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Wednesday, 26 July 2023

夏指圧 - Natsu Shiatsu - Shiatsu d’été (13) : le TEATE

 Courtes réflexions pour ne pas oublier le Shiatsu pendant l’été



TREIZE

Vos réactions sur cette série d’été me sont précieuses, car inspirantes.

Ainsi, merci à Juliette qui en aiguillant la réflexion sur les mains, me donne envie de vous évoquer brièvement le TEATE, mot japonais relatif à la base ancienne de toutes les techniques du toucher depuis l’aube des pratiques corporelles.

Partons deux secondes sur une considération d’un enseignant tantrique (beaucoup d’affinités avec le Shiatsu, comme déjà évoqué dans le nr 11 de cette série).

Daniel Odier (dans ‘Désirs, Passions et Spiritualité) nous dit : ‘Les Maîtres cachemiriens parlent de la prééminence du sens du toucher. Un être humain recouvre naturellement son unité lorsqu’il est touché profondément, càd lorsque le contact n’est plus une stratégie sexuelle. Lorsque rien n’est voulu. Ce contact s’établit dans une sorte de grâce, car il rend à celui qui est ainsi touché le sens de sa propre spatialité’.

Nous n’allons certainement pas contredire les Maîtres cachemiriens sur ce point, nous qui, en tout premier lieu, touchons. Pas de Shiatsu sans toucher. Et vous avez certainement déjà éprouvé de quelle spatialité on parle ici.

Maître Kawada répondait presqu’invariablement à toutes les questions que nous posions, surtout les plus alambiquées : ‘mettez les mains’.

Tout part de là. Le geste premier. Le Teate qui remonte à la nuit des temps, puisque l’humain sait instinctivement mettre la main là où cela fait mal.

Les Japonais ont pour cela le mot « teate » 手当, littéralement « la main » et « frapper, s’approprier », dont M. Masunaga nous dit qu’il est  ‘la forme première de toutes les thérapeutiques médicales’.

C’est là que nos clients nous disent : ‘vous avez mis la main exactement où cela fait mal. Comment saviez-vous ?’ Je ne savais pas, mes mains savent. Faire confiance à mes mains est la toute première étape.

S’il n’y a pas cet élan profond, antérieur à toute technique, toute réflexion, toute projection, toute imagination, tout cadre, toute attente, tout espoir, tout désir, il n’y a pas de Shiatsu.





Monday, 24 July 2023

夏指圧 - Natsu Shiatsu - Shiatsu d’été (11) : Shiatsu et transmission tantrique

Courtes réflexions pour ne pas oublier le Shiatsu pendant l’été



ONZE


Au pinacle du ressenti et de la réflexion de l’humanité, je placerais sans hésiter le Tantrisme, avec le Shintô et le Taoïsme ( en attendant d'en découvrir peut-être d'autres). Non pas qu'il y ait une hiérarchie, mais sans doute ceux-là sont-ils allés le plus loin. 

Je ne vous parle pas des élucubrations New Age (remontant aux sixties) sous le nom de 'tantrisme' ou 'massage tantrique' qui se limitent à une sexualité spirituelle fantasmée pour Occidentaux et n’ont rien à voir avec le vrai Tantrisme, plus particulièrement le Shivaïsme cachemirien, qui a influencé le Bouddhisme Tibétain, le Chan chinois, le Dzogchen, le Mahamudra, etc.

Il y eut ainsi, entre le 9ème et le 14ème siècle, au Cachemire, une tradition spirituelle qui atteignit des sommets inégalés. Région et pensée difficiles d’accès, sauf à fréquenter de bons guides, qui s’appellent Eric Baret, Pierre Feuga, Daniel Odier, Jean Bouchart d’Orval, Lilian Silburn, Colette Poggi…


Je trouve chez cette dernière (Sept joyaux du Tantra Shivaïte) quelques lignes en rapport avec la transmission.

Car nous sommes tous appelés à transmettre quelque chose. Soit en enseignant le Shiatsu (après une dizaine d’années de pratique en cabinet, merci), soit en séance, simplement, où nous sommes amenés à ‘faire passer’ un message, un ressenti, une prise de conscience…

Dans le cas du Tantrisme, Colette Poggi nous rappelle les priorités, et je les endosse volontiers pour le Shiatsu.

‘Trois sources de connaissance sont reconnues valides :
  • Tout d’abord les Tantra non-duels énoncés sous forme de dialogue entre Shiva et Shakti

  • En second lieu, la parole du maître

  • Enfin, sa propre expérience, qui vaut discernement final.’
Dans l'ordre, donc :

  • Nous pouvons d’abord lire et apprendre. Notez qu’ici il ne s’agit pas de traités péremptoires, mais d’un dialogue transcendant toute dualité (par exemple celui qui enseigne et celle qui est enseignée), c’est de nouveau une danse, une interaction permanente entre deux types d’énergie.

    Appliqué au Shiatsu, nous dirions que c'est du 'bottom up', basé sur le questionnement et le vécu de l'étudiant, et pas du 'top down', diffusé par des affirmations prêtes à l'emploi.

  • Nous pouvons ensuite écouter ce que dit le maître, mais il peut évidemment se tromper ou avoir mal compris ou mal expliqué ou (consciemment ou non) avoir omis d'expliquer certaines choses.  

    Même démarche, s'il faut bien écouter ce que dit l'enseignant, il faut aussi questionner, de nouveau, ce n'est pas du 'top down' délivré par quelqu'un qui sait tout


  • Et enfin, c’est au disciple à vérifier par sa propre expérience si tout ce qu’il a lu et ce qu’on lui a dit fonctionne bien… ou pas. Ou pas totalement.

    Et c'est l'étudiant qui a le dernier mot, qui fait ses expériences et qui a le discernement final... avant de lui-même passer au deuxième point qui est de transmettre, fort de son expérience (idéalement).

Cette vision de la transmission est magnifique, elle ramène à la pratique et invite au discernement par l’expérience.

Sous bien des aspects, le Shiatsu est tantrique et celui-ci en est certainement un.