n), comment puis-je contribuer, par mon attitude intérieure à réconcilier, rapprocher le Ciel et la Terre  en moi et donc ensuite dans le monde ? Connecter l’Eau de la Terre et l’Eau du Ciel, leur permettre de se réunir, de se rejoindre…   Garder la tête froide et non surchauffée par la friction permanente d’un carrousel ininterrompu de pensées.

L’histoire du chamane sibérien donne la réponse sur ce plan : être capable d’empathie, de ressenti profond, de se mettre à la place de la Nature en souffrance.

Enfin, reconsidérons le Darwinisme et, à l’image de la Nature, réveillons les collaborations :  ne pas oublier la puissance du collectif. Je lisais un appel aux coupeurs de feu, susceptibles d’arrêter un incendie. Pourquoi pas un appel aux faiseurs de pluie ? On sait que quand des humains se focalisent vers un même objectif, un égrégore peut se créer avec des conséquences concrètes. C’est au fond revenir à la puissance de la prière. Et si cela ne fait pas de bien, cela ne fait pas de tort….

J’ai ainsi dans mon jardin une pierre dite manale,  qu’on arrose pour appeler la pluie, à l’image de celle, célèbre, de la fontaine de Barenton en Brocéliande. Tout dépend de l’état d’esprit dans lequel je l’arrose…

Redevenir des créateurs de ponts


Il y a a la Foi, qui soulève les montagnes (essayez) et il y a les rituels, individuels et collectifs, les moments de reliance, d’attention, de présence. 


Pas question de nous prendre pour des chamanes, mais bien plutôt d’agir comme des Pontifes, au sens

où René Guénon l’explique dans ‘La Grande Triade’ : pontife signifie étymologiquement créateur de ponts.
  • Créateur de ponts, entre le Ciel et la Terre

  • Créateur de canaux pour que l’Eau rafraîchisse le Feu quand il y a trop de Feu et que le Feu réchauffe l’eau quand il y a trop d’eau
Pour que les règnes animaux, végétaux et humains prospèrent en bonne synergie. Nous n’avons qu’une maison.

Alors, qui prie encore pour la pluie, sinon vous et moi, maintenant ?  Priez qui vous voulez, en qui vous croyez ou la Terre, la Nature, simplement. Nul besoin de personnifier. Dans le tantrisme, ‘Je’ contient tout l’Univers, pas le contraire.

En toute humilité : car si tout cela, au final, passera, la Grande Nature, elle, ne passera pas, en tout cas dans un temps mesurable à notre échelle.

Axe vertical, connexion Ciel Terre, l’Homme entre Ciel et Terre, suivre les lois du Ciel et organiser la Terre, matière et esprit, pragmatisme et spiritualité, observation de la Nature, force de l’intention, responsabilité individuelle, humilité de la juste place…

Comme tout cela ressemble étonnamment, n’est-ce pas, à la réflexion et à la pratique du Shiatsu qui, décidément, est au coeur même du mouvement naturel de la Vie…



Tuesday, 21 December 2021

Rituels pour un solstice d'hiver

Nuits encadrant le 21 décembre… les nuits les plus longues de l’année. La lumière semble absente.

Les Anciens ont mis en place toutes sortes de rituels pour accompagner ce moment. Ils craignaient que le soleil ne revienne pas.

Faire du shiatsu, c’est aussi se relier à cette sagesse ancienne, pratiquer sur soi-même, observer la nature et s’y conformer. A  l’image de l’Empereur qui matérialisait en son Palais les changements de saison par des rituels, des offrandes, des prières… nous sommes nous aussi appelés à prendre cette place entre Ciel et Terre. Derniers maillons de la chaîne, nous perpétuons.

Chacun fera comme il voudra, mais je vous raconte le mien de ce 21 décembre.

Rituel de solstice


6h30 : la lune à son apogée est juste dans l’encadrement de la fenêtre de ma salle de pratique. Elle a brillé toute la nuit. Nuit la plus noire, lune brillante et claire. Voilà qui est de bonne augure, car l’année redémarre aujourd’hui. L’énergie repart vers le haut. 


Se souvenir que de l’autre côté de la planère, ils commencent à redescendre. Yinyang, toujours.

Je m’installe dans la lumière de la lune. Ce matin, je n’allumerai aucune lampe électrique. L’homme s’efface devant la grandeur du moment et ne doit pas interférer. Méditation. Respiration. Contemplation.



Quand la lune quitte l’encadrement de la fenêtre, j’allume la bougie ronde, rouge, brillante, prémice de l’été qui s’enclenche déjà. Rouge, Feu, Sud, droit devant. Shin.

C’est le moment de chanter l’Inari norito, prière shinto au kami de la prospérité. « Ashita ni yûbe ni isoshimi tsutomuru’ : jour et nuit je m’attellerai à mes tâches avec diligence. Cela ne tombe jamais du Ciel.

Quelques sons de bol tibétain pour me rappeler que tout est vibration, que rythme et musique me constituent. Un son, une opportunité de plus grand Eveil, un  retour de l’attention.

Shinto, puis Bouddhisme. Je chante le Hannya Shingyô, càd (correctement traduit) le ‘Sutra de la Grande Perfection qui permet d’aller au-delà’. Beau programme, le voyage commence, mais pas tout seul ‘gyate, gyate, hara gyate, hara  sô gyate, bôji sowaka’ : aller, aller, aller au-delà, aller ensemble au-delà, illumination, ha !

Et puis, pratique : Do In rituel, qui intègre 14 méridiens, 8 directions, 5 éléments, 5 saisons, Ciel Postérieur grâce à un parcours rituel sur le tapis.

Ecouter un peu de musique : dans la tradition catholique ancienne, le 21 décembre, on chante une antienne très particulière. Les 7 antiennes de l’Avent commencent toutes par ‘O’, signe de révérence, de respect et d’émerveillement. 

Celle du solstice ne fait de plus aucune référence à la tradition chrétienne : ‘O Oriens, splendor lucis aeternae et sol justitiae, veni et illumina sedentes in tenebris et umbra mortis’.  O Orient, splendeur de la lumière éternelle et soleil de justice, viens et illumine ceux qui sont assis dans les ténèbres et sous l’ombre de la mort’.  

On commence aujourd’hui. Pratiquer une discipline orientale, c’est aussi tenter d’amener un peu de cette lumière dans la vie, celle des autres et la nôtre.

Ecoutez l’antienne comme moi, suivie d’un commentaire pour orgue, comme il se doit. Des accords sombres, percés de petits rayons de lumière, accord ouvert sur la fin. Ouverture, et qui reste.


Il est temps de (petit-)déjeuner. Un de mes pommiers porte de belles pommes jusqu’en hiver. Il a légèrement gelé, la pelure de la pomme est délicatement givrée. Toute la force du printemps, de l’été et de l’automne dans ce fruit, amenées ainsi jusqu’au solstice. Le cycle redémarre.





Gratitude. Etre humain, c’est avoir la capacité de ressentir tout cela.


Thursday, 16 April 2020

Trois pratiques d'étirements (3) : un Keiraku Taiso rituel


Nous sommes des accompagnateurs de vies.




Peu importe l’époque où on la fait démarrer, mais il y a une constante dans la tradition et la transmission de nos pratiques énergétiques, c’est la dimension empirique. En effet, ce que nous faisons est le résultat des recherches et des trouvailles de nos prédécesseurs. 

On connaît ce parcours de l’oiseau qui sort du nid : ne faire religieusement que ce que nous a dit le Maître – Remettre en question ce que nous a dit le Maître – Ne plus rien faire du tout de ce que nous a dit le Maître, parce que c’est n’importe quoi – Faire notre propre Voie qui intègre tout cela, enrichir cette Voie par nos propres trouvailles et les partager (enseigner, ‘if we must’).

Le problème, c’est de penser faire tout cela en quelques mois. Il y faut des années, et donner vraiment beaucoup de shiatsu. Ce n’est pas question de connaissance, mais d’expérience. Empirisme : l’expérience sensible est l’origine de toute connaissance.
Et donc, au moment juste, sans connaître ni ignorer totalement le matériau vérifié par une longue chaîne de  prédécesseurs, nous avons comme légitimité de poursuivre leur travail et d’expérimenter nous aussi, puis de partager nos découvertes. Avec cœur et humilité.

Dans cet esprit, vous me permettrez de vous présenter un Keiraku Taiso ‘rituel’ tout personnel.

En rapport avec la série d’étirements des méridiens qui nous occupe et donc improprement appelée Makkô Hô, m’est venue l’idée de les pratiquer dans un ordre différent. Cette idée a surgi suite à un séminaire de Maître Ohashi sur la psychologie des méridiens et des connexions se sont faites avec d’autres pratiques ou cadres de référence.

Traditionnellement selon le cycle circadien


M. Masunaga propose d’enchaîner les étirements des méridiens comme suit, dans les exercices de base :
  • Exercice Z préparatoire (position couchée sur le dos), donc, Terre, horizontalité
  • Exercice I préparatoire, position debout, donc verticalité, Ciel Homme Terre
  • Exercice P : s’incliner vers l’arrière, vers le Ciel : Vaisseau Conception
  • Exercice Q : se pencher vers la Terre, Vaisseau Gouverneur
  • Exercice A : Poumon et Gros Intestin, élément METAL
  • Exercice B : Estomac et Rate, élément TERRE
  • Exercice C : Cœur et Intestin Grêle, élément FEU
  • Exercice D : Rein et Vessie, élément EAU
  • Exercice E : Maître de Cœur et Triple Réchauffeur, élément FEU
  • Exercice F : Vésicule Biliaire et Foie, élément BOIS
  • Retour à la position Z allongée sur le sol, dont il spécifie qu’on l’appelle ‘le cadavre’.

Pourquoi cet ordre ?

  • Il stimule la circulation primordiale de l’énergie dans le corps via les Vaisseaux Conception et Gouverneur, telle qu’elle s’est installée dès les premiers moments de la Vie (aspects Yin/Yang, petite circulation)
  • Il suit ensuite le cycle circadien de l’énergie, qui attribue cet ordre-là à la circulation de l’énergie dans le corps. 12 méridiens, chacun avec une fenêtre de 2 heures dans la journée où il prédomine. Il est d'ailleurs bon de tenter de s’harmoniser à l’énergie dominante du moment. Exemple connu : à l’heure du Foie, on dort.

C’est un enchaînement somme toute ancré dans la temporalité et l’universalité des parcours d’énergie. Quand il est 2h00, c’est l’heure du Foie pour tout le monde.




Selon le cycle d’une vie humaine


Dans la conception psychologique des méridiens telle qu’expliquée par Maître Ohashi, nous avons un autre enchaînement des méridiens qui s’étend, lui, sur le cycle d’une vie humaine.

Tentons de décrire ces caractéristiques à l’aide de mots-clefs (pensée analogique, toujours, toujours) :

  • Poumon : Naissance et expansion, respiration, échange interne / externe, établissement des frontières, Métal. Direction : AUTOUR.
  • Estomac : nécessité de se nourrir, faire entrer une énergie externe en soi, Terre. Direction : DEVANT.
  • Coeur et méridiens Feu : intériorisation, chaleur, prise en soi, conscience, Feu. Direction : DEDANS.
  • Foie : activité, extériorisation, élan, Bois. Direction : GAUCHE - DROITE (VB).
  • Reins : origine, passé, peurs, inconscient, tirer vers le bas, Eau. Direction : DERRIERE.   

Cet enchaînement nous parle donc du déroulement d’une vie humaine : naître, établir ses frontières avec le monde et respirer, se nourrir, intérioriser et développer sa conscience, réaliser des choses et enfin partir à reculons vers la mort, avant de disparaître à nouveau.

Accompagner rituellement la vie, en s’étirant



La première idée est donc de pratiquer dans cet ordre, pour voir, en ajoutant le Vaisseau Conception et le Vaisseau Gouverneur. Ce qui ne semble pas avoir un intérêt réel, sauf si nous considérons que nous sommes ici dans un schéma de vie individuelle. Or ne sommes-nous pas, en shiatsu, des accompagnateurs de vies ?

Et donc, pourquoi ne pas accompagner rituellement ce schéma de vie symbolisé par les étirements ? 

L’Empereur de Chine accompagnait par un rituel les événements célestes, il se déplaçait dans son Palais en fonction des saisons, des événements cosmologiques… Nous n'avons pas ce Mandat du Ciel, mais nous avons celui de vivre sur Terre en nous conformant aux lois du Ciel. Ajoutons donc aux étirements dans ce nouvel ordre une pérégrination sur les tatamis, dans un carré, tenant compte des directions cardinales et de leur symbolique, ainsi que du mouvement propre à chaque organe (autour, devant, gauche/droite, dedans, derrière…)

  • Etendu sur le ventre, on part au Nord, dans l’inconscient, le sombre, on naît : étirement du Vaisseau Conception, on se redresse
  • On passe par le centre, car toujours on revient à la Terre dans le cycle saisonnier
  • On s’avance vers l’Ouest : Métal, étirement du Poumon / GI, ouverture, respiration, frontières
  • On recule vers le centre : Terre, nourriture, combler les besoins matériels, étirement de l’Estomac/ Rate
  • On s’avance vers le Sud : prendre à l’intérieur, conscience éclairée par la lumière, le Feu Empereur, étirement du Cœur,/IG puis le Feu Ministre, étirement du Maître de Cœur/TR
  • On repasse par le centre
  • On s’avance vers l’Est, Bois, soleil levant, entreprendre, agir, étirement du Foie/VB
  • On repasse par le centre et, à reculons cette fois…
  • On se replace au Nord : Eau, inconscient, peurs, retour en arrière : étirement des Reins/Vessie
  • On s’allonge sur le dos, étirant lentement le Vaisseau Gouverneur, jusqu’à la position du ‘cadavre’ : fin de vie.
  • On se remet sur le ventre pour plonger dans le néant, tête dans la Terre

Voici le mouvement schématisé. Rappelez-vous que nous mettons toujours le Sud, le Feu, l'Empereur en haut. 



C’est compliqué à expliquer sur papier. Regardez la vidéo, et relisez peut-être les explications, si nécessaire.

😈😈😈 Attention ! La video date de plus d’une année et j’utilisais moi aussi, à l’époque, le nom Makkô Hô pour les exercices de M. Masunaga. Mea culpa. J’ai changé d’avis. La connaissance progresse.




Autres aspects symboliques de cette façon de faire

En pratiquant de cette façon, je médite sur le cours de la Vie et je le parcours à travers les différents mouvements. Les étirements selon le cycle circadien ont lieu selon la temporalité et l’universalité. Ici, l’optique est spatiale et individuelle.

Mais on peut élargir le cadre des aspects  rituels et symboliques : 
  1. Cette déambulation s'inscrit tout à fait dans un espace terrestre, illustré par le caractère TA ou DA, qui représente la surface plane, un champ, la Terre dans son horizontalité.
    田
  2. La déambulation est d'avant en arrière, de gauche à droite et de droite à gauche, et chaque mouvement comprend sa propre dynamique spatiale, nous sommes clairement dans la Terre, en contact avec le Ciel, débouts, assis et allongés. Les kanji Ciel Homme Terre se superposent donc au kanji de la Terre considérée dans son horizontalité.

    天
    人
    土
  3. Quelque part, cette ritualisation des étirements est un reflet humain de celle de l’Empereur Fils du Ciel. Il accompagnait l’ordre immuable de l’Univers (Ciel Antérieur), nous accompagnons le cheminement d’une Vie (Ciel Postérieur) en n’oubliant pas notre place entre Ciel et Terre.

On pourrait sans doute encore creuser la symbolique de cette façon de pratiquer les étirements.

Dire par exemple qu’elle permet de prendre conscience de la dynamique des 5 mouvements, selon la graphie ancienne du chiffre 5, car elle dessine une croix et s’axe sur le centre (article précédent). Ou qu’elle est projection plane d’un diagnostic des 5 mouvements sur le ventre. Ou encore pourrait-on lui associer un travail sur les 8 directions, et, partant, sur les trigrammes du Ciel Postérieur.

En explorant les mouvements, nous ressentons des choses, nous éveillons des symboles et sentons notre place dans l'Univers se matérialiser. Nous mettons en mouvement la dynamique du Ciel Postérieur. L'énergie circule.

Allez, un dernier pour la route. Pensée analogique : cela me fait penser à quelque chose du Moyen-Age de chez nous.

Cette symbolique se retrouve dans le motet de Guillaume de Machault qui avance, puis rétrograde et se lit en palindrome (càd dans les deux sens) : Ma fin est mon commencement, et mon commencement ma fin. Ciel Postérieur. Mais là, on part loin ! C'est pourquoi cette phrase se trouve sur mon petit schéma, en guise de méditation.

Pour ceux qui veulent :




Tout cela est encore en train de s'affiner, les pistes sont ouvertes. Avant tout, cela se pratique et se ressent.

Peut-être aurons-nous un jour la joie de pratiquer ces étirements ensemble, et de questionner leur  profondeur et leur subtilité… 

Pour terminer, il y a bel et bien un fil rouge entre les trois articles… Cette forme ritualisée rejoint totalement M. Wataru Nagai et son Makkô Hô, M. Shizuto Masunaga et son Keiraku Taiso… Tout cela, c’est pour la joie de la pratique. Que je vous souhaite au quotidien.