Tuesday, 18 July 2023

夏指圧 - Natsu Shiatsu - Shiatsu d’été (4) : faire des miracles

 Courtes réflexions pour ne pas oublier le Shiatsu pendant l’été


QUATRE


Voici un bien étrange et dense livre ‘L’homme et les énergies vibratoires’ de Jean-Noël Kerviel, trouvé dans le petit magasin en face de la cathédrale de Chartres. C’est qu’à Chartres, on connaît, ressent et pratique les flux d’énergie.

Les chasseurs de sorcières et grands inquisiteurs qui courent les rues et même le monde du Shiatsu trouveront sans doute à redire au fait que l’on puisse lire CA.

Mais en préparant la retraite Shiatsu, j’y ai trouvé quelque chose de très intéressant. On y parle des miracles.

Il vous est sûrement déjà arrivé  que des clients vous disent que le Shiatsu a réussi à les débarrasser d’un problème ancien, récurrent, en une ou très peu de séances. Cela n’arrive pas tout le temps, mais cela peut arriver.

L’erreur serait de s’attribuer un quelconque mérite. Nous avons accompagné, aidé, permis, facilité, mais la guérison est le fait du receveur, pas le nôtre.

Alors, c’est un miracle ? Dans le sens où Kerviel le définit, ça y ressemble.

En effet pour qu’un phénomène précis se déroule, il faut la présence de 3 facteurs : le bon lieu, le bon moment, le bon état. Nous pouvons ainsi expliquer tout phénomène décrit par le terme ‘miracle’ grâce à ces facteurs qui sont rarement simultanés’…

Et donc, quand un grand changement, a priori inattendu, a lieu c’est que nous étions :

  • Au bon endroit : le lieu de pratique, bien sûr, et l’énergie qu’il porte, et une multitude de facteurs  sous-jacents ;

  • Au bon moment : dans le parcours de vie de notre client(e) et dans le nôtre, tout était prêt

  • Avec le bon état : le sien (il était totalement réceptif) et le nôtre (nous étions particulièrement attentifs et justes, le geste juste, les mains sont allées où il fallait).


Et donc tout cela s’est aligné. Parfait !
L’étymologie de miracle est ‘mirare’ en latin, càd regarder, refléter, d’où vient le mot miroir.

On peut s’extasier, à juste titre, sur les miracles de la vie quotidienne, mais surtout prendre conscience que s’il y en a, c’est avant tout par le travail sur nous-mêmes. 

Etre dans le bon état… et voilà.


Monday, 17 July 2023

夏指圧 - Natsu Shiatsu - Shiatsu d’été (3) : Kannagara, le flux

 Courtes réflexions pour ne pas oublier le Shiatsu pendant l’été


TROIS


Restons dans ce flux, ce mouvement perpétuel qui nous anime.

Au plus Japonais du Japon, si peu connu chez nous, il y a le Shintô, la voie des kami : il en existe une myriade ! C’est dire s’il y en a pour tous les goûts, les instants, les endroits.


Kannagara no michi,
惟神の道, une autre façon de dire Shintô神道, au fond,  mais de façon plus Japonaise, signifie la voie qui reflète, qui tient compte des kami.

Intéressons-nous au mot ‘kannagara’. Jamais entendu ?

Il s’agit de s’harmoniser avec ce qui est, sans séparer le matériel du spirituel, le haut du bas et de constater que ‘tout est parfait’, qu’il n’y a rien à changer.

William Gleason explique que kannagara est le flux de la nature, des saisons et du déploiement de la destinée humaine.

On pourrait donc le traduire par ‘aller avec le flux’, céder à l’énergie vitale plutôt que de tenter de la contrôler ou, pire, de la modifier.


Comme le dit Aidan Rankin dans ‘Le Shintô, célébration de la vie’ : ‘ Nous faisons partie d’un réseau qui relie toutes les choses vivantes et lie également ensemble le passé, le  présent et le futur dans le ‘maintenant médian’.

Quand nous posons les mains sur quelqu’un, nous pratiquons Kannagara, nous travaillons le corps-esprit, nous coulons avec le flux de la Vie en nous et l’accompagnons chez nos clients.

Le Shintô nous apprend comment mener une bonne vie, tandis que le bouddhisme (japonais) nous accompagne surtout dans la mort.

Sous bien des aspects, notre pratique est, je la vis ainsi, bien plus Shintô que Bouddhiste.

HI FU MI YO I MU NA YA KO TO… ainsi que nous l’avons pratiqué à la dernière Retraite Ôdô.  

Sunday, 16 July 2023

夏指圧 - Natsu Shiatsu - Shiatsu d’été (2) : YinYang

Courtes réflexions pour ne pas oublier le Shiatsu pendant l’été


DEUX


Repartons du titre du livre de Cyril Javary ‘YinYang – la dynamique du monde’.

D’abord YinYang et non pas Yin et Yang. C’est que, bien que deux, ils sont intrinsèquement mêlés. Rien n’est jamais Yin ou Yang, mais YinYang, dans des proportions diverses et surtout dynamiques.

La montagne a deux versants que l’on ne peut dissocier. Elle a l’air immuable, mais tout bouge en fait sans cesse.

On ne peut donc jamais qualifier quoi que ce soit de Yin ou de Yang, mais de plutôt Yin ou plutôt Yang, ce qui signifie deux mouvements.


  • Si c’est un mouvement Yin, ça accueille, monte de la Terre au Ciel, etc.
  • Si c’est un mouvement Yang, ça s’active, descend du Ciel vers la Terre, etc.

A réfléchir quand on parle d’un organe, d’un méridien et qu’on les qualifie selon le YinYang.

Le sinologue Léon Vandermeersch, décédé en 2021, attire notre attention sur les aspects fondamentaux de la pensée chinoise, qui se traduisent dans sa médecine et notamment celui-ci : ‘
une schématisation relationnelle plutôt qu’un réalisme atomique – l’intérêt est porté plus à la circulation suivant les chemins linéaires figurés par les médecins qu’au fonctionnement propre à chaque organe’…

Et donc le traitement, quelle que soit la discipline, ne cherche pas l’effet, mais une réponse, une correspondance, et considère son efficacité sur tout l’ensemble corporel.

Dans l’enseignement dispensé chez Ôdô Shiatsu, nous commençons par les méridiens vus comme des flux, des circulations qu’il importe de ressentir, dans leur nature et leur mouvement, avant de se pencher sur leurs constituants.

KI KETSU
気血, Ki – Sang, est en effet la dynamique fondamentale à percevoir avant d’intervenir.

Saturday, 15 July 2023

夏指圧 - Natsu Shiatsu - Shiatsu d’été (1) : le UN

Courtes réflexions pour ne pas oublier le Shiatsu pendant l’été (1)


UN – Puisque c’est le numéro 1 de la série, je ne peux que rappeler l’importance de ce nombre.

Des dizaines de livres ont été écrits sur ce sujet. Stimulons simplement votre réflexion et votre intuition de trois façons. Laissez les dériver sur la plage ou au bord d’un lac.

Compréhension intellectuelle


A la base, comprenons que pour les Orientaux les nombres n’ont pas seulement une valeur quantitative, mais également qualitative /symbolique.

UN c’est le Taiji qui est l’énonciation du Zéro. On ferait mieux de le traduire par ‘Il y a’. Il y a quoi ? Il y a le non-manifesté, insaisissable à nos sens et à notre compréhension.


Jacques Pialoux  (dans ‘Le 8ème jour de Ptah’) traduit par ‘principe premier de tout ce qui existe’. On n’en a pas fini avec les traductions.

Intuition intellectuelle


Cyril Javary nous dit (Dans ‘YinYang, la dynamique du monde’) qu’écrire Un au pinceau donne déjà une idée du YinYang et implique le Trois, donc le Ciel / Terre. Voyez-vous pourquoi dans le dessin en tête de ce texte ?

Un donne deux YinYang qui donne trois Ciel Terre Homme qui donne les 10.000 Etres. La Manifestation.

Ressenti


Saviez-vous qu’il existe un point qui s’appelle précisément Taiitsu en Japonais, Taiyi en Chinois ? 

太乙, traduit par Unité Extrême. L’idée est celle d’une germination et le nom serait un jeu de mots avec le Taiyi, précisément. Le point se trouve sur le ventre et le méridien de l’Estomac, coincé entre 3 portes.

Etrange localisation ! Mais on constate que travailler ce point donne des effets harmonisants profonds, surtout si on le connecte à un autre qui rassemble toutes les caractéristiques des 10.000 êtres.

Je vous laisse le trouver parmi les quelque 360 inventoriés sur le corps.

Et pour le pratiquer… l’école Ôdô Shiatsu vous le propose dans le cursus.

Bonne journée de vacances avec le Shiatsu !

Thursday, 6 April 2023

La porte est en dedans

Partage d'expérience : laisser faire les mains


A. vient me voir pour la première fois et m’expose ses difficultés. C’est le syndrome d’Ehlers-Danlos, me dit-elle. Pardon ? Vous pouvez répéter ?

Maladie inconnue : moments privilégiés qui nous ramènent aux sources de notre art. Car voilà qui est bienheureux : je n’ai pas de protocole en tête et rien de familier sur quoi je pourrais m’appuyer en cours de route.

Ce que l'on en dit


A. non plus, d’ailleurs, car là est précisément son problème : elle ne sent pas ses os, elle n’en a pas la sensation et donc perd ses contours, ses repères de forme séparée du reste du monde, au point de devoir s’appuyer régulièrement sur quelque chose. Ennuyeux, car elle est incapable de conduire un véhicule, tout juste un vélo si ça ne va pas trop vite. Cela va avec une hypersensibilité : hyper-acuité visuelle, hyper-acousie, porosité émotionnelle, hyper-laxité et, par conséquent, une grande fatigue permanente : surexposition à une information bien trop dense.

Elle ne paraît pas son âge et est d’une minceur à faire envie à bien d’autres, car, malgré un grand appétit, elle ne prend pas de poids. Les articulations sont douloureuses, le haut du dos tendu, mais rien de nature inflammatoire.

Problème de codage dans la fabrication du collagène, me dit-elle. Rentré chez moi, je m’en vais voir au dictionnaire de quoi il retourne.

Ce que l'on en lit


Le syndrome d’Ehlers - Danlos (SED) est une maladie génétique rare qui peut prendre plusieurs formes et peut engendrer divers désordres : hypermobilité articulaire (jusqu’à la dislocation), hyper-extensibilité cutanée, fragilité tissulaire… Seule une biopsie cutanée permet de la déceler avec certitude. Comme je l’apprends en lisant le dictionnaire, A. souffre de la forme hyper-mobile, la plus fréquente, où la fragilité tissulaire est moins présente.

Il n’existe pas vraiment de traitement médicamenteux et, pour le reste, une approche multidisciplinaire (kiné, posture, podologie…) peut être prescrite.

Le site Passeport Santé me précise en outre que ‘ Aucune donnée scientifique ne permet aujourd’hui de traiter ou de prévenir le syndrome d’Ehlers-Danlos à l’aide de thérapies alternatives’.

Bref, personne ne m'aurait aidé de toute façon, mais A. me demande si je peux l'aider.


Comment s'y prendre ? 


Ce sont les moments de grâce pour le praticien et le retour à l’essence même de la pratique.

Ce qui ne signifie pas me croire plus malin que les autres et vouloir résoudre quoi que ce soit. Cela ne signifie pas non plus faire aveu d’incompétence et m’excuser de ne pas pouvoir aider. Cela signifie simplement que je vais faire quelque chose selon ce que je vais ressentir là et que je ne sais pas où cela va me mener. De ce fait, mon intérêt est décuplé car l’inconnu, précisément, me stimule.

D’abord, je vais écouter. Au sens de Bunshin, certes, ‘chercher à distinguer par l’oreille quelque chose

d’indistinct’, car où est le fil d’Ariane qui va permettre de dénouer l’écheveau ? Quel indice va émerger ?

Au sens d’Eric Baret (in ‘De l’Abandon’) : ‘Accepter veut dire écouter. Ecouter veut dire ne rien savoir’.  J’accepte ce qui est là, sans pouvoir interpréter, et, vierge de tout savoir, il me reste à mettre les mains et à leur faire confiance.

Ou encore : ‘ Que signifie écouter ? Cela veut dire aimer. Sans amour, l’écoute est impossible. Aimer signifie : être disponible à ce qui est là… vous ne cherchez pas à comprendre quoi que ce soit, mais à vraiment sentir’.

Me voici dès lors dans Setsushin, tel que compris par M. Masunaga, quand il nous dit : ‘je commence par toucher le corps du sujet sans poser de question et fais part, simultanément, à ce dernier, de mes impressions concernant le symptôme observé’.

Ajoutant : ‘Beaucoup de consultants ignorent que le Shiatsu n’est autre, en réalité, que le Setsushin lui-même’.

Ou comme le disait Maître Kawada, coupant court à toute question : ‘mettez les mains’.

Et puis s'y mettre


Ensuite, j’aurai bien quelques directions qui vont venir, évidemment.

Hyper-laxité, en effet : la main disparaît du premier coup sous l’omoplate. Mais il y a un point quand même, qui fait mal et fait du bien. Un tsubo qui appelle. Le corps réagit au toucher.

Un Fukushin confirme ce que je viens d’entendre. Les personnes hypersensibles se connaissent, évidemment.

‘Fatigue’ et ‘génétique’ vont me renvoyer vers les Reins.

‘Porosité émotionnelle’ vers le dit Maître Cœur et le Cœur.

‘Manque de contours’ vers la Rate et vers un shiatsu très enveloppant, très contenant, qui rassemble et ramène et où, donc, le corps du praticien se donne totalement (ceux qui me connaissent savent que c’est une de mes prédilections). D’ailleurs, A. a développé une endométriose, il y a une logique quand même.

Pour les articulations, même si nous ne sommes pas dans un contexte inflammatoire au sens d’une polyarthrite, nous savons que, dans ces cas précis, des pressions puissantes, enveloppantes précisément, soulagent beaucoup et cela vaudra la peine d’au moins essayer pour voir si cela apporte un soulagement. Ce fut bien le cas.

Et de manière globale, il faudra ramener une présence, un appui, un soutien, un ancrage dans la matière.

Et ainsi se construisit la séance.


La grande chance du praticien



La première chance est celle du terrain inconnu qui nous ramène aux origines de notre Art, quand les premiers praticiens, empiriquement, essayaient quelque chose et finissaient, avec le temps, par garder ce qui fonctionne. Beaucoup d’humilité. Obligation de moyens (se donner totalement), incertitude du résultat.

La seconde chance est d’avoir quelqu’un d’hyper-sensible sous les mains, car A. était consciente de toutes les sensations de son corps et capable de les communiquer en temps réel. Une aide précieuse…  Surprenamment (ou pas), une forte pression sur Gaikan et le Triple Réchauffeur amena ainsi instantanément un glissement de chaleur vers les épaules et la disparition des douleurs à cet endroit… ressenti partagé chez elle et chez moi au même moment.

Nous en conclûmes que le ressenti du corps est la porte de toutes les expériences, jusqu’aux spirituelles. Car l’Advaita Vedanta, le Shivaïsme et le Shintô poussèrent leur nez dans la conversation qui suivit… émanant en quelque sorte de l’expérience vécue pendant la séance.

Le corps est ce Grand Véhicule qui nous permet de ressentir, ce que même les dieux nous envient, dit-on.


 La récompense fut dans ces mots qu’elle me dit en partant : ‘Je suis là’.

 





Friday, 31 March 2023

四月の魚 - Shigatsu no sakana, une pratique oubliée

 Shigatsu no sakana : une branche oubliée aux origines du Shiatsu

 

Connaissez-vous Tatsurube Tamaru, médecin japonais né en 1904, aujourd’hui bien injustement oublié ?

La puissance du 4


Alors que beaucoup de Shiatsushi semblent fascinés (à juste titre) par la symbolique ternaire, Tamaru, soucieux d’élargir le débat, inventa le quaternaire, basé donc sur le chiffre 4. Une valeur ajoutée, en quelque sorte.


Une trentaine d’années plus tard, Jung, en Occident, allait développer ce même concept de la quaternité, au niveau de la Psyché, cette fois.

Nous avons découvert le livre manuscrit de M. Tamaru par hasard en consultant l’inventaire de la Bibliothèque Nationale Japonaise. Cela ne s’invente pas : il existe aujourd’hui en tout et pour tout 4 exemplaires de  ‘Shigatsu no sakana’, que l’on pourrait traduire par Sakana ‘la marée’ et Shigatsu ‘4 lunes’ : la marée des 4 lunes.

Attention qu’il ne s’agit pas ici des 4 mers,  ni des points ‘mer’ classés sous les ‘Shu antiques’, ni même de Kikai mer d’énergie ou de Kekkai ‘mer de sang’. On parle bien de la marée et de 4 lunes que Tamaru a détectées parmi les 360 points du corps.

Nous avons tenté de retrouver de quels points il pouvait bien s’agir. Il s’agissait tout simplement de confronter les kanji constituant le titre de l’ouvrage avec les noms de points et de voir si nous pouvions en trouver 4. Affaire rondement (carrément, plutôt) menée.

4 lunes, 4 éléments


De façon troublante, ces 4 points se retrouvaient sur… 4 éléments.

  • Lune de Bois : 日月Jitsugetsu, soleil et lune, VB 24

  • Lune de Métal : 魚際 Gyôsai – P10 - , traduit habituellement par ‘le ventre du poisson’, mais en fait ‘Au bord de la marée’ serait plus correct.

  • Lune de Feu : 四瀆Shitoku, TR9, traduit par 4 rivières, mais le clair de lune se reflète dans la rivière. Une Lune de Feu ne peut par ailleurs se concevoir qu’en Feu Ministre. En Feu Empereur, elle serait éclipsée par le Soleil et donc indétectable.

  • Lune d’Eau : 睛明 Seimei, prunelles claires, V1, dont le kanji montre à la fois le soleil et la lune, démontrant le yinyang de façon éclatante.


Etant évident qu’il ne peut y avoir de Lune de Terre, puique la Lune se voit depuis la Terre.

On est tout de même en droit de se demander si M. Tamaru, féru de théories occidentales très à la mode dans le Japon de son époque, n’éliminait pas, avec sa théorie des 4 lunes, le 5ème élément, forcément gênant, se positionnant ainsi pour une reconnaissance officielle de sa pratique qu’il n’a, finalement, pas obtenue.

La pratique au carré



Les points trouvés, il suffit ensuite de les disposer de façon graphique pour percevoir toute la puissance de leur interaction.


Partant du bord de la marée P10, on remonte les
4 rivières TR9 pour acquérir la vision claire V1 qui – introspection oblige – donne une claire compréhension du soleil et de la lune cachés dans les profondeurs de l’humain VB24.


La localisation des points dessine en outre sur le corps un carré parfait, qui n’a rien à voir avec le carré des lombes. Il faut toutefois poser les mains sur le ventre pour trouver le carré.

Au sein de ce carré, la marée d’énergie symbolisée par la vague de Hokusai se répète 4 fois par heure. Un rythme plus élevé donnerait en effet facilement le haut le cœur, ce qui fait l’objet d’un tableau pathologique peu connu : Plénitude d’Eau du Cœur.

La pratique de Shigatsu no sakana se déroule dans cet ordre : P10  – TR9 - V1 – V1 – TR9 -P10 – VB 24 -VB 24 selon un protocole strict : 4 secondes sur chaque point pour un parcours  à réaliser 4 fois.

Vous vous rappellerez enfin que le carré se retrouve dans le kanji pour penser
思et qu’on peut donc en conclure que cette forme de Shiatsu donne la priorité à la réflexion plutôt qu’au ressenti, approche qui se rencontre encore bien de nos jours.

Mais c’est comme avec tout : avant de critiquer, il faut tester.

Intrigués par cette pratique qui contrecarre toutes les théories connues, nous l’avons donc testée et  obtenu de bons retours : les gens réalisent enfin que
le praticien se met en quatre pour les aider.

Bonne pratique !

Et si vous n’avez pas tout capté, la clef de cette pratique se trouve 10 lignes plus bas










🐟

Shigatsu no sakana signifiant en fait 'poisson d'avril', vous vous êtes peut-être fait avoir à cet exercice de communication. Il y avait trop d'anomalies, non ? Si le texte vous a convaincu(e), c'était une bonne communication qui permet, comme on le sait, de faire passer n'importe quoi. Soyez vigilants !







Tuesday, 28 February 2023

MEIMON : la porte du sens de la Vie

Analyse et symbolique de deux kanji pour notre pratique

Lorsque nous apprenions les points, Maître Kawada nous incitait à aller voir les noms et leur signification, nous disant qu’il y avait là un sens et une symbolique. En effet, si les Anciens ont passé leur temps à tous les nommer, il doit bien y avoir une raison.

Etrangement, très peu s’y intéressent, leur préférant la numérotation. C’est oublier que cette numérotation ne signifie rien et qu’elle est, de plus, très récente. La version moderne (et simplifiée) de l’acupuncture, remontant à Mao, a introduit les numéros de points… ce que l’on nous vend sous le vocable de ‘MTC’.

Prenons le cas d’un point très important.

Si je vous dis que je travaille ‘VG 4’ ou ‘DM 4’, cela ne veut strictement rien dire, à part, éventuellement, m’aider à me repérer sur le trajet du méridien, voire anatomiquement : sous l’apophyse épineuse de la vertèbre L2. Mais en soi, le fait que ce point vienne en 4ème place n’est pas signifiant.

Si je vous dis par contre que je travaille ‘MEIMON’, me voilà bien obligé de vous dire ce que ce mot signifie et de comprendre ce que je suis en train de faire.

Voyons où cela nous mène.



Regarder les traductions


Bien sûr, je pourrais m’appuyer sur une traduction, mais, laquelle ?

Lorsque je travaillais le Yi Jing avec Rose-Marie Beckers (Ecole Djohi de Cyril Javary pour la Belgique), nous avions pour habitude d’analyser un hexagramme tous les mois et nous cherchions toutes les traductions existantes.

Exercice très enrichissant : aucune n’était la même, elles se situaient même parfois aux antipodes l’une de l’autre. Laquelle était la bonne ? Aucune, à moins de les prendre toutes ensemble, seule condition pour rendre toute la subtilité de l’original chinois.

L’intérêt était plus dans ce que les traducteurs avaient perçu de la signification, ce qu’il avaient préféré ou ignoré, de par leurs accointances ou leur arrière-plan culturel. Wilhelm, par exemple, était un pasteur protestant établi en Chine. Il utilise des concepts religieux inexistants pour les Chinois mais signifiants pour lui.

Ce n’est qu’avec des sinologues comme Cyril Javary, le père Claude Larre et Elisabeth Rochat de la Vallée (pour ne parler que de ceux que je connais) qu’on s’est mis à juste traduire signe par signe les idéogrammes, sans surajouter de l’interprétation ou faire des liaisons qui n’y sont pas.

Etonnamment, ou pas, il en va de même pour nos points.

MING MEN ou MEIMON ou comment dire ?


Pour compliquer les histoires, certains emploient les noms en Chinois (ils partent des manuels d’acupuncture chinoise) et d’autres en Japonais (transmission japonaise du Shiatsu ou de la MTJ). Cela s’écrit de la même façon dans les deux langues, mais se prononce différemment. Le Shiatsu étant Japonais, je préfère les noms en Japonais (il y a d’ailleurs parfois des différences avec le Chinois).

Ainsi, notre point VG /DU 4 s’écrit
命門   et se prononce en Chinois MINGMEN et en Japonais MEIMON.

Appliquons la méthode et voyons ce que nous trouvons comme traductions :

  • Kawada : Porte de la Vie

  • Tsubook : Porte de la Vie (Tsubook suit la plupart du temps Kawada, curieusement)

  • Docteur Chamfrault (Traité de Médecine Chinoise) : Porte de la Vie

  • Philippe Laurent (L’Esprit des points) : porte de la vitalité / porte du destin

  • Omura (Acupuncture Medicine) : Gate of Life

  • Elisabeth Rochat (101 notions-clés de la Médecine chinoise) : Porte de la Destinée

  • Précis d’acuponcture chinoise : ne se risque pas à la traduction.


Même si un assentiment global semble se dessiner pour ‘Porte de la Vie’, on est en droit de se demander pourquoi d’autres (et non des moindres) préfèrent Vitalité, Destin ou Destinée. Ce n’est pas du tout la même idée.

Dès lors, si les numérotations, prononciations et traductions ne nous éclairent pas, il nous reste l’étymologie, c.-à-d. regarder comment le kanji s’écrit, d’où vient le signe et ce qu’il signifie profondément.

Etymologie


Le mot ‘Kanji’ ( ‘idéogramme’) signifie l’écriture des Han (des Chinois), comprenant par là que les Japonais ont emprunté puis se sont approprié cette façon d’écrire aux Chinois, parmi bien d’autres choses.


Pour MON  
門, le kanji est très simple et signifie ‘porte’. On voit bien effectivement la représentation graphique de deux vantaux qui s’ouvrent et se ferment. Dire ‘Porte’ implique un endroit de passage, une entrée et une sortie. Les Points de Porte (il y en a ainsi 19 sur tout le corps) sont donc des points qui permettent à ‘quelque chose’ d’entrer ou de sortir.

MEI 命 va être le cœur de la compréhension. Quand ce kanji est pris isolément, il se prononce INOCHI (particularité de la langue japonaise de prononcer à la Chinoise ou à la Japonaise).

Le dictionnaire (j’utilise Jisho.org d’excellente qualité) traduit par : vie, force de vie, étendue de vie, durée de vie, cœur (au sens de centre, core), fondation, chose la plus importante, destin /destinée, décret, ordre….

Un seul kanji revêt des significations très diverses et nous comprenons déjà pourquoi les traductions sont si différentes. Chaque traducteur a pris un aspect, qui lui semblait le plus pertinent. Il me semble que nous devons rester en-deçà, c.-à -d. choisir un mot, tout en n’excluant pas les autres connotations et en les gardant à l’esprit.

D’autres éléments de compréhension


Pour arriver à déterminer la meilleure formulation, rappelons-nous la position de Meimon : entre les deux points Yu des Reins, Jinyu
腎俞 (‘V23’).


Le point MEIMON, nous dit Philippe Laurent est en rapport avec l’énergie originelle, primordiale, le GENKI, conservé par les Reins.

Elisabeth Rochat plonge dans l’étymologie et nous dit ; ‘
命, c’est une bouche qui donne un ordre : le commandement donné par un supérieur, le décret, le mandat du Ciel.

Chacun doit se conduire en fonction de la nature première qui lui a été conférée par le Ciel, cultiver ses qualités et dispositions innées. Celui qui reste fidèle à sa nature originelle maintient sa relation au Ciel, reçoit la lumière de ses esprits, connaît la règle de ses actions. Il accomplit ainsi la Vie à laquelle le Ciel le destine, celle qui se déroule en fonction de l’ordre naturel inscrit en lui’.


命 est donc la force vitale, le sort individuel, la durée allouée à chacun, et en même temps la  vie personnelle à mener, le destin à accomplir.

Me vient l’image du flux de la Vie qui coule en nous de notre premier inspir à notre dernier souffle : notre destin consiste à accompagner le mieux possible ce flux de vie et à ne pas lui faire obstruction, ‘go with the flow’ en quelque sorte.

On ajoute le caractère ‘Mon’ pour Porte, parce que c’est là le passage de l’entrée dans la vie et donc, l’endroit de l’entrée dans la forme, dans le monde des phénomènes, la transition entre Ciel Antérieur et Ciel Postérieur.

On voit donc mieux tout ce qu'on veut dire quand on dit 'Meimon'.

Risquons une traduction


Si je devais choisir une traduction parmi celles citées ci-dessus :

  • Porte de la Vie est correct mais ne rend pas toutes les nuances ci-dessus.

  • Porte de la Vitalité se rapproche de l’énergie GENKI et des Reins, mais ne rend pas l’idée de mouvement.

  • Porte du Destin est trop connoté, nous avons en Occident l’idée détestable du Fatum Romain ou de la Moira grecque, qui implique la prédestination et la soumission à la fatalité. Or il s’agit bien plutôt d’honorer et de nous aligner sur notre nature première reçue à la naissance, discerner l’ordre naturel en nous et l’accomplir. Ce qui enlève l’idée de choix et libère, paradoxalement. Autre sujet. 

  • Porte de la Destinée est le plus juste (si on enlève l’idée de pré-programmation)

J’aime bien Porte de la Destination, ou Porte du Sens de la Vie, parce que cela amène la représentation de ce flot de vie qui coule en nous et forcément va quelque part. 


Le chapitre 19 du Tchouang Tseu (philosophe taoïste), intitulé précisément ‘Le sens de la Vie’, raconte cette anecdote de l’homme nageant aisément dans une rivière impétueuse où nul être vivant ne pouvait se tenir. A la question de révéler son secret, il dit : 'Je fais corps avec l’eau, descendant avec le tourbillon, remontant dans le remous. Je suis le mouvement de l’eau, non ma volonté propre. Voilà tout mon secret. .. Depuis que j’ai perdu toute notion de ce que je fais pour nager, je suis dans l’eau comme dans mon élément, et l’eau me supporte parce que je suis un avec elle'. 

Belle image de ce que l’on veut dire quand on parle d’accomplir notre vie : Inochi.

Symbolique et connexions


Voilà qui ouvre d’immenses espaces de recherche et de travail. Vu toutes ces connotations, nous comprenons que travailler ‘MEIMON’ ne va pas être innocent.

Quand je pose les mains là, que je touche ce point, je touche l’origine de la Vie, la porte de l’énergie vitale, la Source, sa matérialisation dans l’existence, l’énergie des Reins, j’aide l’élan vital qui mène vers le dernier jour, j’aide la vie à s’écouler sans encombres.

Ce point est situé sur le koshi (zone des lombes). L’élan vital vient du koshi, c’est sûr. Le dernier weekend que j’ai passé à pousser des brouettes de terre vient confirmer cela. Nous ne sommes pas tirés vers l’avant, nous sommes poussés dans le dos.

Si la polarité s’inverse, nous tombons en arrière dans le grand océan de l’inconscient, happés par l’émotion de peur liée aux Reins et localisée précisément à cet endroit.

En pressant Meimon, j’entre de plain pied dans la vie et j’avance sur cette Voie au rythme naturel du receveur, de la receveuse.

J’offre également de l’appui et du soutien lorsqu’il est nécessaire de pauser et de se reposer, en posant simplement les deux mains à plat sur cet endroit. Il est bon de pouvoir s’appuyer sur quelqu’un et d’alterner les phases d’avancée et de repos. Tout élan part d’un appui.

Connaître le nom ‘MEIMON’ et sa signification permet de discerner tout cela, d’affûter ma compréhension et de tenter des connexions avec des points qui, de par leur signification et leur position, vont ‘résonner’.

  • Que pensez-vous de MEIMON / SEKIMON, Porte de Pierre, point BO du Triple Réchauffeur, ouvrant au GENKI la Porte des 3 Foyers ?

  • Ou de MEIMON / KANGEN, Barrière du GENKI, Point BO de l’Intestin Grêle, ouvrant la barrière pour libérer le GENKI retenu pour de multiples raisons ?

  • Ou encore de MEIMON / KIKAI, Mer d’énergie, connectant ainsi Koshi et Hara, élan vital et matérialisation ?

  • Ou enfin de MEIMON / SHINKETSU, travaillant puissamment l’origine de la Vie au travers des Merveilleux vaisseaux ?

Connaître le nom des points ouvre un champ de possibles et ajoute une interprétation symbolique à notre travail.

Car, de même que le symbole n’a de sens que s’il est agissant, de même une simple connaissance livresque des noms de points ne mènerait à rien qu’à une fugace satisfaction intellectuelle, stérile dans le sens où nos receveurs n’en profiteraient pas.

La pratique, d’abord la pratique, sous-tendue et soutenue par la connaissance.  Même si la connaissance ne dit rien sur la qualité de la pratique.

Autres associations


Ensuite, cerise sur le gâteau, nous pouvons associer à des phrases ou des mots où le même kanji apparaît.

Pour INOCHI, c’est assez évident (en fait, j’ai choisi le mot par solution de facilité).

Nous avons :

Namikoshi



OSEBA INOCHI NO IZUMI WAKU, deuxième partie du célèbre slogan de M. Namikoshi. Je renvoie au chapitre 5 de mon livre ‘Le Shiatsu, un Art Japonais’ pour une analyse détaillée de ce slogan par les kanji.

Le fait est que M. Namikoshi emploie le mot ‘Inochi’ (car il y en a évidemment bien d’autres pour évoquer la Vie) et toute l’analyse ci-dessus nous fait penser que ce n’est pas par hasard. Le Shiatsu concerne donc bien Inochi.

Mais la traduction ‘en pressant, on fait jaillir les sources de la Vie’ est insatisfaisante si on regarde les kanji. Un sens plus juste serait : Si on fait des pressions verticalement, le flux impétueux de la Vie jaillit soudainement.

Car ‘izumi’ signifie une eau bouillonnante avec une écume blanche. C’est plus l’idée du doigt qu’on met sur le tuyau d’arrosage. Un lâcher soudain fait jaillir une eau moussue, car sous pression.

L’énergie qui sous-tend la Vie et surgit à Meimon est de cette nature : c’est de la haute pression. Voilà qui nous renseigne sur la nature de ce qui se travaille ‘là’ avec le Shiatsu.

Nakazono


INOCHI , sous-titré « Le Livre de la Vie », est le titre d’un livre de M. Nakazono, Maitre de Shiatsu et d’Aikido.  

On y trouve, par exemple, cette affirmation : « nos ancêtres ont saisi l’ordre complet de la manifestation de la vie humaine comme un passage de l’a priori à l’existence réelle de l’être vers les phénomènes universels a posteriori, pour revenir à l’a priori. C’est le cycle complet de la manifestation universelle ».

Quand on dit « inochi », on entend donc même bien plus que l’espace entre la naissance et la mort d’un individu, mais plutôt l’énergie vitale, non-manifestée puis manifestée, ou, si vous préférez : Ciel Antérieur et Postérieur. La Vie avec une majuscule.

Inari norito


Un norito est une incantation rituelle propre au Shintô. On adresse au kami des mots de remerciements ou une demande. Dans l’Inari norito, il s’agit du kami Inari, qui apporte bienfaits et prospérité et est représenté par le renard blanc.

Le texte dit ‘Kakiha ni tokiha ni inochi nagaku’ -  ‘Accorde une longue vie, forte et solide’. Le but du norito est d’obtenir cette longue vie pour pouvoir travailler avec un cœur sincère.  Un peu plus loin, il continue par ces mots  ‘Si je commets une erreur, si je dévie de mon chemin Je prie le kami de m’aider à corriger mon chemin - Que de nouveau je puisse entendre clairement - Et que de nouveau je puisse être avec un esprit ouvert.

Voilà qui est bien propre au Shintô : mener une vie heureuse en harmonie avec la Grande Nature,  corriger ses erreurs et donc accompagner fluidement le flux de la vie. Nous sommes bien dans cette idée de Meimon  / Inochi !

Conclusion : un travail titanesque ? 


Allons-nous faire cela pour les 360 points repris généralement sur les cartes ? Non, bien sûr. Tous les points ne méritent pas ce traitement approfondi, car tous n’ont pas la même importance et nous en utilisons peut-être couramment 20%.

Mais pour les grands points… est-ce pertinent, ou pas, de chercher un peu l’étymologie des points et la façon de la transcrire dans la pratique ? Je vous laisse en décider pour vous-même.

En tout cas, cette méthode est intégrée, quand c'est pertinent, à la transmission telle que la pratique l’école Ôdô Shiatsu, où j’ai le plaisir d’enseigner.

Bonne pratique !