Friday, 17 August 2018

Le shiatsu, un art japonais


Il arrive que l’on me pose la question en cabinet : au fond, c’est quoi, le shiatsu ? Cela vient d’où ?

Karma, peut-être. Maître Ohashi m’a dit, un jour : « tu dois accueillir dans ton cabinet des avocats, des médecins, des professeurs… des grands intellectuels qui ont besoin de beaucoup d’explications.» 

Volontiers, mais la séance de shiatsu est un moment précieux, qui permet justement d’éteindre Radio Mental pour laisser venir le ressenti, permettre au corps de reprendre sa place.

Inversement, je pose parfois la question à quelqu’un qui vient pour la première fois : « Vous avez déjà fait du shiatsu ? Savez-vous ce que c’est ? ». Car on voit bien que certaines personnes s’attendent à recevoir un massage à l’huile, ou ont déjà fait « du shiatsu » sur leur lieu de vacances. Ou encore, elles ne savent pas du tout ce que c’est, mais on leur a dit que c’était bien. Dans ces cas-là, je me limite à expliquer comment on va travailler.

Belle confiance ! Beau lâcher ! Peu importe ce que c’est, au fond, c’est le ressenti qui compte, en fin de séance et sur la durée…

La pratique avant tout !


Un matin, un homme avait pris rendez-vous et je le vis arriver avec son fils. A ma grande surprise, le père désigna le futon au fils et lui dit que cela lui ferait du bien. Réticence… car il vaut mieux que l’initiative vienne de la personne qui veut être traitée. Mais là, personne n’avait le choix. En traînant les pieds, le fils s’installa, n’ayant de surcroît aucune idée de ce qui allait lui arriver. Nous fîmes une séance, il me posa quelques questions… J’appris par la suite que, rentré chez lui, il était parti courir, ce qu’il n’arrivait plus à faire depuis un moment, car il avait des problèmes d’asthme et d’articulations. Et que pendant plusieurs jours, il resta intarissable d’éloges sur le shiatsu auprès de ses amis, demandant pourquoi ce n’était pas plus connu et reconnu.

Effectivement : pas besoin de savoir ce que c’est, et pas besoin d’y croire pour en ressentir les bienfaits.

Si, en séance, on peut en rester là, c’est magique. Pour le praticien : juste poser les mains, et travailler dans la posture et l’intention justes. Pour le client : juste recevoir.

Le shiatsu est d’abord essentiellement une pratique. Le ressentir parle plus qu’une explication. Je pratique est mieux que j’explique.

Néanmoins, nous tentons ici une définition. Et donc…

Explication courte


Voyez la vidéo sur le channel Youtube Shinmon Shiatsu, qui tente de répondre par l’essentiel à la question « qu’est-ce que le shiatsu ? »
.
Si vous n’avez jamais fait de shiatsu, vous pouvez commencer par là.

Ensuite, ou si vous souhaitez approfondir tout de suite, continuez ci-dessous.



Comprendre le sens : regarder les idéogrammes


Pour tout ce qui vient d’Extrême-Orient, que ce soit Chinois ou Japonais, il existe une façon très simple d’aller au cœur de la définition : analyser les idéogrammes.

Les idéogrammes sont des dessins stylisés, épurés par des milliers d’années d’utilisation. Ils représentent, montrent. Un Oriental voit ce qu’on veut dire, il n’agglomère pas en mots des syllabes vides de sens. Peu importe la prononciation des idéogrammes : il suffit de les regarder pour se pénétrer de leur sens.

Dans le cas de Shiatsu, nous en avons deux, prononcés SHI et ATSU, que l’on traduit généralement par « doigt » et « pression ». Et donc le shiatsu, c’est une pression des doigts. Traduction communément acceptée.

Les idéogrammes plus complexes sont toutefois composés de radicaux, porteurs de leur propre sens. C’est le cas de SHI – ATSU. 

Faire cette analyse ici alourdirait l’article. 

Pour creuser toutes les subtilités que l’on peut découvrir derrière « pression des doigts », je vous invite à aller à l’article connexe.

Chercher les origines et les influences


Il faut savoir que le nom shiatsu est une invention récente, qui n’a même pas encore 100 ans. 

Par contre, les racines du shiatsu remontent très loin et sont très diverses : 

  • Médecine traditionnelle chinoise (MTC), méridiens, points, diagnostic, nature et mouvements de l'énergie... 
  • Taoïsme (Yin/Yang et 5 éléments)
  • Shintoïsme ( conception holistique, aspects « Shin », importance de la Nature, Kototamas)
  • Bouddhisme (compassion, vacuité, (non-)intention, interrelation…)
  • Cosmologie (place de l’homme dans l’univers)
  • Pratiques de massage (Anma, Ampuku, Do In…) 
  • Diététique (nature des aliments)
  • Arts martiaux (travail avec le hara, déplacements…) 
  • Et même des influences occidentales, puisque la médecine occidentale était déjà répandue au Japon lors de l’apparition du terme « shiatsu ».  


Pour connaître toute l’histoire, consulter l’article très documenté écrit par Ivan Bel sur son site Ryoho Shiatsu.

Quand on dit que l’on fait du shiatsu, il y a donc ces multiples influences à divers degrés… et d’autres un peu obscures. Monsieur Masunaga lui-même, dans son livre « Shiatsu et Médecine Orientale », avoue ne pas bien arriver à démêler les origines du shiatsu, apparu pourtant de son vivant, tant il y avait au Japon à cette époque un bouillonnement d’initiatives et de recherches en tous genres…

Sur la petite centaine d’années d’existence du Shiatsu, plusieurs écoles se sont créées et développées, au Japon d’abord, puis dans d’autres pays. Des maîtres ont créé leur propre style et l’ont transmis. Les élèves, japonais ou occidentaux, en ont développé une compréhension et une pratique qui leur est propre, en fonction de leurs affinités et de leur sensibilité.

Quand on me demande s’il faut beaucoup étudier pour faire du shiatsu, j’ai coutume de répondre que ses racines remontent à quelques milliers d’années et qu’il est donc impensable de tout en comprendre sur une seule vie. On peut dire qu’il y a autant de shiatsu que de praticiens de shiatsu, chacun étant quelque part sur son chemin.

Alors, comment être sûr de recevoir un bon shiatsu ? Un bon vin est un vin que vous aimez, dit-on dans le monde vinicole. Un bon shiatsu est un shiatsu qui vous convient, donné par un(e) thérapeute avec qui « ça passe bien ».


Tenter de saisir tous les aspects


Autant pour l’étymologie et les origines. Vous avez compris qu’une définition va être compliquée. Et on en rencontre de très différentes, toutefois partielles. 

Ainsi :
  •  Ce n’est pas qu'un massage, puisqu’on effectue des pressions avec les doigts et on travaille sur l'énergie. Parfois on peut frotter, chauffer, étirer certaines parties du corps, mais ce n’est pas que du massage à proprement parler. On ne travaille pas sur les muscles. On n’utilise pas d’huile. On reste habillé.
  • Ce n’est pas qu’une technique. A la base, il y a une technique exigeante à apprendre, bien entendu. Mais si on fait juste la technique, si on en reste à la sortie de l’école, ce n’est pas du shiatsu, c’est la répétition mécanique de gestes.  Comme en cuisine, le fait d’additionner les ingrédients en suivant le manuel ne va pas nécessairement donner un bon plat. Il y a l’apport personnel du cuisinier.
  • Ce n’est pas que du bien-être. Evidemment, le shiatsu, travaillant sur le parasympathique, procure et installe une profonde détente. Mais il permet aussi de résoudre beaucoup de problèmes, de blocages, de maux… Et il travaille fort bien en prévention. Il a donc de forts aspects thérapeutiques.
  • Inversement, ce n’est pas qu’une thérapie non plus. On peut traiter un problème précis, mais on n’est pas obligé d’avoir un problème pour faire du shiatsu. Vouloir rester en bonne santé est l’idée générale à la base.
  • Ce n’est pas qu’une discipline corporelle. La porte d’entrée est le corps, ce qui est une excellente chose. Mais les effets ne se limitent pas au corps. Beaucoup de points sont la porte d’entrée vers les niveaux psychologique, émotionnel, spirituel…
  • Ce n’est pas que de l’énergétique, parce qu’on touche, c’est très concret. On travaille pourtant sur l’énergie via le système des points et des méridiens, pas sur les muscles (c’est pour les kinés), ni sur le squelette (cela se passe chez l’ostéopathe).
  • C’est un art de vivre, mais pas seulement. Faire régulièrement du shiatsu permet, avec le temps, de changer beaucoup de choses dans sa vie. Le corps reprend la direction des opérations, être à l’écoute du corps rend certains comportements impossibles, comme mal manger, vivre stressé, procrastiner, se laisser dominer par ses émotions, les circonstances de la vie, un environnement malsain…



Donc, le shiatsu n’est pas ces différentes choses prises séparément, mais il est tout cela en même temps, et je suis certain qu’on peut compléter la liste. Cela nous rend la définition toujours compliquée. Il va falloir simplifier.

Le shiatsu est un art

Less is more.

Gardons en tête que c’est avant tout une pratique.

Ensuite, je retiendrais deux mots uniquement. Premièrement, le shiatsu est un art.

Le mot « art » implique, à la base, une technique, une intervention concrète. On réalise quelque chose de visible, d’audible, de tangible… En même temps, intervient le ressenti, le subjectif, la communication entre vous et moi, quelque chose qui passe à travers une forme et amène le changement.

On considère bel et bien que l’art s’adresse aux sens, aux émotions, à l’intellect, à l’intuition.
L’artiste « montre » quelque chose, et cela va agir sur le récepteur, qui va laisser ce travail « l’imprégner » à plusieurs niveaux, puis l’ouvrir, le transformer.
 
L’art vous « prend aux tripes » et vous repartez changé, cela vous a fait avancer. En shiatsu, l’impulsion est donnée au corps, qui lance le processus d’auto-guérison, de rééquilibrage, de transformation/transmutation.

Dire « art » à propos de l’Orient fait immanquablement penser aux arts martiaux. Ce n’est pas une mauvaise analogie.

Tous les arts japonais qui se terminent par DO (aikido, judo, kendo, kyudo, chado, shôdo…), DO signifiant la Voie, impliquent une technique exigeante, un cheminement personnel, un travail sur soi,  une maîtrise de soi, un travail à partir du Hara… Ils sont très physiques, et mènent à une réalisation humaine et spirituelle. Beaucoup d’arts martiaux comportent d’ailleurs des techniques de santé. 

Certains parlent de Shiatsudo, « la voie de la pression des doigts ». Praticien et client sont ensemble sur la Voie, le shiatsu est un accompagnement.

Dire du shiatsu que c’est un art, c’est bien pratique pour résumer. On voit bien toutes les nuances et les connotations là derrière. Beaucoup d’arts japonais s’expriment dans la sobriété, le minimalisme. Ils suggèrent. Ce que j’appelle : « rester en deçà », sans choisir explicitement tel ou tel aspect. Dire « art », c’est rester en-deçà.

Dans une explication verbale à nos clients, il faudra bien franchir la ligne et  « aller au-delà ». Le shiatsu est un art avec une finalité.  Chacun complètera. Un art du bien-être, du toucher, de la santé, du soin, de l’énergie vitale, un art de vivre… et bien d’autres choses. La finalité mise en avant dépendra du praticien, de ses affinités, de ses inclinaisons personnelles, de son parcours sur le chemin… qui interagissent avec ce que recherche, consciemment ou inconsciemment, le client. Ainsi attirons-nous, dit-on, les personnes que nous pouvons aider.

Au passage, cela nous permet de rester humbles. Personne ne détient la vérité. Personne ne peut critiquer d’autres collègues ou d’autres écoles, car ils pratiquent différemment. La diversité est un enrichissement. Sol lucet omnibus.

Et à propos d’humilité… Le praticien de shiatsu est-il donc bien un artiste ? Oui, car « l’artiste authentique doit apprendre à s’effacer devant l’Art », nous dit Marc Halévy dans « Les mensonges des Lumières », ajoutant « l’œuvre n’est sublime que dans le sacrifice de l’ego ». J’ai trouvé quoi dire, quand un client s’exclame « VOUS m’avez fait beaucoup de bien ». Je réponds : « Ah, mais, le shiatsu, c’est formidable ».

(Concernant les rapports du shiatsu avec l'art, en particulier la musique, lisez l'article associé).

Le shiatsu est un art japonais


Dans tout ce qui précède, le Japon est omniprésent. Pourquoi donc en rajouter et dire que c’est un art japonais ? Parce qu’il faut insister sur cette dimension japonaise, qui implique beaucoup de choses.

Même pour ceux et celles qui ont passé de nombreuses années au Japon, il est très difficile d’y rentrer vraiment. Insulaires et fortement identitaires, les Japonais font la différence entre ce qui est eux et pas eux, l’intérieur et l’extérieur.

En tant qu’Occidentaux, nous ne sommes pas eux. « Gaijin », étranger, signifie d’ailleurs les gens du dehors, c’est-à-dire ceux qui ne sont pas eux. Et donc, aussi aimables, polis et accueillants que soient les Japonais envers nous, nous ne deviendrons jamais des Japonais. C’est un seuil infranchissable.
Il y a des choses qui ne nous seront jamais expliquées ou montrées. Il importe de ne jamais l’oublier.

Pourtant, il y a une réelle ouverture. Après-guerre, tant de Japonais sont venus enseigner leur art (martial, méditation…) en Occident. Le shiatsu s’inscrit dans cette mouvance. L’américanisation forcée du Japon dans la seconde moitié du XXème siècle pourrait avoir été un déclencheur. Conscients que tant d’aspects traditionnels du Japon risquaient de disparaître, les enseignants seraient venus semer chez nous les graines de la perpétuation.

Il nous incombe de les laisser germer et de nous efforcer d’intégrer à notre pratique des éléments japonais, de nouveau, selon notre compréhension et nos affinités. Cela ne se limite pas à la déco du cabinet. On peut pratiquer une autre discipline japonaise pour enrichir notre pratique.  Ou s’immerger dans la culture japonaise. Ou aller là-bas.

Sans être des Japonais, nous pouvons adopter certaines pratiques immédiatement visibles dès que l’on met un pied au Japon. 

Par exemple : 


  • L’étiquette : le cabinet est un dojo. On ne rentre pas avec ses chaussures, il y fait propre, accueillant, l’énergie est tranquille…
  • La sincérité : pratiquer avec un cœur sincère. « Le Ciel est touché par les hommes sincères ».
  • L’exigence de qualité : être présent à chaque instant, à l’écoute, au service…
  • L’accueil joyeux : les Japonais aiment rire, contrairement à l’idée qu’on s’en fait.
  • L’ouverture d’esprit et la curiosité : le shiatsu est la synthèse de multiples influences. Cette synthèse n’est pas terminée.
  • La sobriété et l’efficacité du geste : no nonsense. Il n’est pas nécessaire de s’étendre, mais de travailler.
  • Le respect et la non-intrusion.
  • La simplicité : vivre simplement et agir en conformité.
  •  …


Et parmi les concepts-clés de la culture japonaise, beaucoup peuvent nous aider dans notre pratique, comme :
  • Gambari : patience et détermination mènent à la réussite
  • Iitoko- Dori : adopter des éléments de culture étrangère, faire sa propre synthèse
  • Kisetsu : avoir le sens des saisons, s’accorder à l’énergie naturelle ambiante
  • Wabi sabi : simplicité et élégance, esthétique des gestes, de la vie…
  • Le centre creux, la conception du Vide, qui ne « fait rien », mais s’avère indispensable

Dans le monde occidental, on ne met pas toujours suffisamment l’accent sur les aspects japonais à la base du shiatsu. Connaître le contexte d’origine d’une pratique éclaire et guide celle-ci. Même si – et c’est important – le shiatsu semble avoir vocation d’universalité et fonctionne très bien dans des cultures qui, a priori, sont très éloignées de la culture japonaise.

Donc, pour paraphraser une image japonaise célèbre :

  • Les racines : le Japon. 
  • Le tronc ; le shiatsushi
  • Les feuilles : les innombrables applications du shiatsu.


Pour terminer...


Le shiatsu, un art japonais.

Si on se place sur le plan intellectuel, on peut continuer à raisonner à l’infini sur ce thème. C’est la nature de notre mental. Puisque nous en avons un, c’est bien de lancer la machine. De temps en temps.

J’ai eu l’opportunité d’étudier avec un Japonais, Kawada Sensei. Les explications lui importaient peu. « Vous sentez ? ». La sensation. Et le sens. C’était toujours la question.

Avant tout, un art se pratique. Et je vois les effets transformateurs du shiatsu. La personne qui sort n’est plus la même que la personne qui est rentrée.

Je suis heureux de progresser sur la voie de ce bel art, avec tout ce qu’il implique.

Sunday, 12 August 2018

Technique, improvisation et sons dans l'art du shiatsu


Parmi les professeurs inspirants que j’ai la grande chance de rencontrer, il en est, comme Bernard Bouheret et Stéphane Vien, qui n’hésitent pas à parler de musique, voire à fredonner une petite chanson ou un air d’opéra en montrant un mouvement.

C’est que le shiatsu et la musique ont beaucoup à voir, mélodiquement, rythmiquement… Il y a résonance dans le travail, entre le donneur et le receveur. Et quand on est joyeux – la joie s’exprime dès que le Cœur est ouvert -, on a envie de chanter. D’ailleurs, cela détend parfois l’atmosphère, au besoin. Le shiatsu réveille la bonne humeur.

La musique au corps


A l’âge de 15 ans, je me suis ouvert aux sons et à la musique. Depuis que je fais du shiatsu, le lien entre musique et shiatsu vient me titiller. Jusques et y compris dans la façon de travailler. 

Pour illustrer cette idée,  je vous emmène à la découverte de l’art de l’improvisation musicale, tel que la pratique le grand organiste français Jean Guillou.

Etrange parallèle ? L'orgue, bien utilisé, m'a toujours fasciné par la diversité de ses sons dans des lieux qui résonnent et sont énergétiquement puissants. Pas question toutefois de cantiques mièvres, accompagnés sur des instruments asthmatiques. Visons de suite le sommet.

A 88 ans aujourd'hui, Jean Guillou continue à libérer un KI phénoménal. J'ai des souvenirs de concerts gravés dans mon corps où, pris dans une déferlante d’énergie, mon point KIKAI se contractait et se dilatait sans arrêt. Musique « tripative », comme dirait Stéphane Vien.

Original, puissant, dionysiaque, rebelle à toute école, libre de tout cadre dogmatique ou religieux, jouant tout par cœur, n’interprétant jamais rien deux fois de la même façon, c’est un homme inspiré et inspirant. J’eus le plaisir de le rencontrer à plusieurs reprises. C’est ainsi qu’il me permit un jour de sentir ses bras et son dos pendant qu’il jouait. Ce qui nous ramènera bien vite au shiatsu.

Voici  pour illustrer le propos une improvisation expliquée par le musicien. Tout de suite, les analogies avec le shiatsu apparaissent.

Observez d’abord la position du corps 


  • Il n’y a aucune tension dans les bras et les articulations. J’ai pu le vérifier sur lui : rien. L’impulsion vient des épaules, et les doigts sont totalement relax et font ce qu’il veut, sans force.
  • Il y a une assise dans le hara qui permet un centrage sur le banc, et donc des  déplacements dans tous les sens : haut/bas, gauche/droite. Pas de gesticulation inutile. La première chose que le Maître enseigne, c’est la bonne assise de base.
  • Le dos ne repose sur rien, il est droit sans être tendu, vu que l’assise est très stable.
  • Mains et pieds ont leur indépendance totale.
  • Pour ce qui est de l’énergie vitale, Jean Guillou a environ 85 ans au moment de cet enregistrement.

      Maintenant regardez

                                         
                                             (mettre le casque pour un effet optimal)





Qu'entendons-nous dans l'explication ? 



  • Il y a’sur l'instrument une variété de timbres différents, chacun avec un caractère propre, qu’on va faire entendre séparément, puis les mêler. Cela me fait penser aux méridiens, avec chacun leur couleur, leur caractère, leur nature.
  •  Le discours musical s’articule autour de thèmes et de leurs timbres. Quelque chose se construit. A ce stade, le mental peut intervenir, il est capable d’expliquer ce qui se passe.
  • Puis toutes ces voix et tous ces thèmes vont se mêler et partir dans un grand crescendo. Dès ce moment, le mental se tait, l’énergie jaillit, l’improvisation se construit « toute seule ». 
  • Observez bien la fin, quand l’écho disparaît lentement, le musicien est habité encore de ce qu’il vient de faire. Cela me fait penser au « zanshin » du Kyudo : la flèche est partie, l’énergie continue. 
  • Et si vous regardez jusqu’à la dernière seconde… Mais oui, c’est bon de rire. Toutes les tensions sont libérées. Et d’ailleurs, doit-on toujours se prendre au sérieux ? N’est-ce pas léger et joyeux quand on termine ? 

Des façons semblables de travailler


Bien sûr, pour faire cela, il y a une technique infaillible et plus de 70 ans de métier. Mais, de même que les anciens Chinois pensaient par analogies, cette improvisation me fait penser à une séance de shiatsu :


  • Il y a notre technique, là où nous en sommes, et l’école qui nous a enseigné un style. C’est bien pour commencer, après, on peut libérer et ouvrir tout cela. La technique, comme pour un musicien, cela se travaille chaque jour, sans arrêt. Do In, méditation, stages, posture, culture générale. Et en séance. Bernard Bouheret parle ainsi du Maître qui nous regarde travailler. Il s’agit d’être attentif à chaque instant à ce que l’on fait.
  • Dans une  séance de shiatsu, il y a certes une idée de base sur ce que l’on va faire, mais toujours, en chemin, l’improvisation s’installe. Les mains vont « toutes seules » là où le corps les « appelle ».
     
  • Il y a une phase où on peut formuler ce qu’on est en train de faire. Il peut arriver qu’on rentre tellement dedans qu’on ne sache plus ensuite ce qu’on a fait. Et quand on termine, zanshin ! Personne ne bouge, l’énergie est là. Quand le mouvement du corps s’arrête, le mouvement du KI se perpétue.

    C’est possible si on a réussi à intérioriser, à connecter avec le cœur, à entrer en résonance. Et là, même les personnes les plus bavardes ne disent plus rien. Ce Zanshin, je le matérialise souvent par une pression harmonisante sur C7 – Shinmon.


Shiatsu et musique… d'autres rapprochements


  • Il y a encore tout un univers à explorer sur l’utilisation des Kotodama, des sons primordiaux japonais, des norito (prières Shinto) ou des sutras. On sait par ailleurs que certaines fréquences et certains timbres correspondent aux organes.
  • Il peut arriver qu'en travaillant un rythme s'impose en moi, une couleur de son ou une mélodie me passe par la tête. Y être attentif peut m'indiquer la voie à suivre, ou libérer des images intérieures.
  • Comment travailler avec un « beat » lent, une pulsation tranquille  et continue du début à la fin, ce qui est bien plus difficile, comme en musique, que d’aller vite ? A quels endroits du corps le rythme change-t-il ou un point d’orgue s’impose-t-il ? Quel rythme choisir pour un kenbiki qui corresponde exactement au client ?
  • Il m'arrive de tenter des "accords", à plusieurs doigts sur un ou plusieurs méridiens. C'est souvent intéressant. Mais je ne connais pas de théorie à ce sujet.
     
  • Comment libérer des moments « d’impro » où les mains vont toutes seules comme un ballet là où elles doivent aller, sans l’intervention d’une volonté quelconque ? Et qu’après le client vous dise : « vous avez trouvé les points qui en avaient besoin ».
  • Et l’importance du silence… La musique naît du silence. Le silence qui suit une pièce de Mozart est encore de Mozart, dit-on. Les mains sont silencieuses quand elles se posent pleines d’énergie, notre silence intérieur vient nourrir ce qui se passe là.
  • Il s'agit également d'entrer en résonance… Sur quelle « fréquence » émettons-nous en séance ? Comment découvrir sa propre résonance, entrer en résonance avec notre receveur, libérer la résonance profonde du receveur, parasitée par les circonstances de sa vie ? Il s’agit pour le praticien d’être en haute vibration, et de pouvoir moduler avec chaque personne.

Le shiatsu est un art, disions-nous dans un autre article, en cherchant à le définir. Qu’en pensez-vous ?

Le dernier mot à Jean Guillou, qui aurait aussi été un Maître sur un tatami 


« L’organiste ne doit chercher aucun autre soutien, hormis celui de son séant sur le banc. Mais cet appui doit être tel qu’il puisse être en mesure de permettre à l’exécutant une « suspension » totale des bras et des mains qui évitera ainsi toute crispation et donnera une complète liberté d’action...  On ne saurait espérer aucune musique, aucune expression profonde de soi-même sans cette libération du geste ». Jean Guillou, L’orgue,  souvenir et avenir.

Friday, 13 July 2018

Les merveilleux effets du stage de shiatsu 2018 – Kenbiki et mobilisations passives, avec Stéphane VIEN.


Derniers moments en Bretagne, appuyé contre un arbre près d’une tombe mégalithique, pour vous parler du stage de vacances de cette année.

C’est le troisième stage que je fais avec Stéphane Vien Espace Shiatsu  – avec un plaisir sans cesse renouvelé, et augmenté. Ce stage 2018 fut extraordinaire, sous de nombreux aspects.


D’abord, il faut souligner que Stéphane Vien est un enseignant exceptionnel.  Nous nous sommes trouvés jadis au hasard de publications sur Internet, puis rencontrés, et le courant passa immédiatement. Il enseigne de belles techniques, créatives et à l’écoute, utilisables immédiatement, et transmet sa  grande expérience, avec tellement d’humour et de simplicité. 

No nonsense, restons détendus nous-mêmes. Ce serait un comble que de se crisper autour d’une croyance, d’une technique, d’une pratique, d’une vision. On quitte le stage, et on a envie d’appliquer, de tester, d’expérimenter ces nouvelles choses qui améliorent notre façon de travailler. Mais en plus, Stéphane Vien évoque à chaque fois le « isshin denshin », expression japonaise qui veut dire « de mon cœur à ton cœur ». Il l’évoque, et il le fait. C’est là la véritable transmission, au-delà des mots. Le cœur du Maître est un trésor, et ce trésor rayonne, inépuisable, pour qui sait le ressentir. Passé ce stage, je me sens grandi, plus loin sur le chemin.


Merci à Stéphane Vien et à ses deux assistantes, Martha et Laura, qui n’ont pas ménagé leur peine pour que chacun retire le maximum du temps passé à apprendre et à échanger.

Un art comme le Shiatsu comporte des aspects exigeants. Répéter les gestes, par 35 degrés dehors, à genoux pendant 8 heures par jour dans un hall des sports m’a bien fait  transpirer.  Le shiatsu, c’est très physique. Mais voilà , c’est une façon de repousser les limites, de travailler l’endurance, de rester disponible jusqu’au bout pour les personnes qui passent sous nos mains. Comment rester frais et dispos pour ceux qui viennent en fin de journée ? C’est aussi un apprentissage. Le lendemain matin, le lever se fait d’un bond, avant le réveil. Donner de sa personne rend fort et agile.

Il faut dire un mot du lieu. Bretagne, terre magique, comme l’écrit une belle amie à propos de ce stage. Merci à Vonnick Le Berre, parce que c’est sur ses terres qu’elle a eu la bonne idée de nous inviter. Et parce que ces terres-là nous régénèrent et innervent le shiatsu par leur vitalité…
c’est vrai ! Les bains de mer revigorants, les forêts profondes, les sites mégalithiques, le soleil généreux (et, inutile de le cacher, les excellentes bières locales) viennent revitaliser, détendre, ancrer. Ici, on est en contact avec le Ciel et la Terre, l’énergie des saisons, les Celtes et leur monde magique, la mélodie perceptible dans le souffle du vent… Tout ce que vous m’entendez dire pendant l’année quand nous parlons de ressourcement et de vie autre, tout cela est en Bretagne. Et donc merci à l’organisatrice

Cette année, il y eut une alchimie extraordinaire avec certains participants. Je dis alchimie, car je parle bien de transmutation, c’est-à-dire un changement d’état intérieur. Impossible de travailler avec tout le monde (nous étions 130 !), mais celles et ceux avec qui un échange fut possible, sur le tapis ou à la troisième mi-temps, me laissent un souvenir impérissable. Merci à Lili Ma, Stella Spit, Hervé Guillemot, Okeanos Neptune, David Millerot, Damien Benis, Morgane Caugant, Sakura Dojo, Valérie Mayeux, Olivier Vaillant, Gérard Guérin, Sonia Gourdel… Et j’en oublie, je m’excuse. 

Toutes personnes que, sans hésiter, en mon absence ou pendant vos vacances, je vous recommanderais avec joie, tant s’abandonner à leurs mains constitue une belle expérience.

Le toucher est communication, nous a dit Stéphane Vien au tout début du stage. Se laisser toucher ouvre le cœur, libère les émotions, fait sentir comme il est bon de vivre, et avec quelle intensité joyeuse ! J’ai trouvé, cette fois, des amies de cœur, car j’ai pu me laisser toucher. Une main se pose sur vous, et vous savez.

Il y a tout cela dans le shiatsu. Et tout cela, je ne le garde pas pour moi, je l’écris, je le dis, je le répéterai et surtout, vous pourrez le sentir, quand vous viendrez, à votre tour, prendre soin de vous.



Friday, 25 May 2018

Nouveau site Shinmon Shiatsu

Le site Shinmon Shiatsu s'est vu offrir de nouveaux habits : mise en page allégée, meilleure version mobile, contact aisé et surtout, essai de vous expliquer clairement les bienfaits du Shiatsu...

La meilleure chose étant toujours de venir essayer. Rien ne remplace l'expérience.

En savoir plus sur le shiatsu ? Consultez www.shinmon-shiatsu.be

Tuesday, 24 April 2018

Traiter à temps l’Hallux Valgus, par la podologie et le shiatsu


Non, Hallux Valgus n’est pas le nom d’un centurion romain dans Astérix, mais une déformation douloureuse des pieds, plus précisément une déviation du premier métatarsien (os du squelette de l’avant-pied) vers le milieu du corps. Le gros orteil « rentre » peu à peu  au-dessous ou au-dessus de l’orteil voisin. En langage de tous les jours, on parle de « l’oignon du pied ».

Shinmon Shiatsu collabore sous un même toit avec Pedicentre, cabinet de podologie et de pédicures médicales,  et les deux disciplines en présence (podologie et shiatsu) peuvent vous aider, à leur façon, à soigner à temps un Hallux Valgus, et à éviter ainsi des moments très pénibles. Comme pour tant de choses, la prévention et la prise en charge dès les premiers symptômes ou douleurs donneront les meilleurs résultats.

Voici donc une explication, et ce que nous pouvons faire pour vous.

Problèmes, causes et pathologies

A la jonction du métatarsien et de la première phalange va apparaître une « bosse »sur la partie
médiale du pied, qui frottant contre le soulier peut créer une inflammation (appelée bursite).
Cette déformation est la pathologie la plus fréquente de l’avant pied.

Parmi les causes identifiées :
  • Une prédisposition/ hérédité familiale, touchant principalement les femmes
  • Favorisée ou majorée par l’âge (quarantaine, cinquantaine…)
  • Favorisée par le port de chaussures à talons haut et à bouts étroits

Cette déformation articulaire s’accentue de manière progressive et à une vitesse variable, créant une gêne au chaussage. La déformation s’aggrave progressivement,  la bursite grossit et le pied se déforme.  Les douleurs peuvent être intenses. Apparaissent ainsi des hyper appuis plantaires douloureux avec développement de durillons sous le pied et des cors sur les orteils latéraux qui évoluent progressivement en «  griffes ».

En cas de non-traitement, le risque principal est l’ouverture de la peau, avec possibilité d’infection de la bourse (bursite infectieuse) puis de l’articulation (arthrite) et enfin des ostéites. Cette situation peut devenir très grave pour les diabétiques entre autres. En effet, la perte de sensibilité aux pieds (neuropathie) et le risque d’artérite, rendant difficile la cicatrisation, peuvent mener, chez les diabétiques à de graves problèmes, allant jusqu’à l’amputation.

Traitement non-chirurgical, réalisé par votre podologue

Un traitement non-chirurgical, entamé à temps, devra permettre d’éviter une opération.

Plusieurs possibilités, selon le cas :
  •          Le port de chaussures larges et souples, en aucun cas serrantes ou avec des talons
  •         Un moyen mécanique
     
    •       la confection d’une orthèse plantaire. Réalisée sur place en une dizaine de minutes, l’orthèse consiste en un « boudin » de silicone qui maintiendra le gros orteil éloigné de son voisin. Elle peut se porter avec les chaussures en journée.
    •           Un correcteur nocturne ou une orthèse rigide pour la nuit peuvent également être envisagés.
  •            Un traitement antalgique est également possible

Quel que soit le problème aux pieds, les  personnes diabétiques devraient, plus que tout autre, faire surveiller étroitement  et soigner leurs pieds par un podologue, pour les raisons évoquées  plus haut.

Traitement chirurgical

La chirurgie consiste à ré-axer votre premier orteil, par une ostéotomie (on enlève la saillie osseuse) et un allongement des tendons et articulations. On peut implanter des vis, agrafes et broches en métal. 

La rééducation est longue et relativement douloureuse. La chirurgie n’interviendra donc qu’en dernière extrémité, et si les douleurs consécutives à l’Hallux Valgus ne sont plus maîtrisables. C’est donc évitable, si on s’y prend à temps.

Traitement par le shiatsu

D’inspiration orientale et de nature énergétique, le shiatsu propose une lecture des causes de l’Hallux Valgus.

Il considère le trajet des méridiens dans la zone concernée par la déformation et va aider le corps à rétablir une situation énergétique correcte.

L’Hallux Valgus étant articulatoire, nous allons tout de suite soupçonner la fonction du Foie, qui règle, notamment, tendons et articulations.  De plus, ce méridien débute son trajet sur le gros orteil, du côté du 2ème métatarse.  Sur ce même orteil, de l’autre côté, démarre un autre méridien, la Rate. Le Foie, plus fort que la Rate, tire vers lui et occasionne la déformation. C’est un peu comme ce jeu Anglais du tug of war (tir à la corde) où deux équipes essaient d’amener la corde dans leur camp, en déstabilisant l’autre équipe. 

Si le Foie est trop fort, on examinera également sa relation à d'autres organes, au travers des cycles d'engendrement et de contrôle. Y a-t-il déséquilibre sur les Reins et les Poumons ?  

Travailler les Reins aurait par ailleurs du sens, particulièrement dans ce cas,  ce méridien commençant sur la plante du pied et remontant sur le côté intérieur de la jambe, avec le Foie et la Rate, les rejoignant brièvement au point dit « saninko » (trois réunions Yin) pour se retrouver avec eux au niveau du genou à d’infimes distances.

Donc, le shiatsu consistera probablement dans les grandes lignes  – outre le ressenti particulier propre à chaque traitement - à calmer le Foie, tonifier la Rate, harmoniser les Reins, au niveau du pied et en remontant la jambe jusqu’au genou. On libèrera bien les articulations au passage. Et puisque l'Hallux Valgus est en rapport avec la posture, un travail sur les malléoles interne et externe, et un renforcement des lombaires seront également pertinents.  Le port de chaussures à talons hauts s’avère particulièrement nocif  pour les lombaires, surtout si une lordose ou hyper-lordose (bas du dos creusé) est déjà présente.   

L’apparition d’une grosseur sur le pied indique une accumulation, une stagnation et des étirements/massages/légères percussions sur le pied permettront de remettre en route la circulation de l’énergie.

S’interroger sur les causes profondes

Bref, on peut faire pas mal de choses en local pour soulager et atténuer. En amont, il sera intéressant de chercher les causes profondes. Un déséquilibre sur la fonction du foie ne signifie pas pour autant que vous avez un problème au foie. 

L’origine peut-être alimentaire, dans votre style de vie, émotionnelle, une accumulation de toxines… Il faudra examiner votre style de vie, de façon générale.

Enfin, nous sortons du shiatsu, mais la phyto propose également des solutions (laurier, huile de ricin…) Et il y a aussi les bains de pied (sel d’Epsom) que nos grands-mères  prenaient fréquemment parce qu’ils soulageaient bien des maux. Un phytothérapeute, herboriste, naturopathe, pharmacien spécialisé pourra vous conseiller utilement.

Podologue, praticien de shiatsu et autres thérapeutes… tout le monde est d’accord pour dire que la prévention, ou la prise en charge des problèmes au tout début, offrent les meilleures chances de succès et permettent d’éviter une intervention lourde. On remarque que beaucoup de personnes font prendre soin de leurs pieds, car, forcément, la douleur se rappelle à elles dès qu’elles posent le pied par terre. Mais l’Hallux Valgus n’est qu’un exemple parmi tant d’autres de cette démarche de précaution qui devrait toujours guider notre vie, dès qu’il s’agit de notre santé, et même si cela ne fait pas (encore) mal.

Action !


Pour un traitement en podologie : Dany Colot – Tel. : 02 -280 18 37

Pour un traitement shiatsu : Stéphane Cuypers –  Tel. : 0471-40 56 95

Monday, 26 March 2018

Shinmon Shiatsu - Le shiatsu comme art de vivre: Prendre soin de son intestin

Shinmon Shiatsu - Le shiatsu comme art de vivre: Prendre soin de son intestin: Réflexions et pratique à partir du livre de M. Takanori Naganuma   On m’a offert récemment un petit livre intitulé   « Prendre soi...

Prendre soin de son intestin

Réflexions et pratique à partir du livre de M. Takanori Naganuma

 

On m’a offert récemment un petit livre intitulé  « Prendre soin de son intestin »,  écrit par un certain Takanori Naganuma. Ce monsieur, nous dit-une courte biographie, est un écrivain scientifique qui s’attache à vulgariser les travaux de grands chercheurs japonais.
La traduction semble très bonne, car, à la lecture, on voit vraiment un Japonais vous expliquer en mots très simples et avec humour des vérités profondes, comme ils savent si bien le faire.
Sans doute ce livre n’atteindra-t-il pas le succès de Giulia Enders, avec « le charme discret de l’intestin ». Mais c’est dommage, car il offre lui aussi des réflexions fondamentales sur un organe capital du corps. En traitement shiatsu, nous parlons souvent de nourriture, de digestion…  car c’est une des bases de la Vie. Nous essayons de comprendre les mouvements de l’énergie, de nous harmoniser, de trouver les causes profondes et de prendre préventivement soin de notre santé à tous les niveaux.  C’est ainsi que, quand l’énergie circule sans obstacles,  nous pouvons nous reconnecter à la joie de vivre.
C’est donc un livre à lire et voici un recensement des constatations de M. Naganuma, auxquelles je me permettrai d’ajouter quelques commentaires, dans la ligne du shiatsu.

Nous ne mangeons plus correctement, en Asie comme ailleurs

En gros, l’auteur remet l’église au milieu du village. L’intestin n’est pas le second cerveau, mais le premier (dans l’ordre chronologique de l’évolution). Les premiers organismes vivants étaient un tube digestif, capable, non de pensée, mais de ressenti.

Et donc, même si nous nous flattons d’avoir un cerveau, les constituants anciens, de base, de notre organisme sont toujours bien là. Et par conséquent, ce que nous mangeons, et comment nous éliminons, va déterminer notre santé, bien sûr, mais aussi  notre ressenti, notre façon de penser et même notre conception du monde et des relations avec les autres. Manger nourrit les cellules. Le cerveau  est composé de cellules.
Le problème, c’est que nous ne mangeons plus correctement, car nous nous sommes mis à transformer la  nourriture et donc, à appauvrir ses qualités nutritionnelles.

M. Naganuma prend l’exemple de Musashi Myamoto, Toyotomi Hideyoshi et Tokugawa Yeyasu… Le premier un grand s
amouraï qui n’a jamais perdu aucun combat. Les autres, des dirigeants politiques dont on nous dit qu’ils avaient une force surhumaine. Tokugawa, par exemple,  a fondé le shogunat, qui allait  maintenir sa famille au pouvoir pendant plus de 200 ans.  Je me souviens avoir vu son mausolée, au temple Tosho Gu de Nikko, et avoir été saisi par une énergie farouche. Il reste quelque chose.
Les héros sont toujours un peu légendaires, mais si on regarde leur alimentation,  on voit qu’ils mangeaient sobrement, et, surtout, des aliments complets. Ce n’est qu’après qu’on s’est mis à raffiner le riz en riz blanc et donc, à le débarrasser de tous ses nutriments.  La mode du riz blanc a même amené au  Japon le béri-béri, mortelle carence en vitamine B1 entraînant troubles neurologiques, fatigue extrême et insuffisance cardiaque… Des milliers de personnes sont ainsi mortes au Japon au début du 20ème siècle. Ensuite, l’occupation américaine du Japon a amené la viande, le pain, le lait, le sucre… Toutes choses inconnues des estomacs japonais et dont ils n’avaient pas besoin, avec de graves conséquences sur la santé.

Saint-François Xavier, missionnaire débarquant au Japon au 16ème siècle, s’étonne de la santé des gens et du régime japonais : riz complet (ou blé), légumes abondants, fruits variés, parfois un peu de poisson. Jamais de bétail. On mesure l’ampleur du changement.
C’est important d’insister sur ces choses, car, comme dit M. Naganuma , « nous sommes ce que nous mangeons ».  Nos maux physiques et psychologiques, notre qualité d’énergie dérivent pour une bonne part de ce que nous mangeons. Modifier une alimentation qui ne nous convient pas élimine déjà pas mal de problèmes. Aussi bon que soit le traitement donné en shiatsu, il sera idéalement soutenu par un mode de vie sain, c’est-à-dire qui nous convient.  

En Occident, cela s’est passé de la même façon. D’ailleurs, à peu près à la même époque. Pour moi, il y a deux dates-charnières qui nous ont mis sur la pente descendante :
-          1750 : début du réchauffement climatique dû à l’homme, arrivage des produits des colonies (café, thé, sucre en grandes quantités), premières industries, et, sur le plan des idées, les dites « Lumières ».
-          1945 : apparition d’aliments exotiques et non-respect des saisons, élimination graduelle des paysans, destruction des écosystèmes par les remembrements et l’agrochimie, appauvrissement de la bio-diversité. Ce n’est apparemment pas terminé. Les Trente Glorieuses ne le furent que pour le capital.  Nous avons gagné la guerre, nous avons perdu la Vie.
Aujourd’hui encore, et de plus en plus, le raffinage des céréales, le pain blanc, le sucre blanc créent des ravages dans les intestins. Le traitement des aliments, en général, d’ailleurs. La Nature produit ce qui nous convient sous la meilleure forme possible, pas besoin de manipuler et de modifier les propriétés  des aliments. C’est horrifiant tout ce qu’on peut trouver comme produits conservateurs, exhausteurs, colorants… dans un seul aliment.

Nous n’avons pas connu la carence en vitamine B1, parce que nous mangeons, notamment, beaucoup de viande (contrairement aux Japonais). Mais la  viande engendre la stagnation dans les intestins, et la pourriture. Le nombre de cancers du côlon a augmenté. De plus, nous mangeons en trop grande quantité, car les aliments raffinés ne nous fournissent plus les nutriments nécessaires au quotidien. Cercle vicieux… Bref, après un repas « conventionnel », nous sommes lourds, fatigués, et nous nous précipitons sur les excitants et les sucreries, alors que nous n’avons pas éliminé les toxines du corps. La fatigue, c’est quand les cellules ne sont pas nourries correctement.

Cette attention pour les aliments complets se retrouve dans l’ancien idéogramme du KI, l’énergie vitale, le souffle de vie. Le riz, en cuisant, engendre la vapeur : c’est l’image de l’énergie vitale.  Les 4 "points" indiquent le cycle complet du grain de riz à travers les quatre saisons. L’écriture simplifiée a enlevé ces quatre points.  Coïncidence ? Sûrement pas !  C’est ce qui s’est passé. On a cessé de manger du riz complet. Du coup, le KI est affecté.
Rappelons que l’énergie acquise, dont nous avons besoin au quotidien, est fournie sur base de deux apports : une respiration correcte et une alimentation correcte.
On peut faire tous les traitements du monde, mais  mettre du carburant correct dans le moteur maximalisera évidemment les performances.
L’alimentation saine devrait être une question de santé publique, par conséquent. La frugalité, une nécessité. La base de l’alimentation ne peut plus être « de la viande et un accompagnement ».  Le raffinage et la manipulation des aliments sont une des principales causes des problèmes de santé (physiologique et psychologique) de notre époque. Donc mangeons autrement.

Ni régime, ni compléments

Hahaaa, mais voilà que j’entends s’approcher une horde de conseillers en tous genres, préconisant jeûnes et régimes, tous contradictoires.  Comment s’y retrouver ? Qui écouter ? Gardons simplement à l’esprit deux choses :

-          Ce qui me fait du bien, c’est ce qui me convient : en supprimant tel ou tel aliment, et en observant si on se sent mieux, on peut déjà voir ce qui nous convient ou pas.

-          Le bon sens et la simplicité : ne nous compliquons pas la vie. Comme en shiatsu, on pose les mains, et voilà.
Tout comme Giulia Enders, Takanori Naganuma s’intéresse aux milliards de bactéries dans nos intestins. Avec la constatation étonnante qu’il suffit d’avoir 20% de bonnes bactéries pour que les autres, neutres ou malveillantes, ne soient pas nuisibles. Donc, il ne sert à rien de tenter d’éliminer les mauvaises bactéries. Pour arriver à ces fameux 20%, il suffit de  manger des fibres, avoir une bonne hygiène de vie globale, sans trop de stress, jeûner régulièrement, et masser ses intestins. 

Pas besoin de probiotiques non plus, car l’apport est négligeable par rapport à la synthèse réalisée naturellement  par l’intestin suite à une alimentation saine. Et quant au jeûne… M. Naganuma en propose un très facile : s’abstenir de manger entre 20 heures et midi le lendemain, tout en buvant de l’eau (en quantité modérée), pour donner du repos à l’intestin. Voilà qui nous dispense des héroïques jeûnes prolongés, privations, monodiètes détox et régimes en tous genres. Régime = frustration = risque d’échec. Le mental s’arrange pour que cela ne marche pas, ou alors au prix d’affreuses souffrances psychologiques.
Mais comment savoir si nous mangeons bien ?  Il faut regarder à la sortie. Mme Yamamoto en parlait déjà. Giulia Enders détaille, même. Ni trop mous, ni trop durs, des excréments plutôt beiges, du volume d’une ou deux bananes, et sans odeur repoussante.

L'intestin, c'est aussi une question d’immunité et… d’écologie


Les intestins assurent la nutrition, mais aussi l’immunité.  Quand nos cellules sont nourries, le système immunitaire inné, par la collaboration des cellules, élimine tout de suite virus et bactéries. Un mauvais fonctionnement cellulaire paralyse ce processus, et nous devons alors produire des anticorps. Cela ne peut constituer que le plan B.
Au niveau cellulaire, M. Naganuma attire l’attention sur le rôle des mitochondries, centrales énergétiques présentes dans les cellules, et qui fournissent une énergie bien supérieure à celle fournie par le métabolisme du sucre (glycolyse), à condition de manger des végétaux et de bien respirer en mangeant calmement.  Viande et poisson ne sont plus, dès lors, que des accompagnements occasionnels d’un régime végétarien. L’énergie des mitochondries est source de longévité. A condition de les nourrir et d’y faire appel.
Autre réflexion intéressante : nous abritons dans nos intestins tout un écosystème. Il s’agit, comme au niveau macrocosmique, de ne pas le polluer. De cette façon, nous pourrons changer le monde, et faire progresser la société.  Car améliorer sa santé, c’est améliorer ses performances, et ses idées.

Ya-t-il dès lors un lien entre la façon dont nous traitons la planète et celle dont nous malmenons nos intestins ?  Microcosme = macrocosme.

Travailler avec le Hara et y redescendre sans cesse


En fait, dit M. Naganuma, notre moi se trouve… dans nos intestins, et pas dans notre cerveau. Penser, c’est le cerveau. Ressentir, c’est les intestins. Les premiers organismes vivants n’étaient qu’un long tube digestif. 
La danse de l’amibe, réalisée lors d’un stage récent avec Ohashi Sensei,  est venue renforcer ce propos. Ceux qui y étaient ne l'oublieront jamais. D’abord, l’amibe définit ses frontières, s’étend, se protège, échange des gaz avec son environnement (Poumons et Gros  Intestin).  C’est le premier mouvement. Comme par hasard, ce mouvement se répète chaque jour dans le même ordre, puisque les méridiens Poumons et Gros Intestin viennent en premier dans le cycle d’énergie.  

Cela nous amène au fameux Hara, le ventre cher aux Japonais. Beaucoup d’expressions en rapport avec les émotions incluent le mot « Hara ». Les premiers vertébrés n’avaient pas de cerveau, et pourtant avaient des émotions, un ressenti… par les intestins. Vivre, c’est manger (digérer, absorber, éliminer). Nos intestins nous font ressentir la vie. L’équilibre entre savoir, sentiment et volonté vient du traitement que nous réservons à nos intestins.
C’est ce qui explique sans doute cette grande spécificité japonaise : le diagnostic se fait sur le ventre. On est prudent, évidemment. On ne saute pas sur le ventre de quelqu’un que l’on ne connaît pas, et surtout pas une femme, pour d’évidentes raisons d’intimité.  Quelle différence avec les Chinois qui prennent le pouls au poignet ou examinent la langue ! Travailler sur le hara, c’est mettre le naturel avant le culturellement correct. Le mouvement de la Vie avant la conception de la Vie. La façon japonaise me parle bien plus. D’ailleurs, on positionne son hara vers celui des clients, et on travaille avec lui. Pas vraiment avec la tête qui a appris la théorie.

Donc, le cerveau pense. Les intestins ressentent. Qu’est-ce qui capte ?  Où est l’intuition ? M. Naganuma la met dans le nerf coccygial, vestige de notre queue, situé exactement à l’opposé du cerveau. Et donc, Zazen, assis pendant des heures sur notre coccyx, nous fait prendre conscience de l’intuition fondamentale d’être relié à tous les êtres vivants. Il y a décidément plus de choses intéressantes « en bas » qu’ « en haut ».
A presque tous mes clients, je dis : redescendez.  Ne pas avoir la tête comme un ballon d’hélium. Ouvrir la poitrine  pour rayonner et, paradoxalement, protéger. Descendre dans le hara pour la stabilité, le ressenti et  observer les niveaux « supérieurs » sans se laisser entraîner par tout ce qui passe.  Ancrer. Ici et maintenant. Le centre de gravité, c’est en bas, pas en haut. Sinon, on bascule au moindre souffle de vent. Cela s’explique, mais mieux encore, cela se ressent et cela s’applique au quotidien.

Le shiatsu pour vivre dans son corps toute cette sagesse


Le cadre donné par le livre « Prendre soin de son intestin » est bien celui dans lequel nous travaillons chaque jour : alimentation, respiration, immunité, hara, énergie vitale, primauté du corps… J'y ai retrouvé beaucoup de choses qui se travaillent en shiatsu.
Ohashi dessine l’être humain idéal comme un tube sans obstacles. Le travail du shiatsu permet justement d’éliminer les obstacles, de rééquilibrer. Les trois principaux points de longévité ?  Ils se trouvent sur Estomac, Gros Intestin, Intestin Grêle.  Tiens, tiens, comme par hasard. Pour vivre vieux, il ne faut pas d’obstacles sur le transit digestif. 
Mais seul, le praticien ne peut pas y arriver. Un travail sur les points permettra de réveiller le corps, de lui rendre sa place première.  Il reste au client à changer son alimentation, son mode de vie.  Less is more. A la portée de tous. Et, en plus, cela ne coûte pas cher. Cela coûte même moins cher, au final,  que de continuer  le mode de vie actuel.
Je vois que cela fonctionne comme cela. Le toucher du shiatsu peut donner l’impulsion, le rééquilibrage, le début du changement. Je vois bien que tout changement durable vient d’abord par le toucher, pas par le raisonnement.  Avec l’épiphénomène qu’est le cerveau, on discute des heures, des années… Si on prend les choses par la base, par la cause profonde, par le toucher, par le ventre, l’alimentation, la respiration,  le mouvement, on modifie tout le reste.

Une fois que l’énergie circule bien, le corps reprend la direction des opérations. Il devient alors  impossible (car on ne se sent pas bien) de manger des choses qui ne nous conviennent pas.
Prendre soin de son intestin ? C’est certainement le cadre favorable, au sens large, au sein duquel nous travaillons tous les jours.