Ce blog sur le shiatsu vous propose de découvrir les multiples facettes du shiatsu. Le cabinet de shiatsu, installé dans le quartier Schuman à Bruxelles, vous permet de ressentir ses bienfaits sur votre santé.
Joli commentaire, lancé spontanément à la fin d’une séance,
par une cliente, Suzanne, 83 ans, devenue fidèle au shiatsu.
Les mots sont bienfaisants, et jamais innocents dans leur
choix, prononcés de surcroît par nos clients qui n’ont pas nécessairement
étudié la théorie et la technique du shiatsu.
Ces mots viennent vérifier et enrichir l’enseignement et la
pratique.
« Je me sens vivante partout ». C’est bien là le
cœur, l’essence du shiatsu. Quand l’énergie circule sans encombre, on se sent
bien, léger, joyeux.Vivant. J’aime
également employer le mot « pétillant », comme un bain de bulles,
mais qui viendrait de l’intérieur, de la source de vie en nous.
Se sentir vivant est autre chose que ressentir un certain
bien-être. C’est plus profond et plus fondamental. Le bien-être est passager.
Se sentir vivant implique que l’on s’est reconnecté à la source de vie et que
l’on a pu prendre conscience, dans l’instant présent, qu’elle est là à tout
moment. Le tout consistera à ne pas perdre cette conscience, ce lien, sous de
multiples préoccupations, ou par un excès de mental, d’émotions, qui toujours
nous déconnectent du corps.
Ce que l’on ne sait pas ou ne veut pas savoir, le corps le
sait. Il donne les signaux, et il a les clés de l’auto-guérison. Modestement,
nous, thérapeutes, aidons à rééquilibrer, et le corps reprend la direction des
opérations.
Belle récompense, un tel commentaire en fin de séance. Mais
la réponse n’estpas : j’ai bien
travaillé, ou j’ai fait ce qu’il fallait, mais « le shiatsu est
merveilleux ». Quand je reçois du bon feedback, j’ai l’habitude de
répondre cela : « ah mais, le shiatsu est un art merveilleux ».
Cela, on le constate au fil du temps. Et sa spécificité, qui est le toucher du
corps, permet bien de toucher l’Etre à tous ses niveaux, du plus concret au
plus subtil.
Autre chose : Suzanne, disais-je, est devenue fidèle au
shiatsu. Constatant que cela lui fait du bien, elle a choisi de revenir
régulièrement. C’est cette régularité aussi qui démultiplie l’effet du shiatsu.
Le corps s’habitue à recevoir et on va plus vite « au cœur » du
travail. Car travail il y a. On peut passer par toutes sortes d’états, parfois
désagréables, et ce n’est pas « bingo » à toutes les séances, comme
disait Maître Kawada. Mais le travail se fait, et le corps reçoit, met en
place.
Une autre cliente, devenue régulière elle aussi, Iroise, me
dit « j’aimerais retrouver la joie ». Bien sûr, la joie est là à tout
moment. La joie, associée à l’énergie du Cœur, ne pourra s’exprimer pleinement
que lorsque le Cœur – l’Empereur parmi les organes régnera - rayonnera de nouveau sur l’harmonie des
autres organes. Il y a beaucoup d’obstacles qui empêchent de ressentir la joie, la douleur bien sûr, la raideur, les
blocages,les préoccupations mentales,
les montagnes russes de nos émotions, la dissipation, le fait de ne pas être
ancré… Une fois que tout cela lâche, comme un barrage qui craque, l’énergie
peut jaillir librement, et ce jaillissement spontané est la joie. Alors, oui,
on se sent vivant partout, grâce au travail du shiatsu.
Ainsi, en nous reconstruisant, nous construisons le monde,
microcosme et macrocosme.
Et vous, collègues Shiatsushi ? Quelles sont les plus
belles réactions, riches d’enseignement, que vous ayez reçues à ce jour ?
Partagez-les en commentaire, car la joie se répand et est contagieuse.
Et vous qui avez reçu un shiatsu, de qui que ce soit,et avez ressenti certaines choses, n’hésitez
pas à les partager.
Aujourd’hui, je vous parle de
vitalité, à la demande de Laurence Fischer et Céline Toucanne, co-créatrices de JeClicNaturel (http://www.jeclicnaturel.be/) qui ont réalisé la belle vidéo ci-dessous.
Avec Jeclicnaturel, Laurence Fischer et Céline Toucanne aident les gens épuisés, fatigués, stressés, inconfortables dans leur corps, à réveiller leur vitalité ! Le site est un "guide en ligne" dans lequel vous pouvez puiser des conseils simples et naturels sous forme de vidéos, d'accompagnement en ligne, d'articles et un annuaire de bonnes adresses du secteur du naturel (restaurants, producteurs, cosmétiques...).
Shiatsu et alimentation saine : un cocktail puissant pour se sentir bien. Alors...
On
parle beaucoup de la nécessité d’avoir une bonne énergie vitale. De quoi
s’agit-il vraiment et comment faire ?
Dans la conception que nous en
avons en shiatsu, l’énergie vitale est ce capital d’énergie dont nous disposons
à la naissance, auquel s’ajoute l’énergie dont nous avons besoin
quotidiennement pour vivre.
C’est ainsi que l’on distingue
l’énergie innée et l’énergie acquise.
L’inné
L’énergie innée est l’énergie résultant de la conception (énergie
des deux parents) et de la période de grossesse (nourriture, attention…). A la
naissance, nous disposons donc d’un capital-énergie qui peut être très
variable, en fonction de notre hérédité et de notre vie intra-utérine. Certains
ont reçu beaucoup et peuvent, en apparence se permettre tous les excès. Ils ne
sont jamais malades, récupèrent très vite. D’autres ont reçu très peu et sont
fragiles, doivent faire attention à tout et s’économiser.On verra, une fois 50-60 ans ce qu’il en est.
Car l’énergie innée, une fois dépensée, ne se reconstitue pas, il faut la
maintenir à niveau. Une maladie grave, de lourdes épreuves, une vie difficile,
de grands problèmes émotionnels, des pensées négatives à répétition, une
alimentation désastreuse… viendront puiser dans ce capital d’énergie. C’est
pourquoi la prévention, à la base du shiatsu, est tellement importante. Non pas
en permanence « nihil nimium », rien de trop, mais une claire
connaissance de soi et des capacités de son corps, en étant à son écoute. Car
le corps nous envoie de multiples signaux quand nous exagérons.
L’acquis
A partir de la naissance, il nous
faut en outre nourrir notre énergie au quotidien. Cette énergie acquise, nous la prenons essentiellement de deux
façons : par la nourriture et
par la respiration.
Ce qui est en haut est comme ce
qui est en bas. Il s’agit somme toute du même processus. En respirant et en
nous alimentant, nous prenons de la nourriture et nous évacuons des toxines. La
respiration est en rapport avec une qualité de Ki-énergie plus subtile et
l’alimentation concerne une énergie clairement matérielle. Respiration et
alimentation représentent chacune 50% de notre énergie acquise. Si donc, nous
nous alimentons mal, nous ne prenons pas assez d’énergie au quotidien. Et si
nous respirons mal, idem. Or on constate que la plupart d’entre nous
s’alimentent mal, et que très peu sont conscients de la nécessité de bien
respirer. Nous atteignons donc rarement notre quota d’énergie quotidien
nécessaire à une bonne vie. Et nous puisons dans nos réserves qui, elles, ne se
reconstituent pas.
Ajoutons à cela le fait que nous
sommes sollicités de toutes parts et à tout moment : vie stressante,
obligations diverses, prestations sur tous les fronts, ambiance générale
négative, surinformation… Il faut être solide. Que faire pour être, et rester
bien ?
Suivre les cycles naturels
Un premier point très important
est de s’harmoniser le mieux possible à l’énergie de l’univers autour de nous,
dont nous ne sommes pas séparés. Ainsi, la période de l’hiver ne correspond pas
à un moment de grande énergie. Inutile donc de prester 12 heures par jour sur
un nouveau projet. C’est le printemps qui correspondra mieux à l’élan créateur,
à un démarrage modeste au départ et qui pourra prendre de l’ampleur jusqu’à
l’été, sommet de l’énergie. L’automne sera le moment de la récolte suite aux
efforts accomplis.En apparence, nous
faisons tout à l’envers, puisque nous prenons nos vacances en été, au moment où
il y a le plus d’énergie. Mais au départ, les vacances d’été étaient faites pour
que les enfants puissent aller aider aux champs, un moment de grande dépense
d’énergie physique. Même en étant ‘urbains’, il est important de tenir compte
de l’énergie saisonnière et d’essayer d’y harmoniser sa vie.
Notons que ce cycle saisonnier se
retrouve également sur une journée. Entre 1h et 3h du matin, l’énergie est au
plus bas, elle redémarre vers 3h du matin et vers midi, elle est au plus haut.
D’où l’importance de bien récupérer la nuit et d’être actif au moment où
l’énergie monte, moins quand elle redescend. Pour ceux et celles qui ne sont
pas « du matin », c’est un autre problème, de non-récupération et de
mauvaise évacuation des toxines.
La vitalité est aussi une
question de bien respecter les rythmes de son corps, à tout moment et en toutes
circonstances.
Trois conseils
On me demande de donner trois conseils pour une bonne vitalité. Ceux-ci sont totalement à la portée de tous et peuvent être mis en œuvre immédiatement.
Créez du temps rien que pour vous
Si nous ne
créons pas de temps, nous n’avons pas le temps. Nous sommes soumis à trop
d’obligations. Prendre 10 minutes, un quart d’heure, voire une demi-heure pour
soi chaque jour est essentiel pour se recentrer. Il est important que ce ne
soit du temps que pour soi, sans interaction avec d’autres. Ce n’est pas de
l’égoïsme. De cette façon, on aura plus d’énergie et on sera plus disponible
par après. Peu importe ce que l’on fait : la lecture, un bain chaud, une
promenade, une méditation… Il ne FAUT rien faire, sinon, on se met la pression.
De mon
expérience, les étirements du DO IN et quelques points d’auto-shiatsu sont très
bénéfiques dès le matin. La journée est différente par après. Lorsque la
technique est intégrée au corps, c’est gagné, le corps réclame et on n’écoute
plus la petite voix qui nous susurre que nous n’avons pas le temps.
A l’image de l’eau, l’énergie, pour être bonne, doit toujours être en
mouvement. Rester en mouvement est capital. La stagnation n’est pas bonne. La
vie que nous menons dans les bureaux, dans des positions statiques et tassées
n’est pas bonne. Au regard de l’évolution, nous sommes toujours des coureurs
des bois, avec une constitution faite pour la vie au grand air. Au diable donc
la frilosité et l’enfermement, et bougeons.
Cela ne sous-entend pas la nécessité de performance. Tant mieux si vous aimez
suer et repousser vos limites, mais ce n’est pas nécessaire et en tout cas pas
à la portée de tout le monde. Par contre, une promenade d’une demi-heure par
jour (au grand air, s’entend) va déjà travailler sur beaucoup de choses :
respiration, intestins, articulations… et mental. Très vite, une relaxation
s’installe.
Ce « moto
perpetuo » est également mental. Le mental ne peut être souple et agile si
le corps ne l’est pas.
Le corps est la porte d’accès à tous les autres niveaux qui nous
constituent : mental, émotionnel, spirituel, voire au-delà, si l’on en
croit les théories des corps subtils. En travaillant sur le corps, on se sent
plus grand, on repousse ses limites, on prend sa place.
Cela vaut aussi
pour les personnes complètement bloquées suite à un accident, une maladie, une
opération… Même dans son lit, il y a moyen de bouger l’une ou l’autre partie du
corps, de remettre le mouvement, et de se voir, très vite, progresser.
2.Remettez
de la qualité dans votre vie
Un de mes anciens professeurs disait « le seul investissement qui
rapporte vraiment, c’est d’investir dans sa vie ». C’est tout à fait vrai.
On ne parle pas seulement d’investissement financier, mais de faire en sorte, à
tous niveaux, que notre vie soit de qualité. Nous sommes confrontés en
permanence à des choses non-qualitatives, en grande quantité. Il est dès lors
difficile d’instaurer et de maintenir cette qualité de vie.
Une vie de meilleure qualité signifie une vie de moindres quantités : en
faire moins, limiter ses activités, éviter de se disperser, placer le niveau
pour soi-même en tout.
Et puisque nous sommes attentifs à l’alimentation, il va de soi que manger
moins, mais que du meilleur, amène le mieux-être. On s’aperçoit d’ailleurs
qu’on a besoin de moins de choses quand on ne prend que de bonnes choses. La
frugalité procure de l’énergie, tandis que la saturation induit la lourdeur,
l’assoupissement et … l’égoïsme, l’organisme étant exclusivement tourné vers
lui-même et son processus de digestion. Jean Rofidal recommande ainsi d’avoir
toujours un peu faim, car cela donne de l’énergie, éclaircit l’esprit et ouvre
à l’autre.
3.Pratiquez une discipline corporelle
L’offre est pléthorique. Que choisir ? Celle qui vous convient, en ce
moment de votre vie. Je conseille toujours d’essayer plusieurs disciplines et
de se concentrer ensuite sur celle qui convient le mieux. Peut-être
pratiquerez-vous la même toute votre vie et peut-être pas. Ce n’est pas
important. Deux choses sont importantes, et constituent la base du bien-être et
de la bonne santé.
Cette discipline doit être corporelle,
physique. Le Yoga, Le Qi Gong, le Tai Chi,tous les arts martiaux, le Do In, le shiatsu, toutes les techniques de
massage, la méditation, le Pilates … peuvent être pratiqués pour soi-même. Le
jardinage, ou le travail au grand air, sont des activités très ancrantes et le
contact avec la Terre est de toute façon bénéfique. Les activités artistiques,
la peinture, la sculpture, la poterie, la musique sont en fait très physiques.
Je connais un grand musicien qui met la posture correcte en toute première
place, comme préalable à toute exécution musicale et avant le talent.
Une fois que vous
avez trouvé votre Voie, l’essentiel est
la régularité. Il n’est pas profitable de papillonner ou de faire du
zapping. Les personnes qui viennent régulièrement en shiatsu me disent qu’elles
se sentent bien. Il est certain que la régularité y est pour quelque chose. A
chacun son rythme, mais il faut du rythme.
Quelques points-vitalité
Terminons par quelques points. Votre
corps vous offre à tout moment, à portée de la main, des points bienfaisants.
Vous pouvez les stimuler à vos moments perdus : en réunion, dans un
embouteillage, dans votre canapé, le matin au réveil... Plusieurs sites ou
livres vous montrent leur emplacement exact. N’ayez pas peur d’être à côté,
cherchez et faites confiance à votre ressenti : appuyez là où cela vous
fait du bien.
Il n’y a bien entendu rien de
magique ou d’instantané là-dedans, comme quand on pousse sur l’interrupteur et
on allume d’un coup la lumière. Une stimulation régulière « apprête »
le point, qui s’ouvre alors d’autant plus facilement s’il est bloqué.
MC 8 - Le « Laogong » - Le Palais du Labeur
Dans la vidéo, je montre sur
Céline ce point situé au centre de la paume de la main, au bout du medius quand
on fléchit les doigts. Il renforce le corps dans son activité et permet de
récupérer rapidement.
ES36 - « SANRI » - Trois Lieues
A 3 pouces au-dessous de la
rotule, sur l’extérieur de la jambe. Il ravive le Yang et fortifie l’Estomac, il favorise
donc une bonne assimilation de l’énergie acquise. Sanri agit en cas de fatigue
et est un point tonifiant pour tout l’organisme. C’est un point fameux des
marcheurs, qui se le stimulaient toutes les trois lieues pour retrouver des
forces et alléger les jambes.
VC6 – « KIKAI »
– Mer d’énergie
Sur le ventre, un pouce et demi
sous le nombril. Kikai tonifie le Ki, ancre, recentre… C’est le point central.
Kikai doit être ferme et le plexus solaire détendu. Quand la base est solide,
le reste peut se détendre. Très souvent, on observe le contraire.
VG 4 – « MEIMON » – Porte de la
Vie
Sur le dos, au dessous de
l’apophyse épineuse de la 2e vertèbre lombaire. C’est le grand point
de l’énergie vitale, au niveau des Reins. On peut le stimuler en frottant doucement
et souplement cette zone avec les mains, sur toute la ligne horizontale. On
peut aussi frotter les surrénales,
situées plus haut dans le dos. Toujours garder le bas du dos au chaud !
R 1- « YUSEN » –
Fontaine jaillissante
Sur la plante des pieds,
dans le creux qui se forme quand on fléchit les orteils. Premier point des
Reins (et seul point de shiatsu sur la plante des pieds), c’est la « prise
de terre ». Du temps où nous marchions pieds nus, il était stimulé en
permanence. Une pression bien profonde à cet endroit réveillera votre énergie
vitale. Et, le plus possible, marchez pieds nus.
Quand vous pratiquez, pratiquez
toujours les deux côtés gauche/droit.
On se surprend parfois à avoir envie de masser ou de presser telle ou
telle zone du corps. Ne réfrénez surtout pas cette envie. Même si vous ne
connaissez pas les points, votre corps vous indique ses besoins !
Bonne vitalité !
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Réflexions sur les
excès et la sobriété, et ce que le shiatsu a à faire là dedans
En début d’année, les régimes d’un mois sont à la mode. Le
mois sans alcool est sans conteste le plus populaire. Les tenants dela méthode estiment qu’après l’exagération
des fêtes,un sevrage permet de nettoyer
le corps. Mais de plus en plus de voix s’élèvent pour contester l’efficacité de
ces régimes, à juste titre, me semble-t-il.D’un excès à l‘autre : le sevrage brutal met le corps à rude
épreuve et induit un conflit intérieur. Le problème avec la volonté, c’est
qu’elle peut faillir, le problème de l’épreuve de force, c’est de tomber sur
plus fort que soi. Privé de quelque chose, on n’a plus envie que de cela et on
y pense sans cesse. Pour arrêter (de boire, de fumer, de manger…), il vaut
mieux un sevrage progressif et en douceur, plus sûr sur le long terme et qui
diminue vraiment le besoin.
Dire d’autre part qu’on ne boit pas d’alcool, c’est encore
se positionner de façon négative par rapport à lui et donc, toujours être
occupé avec l’alcool. J’ai aperçu cette semaine un article comme quoi la
méditation serait le remède ultime. Ce n’est pas faux. Couper tout attachement
à l’alcool (ou quoi que ce soit d’autre), ne pas le désirer et ne pas le
rejeter, élimine immédiatement la question de la dépendance et du sevrage. Mais
de façon générale, nous ne vivons pas en permanence à ce niveau. Alors, boire
ou ne pas boire ? Et en quelle mesure ?
Tournée Minérale et
autres
Loin de moi l’idée toutefois de casser la Tournée Minérale
lancée ces jours-ci par la Ligue contre le Cancer.Nombre de maladies, dont des cancers, sont
liées en effet à une consommation excessive d’alcool.Mais pas seulement. Les causes du cancer sont
multiples et de nombreux facteurs concourent à son apparition, voire
l’accélèrent ou aggravent la maladie. L’alcool est certainement un de ceux-ci.Arrêter de boire pour affecter cet argent à
la lutte contre le cancer est un noble objectif, qu’il faut soutenir.
Ce genre d’actions permet aussi de prendre conscience des
habitudes que nous avons et des mécanismes qui les soutiennent. Changer d’habitudes
est toujours intéressant.
J’aimerais simplement qu’un jour, quelqu’un organise aussi
le mois sans sodas, certes non alcoolisés mais au moins aussi addictifs et
dévastateurs pour la santé.
Je profite de l’occasion pour partager quelques réflexions sur
l’alcool, dans la perspective du shiatsu et de la philosophie de vie dont il
émane. Observateurs permanents du Yin et du yang en mouvement, nous savons bien
que rien n’est blanc ou noir, mais toujours les deux dans une proportion sans
cesse changeante. Et il ne peut donc être question de diaboliser ou sanctifier l’alcool,
ou quoi que ce soit d’autre.
Les excès ne sont pas
mauvais, s’ils ne sont pas la règle.
J’ai déjà plaidé, dans la ligne de Jean Rofidal pour une
certaine frugalité, voire même, pour rejoindre Pierre Rabhi pour une
« sobriété heureuse ». Manger et boire moins, mais de qualité
supérieure est en effet un grand pas en avant vers une qualité de vie heureuse.
Cela n’implique donc nullement l’idée de privation forcée, insupportable et
génératrice par la suite … de nouveaux excès. Trop de Yin implique trop de Yang, et
inversement.
Les excès contribuent même à un rééquilibrage, après une
période maigre. Le problème, c’est que nous sommes toute l’année en excès de
tout. On pointera l’alcool, le sucre, le tabac, la viande, le café, le thé… les
excitants, quels qu’ils soient. Tout cela acidifie le corps, et vient stimuler
une énergie immédiate, qui est une fausse bonne énergie. Venant réveiller le
Yin, les excitants font en sorte que le corps puise dans ses réserves, et après
un bref délai, le besoin se fait sentir à nouveau.
Dans le cas de l’alcool, des tas de bonnes raisons viennent
encourager sa consommation : c’est un geste social, cela fait partie de la
fête, c’est l’expression du terroir, cela permet de décompresser, cela flatte
le sens du goût sur une palette infinie, c’est un art de vivre, cela montre que
l’on est un homme, etc. etc.Sagesse d’alcooliques : tout le monde
connaît les proverbes du style « une journée sans vin est une journée sans
soleil » qui ornent encore les murs des maisons. Il y a toujours une part
de vérité dans ces fausses bonnes raisons. La question qui se pose, comme avec
tout, est celle de la quantité, de la fréquence et de la qualité. La limite à
ne pas dépasser sera différente pour chacun, en fonction de sa constitution et
de sa résistance.
Diminuer le
besoin : se livrer à des activités heureuses
Comme le chante Boris Vian « Je bois, systématiquement,
pour oublier tous mes emmerdements ». Une étude récente a montré que les
Belges sont les plus gros consommateurs d’alcool d’Europe. Faut-il en déduire
que nous avons plus d’emmerdements que les autres ?Il est vrai qu’il y a un lien entre les
contrariétés que l’on peut avoir et le refuge dans l’alcool. J’ai ainsi remarqué
que les journées heureuses, passées au grand air, avec des activités
captivantes ne donnent pas envie de consommer de l’alcool.La bonne circulation d’énergie élimine jusqu’à
l’envie. C’est pourquoi l’alcoolisme au bureau est tellement répandu, ou le petit
verre après une journée éprouvante.En
tant qu’activité permettant la bonne circulation de l‘énergie, le shiatsu
s’avère aussi une bonne aide. D’ailleurs, pas question de boire une seule
goutte pour donner ou recevoir un traitement, car la circulation de l’énergie serait
perturbée. Premier remède, donc : se consacrer à des activités complètes, qui
nous rendent heureux.
Diminuer le
besoin : boire de la bonne eau
J’ai également remarqué que, paradoxalement, la consommation
d’alcool est liée à la consommation d’eau de mauvaise qualité, telle que nous
l’avons au robinet ou même en bouteilles. J’ai ainsi séjourné dans une abbaye
(maintenant privatisée) du côté de Neuchâtel, en Suisse, l’abbaye de
Fontaine-André. L’endroit jouit d’une source naturelle potable, sortant de
terre, et d’excellente qualité gustative.Cette eau pure donnait envie d’en boire de grandes quantités, et chacune
de mes sorties passait immanquablement par la source, rafraîchissante et
régénérante. D’où une moindre consommation d’autres liquides, même si la
Suisse, pays de grands assoiffés, produit d’excellents vins.
En Belgique, l’eau
n’est en général pas bonne, manipulée et frelatée, et la plupart des accès aux
sources ont été fermés. On se tourne donc vers d’autres produits en apparence
plus goûteux. La consommation d’un verre d’alcool (de bonne qualité) vaut donc parfois mieux que
celle d’eau frelatée avec divers additifs chimiques et colorants et
certainement mieux que celle d’un soda. Dans les pays d’Asie où l’eau est de
qualité douteuse, même en bouteilles, mieux vaut la bière que le soda. En
Ecosse, l’ingrédient essentiel du whisky écossais est … l’eau, unique, toujours
puisée à même le sol et déterminante pour le goût.
L‘alcool estune affaire de bactéries et de culture
On n’arrivera pas à éliminer la consommation d’alcool, pour
la simple raison qu’il fait partie de notre passé lointain à un endroit donné. L’alcool
(mot d’origine arabe : un comble !) existe depuis l’aube de
l’humanité (et lui préexiste sans doute). Le tout premier alcool, daté de la
Préhistoire, est l’hydromel. Il suffit de mélanger de l’eau à du miel et de
laisser fermenter. L’alcool est, à la base, lié au processus naturel de
fermentation. Comme l’explique Marie-Claire Frédéric, dans son excellent livre
« Ni cru ni cuit » consacré aux aliments fermentés du monde entier,
chaque région, chaque culture a ses ferments particuliers. Les fermentations,
d’abord spontanées, furent ensuite maîtrisées et développées. C’est l’origine
du petit rouge de terroir avec le cépage local, de la bière de l’abbaye du
coin, du whisky, du saké, de la vodka… Chaque culture a ainsi fait fermenter,
puis éventuellement distillé son aliment principal : orge, maïs, riz,
fruits, miel…
Cette adéquation au terroir, je l’ai ressentie en Ecosse
pour la première fois, il y a déjà longtemps. Ce fut la seule fois de ma vie où
je bus de l’alcool à 8 heures du matin.C’était en juillet, un matin humide et glacé, la tente détrempée par les
averses nocturnes. Pas forcément les vacances espérées. Quelques gorgées d’un
whisky local furent nécessaires pour réchauffer tout cela, mais elles ont fait
bien plus. Elles m’ont fait saisir en un éclair l’adéquation parfaite du
breuvage au pays, au paysage et au climat qui l’avaient produit.
Consommer local a donc tout son sens,
certainement dans le cas des aliments fermentés à l’aide des bonnes bactéries
qui sont là depuis toujours, nous nourrissent, créent notre immunité etaident à nous définir culturellement.
L’alcool n’est qu’un des produits de ces bactéries, parmi tant d’autres :
pain, levures, sauces, aliments lacto-fermentés…
Cette bonne fermentation permettait d’assainir l’eau pas
toujours potable. C’est pourquoi les moines se sont mis à brasser, à vinifier,
à distiller. Saint-Benoît lui-même, dans sa Règle, conseille le vin quotidien
« à cause de l‘infirmité de ceux qui sont faibles » et remarque qu’à
certains seulement « Dieu donne la force de s’en priver ». En
gros : impossible de les empêcher de boire, sauf les meilleurs.
Pour la religion
chrétienne, il convient toutefois de ne pas s’adonner à l’ivresse.L’alcool permet de relâcher , c’est sans
doute là une des raisons de son succès depuis la nuit des temps : l‘état
d’esprit modifié qu’il procure et la levée des inhibitions, essentiellement
d’ordre sexuel. D’autres religions y voient ou y voyaient un moyen comme un
autre de passer des initiations ou d’atteindre d’autres états de conscience.
Dès que l‘homme touche quelque chose, malheureusement, il
est capable d’en faire le pire comme le meilleur usage. L’histoire n’est qu’une longue suite de
beuveries, depuis la mythologie et l‘Antiquité,
en passant par l’alcoolisme des artistes, des travailleurs jusqu’à nos jours.
De véritables drames personnels ou familiaux et beaucoup de souffrance sont bel
et bien présents là. A la base, le fait de ne pas se sentir bien, le besoin d’oublier
sa condition, sa vie, d’anesthésier ses pensées…
Pas si clean que cela, l'abstinence
Positif et négatif sont donc étroitement entremêlés en
matière d’alcool, qui fait partie intégrante de l’humanité depuis toujours et
pour de nombreuses raisons. En la matière, comme partout ailleurs, je me méfie des
abstinents et des ascètes auto-proclamés. Un moine bénédictin de ma
connaissance, qui a maintenant 90 ans passés et a d’ailleurs toujours eu la
descente extrêmement raide, me disait « trop de piété, moi, je me méfie ».
J’ai bien retenu la leçon. Trop
d’ascétisme, trop de perfection, je me méfie. Je me méfie aussi des donneurs de
bons conseils.
Ce n'est pas trahir un secret que de dire cela : plus d’un Sensei d’arts martiaux ou autre s’est avéréun épouvantable buveur. Dire que c’est de
l’alcoolisme serait porter un jugement inutile. Pour quelqu’un qui est loin
dans son art, les excès inverses sont presque nécessaires, car ils viennent compenser.
Souvenez-vous, trop de Yin appelle trop de Yang, et inversement. Un bon
pratiquant chez qui l’énergie circule bien a également une meilleure capacité
de récupération. On m’a ainsi raconté des histoires de Sensei saoûlant leurs étudiants jusqu’aux petites
heures, mais levés à l’aube sansle
moindre mal.La capacité
d’auto-désintoxication et de récupération est ici supérieure. Bien entendu, il
n'est pas question de mêler pratique et moments festifs, mais ils ne
s’excluent pas. Beaucoup de clients ou d’élèves ont tendance à projeter une
aura de sainteté sur leur thérapeute, maître, Sensei. C’est une projection et
une fausse attente. Un bon thérapeute est pour moi imparfait, il connaît les
prétendues faiblesses et peut donc aider utilement. On ne peut montrer le
chemin que si on y est allé soi-même.
Finalement, l’exemple de l’alcool nous apprend beaucoup pour
un bon art de vivre, indissociable de la pratique du shiatsu.
Il me reste à considérer un dernier aspect de
l’alcool : l‘usage thérapeutique.
L‘alcool un remède
N’oublions pas que l’alcool est aussi la base de nombreux remèdes.J’aiacheté à New York au musée The Cloisters un fac simile expliqué d’un
traité de médecine par les plantes du 16ème siècle anglais,
« The Herbalist’s Bible », d’un certain John Parkinson. Parkinson
recense les plantes utilisées couramment à son époque et donne des recettes
pour guérir de multiples maladies. Nombre de recettes commencent invariablement
par « prenez de grandes quantités de vin blanc ou rouge d’ici ou de
là-bas… » Ma première réflexion fut qu’il y a 500 ans, le monde était
décidément peuplé d’abominables boit-sans-soif, mais en fait, l’alcool, une
fois distillé, était le seul liquide stérile disponible, avec en plusl’admirable propriété d’extraire tout le suc
des plantes qui y sont plongées.
Dans notre jeunesse, nous avons tous consommé les eaux et
autres jouvences élaborées par des ecclésiastiques au nez rouge selon des recettes secrètes, avec
des effets positifs sur la santé et un fort degré d’alcool.
Quant à nos merveilleuses huiles essentielles, tellement
efficaces, elles sont des distillats et c’est précisément cela qui leur accorde
des propriétés.
Exagération et abstinence : même regard
J’ai quelque peu forcé, non sur la bouteille, mais sur les aspects
positifs de l’alcool, son utilité et son enracinement, pour contrebalancer la
diabolisation en cours et montrer la complexité de la question. Il en va
d’ailleurs ainsi de toute question humaine. Je n’ai pas oublié les effets
indésirables liés non à l’alcool mais uniquement à une consommation
abusive : maladies, problèmes sociaux, vies brisées, carrières ruinées…
Ici, comme ailleurs, c’est le corps qui doit décider. Et les
limites sont différentes pour chacun. Si je sens que quelque chose me fait du
tort, ce quelque chose ne me convient pas.
Si je prends de l’alcool et que cela altère, amoindrit,
détruit ma santé…
Si je prends de l’alcool et que cela impacte négativement ma
vie, celle de mes proches, mon environnement…
Si je bois de l’alcool parce que je ne peux absolument plus
m’en passer…
Alors, il y a un problème. Mais, dans les phrases
précédentes, j’aurais pu aussi bien remplacer le mot « alcool » par
un autre mot : tabac, café, sucre…
Si je m’abstiens par contre, et que ma vie n’est pas plus
heureuse, épanouie, joyeuse… Alors, le problème n’est pas dans l’alcool.
Je connais des abstinents en tout genre qui n’ont pas l‘air particulièrement joyeux ou
libérés de quelque chose. C’est comme dans les magasins bio. Ceux qui mangent
sainement n’ont pas l’air particulièrement en meilleure santé ou joyeux.
Le devraient-ils ? Désir déplacé de perfection ou
idéalisation à outrance, sans doute, mais aussi la preuve que le remède n’est
pas (seulement) là.
Ce que la philosophie derrière le shiatsu nous apprend,
c’est que rien n’est jamais blanc ou noir, que le jugement ne mène à rien de
constructif, il y a simplement des mouvements d’énergie dans des sens opposés,
qui sont impermanents de surcroît.
Et sur le tatami,
qu’est-ce qu’on fait ?
Un monsieur est venu me voir un jour avec un problème
d’alcool, qui ruinait sa vie (ses partenaires ne restaient pas) et sa carrière
(on lui retirait des responsabilités). Il était bien conscient du problème,
mais n’arrivait pas à arrêter. En l‘occurrence, les causes étaient à chercher
loin dans son enfance. Tout était déréglé par ailleurs : sommeil,
alimentation, vie sociale…
Nous ne sommes pas des psychologues ou des thérapeutes
systémiques, nous n’allons donc pas disserter, exhumer, réfléchir, persuader…
Mais il serait souhaitable qu’un autre thérapeute vienne en complément pour
travailler sur les causes et sur un changement de vie.
Le trajet spécifique touché par une consommation inadaptée
d’alcool est en premier lieu digestif. Comme le dit Ohashi, entre ce qui entre
et ce qui sort, il ne doit pas y avoir d’obstacles. Les obstacles, en l
‘occurrence, ont à voir avec l’absorption de substances inutiles et en trop
grand nombre etla non-élimination de
toxines. On observera des effets sur le trajet de la digestion : estomac
(appétit, acidité peut-être), pancréas (sucres et compulsions psychologiques),
intestin grêle (causes lointaines et mauvais tri des substances), foie
(toxines, mauvais sommeil, articulations raides ou bloquées), vésicule
(incapacité à reprendre le contrôle), gros intestin (problèmes d’élimination).
Il est à parier que les métatarsiens seront hyper-douloureux à cause des
toxines. Possibles crampes nocturnes dans les mollets sur le muscle
gastrocnémien et le point de vessie V57 SHYOZAN sera très douloureux.
Il y a également un problème de volonté (Reins). Shin est
évidemment troublé, donc le travail sur le Cœur ne pourra qu’aider à
réharmoniser.
Enfin, il y a ce point de Poumons 10 GYOSAI « Région du
Poisson », dont certains prétendent qu’il fait redescendre très vite le
grammage d’alcool dans le sang, et qui agit effectivement sur la consommation
d’alcool.
L’apport essentiel du shiatsu consistera, comme bien
souvent, dans la reprise de contrôle par le corps, qui sait toujours ce qui est
bon ou mauvais pour lui. Cela permet de passer outre aux argumentations du
mental, bien illustrées dans Tintin, avec un Milou rouge
diabolique et un Milou blanc angélique argumentant sur la déciion à prendre.
Souvent le Milou rouge l’emporte. Le centrage qu’apporte le shiatsu et le
réveil du corps rendent superflus ces argumentations du mental et permettent de
passer outre. Ou, si l’on passe outre quand même, on se sentira mal.
Le shiatsu permet donc de détoxifier, nettoyer, soutenir,
recentrer…Il permettra et s’accompagnera
du retour à une vie de qualité, avec un nouveau sens et de nouvelles activités.
Cela ne se fera pas du jour au lendemain. Quand les problèmessont anciens, ils mettent plus de temps à
s’évacuer.
Enfin, le contact avec la Nature et les activités en plein
air, ou une activité artistique, le Yoga, la méditation viendront soutenir le
nouvel ancrage en cours.
Et puis, pour plus tard… La personne qui est passée par là
saura elle-même montrer le chemin à d’autres. Passée par là, elle connaît tous
les pièges et surtout, elle ne jugera pas.
Alors, régime sans alcool ou pas ? Vous aurez compris
que la question ne se pose pas uniquement en ces termes. Quoi que vous
décidiez, éliminez en tous cas la culpabilité et écoutez votre corps, qui sait
ce qui est bon ou mauvais pour vous. La pratique régulière du shiatsu donne ce
ressenti.
Est bon pour moi ce qui me fait du bien. Tout ne me fait pas du bien
tout le temps, il faut de l’alternance. Si j’arrive à comprendre les signaux de
mon corps et si je les écoute, alors, je suis sur le bon chemin.
L’après-midi est tranquille. Je m’installe au salon. Devant
moi, du thé japonais matcha, moulu patiemment à la meule de pierre, au goût si
vert et si minéral, battu avec le petit fouet en bambou et servi dans ce beau
bol en bois de chêne acheté un jour au Japon. En accompagnement, un morceau de
chocolat 100% à base de fèves criollo, les cacaoyers natifs d’Amérique latine qui
donnent un chocolat pâle et légèrement acidulé.
Pas n’importe quel thé, pas n’importe quel bol, pas
n’importe quel chocolat. Snobisme ? Ce serait jugement. Choix délibéré,
plutôt, de la qualité et de la beauté, choses inscrites dans les gènes au
Japon, pays du shiatsu. Choix de l’attention, au sens bouddhiste, à ce que l’on
mange et boit, par respect pour ce que la nature et le savoir-faire des hommes
a produit, en harmonie. Conscience du bonheur d’être au XXIème siècle et de
pouvoir bénéficier facilement de ces belles et bonnes choses. Gratitude.
Ce n’est pas tant qu’il faille attribuer un sens aux actes banals
du quotidien, tels que manger, boire, se laver, s’étirer, se promener, ou se
tenir simplement en silence. C’est question d’attention et d’intention.
L'attention
La pleine attention consiste à tenter de devenir conscient à
tout ce qui est là. Thich Nhat Hanh,
moine Zen coréen célèbre par son enseignement, raconte ainsi un exercice de
pleine attention au départ d’une tasse de thé. En se concentrant, on peut
remonter à la genèse même du thé que l’on boit : le travail des hommes, la
pluie, le soleil et le vent sur le théier, le passage des 4 saisons,les oiseaux qui s’y posent, son enracinement
dans la terre, les feuilles qui poussent. Quand on a remonté tout
l’enchaînement des causes et effets qui ont produit cette tasse de thé (idem
pour la tasse et pour l‘eau), on est conscient de ce que l’on boit, et
l’attention se poursuit après sur les sensations dans le corps.
En traitement shiatsu, nous tentons de même d’atteindre cet
état de pleine attention pour la personne qui vient nous voir, dans l’écoute,
la non-interprétation, le non-jugement, l’ouverture à ce qui est là. Lors d’un
récent stage de Seiki Soho, avec Frans
Copers, il y avait aussi cette attention totale à ce qui est là, et tout à
coup, la main s’en va, spontanément, toucher l’endroit qui
« appelle ». En Seiki, il est question là de résonance, ce qui vient
faire vibrer nos fibres les plus profondes.
L'intention
Quand on prête attention aux actes du quotidien, on peut
aussi les accomplir avec une intention. Je dirais presque les offrir, les
dédier à quelque chose ou quelqu’un, ou simplement les accomplir en gratitude.
En shiatsu semblablement, on peut mettre une intention dans son travail, ou
aucune intention, pour laisser s’exprimer le corps qui reçoit.Masunaga dit que l’intention suffit, d’autres
disent qu’il n’en faut pas. Cela dépendra du moment et de la personne, mais au
minimum, la bienveillance sera l’intention profonde. L’état de bienveillance et
de gratitude est très puissant. Alors, l’esprit Shin (qui est, notamment,
l’entité psychologique, harmonisante, correspondant au cœur) peut s’exprimer
pleinement et la joie est présente. Joie ou jubilation ? Les théologiens
disent que la prière de louange est la plus puissante, car elle est
désintéressée. Quand on dit merci, c’est pour quelque chose et à quelqu’un. On
peut être dans la gratitude pour tout et rien, sans raison précise. On peut
s’adresser à Dieu, aux bouddhas, à tous les Kamis, ou à personne. Peu importe,
c’est question d’affinités. L’important est le ressenti, l’état. « Have
fun », dit Ajahn Brahm.
Le contentement
Ajahn
Brahm est un abbé bouddhiste theravada qui écrit beaucoup de livres et donne
beaucoup de conférences. Il parle du contentement et c’est la première fois que
je rencontre ce terme dans un contexte bouddhiste. Le contentement est un état
profond. Se sentir content, à tout
moment, c’est être reconnecté à l’instant présent, avoir laissé aller le passé
et le futur, et les angoisses qui vont avec, et juste se sentir bien. Les personnes qui viennent régulièrement en
shiatsu me le disent : elles se sentent bien, et n’ont pas d’explications
à cet état. Il n’y en a pas, ou il y en a autant que de personnes, peu importe.
Si à la première question, « comment allez-vous ? », la réponse
est « je vais bien » (et que c’est vrai J), le shiatsu prend tout son
sens premier : faire en sorte que cela reste ainsi. Seul un travail
régulier permet d’atteindre cet état de bien-être.
Partis d’une tasse de thé et d’un morceau de chocolat, nous
voilà bien loin. C’est que tout est lié, tout est interdépendant et les
analogies chères aux proto-Chinois, ou les correspondances chères à Baudelaire,
pour prendre une référence occidentale, sont bien là.
Pratiquer le shiatsu amène à vivre autrement
En quête de qualité, en pleine présence, l’expérience est
plus intense et donc, l’aspect quantitatif disparaît. Cela n’aurait aucun sens
de boire 5 bols de thé et de manger toute la tablette de chocolat. Le corps n’a
pas besoin de ces quantités-là, et si on le laisse s’exprimer, ce ne sera même pas
possible. La quantité vient compenser le manque de qualité, cela se vérifie
avec la nourriture de mauvaise qualité. En conséquence, nous n’aurons plus
besoin de manger autant si nous optons pour la qualité et l’intensité, et nous
pourrons nous offrir des choses meilleures. C’est Jean Rofidal, dans son livre
« l’art du Do In » qui fait l‘éloge de la frugalité. Avoir toujours
un peu faim donne de l’énergie et améliore la qualité de la vie. Etre toujours
rassasié ou saturé ramollit et suscite l’égoïsme (pendant la digestion,
l’organisme n’est tourné que vers lui-même). « Avoir l’estomac vide le
plus longtemps possible est une bonne condition pour être libre, pour être
tourné vers le monde, pour pouvoir donner ».
En ces périodes de fête, voilà qui donne à penser. Même si,
comme le dit François Couplan, champion de l’alimentation par les plantes
sauvages, un bon excès quelques fois par an fait partie des choses naturelles. Le
problème, c’est d’être toute l’année en sur-consommation et de tenter des
sevrages ponctuels. Il vaut donc mieux, de façon plus ou moins constante,
rester dans la frugalité. Si nous pratiquons le shiatsu, nous savons bien qu’un
extrême appelle l’autre, trop peu engendre trop et trop implique trop peu
ailleurs.
Puisque nous parlons des fêtes et du sentiment
d’interdépendance avec le vivant, il me vient à l’esprit d’appliquer la méthode
de la tasse de thé aux mets traditionnels de fin d’année : foie gras,
homards et autres dindons de la farce. On peut d’ailleurs le faire avec tout ce
qu’on mange. Si cette méditation nous amène à la maltraitance et la souffrance
animale, à l’exploitation et la prédation de la nature, au saccage ou à la
pollution du vivant, à des traitements non-équitables… se pose la question de
savoir si ingérer tout ce ressenti négatif et toute cette souffrance nous fera
du bien. Chacun verra pour lui-même. Mais la sagesse derrière la pratique du
shiatsu viendra de plus en plus nous titiller, et nous rapprocher de la
bienveillance, de la compassion, de l’attention à la Nature, à toutes les
créatures et à soi-même…
Que ces fêtes soient de belles fêtes, et vous amènent tous
et toutes sans encombrent au renouveau du calendrier et de l’énergie qui repart
vers de nouveaux sommets.