Monday, 24 July 2023

夏指圧 - Natsu Shiatsu - Shiatsu d’été (11) : Shiatsu et transmission tantrique

Courtes réflexions pour ne pas oublier le Shiatsu pendant l’été



ONZE


Au pinacle du ressenti et de la réflexion de l’humanité, je placerais sans hésiter le Tantrisme, avec le Shintô et le Taoïsme ( en attendant d'en découvrir peut-être d'autres). Non pas qu'il y ait une hiérarchie, mais sans doute ceux-là sont-ils allés le plus loin. 

Je ne vous parle pas des élucubrations New Age (remontant aux sixties) sous le nom de 'tantrisme' ou 'massage tantrique' qui se limitent à une sexualité spirituelle fantasmée pour Occidentaux et n’ont rien à voir avec le vrai Tantrisme, plus particulièrement le Shivaïsme cachemirien, qui a influencé le Bouddhisme Tibétain, le Chan chinois, le Dzogchen, le Mahamudra, etc.

Il y eut ainsi, entre le 9ème et le 14ème siècle, au Cachemire, une tradition spirituelle qui atteignit des sommets inégalés. Région et pensée difficiles d’accès, sauf à fréquenter de bons guides, qui s’appellent Eric Baret, Pierre Feuga, Daniel Odier, Jean Bouchart d’Orval, Lilian Silburn, Colette Poggi…


Je trouve chez cette dernière (Sept joyaux du Tantra Shivaïte) quelques lignes en rapport avec la transmission.

Car nous sommes tous appelés à transmettre quelque chose. Soit en enseignant le Shiatsu (après une dizaine d’années de pratique en cabinet, merci), soit en séance, simplement, où nous sommes amenés à ‘faire passer’ un message, un ressenti, une prise de conscience…

Dans le cas du Tantrisme, Colette Poggi nous rappelle les priorités, et je les endosse volontiers pour le Shiatsu.

‘Trois sources de connaissance sont reconnues valides :
  • Tout d’abord les Tantra non-duels énoncés sous forme de dialogue entre Shiva et Shakti

  • En second lieu, la parole du maître

  • Enfin, sa propre expérience, qui vaut discernement final.’
Dans l'ordre, donc :

  • Nous pouvons d’abord lire et apprendre. Notez qu’ici il ne s’agit pas de traités péremptoires, mais d’un dialogue transcendant toute dualité (par exemple celui qui enseigne et celle qui est enseignée), c’est de nouveau une danse, une interaction permanente entre deux types d’énergie.

    Appliqué au Shiatsu, nous dirions que c'est du 'bottom up', basé sur le questionnement et le vécu de l'étudiant, et pas du 'top down', diffusé par des affirmations prêtes à l'emploi.

  • Nous pouvons ensuite écouter ce que dit le maître, mais il peut évidemment se tromper ou avoir mal compris ou mal expliqué ou (consciemment ou non) avoir omis d'expliquer certaines choses.  

    Même démarche, s'il faut bien écouter ce que dit l'enseignant, il faut aussi questionner, de nouveau, ce n'est pas du 'top down' délivré par quelqu'un qui sait tout


  • Et enfin, c’est au disciple à vérifier par sa propre expérience si tout ce qu’il a lu et ce qu’on lui a dit fonctionne bien… ou pas. Ou pas totalement.

    Et c'est l'étudiant qui a le dernier mot, qui fait ses expériences et qui a le discernement final... avant de lui-même passer au deuxième point qui est de transmettre, fort de son expérience (idéalement).

Cette vision de la transmission est magnifique, elle ramène à la pratique et invite au discernement par l’expérience.

Sous bien des aspects, le Shiatsu est tantrique et celui-ci en est certainement un.




Sunday, 23 July 2023

夏指圧 - Natsu Shiatsu - Shiatsu d’été (10) : la passion de la pratique

Courtes réflexions pour ne pas oublier le Shiatsu pendant l’été


DIX

Quelle splendide librairie découverte il y a peu à Vézelay ! Un choix incroyable, spécialisé, dans tant de domaines fascinants, philosophie, mystique, santé, nature, musique… toutes choses bien faites pour nourrir passions et savoir…

Il y a les livres que j’ai déjà et que j’ai lus, ceux que je n’ai pas encore lus, les quelques-uns que j’ai pu acheter et ceux que je ne lirai jamais, car je n’aurai pas le temps.

Surabondance de la connaissance. Que faire, sinon exercer un discernement ?

Il me vient que la même question se pose en Shiatsu.

  • Je peux suivre des stages à l’infini sur les thèmes les plus divers, les plus spécialisés, entasser des syllabi dans ma bibliothèque…

  • Je peux apprendre par cœur la localisation et le nom des points, ainsi que l’usage de chacun.

  • Je pourrais même apprendre le Japonais et lire dans le texte des livres que personne ne lit.

Et alors ? Cela fera-t-il de moi un praticien plus remarquable et plus recherché ? Voire ‘meilleur’ ? Un praticien, tout court ?

Dans mon ancienne vie, j’ai travaillé avec un consultant nommé Jef Staes et son concept du ‘Red Monkey’. Jef nous faisait déjà remarquer que la personne compétente n’est pas nécessairement celle qui en sait plus que tous les autres (jadis, le ‘chef’), pour la simple raison que nous sommes passés d’un monde 2D à un monde 3D, où toute l’information est disponible à tout moment.

Seuls les passionnés, et non les diplômés, lui semblaient les personnes les plus aptes à une fonction.


Et donc, la compétence consiste, notamment, non pas à mémoriser, mais à savoir retrouver l’info, et à créer des connexions entre des domaines très divers. Avec passion.

J’ajouterais, dans la ligne Ôdô : la pratique vient en premier, la pratique, la pratique… Faire et ne pas s’en faire… La passion de la pratique.

Pour cette raison pratique de pratique, je limite donc les accumulations de savoir… ce qui ne m’empêche pas de vous partager avec délices ce que j’ai trouvé à gauche à droite, qui m’inspire et peut vous inspirer.


Saturday, 22 July 2023

夏指圧 - Natsu Shiatsu - Shiatsu d’été (9) : la danse cosmique

Courtes réflexions pour ne pas oublier le Shiatsu pendant l’été

NEUF

A Vézelay, aujourd'hui, c'était la grande fête de la Sainte, 'apôtre des apôtres'.

La figure de Marie-Madeleine m’amène à réfléchir sur la polarité homme/femme, y compris dans la pratique du Shiatsu.

Le livre de Jean-Yves Leloup ‘Une femme innombrable’ évoque bien des facettes de cette femme somme toute peu connue : belle et rebelle, initiée, amoureuse, mystique, prostituée peut-être…Tout cela à la fois et rien de tout cela.

Toni Carmine Salerno, dans l’Oracle de Marie-Madeleine, précise qu’elle incarne des choses différentes pour chacun, qu’elle est un esprit archétypal doux et délicat, mais également fort et indomptable.

L’inspiration pour nous ici ne réside pas dans l’opposition ou la discrimination (positive comme négative). C’est insensé de défavoriser ou favoriser quelqu’un selon son genre, voire d’insister là-dessus, seules les compétences et la capacité de les mettre en œuvre peuvent faire la différence. Quand nous travaillons, nous ne sommes pas dans l'agitation.

Il s’agit bien plutôt de réaliser en nous-mêmes l’union d’énergies de type YinYang, c’est-à-dire de mouvements complémentaires.

Pas l’un ou l’autre ni l’un et l’autre, ni l'un puis l'autre, mais l’un dans l’autre en une danse cosmique perpétuelle.

Le toucher n’est pas sexué, il est, il prend de multiples formes, tantôt doux, puissant, actif, à l’écoute, vigoureux, amoureux…

En tant qu’homme, j’aime à cultiver des qualités de réceptivité et d’intuition qui sont plus spontanées chez les femmes et j’aime voir une femme développer des qualités plus solaires, dans l’affirmation claire de soi.

La rencontre se fait là, quelque part vers le milieu, dans un mouvement qui s’entrecroise et s’amplifie mutuellement.

Le fait qu’il y ait plus de femmes que d’hommes, tant du côté des praticien(ne)s que des client(e)s, nous incite à travailler notre ressenti profond (kokoro).

Dans de nombreuses traditions, les femmes sont initiatrices, précisément pour cette raison, et on dit même que Jésus confia des choses à Marie-Madeleine qu’il n’avait dites à personne d’autre… sans doute parce qu’elle seule était capable de les comprendre.

A bons entendeurs...moi en premier.



Friday, 21 July 2023

夏指圧 - Natsu Shiatsu - Shiatsu d’été (8) : les perceptions subtiles

Courtes réflexions pour ne pas oublier le Shiatsu pendant l'été


HUIT

Me voici à Vézelay où, ce 22 juillet, on célébrera la fête de Marie-Madeleine. La célèbre basilique abrite en effet quelques reliques dans la crypte.


En marge du dogme catholique, on assiste aujourd’hui à un regain d’intérêt pour la personne de Marie-Madeleine, au travers de chemins initiatiques comme ‘La Voie de la Rose’ que je parcours actuellement.

J’ai envie de vous partager la question de la perception, si importante pour nous. Nous devons bien ‘sentir’ les choses quand on vient nous voir. Je vois dans le récit de l’Evangile de Marie une analogie frappante.  

Selon les textes, Marie-Madeleine aurait été la toute première à rencontrer Jésus après sa résurrection. Mais qu’a-t-elle ‘vu’ ?

Jean-Yves Leloup (dans son livre ‘Une femme innombrable’) nous explique ce passage de l’Evangile de Marie où Marie-Madeleine se demande comment elle perçoit. Et la réponse est : Ce n’est ni par ta psyché que tu me connais, ni par le pneuma, mais par le’ nous’, qui est entre les deux.

Le ‘nous’ est un mot grec intraduisible, qui a donné, notamment noosphère. Et il s'agit bien de 'connaître', càd naître avec, accompagner sur un chemin. 

La psyché et les sens où elle se projette ( l’ouïe, l’odorat, la vue, le goût et le toucher) ne suffisent donc pas. Ni le pneuma, l’Esprit, le souffle silencieux où tout ce qui vit et respire naît et se résorbe. Il y a possibilité de faire appel au ‘nous’, l’intelligence contemplative, la fine pointe de l’âme, ‘entre la parole audible et le silence inaudible, entre le visible charnel et l’invisible spirituel’.

Même si nous appréhendons des corps bien incarnés en Shiatsu, cette faculté entre présence et absence nous permet de sentir les aspects les plus subtils.

Paradoxe : nous touchons, mais pouvons aller dans le domaine spirituel propre à chacun. M. Masunaga nous dit d’ailleurs que Setsushin est la forme supérieure de diagnostic, mais qu’il fait appel à une sensibilité primitive, en-deçà de toute formulation ou tentative d’explication rationnelle.

Et donc, certes, nous posons les mains en premier lieu. Mais pour nos perceptions des niveaux subtils de conscience, nous pouvons développer un regard magdalénien qui est  ‘celui d’un psychisme apaisé ouvert à la présence de l’Esprit’.

Frappante analogie émanant d'une toute autre Tradition que la nôtre et qui vient éclairer certains de nos ressentis, ne trouvez-vous pas ?

Thursday, 20 July 2023

夏指圧 - Natsu Shiatsu - Shiatsu d’été (7) : Shiatsu et Alchimie

Courtes réflexions pour ne pas oublier le Shiatsu pendant l’été


SEPT


Si le cadre de pensée et les techniques propres au Shiatsu sont bien orientales, en revanche, rien ne nous empêche de nourrir notre réflexion à bien des sources. Shivaïsme, Védisme, Gnose… physique quantique, alchimie, pour n’en citer que quelques-uns, amènent des regards très semblables sur le corps, le Ciel, la Terre, l’origine de la vie. Inspirons-nous, nourrissons-nous ! Mais attention. En séance ou en cours, nous pratiquons le Shiatsu, et c’est tout.

Période de vacances, période de lecture. Intéressons-nous à l’Alchimie avec Patrick Burensteinas, scientifique de formation, devenu alchimiste moderne. Il s’est mis à essayer les obscures ‘recettes’ en apparence délirantes dans les traités anciens. Il a fait ce qu’aurait fait un vrai Japonais : essayer, pour voir. Et il a vu que ça marchait.

Je vous laisse aller voir ses nombreuses interviews sur Youtube et autres.


Et vous laisse juge, à la lecture de son livre ‘De la Matière à la Lumière’ pour voir s’il y a oui ou non des ressemblances avec notre vision et notre pratique.

‘Avant la création, il y avait quelque chose d’indifférencié qui valait 1, on appelait cela la lumière’. Voilà qui rappelle la cosmologie du Tao (1er article de cette série).

‘Quelle est la différence fondamentale entre la matière et la Lumière ? On peut dire que la lumière est immobile et que la matière est agitée dans sa propre structure et sa propre existence. ‘

Lorsque nous travaillons la verticalité, une décantation se fait qui nous permet de travailler à un autre niveau : présence / absence. Une grande part du travail sur soi consiste de fait à calmer notre agitation, et celle de nos client(e)s. Alors, l’énergie (la Lumière ?) circulera.

L’alchimie, ce n’est pas de la chimie : l’expérimentateur a une place dans l’expérience et celle-ci est essentielle… C’est lui, et lui seul, qui va faire que le creuset va être un creuset, à la croisée des choses… L’opérateur a une place dans l’expérience, mais l’expérience a également une place en lui.

Et on pourrait paraphraser : le Shiatsu, ce n'est pas de la médecine. Il ne s’agit pas tant de transformer que de transmuter, càd ramener la matière à une nature plus pure (au sens Shinto, désencombrée) afin d’opérer un retour vers l’état d’origine.

Le terme d’alchimie est revenu à la mode de nos jours et devenu de ce fait quelque peu galvaudé. Il s’agit de ne pas oublier que cet art, comme le Shiatsu est avant tout opératif, càd qu’on met les mains et qu’on travaille, par opposition à spéculatif où on discute sans fin.

Reconnaissable ?

Vous pouvez écouter le livre de Patrick Burensteinas ici : 



Wednesday, 19 July 2023

夏指圧 - Natsu Shiatsu - Shiatsu d’été (6) : Tous descendants de l'Empereur Jaune

 Courtes réflexions pour ne pas oublier le Shiatsu pendant l’été



SIX

Dans l’article précédent, je vous disais qu’une des origines lointaines du Shiatsu réside dans les pratiques du Do In (Dao Yin) Ankyo chinois. 

En effet, le Shiatsu est un syncrétisme qui unit beaucoup d’influences, modernes ou anciennes, chinoises, japonaises et occidentales.


Notre pratique est l’exemple parfait de l’inclusivité à la Japonaise. Quand quelque chose de nouveau arrive, on examine, on essaye. On garde si cela marche, on oublie si cela ne marche pas. Plus pragmatique que cela, il n’y a pas. Et dire qu’on se fait parfois regarder comme des illuminés !


Donc, il y a ce Do In Ankyo comme une lointaine racine. M. Masunaga, dans Shiatsu et Médecine Orientale, faisait aussi remarquer que c’était là une influence certaine.

En bon Japonais, il a revisité et revivifié les pratiques d’étirements, proposant d’étirer les méridiens en les ressentant dans son corps.

Ce n’est ni du Do In ni du Makko Hô, appellations employées à tort et à travers, mais du Keiraku Taisô, littéralement gymnastique des méridiens.  L’essentiel, c’est de pratiquer, mais évitons de dire n’importe quoi quand même.

Ce qu’on ne sait pas non plus, c’est que le classique de l’Empereur Jaune ne mentionne guère que les pratiques d’acupuncture, mais qu’en fait, il vaut aussi pour le Do In Ankyo et donc, pour toutes les pratiques manuelles.

Ce n’est donc pas un manuel pour acupuncteurs, mais pour tous les praticiens orientaux de la santé.

Des concepts tels que YinYang, les 5 mouvements, les 5 organes , le Ki sont bel et bien le cadre de référence (lointain) dans lequel le Shiatsu est enraciné. Sauf quand on veut faire plus Occidental que les Occidentaux, ce qui s’explique historiquement et se voit encore de nos jours dans certaines écoles.

Pourquoi l’Empereur Jaune passe sous silence les pratiques manuelles… ce n’est pas clair. Sans doute  était-il dès le départ plus prestigieux d’être médecin acupuncteur que praticien manuel. La Chine, très hiérarchisée, a toujours mis en avant les lettrés, les longues études, les examens d’Etat.

Mais si les mises en oeuvre sont différentes, la réflexion en amont est bien la même.

Tuesday, 18 July 2023

夏指圧 - Natsu Shiatsu - Shiatsu d’été (5) : Bouddhisme et étirements de Do In

Courtes réflexions pour ne pas oublier le Shiatsu pendant l’été



CINQ

Un mini-voyage au Japon en ce mois de vacances.



Le Torii  de l’Itsukushima Jinja sur l’île de Miyajima à quelques encâblures d’Hiroshima est mondialement célèbre.

Toutefois, comme partout au Japon, Shintô et Bouddhisme sont intimement mêlés et l’île recèle de fort beaux temples bouddhistes, comme le Daisho In 大聖院, qui appartient à la branche Shingon. Il est dit que c’est là que le célèbre moine Kobo Daishi débuta la pratique du Bouddhisme sur l’île.

Ce temple est  bâti à flanc de montagne, sur le chemin du sommet du Mont Misen, et le long d’une interminable volée d’escaliers, on est accompagné par des centaines de petites statues dans toutes les positions (500, dit-on…)

Je fus de suite charmé par celle-ci qui me semble prendre une position de Do In. On étire de cette façon la paume des mains et cela calme le mental. Essayez.

Cela rappelle qu’une des origines lointaines du Shiatsu est le Do In Ankyo chinois, revu par les Japonais. Tout cela trouve une origine encore plus lointaine dans le Taoïsme et même avant cela, dans les pratiques indiennes.

Par le Do In, les étirements, on fait circuler l’énergie et l’ankyo complète par des pressions, manipulations, etc. YinYang, de nouveau. Après bien des siècles et changements de nom, tout cela se retrouve aujourd’hui dans le Shiatsu.

Loin de toutes considérations et à travers les âges, ce petit personnage semble bien joyeux de pratiquer. Tout comme nous aujourd'hui encore.