Ce blog sur le shiatsu vous propose de découvrir les multiples facettes du shiatsu. Le cabinet de shiatsu, installé dans le quartier Schuman à Bruxelles, vous permet de ressentir ses bienfaits sur votre santé.
Faute de frappe ? Non. Néologisme ? Non plus. Un fait exprès, alors ? Oui,
nécessité par le manque de mots adéquats que nous avons en français pour
décrire une réalité profonde.
Car votre cerveau a bien distingué deux mots inhabituellement accolés , ‘corps’
et ‘esprit’, correspondant à des concepts bien distincts chez nous. Il y a le
corps, cette enveloppe matérielle, il y a l’esprit qu’on ne voit pas. Et nous
sommes comme la cohabitation des deux (cohabitation
forcée, selon certains qui se croient de purs esprits) et ces deux-là vivent
leur vie comme ensemble mais séparés. LAT. Living apart together.
En Occident, on nous a enseigné à voir les choses ainsi. Vision passéiste qui
remonte à quelques philosophes grecs anciens, amplifiée par la vision
chrétienne du rejet du corps, remise au mauvais goût du jour par les souvent si
peu lumineuses Lumières et qui s’accroche à nos (in)compréhensions dualistes,
qui veulent à tout prix définir et catégoriser. La tête invente des narratifs
qui lui plaisent, en d’autres termes : se raconte des histoires.
Penser n’est pas (p)ressentir, pratiquer permet de (p)ressentir
Quand on dit ‘nous créons le monde que nous voyons’, c’est juste. Chacun vit
dans son monde : les croyants, les athées, les politiciens, les diplomates,
les dictateurs, les riches, les pauvres, les intellectuels, les manuels, les
habitants des montagnes, des vallées, des bords de mer, et ainsi, à l’infini…
tous ces groupes communiquent plus ou moins et chacun prend ses croyances sur
le monde pour la réalité ultime (ça irait passablement si certains ne
cherchaient pas à imposer leur vision aux autres).
Corpsesprit est un exemple parfait de ce qui se joue là (au sens de lîla, le
jeu divin discerné par les Hindous). Il suffit de changer de plan et de nous
rendre sur celui du ressenti profond pour nous rendre compte que notre
poildecultage (comme disait mon premier patron, mot qui signifie : ‘couper
les poils de c… en quatre’) est un obstacle au ressenti profond du Vivant.
La Voie pour avancer est la suivante : arrêter de ratiociner et explorer,
expérimenter. Pratiquer, pratiquer, pratiquer ! Je ne peux parler que de
la Voie que je parcours. Et donc, le Shiatsu nous fait toucher corpsesprit. Juste
en posant les mains. Sur le corps.
A notre décharge, ici, en Occident, nous avons fort heureusement bien avancé
sur les concepts locaux, mais tout cela reste quelque peu confidentiel.
Physiciens, astronomes, biologistes, thérapeutes, mystiques… ont eu des
compréhensions bien plus riches et plus fascinantes que la compréhension
classique et qui font s’émietter peu à peu le monolithe dogmatique des
croyances que les profs nous assènent sur l’Univers, la Terre et le Vivant. Restons calmes, et patients : il n’y aura sans doute
pas d’avancée décisive sur ce plan de notre vivant.
Car, comme le souligne Eric Baret, ‘notre vieille tradition judéo-chrétienne
nous fait penser en termes de pensée et de sens. Ce sont de vieilles mémoires.
Il n’y a pas d’esprit et de corps, il n'y a pas deux, il n’y a pas vous ou
votre corps. Si vous pensez qu’il y a vous ou votre corps, vous allez finir à
l’hôpital psychiatrique’.
L’Un, à la base de la pensée de l’Orient, un autre focus
En Orient, la conception de l’Univers et de l’Homme entre Ciel et Terre est depuis
bien longtemps très différente. On ne passe pas son temps à tout séparer et
distinguer, sauf pour des raisons explicatives pratiques. On considère que tout
ne fait qu’un et que tout est en interrelation. Avec de grandes divergences de
vue sur ce qu’est la Réalité, l’illusion, la dualité ou la non-dualité. A
nouveau, tous ne voient pas la même chose, mais disons que la vision orientale,
globalement, est en amont de la nôtre, plus proche de la Conscience universelle
à la base de toute la Manifestation.
O (le Non-Manifesté
inconcevable) se révèle dans Un (Il y a le Non-Manifesté) qui engendre Deux
(YinYang) qui engendre Trois (Ciel Homme Terre) et à partir de là, les 10.000
Etres (nombre symbolique pour dire ‘tout ce qui existe dans l’univers’).
En
Orient, le regard se pose donc principalement sur 0-1-2-3 et puis il y a tout
le reste. En Occident, nous partons de 10.000 (que nous continuons encore à
disséquer jusqu’à l’infiniment petit) et nous remontons, pour certains, (très
lentement) le courant.
Cela se voit également dans le CORPSESPRIT qui nous occupe ici. Il y a un seul
mot pour le dire, SHINJIN, mais il y a quatre façons d’écrire ce mot, avec des
acceptions différentes. On peut ressentir l’Unité, et on peut analyser les
différents sens qu’elle offre.
Quelle est la meilleure approche ? Les deux. Il suffit d’être capable de voir qu’il y a les
deux et qu’elles mènent à des compréhensions et des applications bien
différentes. Inclure, ne pas exclure. Expérimenter, ne pas projeter. Se placer
en amont des croyances, des représentations, voire conditionnements, culturels.
Observer largement. Et, avant tout, toucher.
Toucher pour se passer de penser, et pressentir
Je disais : ma Voie, c’est le Shiatsu. En tout premier, je pose les mains,
je touche. Et l’expérience me dit que par le toucher de ce que je vois comme
des corps, mes receveurs(euses) et moi accédons au domaine de l’esprit. Donc,
corpsesprit n’est pas un concept, c’est une réalité agissante.
Mais attention aux fantasmes. Eric Baret (250 questions sur le yoga) nous dit à
propos de certains mots très souvent employés dans nos cabinets : ‘Il faut
finalement oublier ces mots énergie, vibration, lumière, qui sont des
imaginaires, et se donner à l’exploration tactile. Cela devient une expérience,
un vécu, et non pas ce qui a été appris étudié dans les livres. Il faudrait
presque se débarrasser de ces mots. C’est une évidence d’un vécu qui s’impose. Les
mots énergie, présence, lumière ne veulent rien dire, ils pointent vers une
direction. Ils pointent poétiquement vers l’indéfinissable.
La Vie en son ensemble et en son essence est indéfinissable, trop vaste et trop
complexe pour être ramenée en mots. Seule l’exploration tactile nous permet de
pressentir l’indéfinissable’. Et il ajoute : ‘Notre approche expérimentale
vise un saisissement profond, on ne donne pas une explication de l’inexplicable’.
En effet. Expérimenter, pressentir, être saisi par l'émerveillement. La Beauté, la poésie de l'Univers éclairent la Voie. C'est ce vers quoi pointe la pratique du Shiatsu. Il suffit de poser les mains.
Penser pour nourrir la recherche
S'il vaut mieux se taire, fin du débat, alors ? Pas la peine de disserter sous peine de masturbation cérébrale collective ?
Oui, et non... Ce mental, malgré sa nature envahissante, sert à quelque chose. Il convient de le laisser à sa juste place, tout en l'honorant et en le nourrissant. Il n'y a pas de combat à mener contre lui.
La réflexion peut amener un regard sur la pratique qui va nous aider à chercher dans la bonne direction.
Dans les deux prochains articles, je vous emmène donc à la découverte et à l'analyse des quatre façons d'écrire SHINJIN, quatre étymologies avec des sens profonds qui vont enrichir notre compréhension profonde et éclairer notre regard sur notre pratique.
A. vient me voir pour la première fois et m’expose ses difficultés. C’est le
syndrome d’Ehlers-Danlos, me dit-elle. Pardon ? Vous pouvez répéter ?
Maladie inconnue : moments privilégiés qui nous ramènent aux sources de
notre art. Car voilà qui est bienheureux : je n’ai pas de protocole en
tête et rien de familier sur quoi je pourrais m’appuyer en cours de route.
Ce que l'on en dit
A. non plus, d’ailleurs, car là est précisément son problème : elle ne
sent pas ses os, elle n’en a pas la sensation et donc perd ses contours, ses
repères de forme séparée du reste du monde, au point de devoir s’appuyer
régulièrement sur quelque chose. Ennuyeux, car elle est incapable de conduire
un véhicule, tout juste un vélo si ça ne va pas trop vite. Cela va avec une
hypersensibilité : hyper-acuité visuelle, hyper-acousie, porosité
émotionnelle, hyper-laxité et, par conséquent, une grande fatigue
permanente : surexposition à une information bien trop dense.
Elle ne paraît pas son âge et est d’une minceur à faire envie à bien d’autres,
car, malgré un grand appétit, elle ne prend pas de poids. Les articulations
sont douloureuses, le haut du dos tendu, mais rien de nature inflammatoire.
Problème de codage dans la fabrication du collagène, me dit-elle. Rentré chez
moi, je m’en vais voir au dictionnaire de quoi il retourne.
Ce que l'on en lit
Le syndrome d’Ehlers - Danlos (SED) est une maladie génétique rare qui peut
prendre plusieurs formes et peut engendrer divers désordres : hypermobilité
articulaire (jusqu’à la dislocation), hyper-extensibilité cutanée, fragilité
tissulaire… Seule une biopsie cutanée permet de la déceler avec certitude.
Comme je l’apprends en lisant le dictionnaire, A. souffre de la forme
hyper-mobile, la plus fréquente, où la fragilité tissulaire est moins présente.
Il n’existe pas vraiment de traitement médicamenteux et, pour le reste, une
approche multidisciplinaire (kiné, posture, podologie…) peut être prescrite.
Le site Passeport Santé me précise en outre que ‘ Aucune donnée scientifique ne permet aujourd’hui de traiter
ou de prévenir le syndrome d’Ehlers-Danlos à l’aide de thérapies alternatives’.
Bref, personne ne m'aurait aidé de toute façon, mais A. me demande si je peux l'aider.
Comment s'y prendre ?
Ce sont les moments de grâce pour le praticien et le retour à l’essence même de
la pratique.
Ce qui ne signifie pas me croire plus malin que les autres et vouloir résoudre
quoi que ce soit. Cela ne signifie pas non plus faire aveu d’incompétence et
m’excuser de ne pas pouvoir aider. Cela signifie simplement que je vais faire
quelque chose selon ce que je vais ressentir là et que je ne sais pas où cela
va me mener. De ce fait, mon intérêt est décuplé car l’inconnu, précisément, me
stimule.
D’abord, je vais écouter. Au sens de Bunshin, certes, ‘chercher à distinguer
par l’oreille quelque chose
d’indistinct’, car où est le fil d’Ariane qui va
permettre de dénouer l’écheveau ? Quel indice va émerger ?
Au sens d’Eric Baret (in ‘De l’Abandon’) : ‘Accepter veut dire écouter.
Ecouter veut dire ne rien savoir’. J’accepte ce qui est là, sans pouvoir
interpréter, et, vierge de tout savoir, il me reste à mettre les mains et à
leur faire confiance.
Ou encore : ‘ Que signifie écouter ? Cela veut dire aimer. Sans
amour, l’écoute est impossible. Aimer signifie : être disponible à ce qui
est là… vous ne cherchez pas à comprendre quoi que ce soit, mais à vraiment
sentir’.
Me voici dès lors dans Setsushin, tel que compris par M. Masunaga, quand il
nous dit : ‘je commence par toucher le corps du sujet sans poser de
question et fais part, simultanément, à ce dernier, de mes impressions
concernant le symptôme observé’.
Ajoutant : ‘Beaucoup de consultants ignorent que le Shiatsu n’est autre,
en réalité, que le Setsushin lui-même’.
Ou comme le disait Maître Kawada, coupant court à toute question : ‘mettez
les mains’.
Et puis s'y mettre
Ensuite, j’aurai bien quelques directions qui vont venir, évidemment.
Hyper-laxité, en effet : la main disparaît du premier coup sous l’omoplate.
Mais il y a un point quand même, qui fait mal et fait du bien. Un tsubo qui
appelle. Le corps réagit au toucher.
Un Fukushin confirme ce que je viens d’entendre. Les personnes hypersensibles
se connaissent, évidemment.
‘Fatigue’ et ‘génétique’ vont me renvoyer vers les Reins.
‘Porosité émotionnelle’ vers le dit Maître Cœur et le Cœur.
‘Manque de contours’ vers la Rate et vers un shiatsu très enveloppant, très
contenant, qui rassemble et ramène et où, donc, le corps du praticien se donne
totalement (ceux qui me connaissent savent que c’est une de mes prédilections).
D’ailleurs, A. a développé une endométriose, il y a une logique quand même.
Pour les articulations, même si nous ne sommes pas dans un contexte
inflammatoire au sens d’une polyarthrite, nous savons que, dans ces cas précis,
des pressions puissantes, enveloppantes précisément, soulagent beaucoup et cela
vaudra la peine d’au moins essayer pour voir si cela apporte un soulagement. Ce
fut bien le cas.
Et de manière globale, il faudra ramener une présence, un appui, un soutien, un
ancrage dans la matière.
Et ainsi se construisit la séance.
La grande chance du praticien
La première chance est celle du terrain inconnu qui nous ramène aux origines de
notre Art, quand les premiers praticiens, empiriquement, essayaient quelque
chose et finissaient, avec le temps, par garder ce qui fonctionne. Beaucoup
d’humilité. Obligation de moyens (se donner totalement), incertitude du
résultat.
La seconde chance est d’avoir quelqu’un d’hyper-sensible sous les mains, car A.
était consciente de toutes les sensations de son corps et capable de les
communiquer en temps réel. Une aide précieuse…
Surprenamment (ou pas), une forte pression sur Gaikan et le Triple
Réchauffeur amena ainsi instantanément un glissement de chaleur vers les
épaules et la disparition des douleurs à cet endroit… ressenti partagé chez
elle et chez moi au même moment.
Nous en conclûmes que le ressenti du corps est la porte de toutes les
expériences, jusqu’aux spirituelles. Car l’Advaita Vedanta, le Shivaïsme et le
Shintô poussèrent leur nez dans la conversation qui suivit… émanant en quelque
sorte de l’expérience vécue pendant la séance.
Le corps est ce Grand Véhicule qui nous permet de ressentir, ce que même les
dieux nous envient, dit-on.
La récompense fut dans ces mots qu’elle me dit en partant : ‘Je suis là’.
Après avoir regardé cette vidéo sur l’importance du toucher,
sa facilité à mettre en œuvre et les spécificités propres au shiatsu, je vous
propose, comme à l’habitude, de creuser un peu plus loin.
Descendre dans les
couches plus profondes quand on parle de toucher, voilà bien le travail de
toute une vie en shiatsu.
La répétition incessante des pressions dans des conditions différentes et avec
des intentions adaptées de séance en séance développe le ressenti. On peut dire
que la pratique, et elle seule, offre une connaissance sensorielle « de
l’intérieur » tandis que les conseils de professeurs ou de collègues
offrent une connaissance (in)formelle « de l’extérieur ».
Pratiquer, pratiquer, et encore pratiquer, voilà la clef. Et
entrer en résonance avec les pratiquants sincères, en recherche. Alors, il peut y avoir
transmission, ce qui est préférable au simple enseignement de choses à
apprendre.
En laissant monter ces réflexions sur la spécificité du
shiatsu et de son toucher, afin de vous les partager, il m’apparaît que ce sont
des choses que je répète souvent en cabinet quand on me pose des questions. De
même que quand on passe plusieurs fois sur un méridien ou un point, la
« réponse » change, le fait de réfléchir régulièrement à ce que nous
faisons fait évoluer sans cesse les réponses. Mais tant mieux.
La réponse est
toujours juste, en ce qu’elle reflète là où nous sommes. Il ne faut donc pas
avoir peur de dire des bêtises, mais simplement dire ce qui est là, sachant
qu’il n’y a pas de vérité absolue. Certaines personnes que nous recevons sont en recherche
et le shiatsu peut être un (premier) pas sur un chemin qui les ramène au plus
profond d’elles-mêmes. Nous sommes en Occident. On va certes plus loin avec le
ressenti, mais nous avons besoin d’explications, d’éclaircissements.
Alors, expliquons et tâchons de transmettre quelque chose en
même temps.
L’importance du toucher pour soigner
A la base du shiatsu, il y a le toucher. Quand il n’y a pas
de toucher, il n’y a pas de shiatsu. Nous avons évoqué longuement, dans un autre article,l’étymologie du mot
« shi atsu » : « pousser avec les doigts ». Toutefois,
ce toucher s’effectue de manière particulière et il y a bien une spécificité du
shiatsu par rapport à d’autres arts, disciplines, techniques.
Le shiatsu n’a évidemment pas le monopole du toucher. Les ostéopathes, les
kinés, les fasciathérapeutes, les massothérapeutes sont dans cette relation à
l’autre par le toucher. Jadis également, - mais malheureusement, cela devient
rare -, nos médecins allopathes ne posaient pas de diagnostic sans avoir
ausculté, palpé leurs patients.
Il y a cette attente, légitime, de la personne en souffrance
d’être touchée. Le toucher est apaisant, il est communication et la main qui va
là où cela fait mal signifie : « j’ai compris où est la douleur et
j’ai le désir de l’apaiser ». D’ailleurs, spontanément, nous posons
nous-mêmes la main là où se trouvent nos douleurs. Quand un client me dit avoir
envie de se toucher en un endroit précis plusieurs fois par jour, je l’y
encourage, car le corps sait où le toucher va faire du bien.
J’ai entendu quelque part que c’est ce qui se passe la nuit et que la position
que nous prenons en dormant répond au besoin de pression sur certains organes. Ainsi,
ceux qui dorment sur le côté droit pressent notamment sur le Foie, sur le côté
gauchele Pancréas ou le colon sigmoïde,
sur le ventre, l’Estomac, et sur le dos, nous soutenons les Reins, etc. La
position dans laquelle nous nous réveillons (inconscient) est évidemment plus
révélatrice que celle où nous nous couchons (conscient).
Si non e vero, e bene trovato…, car, comme nous le disions, le corps sait ce
dont il a besoin.
En recevant régulièrement du shiatsu, nous développons cette
écoute naturelle du corps et des signaux qu’il nous donne sans cesse, et nous
sommes donc mieux à même de respecter ses besoins.
Ce n’est pas qu’il faille
apprendre, cela se fait tout seul. Au fur et à mesure des séances, le corps
s’habitue au toucher, le reconnaît et l’accepte de plus en plus rapidement. Le
corps reprend sa place centrale, le mental reprend celle qui devrait le plus
souvent être la sienne, en arrière-plan du ressenti.
Comme m’a dit hier une
cliente : « je sens que des choses ont lâché ».Parfait. Pas besoin de développer pendant des
heures.
C’est de l’énergétique
Nous partageons le toucher avec bien d’autres disciplines,
mais nous ne touchons pas les mêmes choses. Nous ne travaillons ni sur les muscles,
ni sur le squelette, ni sur les fascias, ni sur le système lymphatique… même
si, inévitablement, certains points se situent sur les os, les muscles, les
articulations… Et donc, il n’y a pas de concurrence ou d’incompatibilité avec
d’autres disciplines ou de contre-indications par rapport à d’autres thérapies.
Quand un client se voit prescrire des séances de kiné pour un problème précis,
je l’encourage à y aller, mais juste pas le même jour que son shiatsu.
Comme évoqué dans un article précédent, le shiatsu n’a pas
de vocation monopolistique et nous sommes en faveur de collaborations avec d’autres
thérapeutes, aussi bien les dits « officiels » que les dits
« alternatifs » afin d’aider nos clients communs le mieux possible.
Le shiatsu, c’est donc de l’énergétique. Nous travaillons sur
les points et les méridiens décrits par la Médecine Chinoise, nous faisons des
pressions de diverses intensités et profondeurs, des connexions, selon des
rythmes différents. Il n’y a pas de fluide magique, ni de capacités
surnaturelles. Nous pressons et nous posons les mains. Il n’existe pas à
l’heure actuelle d’explication du comment ça marche, mais bien de plus en plus
d’études sur les résultats nettement établis du shiatsu. Voir le recensement
établi par la Fédération Européenne de Shiatsu, et il y en a bien d’autres,
notamment en France. (http://www.europeanshiatsucongress.eu/science-library/)
Comme en arts martiaux, sans force
Il y a pression, mais il ne faut pas de force, ou alors de
moins en moins au fur et à mesure que l’on pratique. « Beaucoup trop de
force », disait à l’occasion Sensei Kawada en nous voyant travailler.
Comme en Kyudo, où il faut arriver à bander l’arc sans force et où le lâcher de
la flèche a lieu « tout seul », en shiatsu, il faut également pouvoir
presser sans force ou, comme l’exprime Bernard Bouheret « effacer le
pouce ». Sinon, il y a dureté, douleur, et on s’épuise. Il y a bien
d’autres parallèles à tracer avec d’autres arts martiaux, comme l’aikido, ce
qui n’a donc rien à voir avec de la force, mais un travail sur les énergies en présence. Comme souvent, « less is more ».
Que l’on donne ou que l’on reçoive, il n’y a au fond qu’une
seule recette pour accroître l’efficacité : pratiquer, pratiquer et encore
pratiquer.La régularité est la meilleure garantie de résultats plus rapides et
plus stables. On peut faire du shiatsu de temps en temps ou quand on en ressent
le besoin, mais le mieux est d’installer une régularité, qui sera bien plus
payante sur le long terme. Retour aux origines, perdues presque partout, y
compris en Orient : la prévention.
L’arrière-plan est oriental
Les Orientaux s’occidentalisent, hélas, mais cela ne change
rien aux origines de l’art que nous pratiquons qui sont, elles, bien
orientales. Et donc, il serait pour le moins étrange de dénaturer notre shiatsu
en tournant le dos au Japon pour n’en conserver qu’une très approximative
inspiration.
Dans la vision Orientale, quand on touche, on ne touche pas qu’un corps. L’effet
de ce toucher dépasse le domaine matériel, le monde des phénomènes, et pour moi, c’est une spécificité.
Les Orientaux ne dissèquent en effet pas l’être humain en différentes couches,
chacune étant attribuée à un spécialiste, comme nous avons tendance à le faire.
Les points correspondent à des maux bien physiques, mais ils peuvent avoir un
aspect, une origine, une conséquence psychologiques, émotionnels, spirituels, …
Ils vont gérer des aspects très
ponctuels, voire localisés, ou s’adressent à la circulation de l’énergie dans
tout le corps. Ils prennent en compte l’intensité de la circulation de
l’énergie. Ils peuvent également être saisonniers. Le nom du point sera parfois
révélateur de ce qu’il traite ou de l’effet qu’il peut produire. Il appartient
à un système, une vision de l’Univers et de l’Homme dans l’Univers mis au point
sur quelques milliers d’années. Le livre "L'Esprit des points" de Philippe Laurent en est une magnifique et érudite illustration.
Au moment où nous pratiquons le shiatsu, ce système cosmologique
et anthropologique (l’un n’allant pas sans l’autre) est notre référence, à
l’exclusion de tout autre.
Nous sommes d’accord pour dire que le Grand Tout est
indescriptible (« Le Tao qui est nommé n’est pas le Tao ») et du
domaine du pur ressenti, mais dès le moment où nous tentons une compréhension,
nous devons bien choisir un système. Ainsi YinYang, les 5 mouvements, Ciel-Homme-Terre,
les méridiens, les différents aspects ternaires, dénaires et dodénaires … sont
des éléments du système à la base du shiatsu et donc le cadre au sein duquel
nous travaillons. On sait bien que tout système est une explication partielle
et imparfaite, mais mélanger les systèmes amène la confusion. Nous n’excluons
pas d’autres angles de compréhension pour nous-mêmes (c’est un enrichissement),
mais nous ne mélangeons pas les approches en cabinet.
Si le shiatsu plonge ses racines dans l’Orient, il n’en a
pas moins développé sa spécificité. Cette citation de Maître Kawada illustre
bien toute la complexité et la richesse de notre art. " Le shiatsu n'est pas une technique
thérapeutique clairement définie au sens occidental. Son art ou sa pratique est
d'avantage un continuum, un mélange de philosophie, d'expertise professionnelle
et d'auto-guérison, d'exercices et d'étirements, de réflexions sur la vie, et
un système sophistiqué de diagnostics intuitifs avec un arrière-plan spirituel
implicite. […] C'est une manière de vivre, une philosophie, un remède
familial efficace et un vaste système de diagnostic et de guérisons. […] En
diagnostiquant et en répondant aux phénomènes disponibles à tous les niveaux et
en mobilisant de ce fait le pouvoir de guérison inné du corps-esprit, le
shiatsu sort de toutes les catégories de médecine contemporaine standard de
l'Orient comme de l'Occident." (Yuichi Kawada)
Toucher tous les niveaux de l’Etre
Clairement donc, le toucher que nous pratiquons ne se
limite pas au physiologique.
Le toucher effectué avec le Cœur met en mouvement. En
Occident aussi, ne dit-on pas de quelque chose qui suscite en nous une
émotion : cela me touche ?
Nous travaillons sur tous les niveaux de l’Etre, s’il
fallait vraiment les distinguer. La preuve en est au cours du travail, avec des
manifestations très diverses, selon la personne, le moment, le travail
effectué, la sensibilité...
Il n’est pas rare que tout à coup une émotion surgisse, la
personne se mette à pleurer, ressente une colère, soit prise d’un rire
incontrôlé… La respiration soudain s’amplifie, s’approfondit. Il y a sensation
de froid ou de chaud. Il y a des fourmillements dans le corps. Des sensations
apparaissent le long du méridien traité, ou dans d’autres endroits du corps,
sans lien apparent. Les pensées s’apaisent, la personne entre dans un état
semblable à la méditation. Parfois s’endort. Il y a vision de couleurs, ou
d’images mentales. Un sourire apparaît soudain là où il y avait crispation. Des
tremblements ou des vibrations surgissent. Ou encore, la personne peut ne
ressentir « rien de spécial » en partant, mais les réactions se
déclenchent plus tard, ou le lendemain. Et parfois, il y a le fameux effet
« Menken », où on se sent plus mal parce que des choses doivent
absolument s’évacuer avant de se sentir mieux.
Et pourtant, si une caméra était en train de filmer, elle
n’enregistrerait que le praticien en train de faire des pressions. Il n’y a ni
thérapie émotionnelle, ni séance de psychanalyse, rien d’autre que du shiatsu,
c.-à d. : « presser avec les doigts ».
Chaque fois, l’inattendu me ravit.
Les pressions sur le corps travaillent donc sur ce que
j’appelle « d’autres niveaux de l’être », psychologiques,
émotionnels, spirituels… Est-ce systématique ? Non, uniquement s’il y a un
besoin. Equilibrer le corps se passe au sens large. Et nous sommes larges, bien
plus larges que les limites de notre corps physiologique. Nos cellules
contiennent de l’information du niveau le plus concret au plus subtil.
A certains moments, le toucher se fait plus large, comme
« impalpable » ou « effacé », mais en fait non. Que ce soit
le shiatsu fluidique développé par Bernard Bouheret, où les mains se posent à
peine après avoir bien « baratté » le corps, ou que l’on descende
dans le corps de souffle avec une pression « en sablier »… Ou encore
que l’on expérimente le Seiki, développé par Kishi Sensei, où la main se pose simplement
- « faire sans faire, toucher sans toucher » - et où les corps
entrent en résonance…
Nous entrons là dans des dimensions à explorer à l’infini
et impossibles à formuler, mais qui partent bien du toucher. Une clef de compréhension ? Souvenons-nous que
microcosme = macrocosme, simplement.
Et relisons, à la lumière de ce qui précède, la célèbre phrase de Tokujiro
Namikoshi : shiatsu no kokoro wa – le cœur du shiatsu – haha no gokoro –
est (comme ?) le cœur d’une mère – oseba : si on pousse – inochi no
izumi waku on fait jaillir les sources de la vie.
Traduction approximative, d’ailleurs, car « kokoro »,
pour un Japonais, est un concept bien plus large que l’idée que nous nous
faisons du coeur et « inochi » est un des mots pour dire la vie, mais
pourquoi celui-là ? Un autre article, un jour…
Par contre, « oseba », si on pousse, ne laisse aucun doute :
c’est bien clair qu’il faut le toucher, le fameux premier pas sur le chemin de
cent lieues.
Le corps et au-delà
Et allons d’ailleurs un pas plus loin. La pression dépasse
de loin les limites du corps et va aller influencer l’environnement. MaîtreOhashi a
parlé un jour de l’environnement de la personne comme facteur venant enrichir
le diagnostic. Je suis sûr qu’inversement, le shiatsu pratiqué sur quelqu’un
peut modifier des situations compliquées, des relations difficiles, voire le
cours d’une vie qu’on pourrait penser subir.
Car quand l’énergie de quelqu’un change, les interactions
avec le monde extérieur changent également. On dit : soyez le changement
que vous voulez voir arriver dans le monde. Changez, et le monde autour de vous
changera.
Nous sommes également le fruit de nos interactions avec
d’autres, nous appartenons à des systèmes que nous influençons et qui viennent
nous influencer et on sait bien que notre façon d’être, nos pensées, nos
émotions influencent la réponse de l’environnement proche et lointain. Jung
avait déjà fort bien décrit le mécanisme des projections : ce que nous
projetons de nous-mêmes sur l’autre revient à son tour nous influencer.
Profondément ressourçant et recentrant, le shiatsu permet
des changements profonds de l’Etre et peut donc déboucher sur des changements
de l’Etre considéré dans la « matrice ».
Eric Baret résume cela merveilleusement : « arrêter de
prétendre » être comme ceci ou comme cela, recentrer sur l’écoute, laisser
l’énergie couler librement à chaque instant.
La pyramide est sur sa base : centré et puissant dans le hara, la poitrine
ouverte, la tête paisible.
Mettez les mains
Toute considération mise à part maintenant, revenons en
séance. Praticien et client, nous sommes bel et bien et avant tout dans le ressenti.
« Mettez les mains », disait Kawada Sensei lorsque nous avions envie
de poser mille questions sur ce qu’il fallait faire et comment. Shikantatsu,
disais-je dans un article précédent : seulement pousser.
La pression de nos doigts est notre seul outil et la seule
réponse que nous ayons à toutes les questions ou les situations qui peuvent se
présenter. Je suis outré d’entendre que, dans certaines disciplines ou
thérapies, si on ne trouve pas la cause, on ne peut rien faire et on renvoie la
personne souffrante en disant qu’on ne peut pas l’aider.
La compréhension des
causes est pour moi un « nice to have », qui n’est pas toujours
indispensable ou possible. Bien entendu, il y a une réflexion, une connaissance
de la technique qui va décider d’une orientation du travail. Mais parfois, on
ne sait pas et, d’ailleurs, fondamentalement, personne ne sait. Alors, on fait.
On met les mains.
Cet article vous a touché ? Ne le gardez pas pour vous.
Partagez-le. Il ira peut-être toucher d’autres encore.
Dans la vidéo ci-jointe, réalisée avec la participation
exceptionnelle de mon chienchien Manatsu (Tosa Inu, japonais lui aussi), je réponds brièvement auxréflexions
que l’on entend à l’occasion lorsqu’on parle de shiatsu.
Votre interlocuteur
est en effet persuadé que le shiatsu n’est pas pour lui, mais pour les autres, c-à-d
diverses catégories de personnes auxquelles il ou elle n’appartient en aucun
cas.
Or, le shiatsu, d’après ce que je constate tous les jours, a
vocation d’universalité et s’adresse véritablement au vivant sous toutes ses
formes, sans aucune distinction.
Nous avons déjà dit lors d’articles précédents que toute explication ou
justification ne peut rendre véritablement ce qu’est le shiatsu et que seul le
ressenti de la personne qui le reçoit (et qui le donne) peut offrir une
compréhension profonde.
Comme le dit Eric Baret (« Le Sacre du Dragon Vert »),
la pensée n’a pas de place dans la compréhension. Etre Compréhension n’est pas
lié à la pensée, c’est une émotion fondamentale.
Point n’est besoin effectivement de savoir ce que c’est pour
en bénéficier.
Ainsi, je laisse tranquillement certains clients ou clientes
âgés écorcher le mot « shiatsu » en quelque chose de très approximatif,
ou ne reprend nullement ceux qui restent absolument persuadés que c’est
Chinois. L’important, c’est le ressenti, et que cela leur fasse du bien. Ce sur
quoi ils sont tous d’accord.
Humains et animaux
On remarque quand même un certain intérêt, actuellement, pour le shiatsu. On en
parle plus, des articles et des films paraissent… Notre art s’insère dans des
programmes de bien-être, de revalidation, d’accompagnement, jusqu’en milieu
hospitalier.
C’est qu’on peut effectivement le pratiquer en toutes
circonstances et en tous lieux, dans différentes optiques, et sur tous les êtres vivants, pas seulement
les humains.
Toute une branche du shiatsu s’applique ainsi aux chevaux, animal, on le sait,
particulièrement sensible en thérapie et possédant lui-même de fortes aptitudes
thérapeutiques (hippothérapie). Les chiens y sont eux-mêmes sensibles.
Un livre
de ma collègue Sylvia Collins (Ecole de Shiatsu Canin Inu Ki) sortira d’ailleurs bientôt à ce sujet, à ma
connaissance le premier en la matière. Les chiens peuvent eux-mêmes travailler en
thérapeutes, comme en témoignent des expériences menées en maison de repos,
avec des enfants, etc.
Je ne pense pas qu’on puisse limiter la liste des
animaux sensibles au shiatsu, car il s’agit bien de toucher bienveillant, et
donc d’une communication qui s’établit entre le donneur et le receveur à un
niveau où il n’est pas nécessaire de formuler.
En pratiquant, on s’ouvre
toujours plus à l’interrelation avec le vivant. Le fameux
« spécisme », de plus en plus contesté, n’est pas d’application en
shiatsu.
Nous, humains d’Occident, qui admirons particulièrement
notre cerveau gauche hyper-développé, avons malheureusement une nette tendance
à tout catégoriser, étiqueter, éplucher, définir (et donc exclure)… et c’est à
mettre en veilleuse dès que nous pratiquons.
Il y a ainsi un relent idéologique ou un vague complexe de
supériorité qui plane dans certaines couches de la société et selon lequel tous
ces « trucs orientaux » ne marchent pas sur les Occidentaux qui ont
de bien meilleures méthodes.
L’art du shiatsu est de fait profondément Japonais, et le cadre de réflexion
derrière ainsi que la Weltanschauung, comme dit Jung, la conception du monde,
sont éminemment Orientaux. Il n’est pas besoin d’étaler la chose quand on
travaille, mais il n’est pas question non plus de sortir de ce cadre de
référence, des symboles et des valeurs fondamentales qui le sous-tendent, sous
peine de diluer, d’affadir, de mélanger. Mais évidemment notre pratique peut
toujours venir enrichir le cadre, sans le remettre en question.
Je suis émerveillé de voir que les personnes réceptives à
cet art très Japonais sont, elles, très diverses. Quartier Européen de
Bruxelles favorisant, évidemment, j’ai déjà reçu des clients de tous les
continents, pays et cultures : Belgique, France, Italie, Espagne, Portugal,
Croatie, Lettonie, Lituanie, Estonie, Suède, Pologne, Angleterre, Irlande,
Roumanie, Grèce, Tunisie, Algérie, Congo, Namibie, Etats-Unis, Japon, Ile
Maurice, Brésil… C’est à chaque fois un tel enrichissement !
Ainsi, profondément Japonais dans sa conception et son
approche, le shiatsu peut être simplement reçu et ressenti par tous les
arrière-plans culturels du monde. Après tout, nous avons tous un corps, et, dès
que le mental arrive à lâcher les éventuels a priori, tabous culturels liés au
corps, il n’y a plus de problème. Les divisions, c’est le mental.
Une pratique sans âge
La distinction d’âge n’est pas pertinente non plus. La plage est plus large que celle ... du journal Tintin jadis ( de 7 à 77 ans). On ne
travaillera évidemment pas les mêmes choses, ni avec la même durée ou de la
même façon, mais enfants comme adultes ou personnes âgées aiment le shiatsu.
Ainsi, récemment, un enfant de 11 ans qualifié de « remuant » est
venu recevoir un shiatsu et est resté sans bouger un quart d’heure par la
suite, au grand étonnement de sa maman. Il se sentait simplement détendu. Mon
patient le plus âgé a 94 ans, mène une vie active et vient d’éliminer sans trop
de mal un lymphome. Le plus pénible pour lui était de se rendre à l’hôpital
pour ses traitements. Il a évidemment une excellente immunité à la base, mais
il considère que pratiquer le shiatsu met toutes les chances de son côté.
On pourrait même aller ainsi jusqu’au bout de la vie…
Favorisant la longévité heureuse, le shiatsu peut également permettre une belle
mort, paisible, consécutive à la qualité de la vie qui a été menée. S’endormir
pour ne plus se réveiller. Plusieurs praticiens de ma connaissance ont eu l’occasion
de donner du shiatsu à des mourants et ont confirmé ses bienfaits pour
aider au grand départ.
On peut toujours faire quelque chose
Peu importe également l’état dans lequel on se trouve quand on fait du shiatsu :
bien ou pas bien physiquement ou mentalement, stressé ou pas… Quand on me
demande « pouvez-vous m’aider ? » et que c’est un cas compliqué,
ou que personne n’a pu aider jusque là, je réponds « on peut toujours
faire quelque chose ».Ce n’est pas
de l’arrogance, ni une foi absolue en une quelconque pratique magique.
On fera
toujours quelque chose, ne fût-ce qu’écouter avec le Cœur, poser les mains avec
compassion, apaiser, détendre… On fera, sans attendre, ce qui viendra. Et
peut-être qu’ainsi la personne se sentira mieux déjà, même temporairement, ou
que le corps se rééquilibrera, ce qui entraînera d’autres changements. On ne
sait pas toujours tout le bien que l’on peut faire. C’est pourquoi il faut
faire.
Mes voisins européens affichent fièrement « nous travaillons ensemble pour
les patients avec des maladies rares et complexes : 24 réseaux, 30
millions de patients, 8000 maladies, 900 équipes d’experts, 300
hôpitaux ! ».
Excellente chose de prendre le problème en mains !
Mais cela veut dire que chaque équipe d’experts va devoir analyser et trouver
une solution pour une centaine de maladies rares et que chaque hôpital devra
accueillir 100.000 patients. Je ne vois pas comment on va faire, et à quelle
échéance, d’autant que les patients souffrent déjà maintenant.
Donc, si
quelqu’un se présente avec une maladie rare, par exemple, pour laquelle il n’y
a pas de traitement, je pourrai sans doute simplement, sans attendre, l’accompagner,
l’écouter, le détendre, le prendre en charge…
C’est le cas également pour les maladies déjà bien connues
et parfaitement traitées (sauf dans certains cas évidents décrits sur mon site).
Et c’est le cas pour ceux qui n’ont « rien », mais souffrent quand
même de leur vie, de circonstances difficiles, de pressions diverses, de perte
de sens, d’envie, de motivation… Le shiatsu s’occupe de rétablir l’énergie,
quelle que soit la cause de la coupure ou du déséquilibre. Et même si cette cause
ne sera jamais identifiée. Il y a, sans doute aucun, complémentarité avec les
efforts de la médecine.
Investir dans sa vie, la première priorité
Un collègue me faisait remarquer récemment que quelqu’un qui
peut investir 600 EUR dans un smartphone (ou plus) peut bien investir 60 EUR
dans une séance de shiatsu. Il est vrai que 10 heures de shiatsu feront plus de
bien que quelques années de smartphone quotidien, au final. Mais sans doute ne
peut-on plus se passer de smartphone et pense-t-on pouvoir reporter son bien-être.
Plutôt que de relancer un débat sans fin sur les moyens que
l’on peut consacrer ou non à soi-même, considérons avec mon ancien professeur
de Kyudo que le seul investissement rentable que l’on puisse faire, c’est
d’investir dans sa vie. Là est le cœur. Cela permettra d’investir et de
s’investir dans bien d’autres combats. Le shiatsu est une façon par excellence
d’investir dans ce que nous avons de plus précieux : nous-mêmes.
Le praticien lui-même s’investit. Le shiatsu est très
physique. Beaucoup ne ménagent ni leur temps ni leur efforts. Il est juste que
la rémunération soit correcte.
Yin/Yang, si on veut faire une distinction
Il reste évidemment toujours cette vague idée condescendante comme quoi le
shiatsu est un truc léger plutôt pour les femmes. Laissons tomber les clichés
et passons au ressenti, sinon, on n’en sortira jamais.
Les femmes viennent plus
nombreuses parce qu’elles sont généralement plus réceptives et plus attentives
à leur bien-être que beaucoup d’hommes. Prendre soin de soi et donc des autres… (Dans cet ordre-là :c'est est important).
La célèbre phrase de Namikoshi réfère d’ailleurs au cœur maternel « shiatsu
no kokoro haha no gokoro, oseba inochi no izumi waku, hahaha » (« le cœur du shiatsu est le cœur maternel, si on pousse, on fait jaillir les sources de la vie, hahaha »).
押指
せ圧
ばの
命心
の
泉母
湧の
く心
Le kanji « cœur » a quant à lui la forme d’un vase qui contient (entendu de Bernard Bouheret) : réceptivité, ouverture, accueil.
D’un point de vue shiatsu, il faudrait de toute façon arrêter
de rentrer dans la différenciation homme/femme, et considérer que nous
travaillons pour et avec des êtres humains. D’ailleurs, le kanji HITO, situé
entre Ciel et Terre, n’implique aucune différenciation sexuelle et signifie
« être humain ».
Il est difficile de ne pas rentrer dans la dualité, mais la
seule qui nous concerne est le YinYang, pas le Yin et le Yang, ou le Yin ou le
Yang, mais le YinYang, c’est-à-dire cette polarisation fluide d’une énergie
unique qui n’est pas statique, en mouvement perpétuel, en nous à tous niveaux.
Et donc tous les hommes ou les femmes sont YinYang, avec une part de Yin et de
Yang différente et mouvante et lorsque nous travaillons, nous observons et nous
rééquilibrons ces mouvements d’énergie.
S’il fallait vraiment se demander qui du Yin ou du Yang est
apparu le premier, les textes sont formels : le Yin préexiste, la « faille
Yin » apparaît et implique l’apparition du Yang. De même en séance, mieux
vaut nourrir le Yin que de s’acharner sur le Yang. Et donc, sachant que, hommes
ou femmes, nous sommes composés d’une proportion mouvante de Yin et de Yang,
nous pouvons abandonner toute focalisation et tout amalgame. Et nous mettre
véritablement au service du Vivant.
Nous poursuivons notre exploration de différents aspects du
shiatsu avec une nouvelle vidéo, consacrée à la question souvent entendue « combien de fois dois-je venir ? ».
A l’issue d’une séance, il arrive en effet que nos clients soit reprennent
rendez-vous, soit décident de nous rappeler plus tard, soit nous demandent
notre avis sous la forme « combien de fois dois-je venir ? ».
Essayons, comme d’habitude, d’aller au-delà des quelques réflexions générales
émises dans la vidéo.
Nous avons discuté dans l’article précédent le fait que rien
ne doive et que l’obligation de quoi que ce soit n’est pas pertinente dès que
l’on fait du shiatsu.
Il semble toutefois naturel de poser la question de la fréquence des séances.
Je me souviens de ma toute première séance de shiatsu chez un thérapeute trèèèèèèès
connu à Bruxelles. Au moment de le quitter, et comme il ne disait rien, j’osai
lui demander quand je devais revenir, pour m’entendre congédier sèchement sur
un « vous n’avez rien ! ». Du coup, cela a pris quelques années
avant d’y retourner (mais je n’ai pas été perdu pour le shiatsu).
Ce qui se cache derrière la question « combien de fois
dois-je venir ? », c’est la question de la régularité, qui n’est pas
propre au shiatsu.
La régularité, mot-clé de la longévité…
… comme l’exprime Jean Pélissier. L’Univers est régularité, succession de
cycles, et notre organisme n’est fait que de cycles (circulation, digestion,
sommeil…). Une certaine régularité dans la planification et l’enchaînement de
ces cycles est souhaitable, sans tomber pour autant dans l’insupportable
habitude. Car, nous dit Jean Pélissier, trop de régularité tue la régularité.
Et il importe de garder la notion de « jouissance ».
Comme discuté
dans les précédents articles, nous aligner sur les grands cycles de la Terre et
du Ciel nous offre effectivement les meilleures garanties d’une vie longue et
harmonieuse.
C’est pareil pour toute discipline que nous pratiquons (physique,
intellectuelle, spirituelle…). Nous savons bien que seule la régularité offre
les meilleures chances de résultat. Nous le savons bien, mais nous ne le
mettons pas en pratique.
C’est clair qu’il vaut mieux méditer 5 minutes chaque jour qu’une heure d’un
seul coup une fois de temps en temps, s’entraîner un peu tous les jours à la
course ou au vélo plutôt que de se lancer sans préparation dans un marathon
dominical, pratiquer tous les jours quelques étirements plutôt qu’à l’occasion…
Les effets d’une pratique régulière
Ainsi du shiatsu : il vaut mieux en recevoir régulièrement plutôt que d’y
penser quand c’est trop tard. La
régularité est même en fait inhérente à notre art, en tout premier lieu axé sur
laprévention des problèmes.
Ainsi, les receveurs et receveuses qui viennent régulièrement me confirment-ils
/elles tous (toutes) que, depuis que cette régularité est installée :
Ils se sentent
mieux (la réponse à la banale question « comment ça va » ? est,
spontanément, « je me sens bien »)
Certains maux récurrents dans leur corps ont disparu ou
se sont allégés
Ils ont une meilleure énergie et un état d’esprit plutôt
optimiste. Ce qui confirme bien l’intérêt de faire du shiatsu régulièrement et
sans attendre de souffrir de quelque chose.
A quel rythme pratiquer le shiatsu ?
Il n’y a donc certainement pas de « vous devez », pas de règle
concernant la fréquence à observer, au demeurant différente pour chacun. Mais
le bon sens et l’expérience permettent de dire que :
faire du shiatsu une ou deux-trois fois par an ne permet pas d’installer une
régularité. Une séance offre des bienfaits à court terme (on se sent détendu,
par exemple) et à plus long terme (travail sur l’énergie vitale ou sur un
problème donné). Une séance de temps en temps n’offre pas ces bénéfices à long
terme, qui se consolident en quelque sorte de séance en séance.
Faire du shiatsu une fois par mois environ (même si ce n’est
pas une norme absolue) permet par contre déjà de mettre en place les bénéfices
à court terme et à long terme. Cela peut être un peu plus ou moins souvent. Il
n’est par contre pas nécessaire de venir toutes les semaines.
Il peut toutefois être opportun de venir plusieurs fois sur un court
intervalle, et ensuite d’espacer les séances. C’est le cas pour les problèmes
aigus, survenus récemment, mais aussi pour les problèmes anciens, bien
incrustés, mais qui ont besoin d’une forte stimulation pour pouvoir être
évacués.
Personnellement, je reçois un shiatsu environ deux fois par mois et m’en trouve
fort bien. Pour un praticien, il est impératif de recevoir régulièrement pour
pouvoir donner à son tour. Et de ressentir dans notre corps ce que nous
faisons, de nous connecter à notre propre ressenti, de nous confier à des mains
expertes… J’ai ce bonheur de connaître les bonnes personnes qui me ramènent en
mon centre énergétique. Hommage soit ici rendu à ces belles collègues ! Ressenti et délectation, disions-nous, dans un article
précédent.
Donc, lorsqu’on me pose la question « combien de fois dois-je
venir ? » ou « quand nous revoyons-nous ? », je ne
suis pas trop directif, mais j’explique généralement ces différentes
possibilités. Il faut bien dire quelque chose, car « rappelez-moi quand
vous voulez » est trop aléatoire. Tant que cela reste au niveau du
mental…
Sortir du mental, sinon on n'en sort pas
Car notre mental est ainsi fait que, si on lui confie
l’organisation de notre bien-être, il n’en résultera pas grand-chose, voire
rien du tout. Le besoin doit, en effet, venir du corps, et alors, c’est gagné.
Constatons simplement comment nous repoussons sans cesse les
échéances qui concernent notre santé, voire simplement notre détente ou notre
bien-être. Que ce soit un simple rendez-vous chez le dentiste, un check up, une
intervention médicale… Ou que ce soit un moment pour soi qui va faire du bien à
notre corps (une activité physique, un massage, un shiatsu…), notre mental
trouve mille et une raisons de remettre à plus tard, arguant que nous n’avons
pas le temps ou que nous nous en occuperons demain, c’est-à-dire jamais.
Il
s’agit peut-être, à la base, d’un reliquat de mauvaise éducation qui nous a
enseigné que l’effort était une plus grande valeur que le plaisir, qu’il
fallait d’abord travailler dur avant de profiter de la vie et qu’il était
égoïste de penser à soi. Idioties… Toujours est-il que c’est ancré quelque part
en nous.
Le mental n’écoute donc généralement pas les signaux du
corps (sauf si on arrive à lui faire très peur) et, à force de remettre à plus tard, il peut arriver que ce soit trop
tard, auquel cas le corps manifeste sa désapprobation par une bonne maladie, un
épuisement, un burn out, un accident… imposant ainsi l’arrêt des activités.
Il va donc falloir ruser et passer outre aux mille prétextes du mental pour ne
pas nous faire du bien, notamment en installant cette fameuse régularité parce
que le corps la demande.
Les quatre étapes de tout apprentissage
Il y a tout d’abord, pour les férus d’explications, la prise de conscience de
la façon dont nous fonctionnons.
Ainsi y a-t-il quatre étapes à tout processus d’apprentissage :
Incompétence inconsciente : je ne sais pas que je ne
sais pas. Je ne suis absolument pas conscient des besoins de mon corps, et donc
je ne fais rien pour.
Incompétence consciente : je sais que je ne sais pas.
Je suis conscient des besoins de mon corps, mais je sais que je ne fais rien
pour.
Compétence consciente : je sais que je sais. Je suis
conscient des besoins de mon corps, et j’y travaille consciemment tous les
jours. Pour cela, je suis obligé d’y penser, ou je m’y oblige.
Compétence inconsciente : je ne sais plus que je sais. Je
n’ai plus besoin de m’appliquer pour prendre soin de moi, cela vient
naturellement.
Le quatrième stade est en fait le stade du corps, lorsqu’il
reprend sa place, exprime ses besoins et que nous sommes à l’écoute. La
régularité est le fait du corps, la pratique régulière nous amène à ce stade.
Donc, plus on fait du shiatsu, plus on en ressent les bienfaits, plus il y a de
chances que le corps reprenne sa place. Dès ce moment, la régularité de la
pratique s’impose et la prise de rendez-vous devient entièrement autonome. Ce
que certains clients expriment en disant « je sentais qu’il était temps de
revenir ».
Ainsi par exemple de la pratique du Do In (étirements propres au shiatsu), qui se fait, idéalement, au quotidien. Au début, il a
fallu m’obliger à les faire. Ensuite, la pratique est venue naturellement.
Maintenant, quand il m’arrive de ne pas pouvoir les faire, la journée n’est pas
pareille, je sens dans mon corps qu’il manque quelque chose, il réclame son dû.
Pratiquer et observer : la régularité pour les praticiens aussi
Et si nous devions trouver un conseil qui soit tout aussi
valable pour le praticien que pour les receveurs, ce serait celui entendu
récemment d’un ami moine bouddhiste, lors d’une intéressante discussion sur son
expérience de la méditation.
Il n’y a que deux choses à faire : pratiquer,
et observer.
Cela vaut pour tous les arts, pour notre santé, pour notre développement
personnel…
Pratiquer, pratiquer et encore pratiquer (donner et
recevoir) : c’est l’art.
Observer ce qui se passe dans son corps pendant et après la
pratique, devenir conscient, rendre sa place au corps : c’est le ressenti.
Comme le dit Eric Baret (« De l’abandon »), il y a encore plus vrai
que la conceptualisation, c’est le ressenti. « Revenir à ce ressenti,
humblement, simplement, et vous rendre compte que c’est ce qu’il y a de plus
haut ». Peu importe donc ce que
disent les livres, les belles théories profondes, « restez tranquille, car
il n’y a rien à comprendre ».
Dès que ces deux choses simples cessent d’être compliquées, la vie change.
« Bingo », comme disait Maître Kawada.
Et une dernière pour la route… Une cliente a complété la liste la semaine passée par un « je dois » inédit : « dois-je
dormir ? ». Inattendu, celui-là, quand même...