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Saturday, 23 May 2020

Shiatsushi par temps de COVID


Ce que Corona m'a appris


Quelle pagaille, ces deux derniers mois, quel déchaînement d’énergies contraires, et quelles leçons aussi à en tirer…

Je n’ai aucun commentaire à donner ici sur la gestion de la crise par les politiques, la pertinence des avis officiels et scientifiques, les dangers potentiels de la situation pour nos libertés, les craintes et les espoirs pour l’avenir… 
Ce genre de communication a déjà eu lieu ‘ad nauseam’.

Par contre, si je regarde du point de vue de notre métier, le shiatsu, je peux me permettre deux trois réflexions.

Une crise est une opportunité d’avancer, elle permet de révéler crûment certaines réalités, de questionner nos activités….

La conclusion est, d’emblée : que faisais-je avant la crise ? Du shiatsu ! 

Que ferai-je après ? Du shiatsu ! 

Plus que jamais. Et aussi, autrement que jamais, sur les plans de la conviction, de la puissance et du lâcher, de la lucidité et de la joie.


Les choses qui ne passent pas


Il y a quand même eu des attitudes ou des réactions qui me restent en travers de la gorge.

Ainsi fus-je choqué par la rapidité déconcertante avec laquelle quelques instances censées représenter notre profession (dans plusieurs pays), des écoles, voire des praticiens à titre individuel sont rentrés sous terre en se déclarant publiquement, dès le début du confinement, ‘activité non-essentielle’.  

Evidemment que le shiatsu n’a pas de solution en phase de contagion et qu’il faut laisser faire les médecins. Evidemment que, au même titre que bien d’autres activités, le shiatsu ne rentre pas dans la liste des activités essentielles établies par les gouvernements en période de confinement. Mais se déclarer non-essentiel manque pour le moins de nuances. C’est oublier tous les moments où nous le sommes, essentiels, en amont, quand ce n’est pas la crise. Ce n’est pas deux mois de crise qui vont occulter des années de travail de prévention.

La prévention est au cœur de notre métier, et la prévention est essentielle. Notre rôle premier est d’aider le corps à cultiver ses facultés d’auto-guérison, en rééquilibrant l’énergie (et en cas de problème, on va bien entendu tenter de l’éliminer). On fait du shiatsu, et, normalement, on ne tombe plus (ou moins souvent) malade. 

Parlant de la presse grand public, j’ai peut-être vu deux articles insistant sur la nécessité de la prévention et d’entretenir une bonne immunité. Parlant de la gestion de la crise, nos pays n’ont pas appliqué de traitement médical préventif massif, les instances officielles continuent donc à attendre la dégradation des conditions de santé avant d’agir. D’autres pays ont fait un autre choix, et nous verrons plus tard qui a eu raison. 

Mais, en tous temps et en tous lieux, nous nous situons sur un terrain où il n’y a, visiblement, pas encore grand monde. Il aurait donc mieux valu rappeler cette règle d’or. Par ‘essentiel’, je comprends également l’essence et le sens de notre métier et si ce métier n’est pas essentiel, il vaut mieux faire autre chose.

Même en temps de crise et de contagion, d’ailleurs, nous n’aurions jamais dû arrêter de travailler. Trop tard pour l’immunité, sans doute, car c’est un travail de fond.  Mais ne serait-ce que pour alléger les effets pernicieux de la scandaleuse communication anxiogène propagée à tous niveaux. Je renvoie au tout premier texte publié par Jean Pelissier sur les effets de la peur. Nous le savons bien, que la peur fait baisser l’immunité, car elle impacte l’énergie des Reins. Au sortir de l’hiver, en plus, si les Reins n’ont pas été correctement nourris, le moment est particulièrement défavorable. Nous avons beaucoup de réponses en la matière. Il eût été bon de nous positionner comme les gens qui, de par la nature de leur métier et de leur énergie, ne cèdent pas à la peur. 

Le KI sort par tous les temps.

Nous aurions également pu être appelés en renfort pour détendre, aider, accompagner, renforcer, soutenir, apaiser les personnes obligées de continuer à travailler dans des conditions difficiles ou dans un climat anxiogène. Ou les personnes souffrant d’un confinement éprouvant. Ce fut le cas en France, ai-je vu, où les hôpitaux généralement partenaires de l’EST de Bernard Bouheret ont fait appel aux shiatsushi pour leur personnel soignant.

Cela me semble meilleur que 5 minutes d’applaudissement pour nos ‘héros’ (toujours cette déplacée rhétorique de guerre…). Poser les mains sur des corps, plutôt que battre des mains dans le vide… Non ? Qu'est-ce qui aide le mieux ? Et ç’aurait été l’occasion de montrer à notre Ministre Maggy De Block, prête à réquisitionner n’importe qui capable de mettre un thermomètre, qu’on peut aussi vraiment aider les professionnels de terrain, sans investissement particulier.

En tant que praticiens, nous ne pouvons nous-mêmes avoir peur. Comme le dit un de mes estimés professeurs à propos de la captation d’énergies mauvaises chez les receveurs, ‘si tu as peur, change de métier’.

A tout qui me dirait ici ‘pourquoi n’as-tu pas agi’, je répondrais que ce genre d’initiatives impliquant la représentativité et la crédibilité de toute une profession ne m’appartient pas, et que je me serais sans doute fait jeter en allant proposer mes services de façon impréparée. Ce genre d’approche ne peut être le fait d’un individu non mandaté, et doit obtenir au moins le consensus d’une partie des praticiens. Il ne s’agit pas d’une critique facile, mais d’un constat quelque peu décevant. Un échec est toutefois un moment d’apprentissage.

Leçon de crise : un gros travail de reconnaissance et de valorisation du métier va devoir être fait, par des gens qui pratiquent réellement, ont une vision claire et défendent l’intérêt, la spécificité et l’utilité du shiatsu, quel qu’en soit le style.

Le rapport à la médecine


Un deuxième enseignement de la crise est notre rapport à la médecine, allopathique ou autre.

La relation souvent ambigüe entre les thérapies dites ‘alternatives’ et la médecine dite ‘officielle’ n’a pas lieu d’être. 

Jusqu’ici, nous connaissons tous des médecins qui ne veulent pas savoir ce que nous faisons ou y sont opposés. D’autres médecins tolèrent et conseillent à leurs patients tout ce qui peut leur faire du bien, même s’ils ne connaissent pas bien. D’autres encore s’intéressent vraiment à nos activités et voient dans le shiatsu (ou d’autres pratiques) un réel soutien à leurs prescriptions.

Ces différents types d’approche sont apparus au grand jour en temps de COVID. On a pu voir des médecins dogmatiques tenant une position officielle et qui préféreraient se faire brûler plutôt que d’en changer, contre vents et marées. On en a vu d’autres travaillant empiriquement, fidèles au serment d’Hippocrate et qui diagnostiquent, puis essaient un traitement et consolident ensuite les résultats pour arriver à un protocole. On en a vu tenter d’enrayer le développement des symptômes et d’autres attendre pour déployer la grosse artillerie. On en a vu parader sur les plateaux de télé pour déverser des avis devenus contradictoires avec le temps. On a surtout vu le dénuement face auquel ont été laissés les généralistes de terrain travailler en silence dans des conditions difficiles, voire dangereuses. Ceux qui, comme nous, se retrouvent face à la souffrance et doivent décider de faire quelque chose. Parfois sans savoir vraiment quoi.


Je me sens frère des médecins honnêtes qui disent ‘je ne sais pas’, mais agissent et tentent ce qu’ils ont de mieux. Qui travaillent empiriquement, car toute science s'est établie ainsi sur une longue période, n'en déplaise aux enfants obscurs des dites 'Lumières'. Là sont les racines de la médecine et du soin, et le shiatsu, même non-médical, procède de la même façon. En mettant la prévention en amont.

Il est encore trop tôt pour savoir qui a eu raison…  Même si on a pu prendre la mesure de tous les avis contradictoires, des poids et des choix idéologiques… Dans peu de temps, on pourra dire, pour peu que l’on veuille bien considérer les mêmes choses, quelle approche aura été la meilleure et quel traitement aura été efficace…  

La crise actuelle est pour moi un appel à serrer les rangs, à nous reconnaître et à collaborer chacun dans notre spécialité. Médecins ou autres thérapeutes : ils /elles sont les bienvenu(e)s. 

Comme le dit Itsuo Tsuda (in ‘le non-faire’) : ‘il faut cesser d’appliquer les postulats physico-chimiques à l’homme. C’est ne pas tenir compte de la sensibilité et de l’affectivité propres à chacun’. L’humain ne rentre pas dans les statistiques, ni dans le principe de cause à effet.

Notre vocation commune : prendre soin de l’Etre, en donnant des soins, à tous niveaux.

La nécessité des non-spécialistes


On a entendu aussi beaucoup ricaner sur les non-experts en quelque chose qui se sont permis d’émettre un avis. En même temps, on a assisté à un foisonnement inédit d’avis ou de points de vue en tous genres sur la situation.

Il s’agit ici de trier l’ivraie du bon grain. Comme Brassens, je pense que ‘le temps ne fait rien à l’affaire, quand on est con, on est con’. Je pense aussi que le diplôme n’est aucunement signe d’intelligence ou de compétence et que l’intelligence consiste en la capacité à relier entre elles des choses très différentes. L’antique pensée analogique de l’Orient : telle situation me fait penser à d’autres choses et je fais des liens qui vont aider à la compréhension et à l’action.

Il faut surtout arrêter d’infantiliser les gens et leur permettre plutôt d’exprimer leur potentiel et de laisser s’exprimer leur bon sens. Des points de vue intéressants surgissent souvent d’angles inattendus. Un conseil scientifique composé de gens du même tonneau ne reflète pas la diversité de la société et ne laisse pas place à la surprise créative qui pourrait nous sortir plus vite d’une situation, parce que, justement, personne n’y a pensé. Ce n’est pas un reproche. Comme le dit Eric Baret : ils ne peuvent pas faire autrement.

Notre époque a de plus en plus besoin de bons généralistes (en médecine ou ailleurs), c’est-à-dire de gens capables de raisonner clairement, de faire des liens et d’accompagner n’importe quelle situation. Garder la vue globale. Le risque du spécialiste dans sa tour d’ivoire, c’est qu’il ne voie pas plus loin que les murs de sa tour d’ivoire.

Ainsi nous dit Tsuda : ‘Malheureusement, dit Noguchi, il y a des spécialistes des microbes, mais pas de spécialistes du corps. C’est la cause de l’erreur qui nous fait adapter une position inverse’ (à ce qu’il faudrait faire, càd que nous focalisons sur le mal et pas ‘les parties inertes’). Par le mot ‘corps’, il faut entendre ‘terrain’.

En étant de bons généralistes, en considérant la globalité, nous devenons en quelque sorte des… spécialistes de terrain. Mais oui, nous avons un avis sur beaucoup de choses car, proches des gens, nous en entendons beaucoup. Nous voyons l’humain dans son rapport à la nature. Le shiatsu, et ses praticiens, ont légitimement un avis – des avis sur la situation.

Un virus à contretemps, énergétiquement


Pour rester dans notre pré carré, par contre, énergétiquement, le monde se conduit bizarrement. Le cycle immuable de Fu Xi serait-il ébranlé ? Le cycle du Roi Wen a-t-il les moyens de contrarier les lois éternelles de l’Univers ?  Un collègue me faisait remarquer qu’après ne pas avoir eu d’hiver, nous avions eu un printemps contrarié. De fait, ce virus aurait dû surgir en hiver, période idéale pour un retour sur soi et chez soi (et pour la destruction de l’économie, en période de fêtes, si tel est bien un des buts poursuivis) et pour le nourrissement de l’énergie des Reins.

Chaque année, je conseille l’intériorité propre à l’hiver, irréalisable pour beaucoup. Zut, opportunité ratée. Car, ce qui s’est passé, c’est que l’énergie du printemps qui est expansion s’est vue du coup totalement contrariée, brimée, empêchée par le confinement. A l’heure de sortir de notre ‘kot’, nous avons dû y rentrer. On a mis le couvercle sur la marmite à pression. Il en résulte frustrations, colère, stagnations… et quels seront les effets, énergétiquement ?  Il va falloir gérer et il y aura du travail. 

Allons-nous pouvoir rattraper ces trois mois en été ? Certainement pas. Les personnes avec une immunité faible au sortir de l’hiver et avec le couvercle sur la marmite à pression au printemps n’auront pas l’énergie pour tout faire en été. Comme c’est inédit, je ne connais pas les conséquences, nous devrons être attentifs.

Quel monde meilleur ?


Mais non. J’ai lu beaucoup de commentaires utopiques, disant que cette fois, les gens allaient comprendre la nécessité de changer et de respecter la planète. C’est beau, les utopies. On a besoin de rêver. Mais c’était prévisible. Les personnes en chemin ont fait du chemin. Les autres, non (Brassens, toujours…). Je crains qu’il ne faille abandonner l’espoir d’une transformation majeure, immédiate, de la société.

Si le confinement améliorait les gens, les monastères du monde entier, toutes religions confondues, seraient remplis de saints. Ils ne le sont pas.

Le meilleur commentaire que j’aie lu en la matière est dû à Valérie Bugault (in ‘Géopolitique du Coronavirus’, revue Strategika du 1er avril 2020) : ‘ A cela s’ajoute un autre phénomène d’émiettement et d’isolement des populations : les milieux médicaux fréquentent peu ou pas d’autres milieux, chacun restant dans son pré carré par l’organisation même de la société. Ainsi, les constats et la vie que mènent les uns sont quasi hermétiques aux constats et à la vie que mènent les autres, leurs seuls points de contact étant leur façon (directe ou indirecte) de consommer’.

Mais c’est bien sûr. Il n’y a plus de valeurs, de vision, de projets communs à cette société. Chacun vit dans son monde ou sa vision du monde, tout cela coexiste et, en fait, ne se comprend pas et ne se parle pas. On se retrouve uniquement dans la consommation, la société est devenue le ‘grand marché’ appelé de tous ses vœux par l’Europe.

Un modèle, ici, serait le Japon, pays où coexistent les visions les plus archaïques et les plus modernes du monde… dans la tolérance mutuelle et le goût du paradoxe. En Occident, on verrait plutôt les choses comme une lutte et une tentative d’imposer son point de vue.

Valérie Bugault nous donne donc un clair avertissement : ‘Nous sommes collectivement sur une ligne de crête et les choses peuvent basculer, en fonction de la capacité de réaction des citoyens, soit dans le sens du globalisme intégral avec gouvernement mondial, soit dans celui d’une reprise en main politique des pays par leurs ressortissants’.

Pour nous, le changement ne se situe pas dans le débat d’idées, mais dans le ressenti de ce qui est juste. Notre accompagnement sur le chemin de nos receveurs est aussi celui-là : les amener dans le ressenti de ce qui est juste, dans la connexion à l’Univers, dans l’interrelation, sans influencer (laissons cela aux gourous). Un jour, le toucher touche au plus profond. Le regard s’embue… le Cœur fera le reste.

Tsuda nous dit : ‘la pollution qu’apporte la civilisation n’est pas seulement de nature chimique ou physique. Il faut y inclure la pollution verbale et intellectuelle’. Nul besoin de polluer nous-mêmes, d’argumenter ou de convaincre, plutôt laisser advenir le meilleur en chacun.

L’urgence de l’instant


A nous qui prônons trop facilement l’instant présent, sans y être souvent (facile à dire, mais comment on fait ?), la situation est au moins venue rappeler l’urgence de l’instant.

Un texte écrit récemment à la demande d’Ivan Bel sur la mort et le shiatsu (à lire ici) est venu me rappeler cette urgence de l’instant, à tout moment.

Vis chaque jour comme si c’était le dernier jour de ta vie. Donne chaque shiatsu comme si c’était le seul que tu vas donner, et donc il faut tout donner, chaque fois. Qui sait si le prochain rendez-vous pourra être honoré ? Et quand ?

C’est un bel enseignement dans l’intensité du travail.  

Le travail sur soi pour aider les autres


Finalement, la seule chose à faire en toutes périodes pour nous, c’est de travailler sur nous-mêmes. Le bonheur du confinement a été de pouvoir le faire plus longtemps. Mettre en place ce que nous préconisons : prendre soin de soi, pour prendre soin des autres.

Ce travail sur soi nous permettra d’être ancrés, et d’être des phares dans l’incertitude ambiante, pour ceux qui voudront…

Le monde a besoin de nous… Je crois que nous avons tous été en contact avec des receveurs pendant le confinement. Pour simplement garder le lien, s’enquérir du bien-être, parler, briser le silence…

C’est très bien. Le shiatsu ne s’arrête pas à la fin de la séance, il est pour moi un accompagnement sur le chemin de vie. Jusqu’au bout.

Hymne à la joie



Et pour finir, quand tout est en place, quand on est bien aligné, on revient toujours à la joie, qui surgit inévitablement.

Eteignons la télé et les réseaux… On n’y voit que des peine à jouir discutaillant sans fin ou nous menaçant d’une litanie de catastrophes. Pas un qui sourit. Pas un qui fait une blague pour détendre l’atmosphère. Pas un pour considérer le bon côté des choses, qui existe toujours. Le premier qui rit aura une tapette. Mais même dans les lieux où on nous impose de mettre un masque, on n’est pas obligé de cacher nos sentiments et de tirer la tête. 

Dans cette sinistrose malsaine, distribuons des sourires et des rires, et affichons-nous sur les réseaux et dans la vraie vie comme ‘Gens Sans Peur’, gens joyeux et heureux, ce que notre pratique devrait induire. Le Shen qui rayonne est contagieux et témoigne de l’art précieux qui nous anime. 

Et voici que maintenant, notre bel art du shiatsu repasse du côté de la manifestation… Travaillons, travaillons...




Friday, 10 May 2019

Laissez-vous toucher par le Shiatsu





Après avoir regardé cette vidéo sur l’importance du toucher, sa facilité à mettre en œuvre et les spécificités propres au shiatsu, je vous propose, comme à l’habitude, de creuser un peu plus loin. 

Descendre dans les couches plus profondes quand on parle de toucher, voilà bien le travail de toute une vie en shiatsu.

La répétition incessante des pressions dans des conditions différentes et avec des intentions adaptées de séance en séance développe le ressenti. On peut dire que la pratique, et elle seule, offre une connaissance sensorielle « de l’intérieur » tandis que les conseils de professeurs ou de collègues offrent une connaissance (in)formelle « de l’extérieur ».

Pratiquer, pratiquer, et encore pratiquer, voilà la clef. Et entrer en résonance avec les pratiquants sincères, en recherche. Alors, il peut y avoir transmission, ce qui est préférable au simple enseignement de choses à apprendre.

En laissant monter ces réflexions sur la spécificité du shiatsu et de son toucher, afin de vous les partager, il m’apparaît que ce sont des choses que je répète souvent en cabinet quand on me pose des questions. De même que quand on passe plusieurs fois sur un méridien ou un point, la « réponse » change, le fait de réfléchir régulièrement à ce que nous faisons fait évoluer sans cesse les réponses. Mais tant mieux. 

La réponse est toujours juste, en ce qu’elle reflète là où nous sommes. Il ne faut donc pas avoir peur de dire des bêtises, mais simplement dire ce qui est là, sachant qu’il n’y a pas de vérité absolue. Certaines  personnes que nous recevons sont en recherche et le shiatsu peut être un (premier) pas sur un chemin qui les ramène au plus profond d’elles-mêmes. Nous sommes en Occident. On va certes plus loin avec le ressenti, mais nous avons besoin d’explications, d’éclaircissements.

Alors, expliquons et tâchons de transmettre quelque chose en même temps.

L’importance du toucher pour soigner


A la base du shiatsu, il y a le toucher. Quand il n’y a pas de toucher, il n’y a pas de shiatsu. Nous avons évoqué longuement, dans un autre article,  l’étymologie du mot « shi atsu » : « pousser avec les doigts ». Toutefois, ce toucher s’effectue de manière particulière et il y a bien une spécificité du shiatsu par rapport à d’autres arts, disciplines, techniques.

Le shiatsu n’a évidemment pas le monopole du toucher. Les ostéopathes, les kinés, les fasciathérapeutes, les massothérapeutes sont dans cette relation à l’autre par le toucher. Jadis également, - mais malheureusement, cela devient rare -, nos médecins allopathes ne posaient pas de diagnostic sans avoir ausculté, palpé leurs patients.


Il y a cette attente, légitime, de la personne en souffrance d’être touchée. Le toucher est apaisant, il est communication et la main qui va là où cela fait mal signifie : « j’ai compris où est la douleur et j’ai le désir de l’apaiser ». D’ailleurs, spontanément, nous posons nous-mêmes la main là où se trouvent nos douleurs. Quand un client me dit avoir envie de se toucher en un endroit précis plusieurs fois par jour, je l’y encourage, car le corps sait où le toucher va faire du bien.

J’ai entendu quelque part que c’est ce qui se passe la nuit et que la position que nous prenons en dormant répond au besoin de pression sur certains organes. Ainsi, ceux qui dorment sur le côté droit pressent notamment sur le Foie, sur le côté gauche  le Pancréas ou le colon sigmoïde, sur le ventre, l’Estomac, et sur le dos, nous soutenons les Reins, etc. La position dans laquelle nous nous réveillons (inconscient) est évidemment plus révélatrice que celle où nous nous couchons (conscient). 
Si non e vero, e bene trovato…, car, comme nous le disions, le corps sait ce dont il a besoin.
En recevant régulièrement du shiatsu, nous développons cette écoute naturelle du corps et des signaux qu’il nous donne sans cesse, et nous sommes donc mieux à même de respecter ses besoins. 

Ce n’est pas qu’il faille apprendre, cela se fait tout seul. Au fur et à mesure des séances, le corps s’habitue au toucher, le reconnaît et l’accepte de plus en plus rapidement. Le corps reprend sa place centrale, le mental reprend celle qui devrait le plus souvent être la sienne, en arrière-plan du ressenti. 

Comme m’a dit hier une cliente : « je sens que des choses ont lâché ».  Parfait. Pas besoin de développer pendant des heures.

C’est de l’énergétique


Nous partageons le toucher avec bien d’autres disciplines, mais nous ne touchons pas les mêmes choses. Nous ne travaillons ni sur les muscles, ni sur le squelette, ni sur les fascias, ni sur le système lymphatique… même si, inévitablement, certains points se situent sur les os, les muscles, les articulations… Et donc, il n’y a pas de concurrence ou d’incompatibilité avec d’autres disciplines ou de contre-indications par rapport à d’autres thérapies. Quand un client se voit prescrire des séances de kiné pour un problème précis, je l’encourage à y aller, mais juste pas le même jour que son shiatsu.

Comme évoqué dans un article précédent, le shiatsu n’a pas de vocation monopolistique et nous sommes en faveur de collaborations avec d’autres thérapeutes, aussi bien les dits « officiels » que les dits « alternatifs » afin d’aider nos clients communs le mieux possible.

Le shiatsu, c’est donc de l’énergétique. Nous travaillons sur les points et les méridiens décrits par la Médecine Chinoise, nous faisons des pressions de diverses intensités et profondeurs, des connexions, selon des rythmes différents. Il n’y a pas de fluide magique, ni de capacités surnaturelles. Nous pressons et nous posons les mains. Il n’existe pas à l’heure actuelle d’explication du comment ça marche, mais bien de plus en plus d’études sur les résultats nettement établis du shiatsu. Voir le recensement établi par la Fédération Européenne de Shiatsu, et il y en a bien d’autres, notamment en France. (http://www.europeanshiatsucongress.eu/science-library/)

Comme en arts martiaux, sans force


Il y a pression, mais il ne faut pas de force, ou alors de moins en moins au fur et à mesure que l’on pratique. « Beaucoup trop de force », disait à l’occasion Sensei Kawada en nous voyant travailler. 

Comme en Kyudo, où il faut arriver à bander l’arc sans force et où le lâcher de la flèche a lieu « tout seul », en shiatsu, il faut également pouvoir presser sans force ou, comme l’exprime Bernard Bouheret « effacer le pouce ». Sinon, il y a dureté, douleur, et on s’épuise. Il y a bien d’autres parallèles à tracer avec d’autres arts martiaux, comme l’aikido, ce qui n’a donc rien à voir avec de la force, mais un travail sur les énergies en présence. Comme souvent, « less is more ».  

Que l’on donne ou que l’on reçoive, il n’y a au fond qu’une seule recette pour accroître l’efficacité : pratiquer, pratiquer et encore pratiquer. La régularité est la meilleure garantie de résultats plus rapides et plus stables. On peut faire du shiatsu de temps en temps ou quand on en ressent le besoin, mais le mieux est d’installer une régularité, qui sera bien plus payante sur le long terme. Retour aux origines, perdues presque partout, y compris en Orient : la prévention.

L’arrière-plan est oriental


Les Orientaux s’occidentalisent, hélas, mais cela ne change rien aux origines de l’art que nous pratiquons qui sont, elles, bien orientales. Et donc, il serait pour le moins étrange de dénaturer notre shiatsu en tournant le dos au Japon pour n’en conserver qu’une très approximative inspiration.

Dans la vision Orientale, quand on touche, on ne touche pas qu’un corps. L’effet de ce toucher dépasse le domaine matériel, le monde des phénomènes, et pour moi, c’est une spécificité. Les Orientaux ne dissèquent en effet pas l’être humain en différentes couches, chacune étant attribuée à un spécialiste, comme nous avons tendance à le faire.
Les points correspondent à des maux bien physiques, mais ils peuvent avoir un aspect, une origine, une conséquence psychologiques, émotionnels, spirituels, …  Ils vont gérer des aspects très ponctuels, voire localisés, ou s’adressent à la circulation de l’énergie dans tout le corps. Ils prennent en compte l’intensité de la circulation de l’énergie. Ils peuvent également être saisonniers. Le nom du point sera parfois révélateur de ce qu’il traite ou de l’effet qu’il peut produire. Il appartient à un système, une vision de l’Univers et de l’Homme dans l’Univers mis au point sur quelques milliers d’années. Le livre "L'Esprit des points" de Philippe Laurent en est une magnifique et érudite illustration. 

Au moment où nous pratiquons le shiatsu, ce système cosmologique et anthropologique (l’un n’allant pas sans l’autre) est notre référence, à l’exclusion de tout autre. 

Nous sommes d’accord pour dire que le Grand Tout est indescriptible (« Le Tao qui est nommé n’est pas le Tao ») et du domaine du pur ressenti, mais dès le moment où nous tentons une compréhension, nous devons bien choisir un système. Ainsi YinYang, les 5 mouvements, Ciel-Homme-Terre, les méridiens, les différents aspects ternaires, dénaires et dodénaires … sont des éléments du système à la base du shiatsu et donc le cadre au sein duquel nous travaillons. On sait bien que tout système est une explication partielle et imparfaite, mais mélanger les systèmes amène la confusion. Nous n’excluons pas d’autres angles de compréhension pour nous-mêmes (c’est un enrichissement), mais nous ne mélangeons pas les approches en cabinet.

Si le shiatsu plonge ses racines dans l’Orient, il n’en a pas moins développé sa spécificité. Cette citation de Maître Kawada illustre bien toute la complexité et la richesse de notre art.  " Le shiatsu n'est pas une technique thérapeutique clairement définie au sens occidental. Son art ou sa pratique est d'avantage un continuum, un mélange de philosophie, d'expertise professionnelle et d'auto-guérison, d'exercices et d'étirements, de réflexions sur la vie, et un système sophistiqué de diagnostics intuitifs avec un arrière-plan spirituel implicite. […] C'est une manière de vivre, une philosophie, un remède familial efficace et un vaste système de diagnostic et de guérisons. […] En diagnostiquant et en répondant aux phénomènes disponibles à tous les niveaux et en mobilisant de ce fait le pouvoir de guérison inné du corps-esprit, le shiatsu sort de toutes les catégories de médecine contemporaine standard de l'Orient comme de l'Occident." (Yuichi Kawada)

Toucher tous les niveaux de l’Etre


Clairement donc, le toucher que nous pratiquons ne se limite pas au physiologique.

Le toucher effectué avec le Cœur met en mouvement. En Occident aussi, ne dit-on pas de quelque chose qui suscite en nous une émotion : cela me touche ?

Nous travaillons sur tous les niveaux de l’Etre, s’il fallait vraiment les distinguer. La preuve en est au cours du travail, avec des manifestations très diverses, selon la personne, le moment, le travail effectué, la sensibilité...

Il n’est pas rare que tout à coup une émotion surgisse, la personne se mette à pleurer, ressente une colère, soit prise d’un rire incontrôlé… La respiration soudain s’amplifie, s’approfondit. Il y a sensation de froid ou de chaud. Il y a des fourmillements dans le corps. Des sensations apparaissent le long du méridien traité, ou dans d’autres endroits du corps, sans lien apparent. Les pensées s’apaisent, la personne entre dans un état semblable à la méditation. Parfois s’endort. Il y a vision de couleurs, ou d’images mentales. Un sourire apparaît soudain là où il y avait crispation. Des tremblements ou des vibrations surgissent. Ou encore, la personne peut ne ressentir « rien de spécial » en partant, mais les réactions se déclenchent plus tard, ou le lendemain. Et parfois, il y a le fameux effet « Menken », où on se sent plus mal parce que des choses doivent absolument s’évacuer avant de se sentir mieux. 

Et pourtant, si une caméra était en train de filmer, elle n’enregistrerait que le praticien en train de faire des pressions. Il n’y a ni thérapie émotionnelle, ni séance de psychanalyse, rien d’autre que du shiatsu, c.-à d. : « presser avec les doigts ».

Chaque fois, l’inattendu me ravit.



Les pressions sur le corps travaillent donc sur ce que j’appelle « d’autres niveaux de l’être », psychologiques, émotionnels, spirituels… Est-ce systématique ? Non, uniquement s’il y a un besoin. Equilibrer le corps se passe au sens large. Et nous sommes larges, bien plus larges que les limites de notre corps physiologique. Nos cellules contiennent de l’information du niveau le plus concret au plus subtil.

A certains moments, le toucher se fait plus large, comme « impalpable » ou « effacé », mais en fait non. Que ce soit le shiatsu fluidique développé par Bernard Bouheret, où les mains se posent à peine après avoir bien « baratté » le corps, ou que l’on descende dans le corps de souffle avec une pression « en sablier »… Ou encore que l’on expérimente le Seiki, développé par Kishi Sensei, où la main se pose simplement - « faire sans faire, toucher sans toucher » - et où les corps entrent en résonance… 

Nous entrons là dans des dimensions à explorer à l’infini et impossibles à formuler, mais qui partent bien du toucher. Une clef de compréhension ? Souvenons-nous que microcosme = macrocosme, simplement.

Et relisons, à la lumière de ce qui précède, la célèbre phrase de Tokujiro Namikoshi : shiatsu no kokoro wa – le cœur du shiatsu – haha no gokoro – est (comme ?) le cœur d’une mère – oseba : si on pousse – inochi no izumi waku on fait jaillir les sources de la vie.

Traduction approximative, d’ailleurs, car « kokoro », pour un Japonais, est un concept bien plus large que l’idée que nous nous faisons du coeur et « inochi » est un des mots pour dire la vie, mais pourquoi celui-là ? Un autre article, un jour…

Par contre, « oseba », si on pousse, ne laisse aucun doute : c’est bien clair qu’il faut le toucher, le fameux premier pas sur le chemin de cent lieues.

Le corps et au-delà


Et allons d’ailleurs un pas plus loin. La pression dépasse de loin les limites du corps et va aller influencer l’environnement. Maître Ohashi a parlé un jour de l’environnement de la personne comme facteur venant enrichir le diagnostic. Je suis sûr qu’inversement, le shiatsu pratiqué sur quelqu’un peut modifier des situations compliquées, des relations difficiles, voire le cours d’une vie qu’on pourrait penser subir.

Car quand l’énergie de quelqu’un change, les interactions avec le monde extérieur changent également. On dit : soyez le changement que vous voulez voir arriver dans le monde. Changez, et le monde autour de vous changera.

Nous sommes également le fruit de nos interactions avec d’autres, nous appartenons à des systèmes que nous influençons et qui viennent nous influencer et on sait bien que notre façon d’être, nos pensées, nos émotions influencent la réponse de l’environnement proche et lointain. Jung avait déjà fort bien décrit le mécanisme des projections : ce que nous projetons de nous-mêmes sur l’autre revient à son tour nous influencer.

Profondément ressourçant et recentrant, le shiatsu permet des changements profonds de l’Etre et peut donc déboucher sur des changements de l’Etre considéré dans la « matrice ».

Eric Baret résume cela merveilleusement : « arrêter de prétendre » être comme ceci ou comme cela, recentrer sur l’écoute, laisser l’énergie couler librement à chaque instant.

La pyramide est sur sa base : centré et puissant dans le hara, la poitrine ouverte, la tête paisible.

Mettez les mains


Toute considération mise à part maintenant, revenons en séance. Praticien et client, nous sommes bel et bien et avant tout dans le ressenti. « Mettez les mains », disait Kawada Sensei lorsque nous avions envie de poser mille questions sur ce qu’il fallait faire et comment. Shikantatsu, disais-je dans un article précédent : seulement pousser.

La pression de nos doigts est notre seul outil et la seule réponse que nous ayons à toutes les questions ou les situations qui peuvent se présenter. Je suis outré d’entendre que, dans certaines disciplines ou thérapies, si on ne trouve pas la cause, on ne peut rien faire et on renvoie la personne souffrante en disant qu’on ne peut pas l’aider. 

La compréhension des causes est pour moi un « nice to have », qui n’est pas toujours indispensable ou possible. Bien entendu, il y a une réflexion, une connaissance de la technique qui va décider d’une orientation du travail. Mais parfois, on ne sait pas et, d’ailleurs, fondamentalement, personne ne sait. Alors, on fait. On met les mains.


Cet article vous a touché ? Ne le gardez pas pour vous. Partagez-le. Il ira peut-être toucher d’autres encore.

Tuesday, 2 April 2019

Le Shiatsu, un art ancien pour traiter les maux modernes


Le shiatsu, c’est pour qui ?  Réponse simple : pour tout le monde. Je vous invite à revenir un instant à la vidéo postée sur Youtube où je résume les différents cas possibles :
  • vous n’avez rien
  • vous avez mal
  • vous êtes mal
  • vous êtes malade

Le shiatsu, c’est donc pour tous et pour tout ?

En fait, oui

On ne refuse personne


Cassons de suite les mythes et oublions les peurs : aucun problème, aucune maladie, aussi grave soient-ils,  ne peuvent être prétexte à refuser quelqu’un en cabinet pour un shiatsu.
Le bon sens impose d’attendre en cas de maladies contagieuses qui pourraient se communiquer par le toucher direct ( gale, zona … ) ou le contact proche avec le  praticien. Si vous sentez arriver la grippe, ne venez pas (d’ailleurs, vous ne profiterez pas vraiment de la séance).

On  filtrera simplement et avec bienveillance les personnes en quête de plaisirs que nous ne souhaitons absolument pas leur donner.  Et, toujours, le praticien / la praticienne a le droit de renvoyer vers quelqu’un d’autre, s’il ne « sent » pas le travail avec quelqu’un.

Mais c’est tout. Et c’est très rare, car les personnes qui s’adressent à nous sont en demande d’écoute, de bienveillance, d’aide.  

 On fera toujours quelque chose


Aussi grave que soit la pathologie, le praticien de Shiatsu offrira toujours au minimum un accueil, une écoute, un accompagnement, et puis, tout son art, son empathie, son intensité et son intention dirigés vers le rétablissement de la circulation de l’énergie.

Il ne s’agit donc pas d’être exclusif, mais inclusif. « Prendre l’Univers en soi », accueillir la souffrance et transmuter.

Parfois, nous ne saurons pas quoi faire, la tête se taira. Mais nous ferons quelque chose, le cœur parlera.

L’expérience montre bien qu’on peut toujours faire quelque chose avec le shiatsu, quel que soit le problème, le mal rencontré.

Je reçois parfois des personnes souffrantes qui ont fait le tour de plusieurs spécialités et arrivent en dernier recours au shiatsu, désespérées, car personne n’a pu ou n’a voulu les aider. Ou alors, on n’a pas trouvé ce qu’elles avaient, et donc, on n’a pas pu les aider.

En shiatsu, on ne comprendra peut-être pas non plus le problème, mais on va tout de suite pouvoir aider. Paradoxal? L'Orient en est plein, de paradoxes.

Un art ancien pour traiter les maux modernes


Il existe dans le monde quelque 8.000 maladies dites « rares », qui ne touchent chacune que quelques centaines ou milliers de personnes et donc n’intéressent pas la recherche. Doit-on pour autant attendre de savoir exactement ce que c’est et les laisser espérer une hypothétique solution dans quelques années ?

Il y a aussi les maladies de civilisation, de notre monde moderne, bien connues, elles et étudiées, mais pour lesquelles il n’existe pas pour autant de solution : cancer, sclérose en plaques, athérosclérose et hypertension, fibromyalgie, polyarthrite rhumatoïde, maladie d’Alzheimer, maladie de Parkinson… (liste non-limitative).

Auto-immunes, profondément douloureuses et/ou invalidantes, voire, à terme, mortelles, ces maladies sont en croissance, car inhérentes aux dérives de la civilisation moderne : rythmes effrénés, tensions, stress, alimentation de mauvaise qualité, négligence du corps et de ses besoins, manque de repos, pollutions… Il n’y a pas UNE cause clairement identifiable, mais un cocktail dangereux auxquels nous sommes exposés en permanence. Et le nombre de cas augmente de façon alarmante.

Lors de la réflexion et de la pratique menées sur ce thème lors du dernier stage avec Bernard Bouheret à Buthiers dans le cadre de l’Ecole de Shiatsu Thérapeutique, la place et la puissance du shiatsu sont apparues clairement dans le traitement des maladies de civilisation.


Il y a la lecture et les solutions proposées par la médecine occidentale. Lorsque ce genre de maladie se déclare, les chances de guérison, ou de retour en arrière sont minces, voire nulles (Alzheimer). Les médecins le disent honnêtement : on ne guérit pas du cancer. Les causes sont multiples ou floues. Les traitements consistent à soulager ou atténuer les symptômes.

Il y a la lecture proposée par la Médecine Traditionnelle Chinoise. Car même si les maladies de notre civilisation actuelle concernaient fort peu celle de la Chine antique, il y a moyen d’appliquer une lecture orientale à nos maux contemporains. Cette compréhension différente est un enrichissement. Adaptée au shiatsu, elle débouche sur des protocoles de soin applicables en cabinet. Ces protocoles ne sont pas rigides, mais des indications, logiques, de ce que l'on peut entreprendre. Evidemment, chaque cas est unique, et il faudra adapter.

En shiatsu, il n'y a pas de recettes valables pour tous et à tout moment. Chacun de vous est différent, et le traitement est sur mesure.

De plus en plus, le shiatsu entre dans les hôpitaux


Nous n’avons pas la prétention de résoudre les problèmes, là où d’autres cherchent encore. Mais nous pourrons faire quelque chose : poser les mains. Un nombre croissant de médecins hospitaliers ou non, en France, en Belgique… fait d’ailleurs appel au shiatsu en complément aux soins apportés.

Les maladies de civilisation sont en croissance rapide, mais les solutions se diversifient. Il faudra travailler à la source : changer de mode de vie, diminuer le stress, arrêter de polluer… Il faudra reconsidérer complètement l’alimentation et les aliments, revenir à une vie saine.

Des expériences sont menées, avec succès, dans les services d’oncologie, neurologie… Les patients à qui l’on propose du shiatsu se sentent mieux, récupèrent plus vite en cas de traitement agressif ou lourd (par exemple, une chimiothérapie).

D'ici là... Autant commencer tout de suite, avec nos mains.

Médecins, thérapeutes : même combat. Et nous, nous sommes prêts.

Le shiatsu a une position privilégiée et une efficacité avérée sur les deux fronts : prévention et intervention.


Travailler sur soi est un préalable obligé


Si les réflexions et les actions menées dans un stage de shiatsu thérapeutique comme Buthiers sont nécessaires et efficaces, elles ne prennent toutefois leur pleine signification qu’en association avec un intense travail sur soi.

En ce sens, la pratique assidue de la méditation et du Qi Gong sont de véritables outils qui viennent renforcer et ouvrir les praticiens. Chacun pratiquera les disciplines qui lui conviennent le mieux. Mais là où nous prêchons la régularité de la pratique à nos receveurs, nous nous devons de l’appliquer en tout premier lieu à nous-mêmes. Ainsi que d’aller régulièrement visiter un ou une collègue pour recevoir ce que nous aimons tant donner.

Et donc, je suis ravi des séances que je reçois, et de l’opportunité lors des stages de ressentir tellement d’énergies différentes.

Je constate également une identité de vision, un renforcement de l’énergie et l’efficacité joyeuse du Qi Gong tel qu’enseigné à Bruxelles par Fabienne Lacroix (de l’école Tian Di).Ces séances de Qi Gong nourrissent mon énergie et me rendent disponible en cabinet. 

Le shiatsu pour tous et pour tout n’est pas un slogan facile mais une réalité à la portée de tous, que vous pouvez vivre dès que vous le décidez.





Wednesday, 26 December 2018

Le Shiatsu, ou la Voie de la Grande Santé



La vidéo précédente expliquait à qui s’adressait au fond le shiatsu. Nous avons vu qu’il n’y a pas de restrictions d’espèce, d’âge, de genre, de condition physique, de culture …

Cette nouvelle vidéo explique simplement dans quels cas on peut faire appel au shiatsu.
Comme vous l’entendrez, les possibilités sont très larges et, à tout moment, en toutes situations, le shiatsu peut s’avérer utile dans votre vie. A la base et en tout premier lieu, c’est un outil de prévention. Mieux vaut ne pas attendre les problèmes et faire ce qu’il faut pour rester en bonne santé.




Mais au fait, qu’est-ce que la santé ? Et la maladie ? Et, du coup, quelle est la place du shiatsu dans tout cela ?

Qu’est-ce que la santé ?


La santé, on se la souhaite chaque fois que l’on lève son verre, sans y réfléchir. C’est donc très important. Mais comme toujours, il faut faire attention aux mots que l’on emploie et bien regarder les définitions, voire l’étymologie.

Le mot français santé vient directement du latin sanitas, famille du latin « sanus », signifiant bien portant de corps et d’esprit (voir par ailleurs le proverbe « mens sana in corpore sano », les deux vont ensemble).

L’OMS, qui est l’organisation mondiale la mieux placée pour s'exprimer en matière de santé, donne cette définition : « La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité ». (Préambule à la Constitution de l'Organisation mondiale de la Santé, tel qu'adopté par la Conférence internationale sur la Santé, New York, 19 juin -22 juillet 1946; signé le 22 juillet 1946 par les représentants de 61 Etats, entré en vigueur le 7 avril 1948).

Cette définition n'a pas été modifiée depuis 1946. On n’a apparemment pas trouvé mieux entre-temps.

Elle est toutefois plus large que la conception couramment répandue et, surtout, génère des associations. Alors, allons-y à la Chinoise et tentons des analogies pour les confronter à la pratique du shiatsu.

Première association : privatio boni 


En cherchant les définitions de santé et maladie, je ne peux m’empêcher de penser au concept théologique augustinien du mal comme étant une « privatio boni », une absence de bien, ce qui a donné lieu à d’interminables discussions théologiques sur la réalité ou non du mal. Le bien existe, mais pas le mal, sauf en tant qu’absence de bien. Deux contraires ne peuvent exister dans une seule chose, dit Augustin.

Jung a beaucoup discuté et réfuté ces affirmations et établi la « complexio oppositorum », l’union des contraires. Quant à nous, à la base du shiatsu, nous avons la vision du YinYang en perpétuel mouvement (voir article précédent). L’opposition et le dualisme ne sont que théoriques vues de l’esprit, la réalité est mélange de différents aspects à des doses changeantes en permanence. Et il n’est pas question pour nous de jugement selon des critères « bien » ou « mal ».

Mais ce qui est intéressant pour nous, c’est qu’Augustin (Enchiridion, chapitre 3-11, traduction anglaise de
ALBERT C. OUTLER, Ph.D., D.D.) part en fait de la santé du corps pour extrapoler à celle de l’âme.

Voici le texte intégral : “dans les corps animaux, par exemple, la maladie et les blessures ne sont rien que la privation de la santé. Quand un traitement est apporté, les maux qui étaient présents (par exemple la maladie et les blessures) ne se retirent pas et ne vont pas ailleurs. Simplement, ils n’existent plus. Car un tel mal n’est pas une substance; la blessure ou la maladie est un défaut de la substance corporelle, qui, en tant que substance, est bonne. Le mal est alors un accident, càd une privation de ce bien appelé la santé. Donc, les défauts de l’âme, quels qu’ils soient, sont des privations du bien naturel. Quand un traitement a lieu, ils ne sont pas transférés ailleurs, mais, vu qu’ils ne sont plus présents dans l’état de santé, ils n’existent plus du tout ».   

Or, curieusement, aujourd’hui, quand on cherche une définition de la maladie, on n’en trouve pas à l’OMS (seulement des descriptions détaillées des maladies existantes), ni dans le dictionnaire médical comme quelque chose ayant une existence propre, mais toujours par rapport à l’état de santé.

Maladie vient du latin « male habitus », signifiant « se trouvant en mauvais état » (Robert étymologique). Cette façon de voir est propre aux langues latines que sont le Français, l’Italien et l’Espagnol, tandis que les langues germaniques et l’Anglais proposent une plus grande variété de sens (disease – illness – sickness).

Mon Larousse Médical, avec d’autres sources, donne comme définition de la maladie : « une altération de la santé (ou des fonctions) d’un être vivant ».

Je ne sais pas s’il y a un lien, mais Saint-Augustin aurait des raisons de jubiler, comme quoi il nous l’avait bien dit. En faisant abstraction du Bien et du Mal : on en est resté à dire que la santé est l’état naturel, préexistant, et puis il y a  des « accidents », des « altérations » à la santé.
 

Deuxième association : Sôteria


La définition de l’OMS va plus loin que l’individu considéré au simple niveau physiologique. Elle inclut les aspects mentaux et les interactions sociales. 
Cela fait penser à la « Sôteria », mot grec que l’on retrouve d’abord dans la mythologie ancienne (divinité allégorique de la sécurité, de la préservation et de la délivrance du mal) et à son pendant masculin « Sôter ». Le fameux anagramme « ichthus » (poisson), pour « Iesus CHristos THeou Uios Sôter » (Jésus-Christ Fils de Dieu Sauveur) inclut d’ailleurs la notion de Sôter pour caractériser le Christ. Les récits rapportent de nombreuses guérisons dues à l’intervention du Christ.

Le mot Sôteria se retrouve dans le Nouveau Testament (écrit en Grec), et renvoie à diverses acceptions du Salut des âmes et des corps : être sauvé d’une maladie physique, du danger, de la contamination des mauvaises énergies ambiantes, de la perdition, des péchés… et jusque dans une dimension eschatologique. Le Sauveur apporte le Salut, c.-à-d. aide à retrouver la santé et traverser le monde et le temps, en restant indemne.

En Shiatsu, ce qui précède n’est pas pour nous étonner. On a coutume de dire que le Shiatsu s’adresse à tous les niveaux de l’être : physique, mental, émotionnel, spirituel… Si la porte d’entrée est bien le corps au travers du toucher (il n’y a pas plus concret que cela), c’est certain que nous touchons à tous les niveaux et toutes les qualités d’énergie, de la plus incarnée à la plus subtile, de la plus figée à la plus immatérielle, de la plus lente à la plus rapide au niveau vibratoire…

Il est clair que le corps énergétique est bien plus grand que le corps que nous percevons par nos 5 sens et que nous travaillons sur ces dimensions également (Bernard Bouheret dit : « corps de souffle »).

Quant aux relations sociales, Ohashi parle lui aussi de la nécessité de considérer l’individu sous ces aspects pour bien le cerner. Nous ne sommes pas des tours d’ivoire, mais le résultat d’une multitude d’interactions, le croisement de fils sur la trame de l’univers. Interrelation, disent les Bouddhistes. On l’observe a contrario : lorsque quelqu’un se rééquilibre, change son attitude intérieure, et son « body language », ses relations avec les autres se modifient automatiquement.

On pourrait dire de Sôteria qu’elle est la grande santé, au sens très large, pas seulement le mental, mais toutes les couches qui nous constituent et notre place sur la trame. En ce sens, le shiatsu s’occupe de la grande santé, ce qui sous-entend une troisième association.

Troisième association : l’écologie du microcosme/macrocosme


La troisième association est en quelque sorte « par défaut ». Il manque dans la définition de l’OMS une dimension fondamentale, mais elle est révélatrice de l’état d’esprit qui a malheureusement prévalu depuis que l’homme a pensé se mettre en dehors de la Nature pour la dominer (avec les monothéismes, puis les prétendus et auto-proclamés philosophes des « Lumières »). Notre shiatsu, dans la ligne de la philosophie des anciens Chinois, inclut l’indispensable lien à la Nature comme faisant partie de la santé, avec, notamment, l’axe Ciel/Homme/Terre et les 5 mouvements (voir article précédent).

Heureusement, l’humanité semble évoluer sur ce plan. L’écologie appelle l’être humain à se remettre à sa juste place. Il y a une écologie planétaire, bien sûr, indissociable d’une  écologie des organes, ou d’une écologie spirituelle… 

Le rétablissement de la santé de l’humain passe par le rétablissement de la santé de la planète. Ces évolutions récentes nous ramènent au microcosme = macrocosme des Chinois. Espérons simplement qu’il soit encore temps.


Quatrième association : « Shen »



Je suis enfin ravi de lire que la santé, pour l’OMS, n’est « pas seulement une absence de maladie ou d’infirmité ». Il ne suffit pas de ne pas être malade pour être bien, mais il faut encore un ressenti de bien-être complet. Complet, cela veut dire qu’il n’y a pas de sensation de manque.

On pourrait bien y voir l’émergence du Shin/Shen, la joie de vivre profonde et naturelle à tout un chacun qui jaillit quand tout est en place et que le Cœur peut régner tel un Empereur Chinois ou Japonais, car tout est à sa place et fonctionne bien.

Un Shen bien présent se voit au rayonnement de la personne en bonne santé, à la joie de vivre qui en émane et à sa capacité de la faire ressentir à ceux qui entrent à son contact. Quand on est bien, on est naturellement et contagieusement joyeux. C’est l’émotion à la base de toutes les émotions : l’émotion d’Etre.

La santé, un état de complet bien-être


Si donc nous mettons ensemble ces quelques sources fondamentales (la moderne OMS, l’Antiquité,  l’Occident, le Moyen-Orient, l’Extrême-Orient), nous voyons bien les apports à la définition de la santé.
  1. La santé est l’état naturel et initial, primordial
  2. Il convient d’éviter ses « altérations »
  3. Elle est holistique, elle s’adresse à l’individu total.
  4. Cet individu n’est pas considéré comme une entité isolée, mais en interaction avec la société / l’Univers.

Peu importe le style de shiatsu…


Petite réflexion pour les collègues, dans la logique de ce qui précède…

Si la santé est un « état de complet bien-être », on peut se poser la question de la pertinence des discussions que l’on entend parfois dans le monde du shiatsu entre ceux qui disent faire du « bien-être » et ceux qui ont une approche des pathologies. Nulle opposition là-dedans. La santé étant un état de complet bien-être, on peut travailler sur le bien-être uniquement et on améliore donc la santé. Et si on traite les « altérations » à la santé, on rétablit l’état de bien-être. Ce sont des angles d’approche, l’un plus général et l’autre plus symptomatique.

Selon les besoins en présence, mais aussi en fonction de nos affinités personnelles, de nos apprentissages et de nos compétences actuelles, nous utiliserons les deux approches, ou nous en privilégierons une. Au final, les deux sont profitables à la santé, ne s’excluent pas et ne s’opposent pas. 

Nous devons toutefois savoir ce que nous faisons, travailler avec sincérité, dans la justesse, avec la bonne intention, et en dosant correctement technique et intuition. Le praticien doit être bien dans sa pratique, sinon cela se ressent. Le shiatsu, ou la voie de la grande santé, cela vaut pour celui /celle qui traite et celui /celle qui est traité(e).


Revenir à votre état naturel grâce au shiatsu


Le shiatsu, avec ses forts aspects préventifs, son action sur tous les niveaux de l’être, s’inscrit donc parfaitement dans l’entretien et le rétablissement de la santé comme votre état naturel.

Pourquoi faire du shiatsu, donc, eh bien, pour votre bonne santé, soit pour la conserver soit pour la retrouver. 

Et pour les exemples pratiques, je vous renvoie à la vidéo, qui vous parle de prévention au sens large, d’avoir mal, d’être mal… 

Sachant que l’on pourra toujours faire quelque chose et que tout pas, si minime soit-il, vous ramène vers votre état naturel : la santé.




Crédits photographiques :


  • OMS - https://www.who.int/fr
  • https://philosophieduchristianisme.wordpress.com/
  • Shinmon Shiatsu - www.shinmon-shiatsu.be 

Saturday, 24 November 2018

Le Shiatsu, au service du Vivant


Dans la vidéo ci-jointe, réalisée avec la participation exceptionnelle de mon chienchien Manatsu (Tosa Inu, japonais lui aussi), je réponds brièvement aux réflexions que l’on entend à l’occasion lorsqu’on parle de shiatsu. 

Votre interlocuteur est en effet persuadé que le shiatsu n’est pas pour lui, mais pour les autres, c-à-d diverses catégories de personnes auxquelles il ou elle n’appartient en aucun cas.



Or, le shiatsu, d’après ce que je constate tous les jours, a vocation d’universalité et s’adresse véritablement au vivant sous toutes ses formes, sans aucune distinction.
Nous avons déjà dit lors d’articles précédents que toute explication ou justification ne peut rendre véritablement ce qu’est le shiatsu et que seul le ressenti de la personne qui le reçoit (et qui le donne) peut offrir une compréhension profonde. 
Comme le dit Eric Baret (« Le Sacre du Dragon Vert »), la pensée n’a pas de place dans la compréhension. Etre Compréhension n’est pas lié à la pensée, c’est une émotion fondamentale.

Point n’est besoin effectivement de savoir ce que c’est pour en bénéficier. 

Ainsi, je laisse tranquillement certains clients ou clientes âgés écorcher le mot « shiatsu » en quelque chose de très approximatif, ou ne reprend nullement ceux qui restent absolument persuadés que c’est Chinois. L’important, c’est le ressenti, et que cela leur fasse du bien. Ce sur quoi ils sont tous d’accord.

Humains et animaux


On remarque quand même un certain intérêt, actuellement, pour le shiatsu. On en parle plus, des articles et des films paraissent… Notre art s’insère dans des programmes de bien-être, de revalidation, d’accompagnement, jusqu’en milieu hospitalier.


C’est qu’on peut effectivement le pratiquer en toutes circonstances et en tous lieux, dans différentes optiques,  et sur tous les êtres vivants, pas seulement les humains.

Toute une branche du shiatsu s’applique ainsi aux chevaux, animal, on le sait, particulièrement sensible en thérapie et possédant lui-même de fortes aptitudes thérapeutiques (hippothérapie). Les chiens y sont eux-mêmes sensibles. 

Un livre de ma collègue Sylvia Collins (Ecole de Shiatsu Canin Inu Ki) sortira d’ailleurs bientôt à ce sujet, à ma connaissance le premier en la matière. Les chiens peuvent eux-mêmes travailler en thérapeutes, comme en témoignent des expériences menées en maison de repos, avec des enfants, etc. 

Je ne pense pas qu’on puisse limiter la liste des animaux sensibles au shiatsu, car il s’agit bien de toucher bienveillant, et donc d’une communication qui s’établit entre le donneur et le receveur à un niveau où il n’est pas nécessaire de formuler. 

En pratiquant, on s’ouvre toujours plus à l’interrelation avec le vivant. Le fameux « spécisme », de plus en plus contesté, n’est pas d’application en shiatsu.

Nous, humains d’Occident, qui admirons particulièrement notre cerveau gauche hyper-développé, avons malheureusement une nette tendance à tout catégoriser, étiqueter, éplucher, définir (et donc exclure)… et c’est à mettre en veilleuse dès que nous pratiquons.

Il y a ainsi un relent idéologique ou un vague complexe de supériorité qui plane dans certaines couches de la société et selon lequel tous ces « trucs orientaux » ne marchent pas sur les Occidentaux qui ont de bien meilleures méthodes.

L’art du shiatsu est de fait profondément Japonais, et le cadre de réflexion derrière ainsi que la Weltanschauung, comme dit Jung, la conception du monde, sont éminemment Orientaux. Il n’est pas besoin d’étaler la chose quand on travaille, mais il n’est pas question non plus de sortir de ce cadre de référence, des symboles et des valeurs fondamentales qui le sous-tendent, sous peine de diluer, d’affadir, de mélanger. Mais évidemment notre pratique peut toujours venir enrichir le cadre, sans le remettre en question.

Je suis émerveillé de voir que les personnes réceptives à cet art très Japonais sont, elles, très diverses. Quartier Européen de Bruxelles favorisant, évidemment, j’ai déjà reçu des clients de tous les continents, pays et cultures : Belgique, France, Italie, Espagne, Portugal, Croatie, Lettonie, Lituanie, Estonie, Suède, Pologne, Angleterre, Irlande, Roumanie, Grèce, Tunisie, Algérie, Congo, Namibie, Etats-Unis, Japon, Ile Maurice, Brésil… C’est à chaque fois un tel enrichissement !

Ainsi, profondément Japonais dans sa conception et son approche, le shiatsu peut être simplement reçu et ressenti par tous les arrière-plans culturels du monde. Après tout, nous avons tous un corps, et, dès que le mental arrive à lâcher les éventuels a priori, tabous culturels liés au corps, il n’y a plus de problème. Les divisions, c’est le mental.

Une pratique sans âge


La distinction d’âge n’est pas pertinente non plus. La plage est plus large que celle ... du journal Tintin jadis ( de 7 à 77 ans). On ne travaillera évidemment pas les mêmes choses, ni avec la même durée ou de la même façon, mais enfants comme adultes ou personnes âgées aiment le shiatsu. Ainsi, récemment, un enfant de 11 ans qualifié de « remuant » est venu recevoir un shiatsu et est resté sans bouger un quart d’heure par la suite, au grand étonnement de sa maman. Il se sentait simplement détendu. Mon patient le plus âgé a 94 ans, mène une vie active et vient d’éliminer sans trop de mal un lymphome. Le plus pénible pour lui était de se rendre à l’hôpital pour ses traitements. Il a évidemment une excellente immunité à la base, mais il considère que pratiquer le shiatsu met toutes les chances de son côté.

On pourrait même aller ainsi jusqu’au bout de la vie… Favorisant la longévité heureuse, le shiatsu peut également permettre une belle mort, paisible, consécutive à la qualité de la vie qui a été menée. S’endormir pour ne plus se réveiller. Plusieurs praticiens de ma connaissance ont eu l’occasion de donner du shiatsu à des mourants et ont confirmé ses bienfaits pour aider au grand départ.

On peut toujours faire quelque chose


Peu importe également l’état dans lequel on se trouve quand on fait du shiatsu : bien ou pas bien physiquement ou mentalement, stressé ou pas… Quand on me demande « pouvez-vous m’aider ? » et que c’est un cas compliqué, ou que personne n’a pu aider jusque là, je réponds « on peut toujours faire quelque chose ».  Ce n’est pas de l’arrogance, ni une foi absolue en une quelconque pratique magique.

On fera toujours quelque chose, ne fût-ce qu’écouter avec le Cœur, poser les mains avec compassion, apaiser, détendre… On fera, sans attendre, ce qui viendra. Et peut-être qu’ainsi la personne se sentira mieux déjà, même temporairement, ou que le corps se rééquilibrera, ce qui entraînera d’autres changements. On ne sait pas toujours tout le bien que l’on peut faire. C’est pourquoi il faut faire.

Mes voisins européens affichent fièrement « nous travaillons ensemble pour les patients avec des maladies rares et complexes : 24 réseaux, 30 millions de patients, 8000 maladies, 900 équipes d’experts, 300 hôpitaux ! ».

Excellente chose de prendre le problème en mains ! Mais cela veut dire que chaque équipe d’experts va devoir analyser et trouver une solution pour une centaine de maladies rares et que chaque hôpital devra accueillir 100.000 patients. Je ne vois pas comment on va faire, et à quelle échéance, d’autant que les patients souffrent déjà maintenant.

Donc, si quelqu’un se présente avec une maladie rare, par exemple, pour laquelle il n’y a pas de traitement, je pourrai sans doute simplement, sans attendre, l’accompagner, l’écouter, le détendre, le prendre en charge…

C’est le cas également pour les maladies déjà bien connues et parfaitement traitées (sauf dans certains cas évidents décrits sur mon site). Et c’est le cas pour ceux qui n’ont « rien », mais souffrent quand même de leur vie, de circonstances difficiles, de pressions diverses, de perte de sens, d’envie, de motivation… Le shiatsu s’occupe de rétablir l’énergie, quelle que soit la cause de la coupure ou du déséquilibre. Et même si cette cause ne sera jamais identifiée. Il y a, sans doute aucun, complémentarité avec les efforts de la médecine.

Investir dans sa vie, la première priorité


Un collègue me faisait remarquer récemment que quelqu’un qui peut investir 600 EUR dans un smartphone (ou plus) peut bien investir 60 EUR dans une séance de shiatsu. Il est vrai que 10 heures de shiatsu feront plus de bien que quelques années de smartphone quotidien, au final. Mais sans doute ne peut-on plus se passer de smartphone et pense-t-on pouvoir reporter son bien-être.

Plutôt que de relancer un débat sans fin sur les moyens que l’on peut consacrer ou non à soi-même, considérons avec mon ancien professeur de Kyudo que le seul investissement rentable que l’on puisse faire, c’est d’investir dans sa vie. Là est le cœur. Cela permettra d’investir et de s’investir dans bien d’autres combats. Le shiatsu est une façon par excellence d’investir dans ce que nous avons de plus précieux : nous-mêmes.

Le praticien lui-même s’investit. Le shiatsu est très physique. Beaucoup ne ménagent ni leur temps ni leur efforts. Il est juste que la rémunération soit correcte.

Yin/Yang, si on veut faire une distinction


Il reste évidemment toujours cette vague idée condescendante comme quoi le shiatsu est un truc léger plutôt pour les femmes. Laissons tomber les clichés et passons au ressenti, sinon, on n’en sortira jamais.

Les femmes viennent plus nombreuses parce qu’elles sont généralement plus réceptives et plus attentives à leur bien-être que beaucoup d’hommes. Prendre soin de soi et donc des autres… (Dans cet ordre-là :c'est est important).  

La célèbre phrase de Namikoshi réfère d’ailleurs au cœur maternel « shiatsu no kokoro haha no gokoro, oseba inochi no izumi waku, hahaha » (« le cœur du shiatsu est le cœur maternel, si on pousse, on fait jaillir les sources de la vie, hahaha »). 

押指
せ圧
ばの
命心
の
泉母
湧の
く心



Le kanji « cœur » a quant à lui la forme d’un vase qui contient (entendu de Bernard Bouheret) : réceptivité, ouverture, accueil.

D’un point de vue shiatsu, il faudrait de toute façon arrêter de rentrer dans la différenciation homme/femme, et considérer que nous travaillons pour et avec des êtres humains. D’ailleurs, le kanji HITO, situé entre Ciel et Terre, n’implique aucune différenciation sexuelle et signifie « être humain ».


Il est difficile de ne pas rentrer dans la dualité, mais la seule qui nous concerne est le YinYang, pas le Yin et le Yang, ou le Yin ou le Yang, mais le YinYang, c’est-à-dire cette polarisation fluide d’une énergie unique qui n’est pas statique, en mouvement perpétuel, en nous à tous niveaux. Et donc tous les hommes ou les femmes sont YinYang, avec une part de Yin et de Yang différente et mouvante et lorsque nous travaillons, nous observons et nous rééquilibrons ces mouvements d’énergie.

S’il fallait vraiment se demander qui du Yin ou du Yang est apparu le premier, les textes sont formels : le Yin préexiste, la « faille Yin » apparaît et implique l’apparition du Yang. De même en séance, mieux vaut nourrir le Yin que de s’acharner sur le Yang. Et donc, sachant que, hommes ou femmes, nous sommes composés d’une proportion mouvante de Yin et de Yang, nous pouvons abandonner toute focalisation et tout amalgame. Et nous mettre véritablement au service du Vivant.

Shikantatsu, écrivais-je dans un article précédent. Seulement faire les pressions.