Showing posts with label Eric Baret. Show all posts
Showing posts with label Eric Baret. Show all posts

Wednesday, 23 July 2025

CORPSESPRIT - Une étude en trois tableaux (1)

TABLEAU 1 - SHINJIN, UN SEUL MOT POUR LE DIRE


CORPSESPRIT. 

Faute de frappe ? Non. Néologisme ? Non plus. Un fait exprès, alors ? Oui, nécessité par le manque de mots adéquats que nous avons en français pour décrire une réalité profonde.

Car votre cerveau a bien distingué deux mots inhabituellement accolés , ‘corps’ et ‘esprit’, correspondant à des concepts bien distincts chez nous. Il y a le corps, cette enveloppe matérielle, il y a l’esprit qu’on ne voit pas. Et nous sommes comme la cohabitation  des deux (cohabitation forcée, selon certains qui se croient de purs esprits) et ces deux-là vivent leur vie comme ensemble mais séparés.

LAT. Living apart together
. 

En Occident, on nous a enseigné à voir les choses ainsi. Vision passéiste qui remonte à quelques philosophes grecs anciens, amplifiée par la vision chrétienne du rejet du corps, remise au mauvais goût du jour par les souvent si peu lumineuses Lumières et qui s’accroche à nos (in)compréhensions dualistes, qui veulent à tout prix définir et catégoriser. La tête invente des narratifs qui lui plaisent, en d’autres termes : se raconte des histoires. 

Penser n’est pas (p)ressentir, pratiquer permet de (p)ressentir


Quand on dit ‘nous créons le monde que nous voyons’, c’est juste. Chacun vit dans son monde : les croyants, les athées, les politiciens, les diplomates, les dictateurs, les riches, les pauvres, les intellectuels, les manuels, les habitants des montagnes, des vallées, des bords de mer, et ainsi, à l’infini… tous ces groupes communiquent plus ou moins et chacun prend ses croyances sur le monde pour la réalité ultime (ça irait passablement si certains ne cherchaient pas à imposer leur vision aux autres).

Corpsesprit est un exemple parfait de ce qui se joue là (au sens de lîla, le jeu divin discerné par les Hindous). Il suffit de changer de plan et de nous rendre sur celui du ressenti profond pour nous rendre compte que notre poildecultage (comme disait mon premier patron, mot qui signifie : ‘couper les poils de c… en quatre’) est un obstacle au ressenti profond du Vivant.

La Voie pour avancer est la suivante : arrêter de ratiociner et explorer, expérimenter. Pratiquer, pratiquer, pratiquer ! Je ne peux parler que de la Voie que je parcours. Et donc, le Shiatsu nous fait toucher corpsesprit. Juste en posant les mains. Sur le corps.

A notre décharge, ici, en Occident, nous avons fort heureusement bien avancé sur les concepts locaux, mais tout cela reste quelque peu confidentiel. Physiciens, astronomes, biologistes, thérapeutes, mystiques… ont eu des compréhensions bien plus riches et plus fascinantes que la compréhension classique et qui font s’émietter peu à peu le monolithe dogmatique des croyances que les profs nous assènent sur l’Univers, la Terre et le Vivant. Restons calmes, et patients : il n’y aura sans doute pas d’avancée décisive sur ce plan de notre vivant.

Car, comme le souligne Eric Baret, ‘notre vieille tradition judéo-chrétienne nous fait penser en termes de pensée et de sens. Ce sont de vieilles mémoires. Il n’y a pas d’esprit et de corps, il n'y a pas deux, il n’y a pas vous ou votre corps. Si vous pensez qu’il y a vous ou votre corps, vous allez finir à l’hôpital psychiatrique’.

L’Un, à la base de la pensée de l’Orient, un autre focus


En Orient, la conception de l’Univers et de l’Homme entre Ciel et Terre est depuis bien longtemps très différente. On ne passe pas son temps à tout séparer et distinguer, sauf pour des raisons explicatives pratiques. On considère que tout ne fait qu’un et que tout est en interrelation. Avec de grandes divergences de vue sur ce qu’est la Réalité, l’illusion, la dualité ou la non-dualité. A nouveau, tous ne voient pas la même chose, mais disons que la vision orientale, globalement, est en amont de la nôtre, plus proche de la Conscience universelle à la base de toute la Manifestation.

O (le Non-Manifesté inconcevable) se révèle dans Un (Il y a le Non-Manifesté) qui engendre Deux (YinYang) qui engendre Trois (Ciel Homme Terre) et à partir de là, les 10.000 Etres (nombre symbolique pour dire ‘tout ce qui existe dans l’univers’).

En Orient, le regard se pose donc principalement sur 0-1-2-3 et puis il y a tout le reste. En Occident, nous partons de 10.000 (que nous continuons encore à disséquer jusqu’à l’infiniment petit) et nous remontons, pour certains, (très lentement) le courant.

Cela se voit également dans le CORPSESPRIT qui nous occupe ici. Il y a un seul mot pour le dire, SHINJIN, mais il y a quatre façons d’écrire ce mot, avec des acceptions différentes. On peut ressentir l’Unité, et on peut analyser les différents sens qu’elle offre.  

Quelle est la meilleure approche ? Les deux.  Il suffit d’être capable de voir qu’il y a les deux et qu’elles mènent à des compréhensions et des applications bien différentes. Inclure, ne pas exclure. Expérimenter, ne pas projeter. Se placer en amont des croyances, des représentations, voire conditionnements, culturels. Observer largement. Et, avant tout, toucher.

Toucher pour se passer de penser, et pressentir


Je disais : ma Voie, c’est le Shiatsu. En tout premier, je pose les mains, je touche. Et l’expérience me dit que par le toucher de ce que je vois comme des corps, mes receveurs(euses) et moi accédons au domaine de l’esprit. Donc, corpsesprit n’est pas un concept, c’est une réalité agissante.


Mais attention aux fantasmes. Eric Baret (250 questions sur le yoga) nous dit à propos de certains mots très souvent employés dans nos cabinets : ‘Il faut finalement oublier ces mots énergie, vibration, lumière, qui sont des imaginaires, et se donner à l’exploration tactile. Cela devient une expérience, un vécu, et non pas ce qui a été appris étudié dans les livres. Il faudrait presque se débarrasser de ces mots. C’est une évidence d’un vécu qui s’impose. Les mots énergie, présence, lumière ne veulent rien dire, ils pointent vers une direction. Ils pointent poétiquement vers l’indéfinissable.

La Vie en son ensemble et en son essence est indéfinissable, trop vaste et trop complexe pour être ramenée en mots. Seule l’exploration tactile nous permet de pressentir l’indéfinissable’. Et il ajoute : ‘Notre approche expérimentale vise un saisissement profond, on ne donne pas une explication de l’inexplicable’.

En effet. Expérimenter, pressentir, être saisi par l'émerveillement. La Beauté, la poésie de l'Univers éclairent la Voie. C'est ce vers quoi pointe la pratique du Shiatsu. Il suffit de poser les mains. 



Penser pour nourrir la recherche


S'il vaut mieux se taire, fin du débat, alors ? Pas la peine de disserter sous peine de masturbation cérébrale collective ?

Oui, et non... Ce mental, malgré sa nature envahissante, sert à quelque chose. Il convient de le laisser à sa juste place, tout en l'honorant et en le nourrissant. Il n'y a pas de combat à mener contre lui.

La réflexion peut amener un regard sur la pratique qui va nous aider à chercher dans la bonne direction. 

Dans les deux prochains articles, je vous emmène donc à la découverte et à l'analyse des quatre façons d'écrire SHINJIN, quatre étymologies avec des sens profonds qui vont enrichir notre compréhension profonde et éclairer notre regard sur notre pratique.







Thursday, 6 April 2023

La porte est en dedans

Partage d'expérience : laisser faire les mains


A. vient me voir pour la première fois et m’expose ses difficultés. C’est le syndrome d’Ehlers-Danlos, me dit-elle. Pardon ? Vous pouvez répéter ?

Maladie inconnue : moments privilégiés qui nous ramènent aux sources de notre art. Car voilà qui est bienheureux : je n’ai pas de protocole en tête et rien de familier sur quoi je pourrais m’appuyer en cours de route.

Ce que l'on en dit


A. non plus, d’ailleurs, car là est précisément son problème : elle ne sent pas ses os, elle n’en a pas la sensation et donc perd ses contours, ses repères de forme séparée du reste du monde, au point de devoir s’appuyer régulièrement sur quelque chose. Ennuyeux, car elle est incapable de conduire un véhicule, tout juste un vélo si ça ne va pas trop vite. Cela va avec une hypersensibilité : hyper-acuité visuelle, hyper-acousie, porosité émotionnelle, hyper-laxité et, par conséquent, une grande fatigue permanente : surexposition à une information bien trop dense.

Elle ne paraît pas son âge et est d’une minceur à faire envie à bien d’autres, car, malgré un grand appétit, elle ne prend pas de poids. Les articulations sont douloureuses, le haut du dos tendu, mais rien de nature inflammatoire.

Problème de codage dans la fabrication du collagène, me dit-elle. Rentré chez moi, je m’en vais voir au dictionnaire de quoi il retourne.

Ce que l'on en lit


Le syndrome d’Ehlers - Danlos (SED) est une maladie génétique rare qui peut prendre plusieurs formes et peut engendrer divers désordres : hypermobilité articulaire (jusqu’à la dislocation), hyper-extensibilité cutanée, fragilité tissulaire… Seule une biopsie cutanée permet de la déceler avec certitude. Comme je l’apprends en lisant le dictionnaire, A. souffre de la forme hyper-mobile, la plus fréquente, où la fragilité tissulaire est moins présente.

Il n’existe pas vraiment de traitement médicamenteux et, pour le reste, une approche multidisciplinaire (kiné, posture, podologie…) peut être prescrite.

Le site Passeport Santé me précise en outre que ‘ Aucune donnée scientifique ne permet aujourd’hui de traiter ou de prévenir le syndrome d’Ehlers-Danlos à l’aide de thérapies alternatives’.

Bref, personne ne m'aurait aidé de toute façon, mais A. me demande si je peux l'aider.


Comment s'y prendre ? 


Ce sont les moments de grâce pour le praticien et le retour à l’essence même de la pratique.

Ce qui ne signifie pas me croire plus malin que les autres et vouloir résoudre quoi que ce soit. Cela ne signifie pas non plus faire aveu d’incompétence et m’excuser de ne pas pouvoir aider. Cela signifie simplement que je vais faire quelque chose selon ce que je vais ressentir là et que je ne sais pas où cela va me mener. De ce fait, mon intérêt est décuplé car l’inconnu, précisément, me stimule.

D’abord, je vais écouter. Au sens de Bunshin, certes, ‘chercher à distinguer par l’oreille quelque chose

d’indistinct’, car où est le fil d’Ariane qui va permettre de dénouer l’écheveau ? Quel indice va émerger ?

Au sens d’Eric Baret (in ‘De l’Abandon’) : ‘Accepter veut dire écouter. Ecouter veut dire ne rien savoir’.  J’accepte ce qui est là, sans pouvoir interpréter, et, vierge de tout savoir, il me reste à mettre les mains et à leur faire confiance.

Ou encore : ‘ Que signifie écouter ? Cela veut dire aimer. Sans amour, l’écoute est impossible. Aimer signifie : être disponible à ce qui est là… vous ne cherchez pas à comprendre quoi que ce soit, mais à vraiment sentir’.

Me voici dès lors dans Setsushin, tel que compris par M. Masunaga, quand il nous dit : ‘je commence par toucher le corps du sujet sans poser de question et fais part, simultanément, à ce dernier, de mes impressions concernant le symptôme observé’.

Ajoutant : ‘Beaucoup de consultants ignorent que le Shiatsu n’est autre, en réalité, que le Setsushin lui-même’.

Ou comme le disait Maître Kawada, coupant court à toute question : ‘mettez les mains’.

Et puis s'y mettre


Ensuite, j’aurai bien quelques directions qui vont venir, évidemment.

Hyper-laxité, en effet : la main disparaît du premier coup sous l’omoplate. Mais il y a un point quand même, qui fait mal et fait du bien. Un tsubo qui appelle. Le corps réagit au toucher.

Un Fukushin confirme ce que je viens d’entendre. Les personnes hypersensibles se connaissent, évidemment.

‘Fatigue’ et ‘génétique’ vont me renvoyer vers les Reins.

‘Porosité émotionnelle’ vers le dit Maître Cœur et le Cœur.

‘Manque de contours’ vers la Rate et vers un shiatsu très enveloppant, très contenant, qui rassemble et ramène et où, donc, le corps du praticien se donne totalement (ceux qui me connaissent savent que c’est une de mes prédilections). D’ailleurs, A. a développé une endométriose, il y a une logique quand même.

Pour les articulations, même si nous ne sommes pas dans un contexte inflammatoire au sens d’une polyarthrite, nous savons que, dans ces cas précis, des pressions puissantes, enveloppantes précisément, soulagent beaucoup et cela vaudra la peine d’au moins essayer pour voir si cela apporte un soulagement. Ce fut bien le cas.

Et de manière globale, il faudra ramener une présence, un appui, un soutien, un ancrage dans la matière.

Et ainsi se construisit la séance.


La grande chance du praticien



La première chance est celle du terrain inconnu qui nous ramène aux origines de notre Art, quand les premiers praticiens, empiriquement, essayaient quelque chose et finissaient, avec le temps, par garder ce qui fonctionne. Beaucoup d’humilité. Obligation de moyens (se donner totalement), incertitude du résultat.

La seconde chance est d’avoir quelqu’un d’hyper-sensible sous les mains, car A. était consciente de toutes les sensations de son corps et capable de les communiquer en temps réel. Une aide précieuse…  Surprenamment (ou pas), une forte pression sur Gaikan et le Triple Réchauffeur amena ainsi instantanément un glissement de chaleur vers les épaules et la disparition des douleurs à cet endroit… ressenti partagé chez elle et chez moi au même moment.

Nous en conclûmes que le ressenti du corps est la porte de toutes les expériences, jusqu’aux spirituelles. Car l’Advaita Vedanta, le Shivaïsme et le Shintô poussèrent leur nez dans la conversation qui suivit… émanant en quelque sorte de l’expérience vécue pendant la séance.

Le corps est ce Grand Véhicule qui nous permet de ressentir, ce que même les dieux nous envient, dit-on.


 La récompense fut dans ces mots qu’elle me dit en partant : ‘Je suis là’.

 





Friday, 10 May 2019

Laissez-vous toucher par le Shiatsu





Après avoir regardé cette vidéo sur l’importance du toucher, sa facilité à mettre en œuvre et les spécificités propres au shiatsu, je vous propose, comme à l’habitude, de creuser un peu plus loin. 

Descendre dans les couches plus profondes quand on parle de toucher, voilà bien le travail de toute une vie en shiatsu.

La répétition incessante des pressions dans des conditions différentes et avec des intentions adaptées de séance en séance développe le ressenti. On peut dire que la pratique, et elle seule, offre une connaissance sensorielle « de l’intérieur » tandis que les conseils de professeurs ou de collègues offrent une connaissance (in)formelle « de l’extérieur ».

Pratiquer, pratiquer, et encore pratiquer, voilà la clef. Et entrer en résonance avec les pratiquants sincères, en recherche. Alors, il peut y avoir transmission, ce qui est préférable au simple enseignement de choses à apprendre.

En laissant monter ces réflexions sur la spécificité du shiatsu et de son toucher, afin de vous les partager, il m’apparaît que ce sont des choses que je répète souvent en cabinet quand on me pose des questions. De même que quand on passe plusieurs fois sur un méridien ou un point, la « réponse » change, le fait de réfléchir régulièrement à ce que nous faisons fait évoluer sans cesse les réponses. Mais tant mieux. 

La réponse est toujours juste, en ce qu’elle reflète là où nous sommes. Il ne faut donc pas avoir peur de dire des bêtises, mais simplement dire ce qui est là, sachant qu’il n’y a pas de vérité absolue. Certaines  personnes que nous recevons sont en recherche et le shiatsu peut être un (premier) pas sur un chemin qui les ramène au plus profond d’elles-mêmes. Nous sommes en Occident. On va certes plus loin avec le ressenti, mais nous avons besoin d’explications, d’éclaircissements.

Alors, expliquons et tâchons de transmettre quelque chose en même temps.

L’importance du toucher pour soigner


A la base du shiatsu, il y a le toucher. Quand il n’y a pas de toucher, il n’y a pas de shiatsu. Nous avons évoqué longuement, dans un autre article,  l’étymologie du mot « shi atsu » : « pousser avec les doigts ». Toutefois, ce toucher s’effectue de manière particulière et il y a bien une spécificité du shiatsu par rapport à d’autres arts, disciplines, techniques.

Le shiatsu n’a évidemment pas le monopole du toucher. Les ostéopathes, les kinés, les fasciathérapeutes, les massothérapeutes sont dans cette relation à l’autre par le toucher. Jadis également, - mais malheureusement, cela devient rare -, nos médecins allopathes ne posaient pas de diagnostic sans avoir ausculté, palpé leurs patients.


Il y a cette attente, légitime, de la personne en souffrance d’être touchée. Le toucher est apaisant, il est communication et la main qui va là où cela fait mal signifie : « j’ai compris où est la douleur et j’ai le désir de l’apaiser ». D’ailleurs, spontanément, nous posons nous-mêmes la main là où se trouvent nos douleurs. Quand un client me dit avoir envie de se toucher en un endroit précis plusieurs fois par jour, je l’y encourage, car le corps sait où le toucher va faire du bien.

J’ai entendu quelque part que c’est ce qui se passe la nuit et que la position que nous prenons en dormant répond au besoin de pression sur certains organes. Ainsi, ceux qui dorment sur le côté droit pressent notamment sur le Foie, sur le côté gauche  le Pancréas ou le colon sigmoïde, sur le ventre, l’Estomac, et sur le dos, nous soutenons les Reins, etc. La position dans laquelle nous nous réveillons (inconscient) est évidemment plus révélatrice que celle où nous nous couchons (conscient). 
Si non e vero, e bene trovato…, car, comme nous le disions, le corps sait ce dont il a besoin.
En recevant régulièrement du shiatsu, nous développons cette écoute naturelle du corps et des signaux qu’il nous donne sans cesse, et nous sommes donc mieux à même de respecter ses besoins. 

Ce n’est pas qu’il faille apprendre, cela se fait tout seul. Au fur et à mesure des séances, le corps s’habitue au toucher, le reconnaît et l’accepte de plus en plus rapidement. Le corps reprend sa place centrale, le mental reprend celle qui devrait le plus souvent être la sienne, en arrière-plan du ressenti. 

Comme m’a dit hier une cliente : « je sens que des choses ont lâché ».  Parfait. Pas besoin de développer pendant des heures.

C’est de l’énergétique


Nous partageons le toucher avec bien d’autres disciplines, mais nous ne touchons pas les mêmes choses. Nous ne travaillons ni sur les muscles, ni sur le squelette, ni sur les fascias, ni sur le système lymphatique… même si, inévitablement, certains points se situent sur les os, les muscles, les articulations… Et donc, il n’y a pas de concurrence ou d’incompatibilité avec d’autres disciplines ou de contre-indications par rapport à d’autres thérapies. Quand un client se voit prescrire des séances de kiné pour un problème précis, je l’encourage à y aller, mais juste pas le même jour que son shiatsu.

Comme évoqué dans un article précédent, le shiatsu n’a pas de vocation monopolistique et nous sommes en faveur de collaborations avec d’autres thérapeutes, aussi bien les dits « officiels » que les dits « alternatifs » afin d’aider nos clients communs le mieux possible.

Le shiatsu, c’est donc de l’énergétique. Nous travaillons sur les points et les méridiens décrits par la Médecine Chinoise, nous faisons des pressions de diverses intensités et profondeurs, des connexions, selon des rythmes différents. Il n’y a pas de fluide magique, ni de capacités surnaturelles. Nous pressons et nous posons les mains. Il n’existe pas à l’heure actuelle d’explication du comment ça marche, mais bien de plus en plus d’études sur les résultats nettement établis du shiatsu. Voir le recensement établi par la Fédération Européenne de Shiatsu, et il y en a bien d’autres, notamment en France. (http://www.europeanshiatsucongress.eu/science-library/)

Comme en arts martiaux, sans force


Il y a pression, mais il ne faut pas de force, ou alors de moins en moins au fur et à mesure que l’on pratique. « Beaucoup trop de force », disait à l’occasion Sensei Kawada en nous voyant travailler. 

Comme en Kyudo, où il faut arriver à bander l’arc sans force et où le lâcher de la flèche a lieu « tout seul », en shiatsu, il faut également pouvoir presser sans force ou, comme l’exprime Bernard Bouheret « effacer le pouce ». Sinon, il y a dureté, douleur, et on s’épuise. Il y a bien d’autres parallèles à tracer avec d’autres arts martiaux, comme l’aikido, ce qui n’a donc rien à voir avec de la force, mais un travail sur les énergies en présence. Comme souvent, « less is more ».  

Que l’on donne ou que l’on reçoive, il n’y a au fond qu’une seule recette pour accroître l’efficacité : pratiquer, pratiquer et encore pratiquer. La régularité est la meilleure garantie de résultats plus rapides et plus stables. On peut faire du shiatsu de temps en temps ou quand on en ressent le besoin, mais le mieux est d’installer une régularité, qui sera bien plus payante sur le long terme. Retour aux origines, perdues presque partout, y compris en Orient : la prévention.

L’arrière-plan est oriental


Les Orientaux s’occidentalisent, hélas, mais cela ne change rien aux origines de l’art que nous pratiquons qui sont, elles, bien orientales. Et donc, il serait pour le moins étrange de dénaturer notre shiatsu en tournant le dos au Japon pour n’en conserver qu’une très approximative inspiration.

Dans la vision Orientale, quand on touche, on ne touche pas qu’un corps. L’effet de ce toucher dépasse le domaine matériel, le monde des phénomènes, et pour moi, c’est une spécificité. Les Orientaux ne dissèquent en effet pas l’être humain en différentes couches, chacune étant attribuée à un spécialiste, comme nous avons tendance à le faire.
Les points correspondent à des maux bien physiques, mais ils peuvent avoir un aspect, une origine, une conséquence psychologiques, émotionnels, spirituels, …  Ils vont gérer des aspects très ponctuels, voire localisés, ou s’adressent à la circulation de l’énergie dans tout le corps. Ils prennent en compte l’intensité de la circulation de l’énergie. Ils peuvent également être saisonniers. Le nom du point sera parfois révélateur de ce qu’il traite ou de l’effet qu’il peut produire. Il appartient à un système, une vision de l’Univers et de l’Homme dans l’Univers mis au point sur quelques milliers d’années. Le livre "L'Esprit des points" de Philippe Laurent en est une magnifique et érudite illustration. 

Au moment où nous pratiquons le shiatsu, ce système cosmologique et anthropologique (l’un n’allant pas sans l’autre) est notre référence, à l’exclusion de tout autre. 

Nous sommes d’accord pour dire que le Grand Tout est indescriptible (« Le Tao qui est nommé n’est pas le Tao ») et du domaine du pur ressenti, mais dès le moment où nous tentons une compréhension, nous devons bien choisir un système. Ainsi YinYang, les 5 mouvements, Ciel-Homme-Terre, les méridiens, les différents aspects ternaires, dénaires et dodénaires … sont des éléments du système à la base du shiatsu et donc le cadre au sein duquel nous travaillons. On sait bien que tout système est une explication partielle et imparfaite, mais mélanger les systèmes amène la confusion. Nous n’excluons pas d’autres angles de compréhension pour nous-mêmes (c’est un enrichissement), mais nous ne mélangeons pas les approches en cabinet.

Si le shiatsu plonge ses racines dans l’Orient, il n’en a pas moins développé sa spécificité. Cette citation de Maître Kawada illustre bien toute la complexité et la richesse de notre art.  " Le shiatsu n'est pas une technique thérapeutique clairement définie au sens occidental. Son art ou sa pratique est d'avantage un continuum, un mélange de philosophie, d'expertise professionnelle et d'auto-guérison, d'exercices et d'étirements, de réflexions sur la vie, et un système sophistiqué de diagnostics intuitifs avec un arrière-plan spirituel implicite. […] C'est une manière de vivre, une philosophie, un remède familial efficace et un vaste système de diagnostic et de guérisons. […] En diagnostiquant et en répondant aux phénomènes disponibles à tous les niveaux et en mobilisant de ce fait le pouvoir de guérison inné du corps-esprit, le shiatsu sort de toutes les catégories de médecine contemporaine standard de l'Orient comme de l'Occident." (Yuichi Kawada)

Toucher tous les niveaux de l’Etre


Clairement donc, le toucher que nous pratiquons ne se limite pas au physiologique.

Le toucher effectué avec le Cœur met en mouvement. En Occident aussi, ne dit-on pas de quelque chose qui suscite en nous une émotion : cela me touche ?

Nous travaillons sur tous les niveaux de l’Etre, s’il fallait vraiment les distinguer. La preuve en est au cours du travail, avec des manifestations très diverses, selon la personne, le moment, le travail effectué, la sensibilité...

Il n’est pas rare que tout à coup une émotion surgisse, la personne se mette à pleurer, ressente une colère, soit prise d’un rire incontrôlé… La respiration soudain s’amplifie, s’approfondit. Il y a sensation de froid ou de chaud. Il y a des fourmillements dans le corps. Des sensations apparaissent le long du méridien traité, ou dans d’autres endroits du corps, sans lien apparent. Les pensées s’apaisent, la personne entre dans un état semblable à la méditation. Parfois s’endort. Il y a vision de couleurs, ou d’images mentales. Un sourire apparaît soudain là où il y avait crispation. Des tremblements ou des vibrations surgissent. Ou encore, la personne peut ne ressentir « rien de spécial » en partant, mais les réactions se déclenchent plus tard, ou le lendemain. Et parfois, il y a le fameux effet « Menken », où on se sent plus mal parce que des choses doivent absolument s’évacuer avant de se sentir mieux. 

Et pourtant, si une caméra était en train de filmer, elle n’enregistrerait que le praticien en train de faire des pressions. Il n’y a ni thérapie émotionnelle, ni séance de psychanalyse, rien d’autre que du shiatsu, c.-à d. : « presser avec les doigts ».

Chaque fois, l’inattendu me ravit.



Les pressions sur le corps travaillent donc sur ce que j’appelle « d’autres niveaux de l’être », psychologiques, émotionnels, spirituels… Est-ce systématique ? Non, uniquement s’il y a un besoin. Equilibrer le corps se passe au sens large. Et nous sommes larges, bien plus larges que les limites de notre corps physiologique. Nos cellules contiennent de l’information du niveau le plus concret au plus subtil.

A certains moments, le toucher se fait plus large, comme « impalpable » ou « effacé », mais en fait non. Que ce soit le shiatsu fluidique développé par Bernard Bouheret, où les mains se posent à peine après avoir bien « baratté » le corps, ou que l’on descende dans le corps de souffle avec une pression « en sablier »… Ou encore que l’on expérimente le Seiki, développé par Kishi Sensei, où la main se pose simplement - « faire sans faire, toucher sans toucher » - et où les corps entrent en résonance… 

Nous entrons là dans des dimensions à explorer à l’infini et impossibles à formuler, mais qui partent bien du toucher. Une clef de compréhension ? Souvenons-nous que microcosme = macrocosme, simplement.

Et relisons, à la lumière de ce qui précède, la célèbre phrase de Tokujiro Namikoshi : shiatsu no kokoro wa – le cœur du shiatsu – haha no gokoro – est (comme ?) le cœur d’une mère – oseba : si on pousse – inochi no izumi waku on fait jaillir les sources de la vie.

Traduction approximative, d’ailleurs, car « kokoro », pour un Japonais, est un concept bien plus large que l’idée que nous nous faisons du coeur et « inochi » est un des mots pour dire la vie, mais pourquoi celui-là ? Un autre article, un jour…

Par contre, « oseba », si on pousse, ne laisse aucun doute : c’est bien clair qu’il faut le toucher, le fameux premier pas sur le chemin de cent lieues.

Le corps et au-delà


Et allons d’ailleurs un pas plus loin. La pression dépasse de loin les limites du corps et va aller influencer l’environnement. Maître Ohashi a parlé un jour de l’environnement de la personne comme facteur venant enrichir le diagnostic. Je suis sûr qu’inversement, le shiatsu pratiqué sur quelqu’un peut modifier des situations compliquées, des relations difficiles, voire le cours d’une vie qu’on pourrait penser subir.

Car quand l’énergie de quelqu’un change, les interactions avec le monde extérieur changent également. On dit : soyez le changement que vous voulez voir arriver dans le monde. Changez, et le monde autour de vous changera.

Nous sommes également le fruit de nos interactions avec d’autres, nous appartenons à des systèmes que nous influençons et qui viennent nous influencer et on sait bien que notre façon d’être, nos pensées, nos émotions influencent la réponse de l’environnement proche et lointain. Jung avait déjà fort bien décrit le mécanisme des projections : ce que nous projetons de nous-mêmes sur l’autre revient à son tour nous influencer.

Profondément ressourçant et recentrant, le shiatsu permet des changements profonds de l’Etre et peut donc déboucher sur des changements de l’Etre considéré dans la « matrice ».

Eric Baret résume cela merveilleusement : « arrêter de prétendre » être comme ceci ou comme cela, recentrer sur l’écoute, laisser l’énergie couler librement à chaque instant.

La pyramide est sur sa base : centré et puissant dans le hara, la poitrine ouverte, la tête paisible.

Mettez les mains


Toute considération mise à part maintenant, revenons en séance. Praticien et client, nous sommes bel et bien et avant tout dans le ressenti. « Mettez les mains », disait Kawada Sensei lorsque nous avions envie de poser mille questions sur ce qu’il fallait faire et comment. Shikantatsu, disais-je dans un article précédent : seulement pousser.

La pression de nos doigts est notre seul outil et la seule réponse que nous ayons à toutes les questions ou les situations qui peuvent se présenter. Je suis outré d’entendre que, dans certaines disciplines ou thérapies, si on ne trouve pas la cause, on ne peut rien faire et on renvoie la personne souffrante en disant qu’on ne peut pas l’aider. 

La compréhension des causes est pour moi un « nice to have », qui n’est pas toujours indispensable ou possible. Bien entendu, il y a une réflexion, une connaissance de la technique qui va décider d’une orientation du travail. Mais parfois, on ne sait pas et, d’ailleurs, fondamentalement, personne ne sait. Alors, on fait. On met les mains.


Cet article vous a touché ? Ne le gardez pas pour vous. Partagez-le. Il ira peut-être toucher d’autres encore.

Saturday, 24 November 2018

Le Shiatsu, au service du Vivant


Dans la vidéo ci-jointe, réalisée avec la participation exceptionnelle de mon chienchien Manatsu (Tosa Inu, japonais lui aussi), je réponds brièvement aux réflexions que l’on entend à l’occasion lorsqu’on parle de shiatsu. 

Votre interlocuteur est en effet persuadé que le shiatsu n’est pas pour lui, mais pour les autres, c-à-d diverses catégories de personnes auxquelles il ou elle n’appartient en aucun cas.



Or, le shiatsu, d’après ce que je constate tous les jours, a vocation d’universalité et s’adresse véritablement au vivant sous toutes ses formes, sans aucune distinction.
Nous avons déjà dit lors d’articles précédents que toute explication ou justification ne peut rendre véritablement ce qu’est le shiatsu et que seul le ressenti de la personne qui le reçoit (et qui le donne) peut offrir une compréhension profonde. 
Comme le dit Eric Baret (« Le Sacre du Dragon Vert »), la pensée n’a pas de place dans la compréhension. Etre Compréhension n’est pas lié à la pensée, c’est une émotion fondamentale.

Point n’est besoin effectivement de savoir ce que c’est pour en bénéficier. 

Ainsi, je laisse tranquillement certains clients ou clientes âgés écorcher le mot « shiatsu » en quelque chose de très approximatif, ou ne reprend nullement ceux qui restent absolument persuadés que c’est Chinois. L’important, c’est le ressenti, et que cela leur fasse du bien. Ce sur quoi ils sont tous d’accord.

Humains et animaux


On remarque quand même un certain intérêt, actuellement, pour le shiatsu. On en parle plus, des articles et des films paraissent… Notre art s’insère dans des programmes de bien-être, de revalidation, d’accompagnement, jusqu’en milieu hospitalier.


C’est qu’on peut effectivement le pratiquer en toutes circonstances et en tous lieux, dans différentes optiques,  et sur tous les êtres vivants, pas seulement les humains.

Toute une branche du shiatsu s’applique ainsi aux chevaux, animal, on le sait, particulièrement sensible en thérapie et possédant lui-même de fortes aptitudes thérapeutiques (hippothérapie). Les chiens y sont eux-mêmes sensibles. 

Un livre de ma collègue Sylvia Collins (Ecole de Shiatsu Canin Inu Ki) sortira d’ailleurs bientôt à ce sujet, à ma connaissance le premier en la matière. Les chiens peuvent eux-mêmes travailler en thérapeutes, comme en témoignent des expériences menées en maison de repos, avec des enfants, etc. 

Je ne pense pas qu’on puisse limiter la liste des animaux sensibles au shiatsu, car il s’agit bien de toucher bienveillant, et donc d’une communication qui s’établit entre le donneur et le receveur à un niveau où il n’est pas nécessaire de formuler. 

En pratiquant, on s’ouvre toujours plus à l’interrelation avec le vivant. Le fameux « spécisme », de plus en plus contesté, n’est pas d’application en shiatsu.

Nous, humains d’Occident, qui admirons particulièrement notre cerveau gauche hyper-développé, avons malheureusement une nette tendance à tout catégoriser, étiqueter, éplucher, définir (et donc exclure)… et c’est à mettre en veilleuse dès que nous pratiquons.

Il y a ainsi un relent idéologique ou un vague complexe de supériorité qui plane dans certaines couches de la société et selon lequel tous ces « trucs orientaux » ne marchent pas sur les Occidentaux qui ont de bien meilleures méthodes.

L’art du shiatsu est de fait profondément Japonais, et le cadre de réflexion derrière ainsi que la Weltanschauung, comme dit Jung, la conception du monde, sont éminemment Orientaux. Il n’est pas besoin d’étaler la chose quand on travaille, mais il n’est pas question non plus de sortir de ce cadre de référence, des symboles et des valeurs fondamentales qui le sous-tendent, sous peine de diluer, d’affadir, de mélanger. Mais évidemment notre pratique peut toujours venir enrichir le cadre, sans le remettre en question.

Je suis émerveillé de voir que les personnes réceptives à cet art très Japonais sont, elles, très diverses. Quartier Européen de Bruxelles favorisant, évidemment, j’ai déjà reçu des clients de tous les continents, pays et cultures : Belgique, France, Italie, Espagne, Portugal, Croatie, Lettonie, Lituanie, Estonie, Suède, Pologne, Angleterre, Irlande, Roumanie, Grèce, Tunisie, Algérie, Congo, Namibie, Etats-Unis, Japon, Ile Maurice, Brésil… C’est à chaque fois un tel enrichissement !

Ainsi, profondément Japonais dans sa conception et son approche, le shiatsu peut être simplement reçu et ressenti par tous les arrière-plans culturels du monde. Après tout, nous avons tous un corps, et, dès que le mental arrive à lâcher les éventuels a priori, tabous culturels liés au corps, il n’y a plus de problème. Les divisions, c’est le mental.

Une pratique sans âge


La distinction d’âge n’est pas pertinente non plus. La plage est plus large que celle ... du journal Tintin jadis ( de 7 à 77 ans). On ne travaillera évidemment pas les mêmes choses, ni avec la même durée ou de la même façon, mais enfants comme adultes ou personnes âgées aiment le shiatsu. Ainsi, récemment, un enfant de 11 ans qualifié de « remuant » est venu recevoir un shiatsu et est resté sans bouger un quart d’heure par la suite, au grand étonnement de sa maman. Il se sentait simplement détendu. Mon patient le plus âgé a 94 ans, mène une vie active et vient d’éliminer sans trop de mal un lymphome. Le plus pénible pour lui était de se rendre à l’hôpital pour ses traitements. Il a évidemment une excellente immunité à la base, mais il considère que pratiquer le shiatsu met toutes les chances de son côté.

On pourrait même aller ainsi jusqu’au bout de la vie… Favorisant la longévité heureuse, le shiatsu peut également permettre une belle mort, paisible, consécutive à la qualité de la vie qui a été menée. S’endormir pour ne plus se réveiller. Plusieurs praticiens de ma connaissance ont eu l’occasion de donner du shiatsu à des mourants et ont confirmé ses bienfaits pour aider au grand départ.

On peut toujours faire quelque chose


Peu importe également l’état dans lequel on se trouve quand on fait du shiatsu : bien ou pas bien physiquement ou mentalement, stressé ou pas… Quand on me demande « pouvez-vous m’aider ? » et que c’est un cas compliqué, ou que personne n’a pu aider jusque là, je réponds « on peut toujours faire quelque chose ».  Ce n’est pas de l’arrogance, ni une foi absolue en une quelconque pratique magique.

On fera toujours quelque chose, ne fût-ce qu’écouter avec le Cœur, poser les mains avec compassion, apaiser, détendre… On fera, sans attendre, ce qui viendra. Et peut-être qu’ainsi la personne se sentira mieux déjà, même temporairement, ou que le corps se rééquilibrera, ce qui entraînera d’autres changements. On ne sait pas toujours tout le bien que l’on peut faire. C’est pourquoi il faut faire.

Mes voisins européens affichent fièrement « nous travaillons ensemble pour les patients avec des maladies rares et complexes : 24 réseaux, 30 millions de patients, 8000 maladies, 900 équipes d’experts, 300 hôpitaux ! ».

Excellente chose de prendre le problème en mains ! Mais cela veut dire que chaque équipe d’experts va devoir analyser et trouver une solution pour une centaine de maladies rares et que chaque hôpital devra accueillir 100.000 patients. Je ne vois pas comment on va faire, et à quelle échéance, d’autant que les patients souffrent déjà maintenant.

Donc, si quelqu’un se présente avec une maladie rare, par exemple, pour laquelle il n’y a pas de traitement, je pourrai sans doute simplement, sans attendre, l’accompagner, l’écouter, le détendre, le prendre en charge…

C’est le cas également pour les maladies déjà bien connues et parfaitement traitées (sauf dans certains cas évidents décrits sur mon site). Et c’est le cas pour ceux qui n’ont « rien », mais souffrent quand même de leur vie, de circonstances difficiles, de pressions diverses, de perte de sens, d’envie, de motivation… Le shiatsu s’occupe de rétablir l’énergie, quelle que soit la cause de la coupure ou du déséquilibre. Et même si cette cause ne sera jamais identifiée. Il y a, sans doute aucun, complémentarité avec les efforts de la médecine.

Investir dans sa vie, la première priorité


Un collègue me faisait remarquer récemment que quelqu’un qui peut investir 600 EUR dans un smartphone (ou plus) peut bien investir 60 EUR dans une séance de shiatsu. Il est vrai que 10 heures de shiatsu feront plus de bien que quelques années de smartphone quotidien, au final. Mais sans doute ne peut-on plus se passer de smartphone et pense-t-on pouvoir reporter son bien-être.

Plutôt que de relancer un débat sans fin sur les moyens que l’on peut consacrer ou non à soi-même, considérons avec mon ancien professeur de Kyudo que le seul investissement rentable que l’on puisse faire, c’est d’investir dans sa vie. Là est le cœur. Cela permettra d’investir et de s’investir dans bien d’autres combats. Le shiatsu est une façon par excellence d’investir dans ce que nous avons de plus précieux : nous-mêmes.

Le praticien lui-même s’investit. Le shiatsu est très physique. Beaucoup ne ménagent ni leur temps ni leur efforts. Il est juste que la rémunération soit correcte.

Yin/Yang, si on veut faire une distinction


Il reste évidemment toujours cette vague idée condescendante comme quoi le shiatsu est un truc léger plutôt pour les femmes. Laissons tomber les clichés et passons au ressenti, sinon, on n’en sortira jamais.

Les femmes viennent plus nombreuses parce qu’elles sont généralement plus réceptives et plus attentives à leur bien-être que beaucoup d’hommes. Prendre soin de soi et donc des autres… (Dans cet ordre-là :c'est est important).  

La célèbre phrase de Namikoshi réfère d’ailleurs au cœur maternel « shiatsu no kokoro haha no gokoro, oseba inochi no izumi waku, hahaha » (« le cœur du shiatsu est le cœur maternel, si on pousse, on fait jaillir les sources de la vie, hahaha »). 

押指
せ圧
ばの
命心
の
泉母
湧の
く心



Le kanji « cœur » a quant à lui la forme d’un vase qui contient (entendu de Bernard Bouheret) : réceptivité, ouverture, accueil.

D’un point de vue shiatsu, il faudrait de toute façon arrêter de rentrer dans la différenciation homme/femme, et considérer que nous travaillons pour et avec des êtres humains. D’ailleurs, le kanji HITO, situé entre Ciel et Terre, n’implique aucune différenciation sexuelle et signifie « être humain ».


Il est difficile de ne pas rentrer dans la dualité, mais la seule qui nous concerne est le YinYang, pas le Yin et le Yang, ou le Yin ou le Yang, mais le YinYang, c’est-à-dire cette polarisation fluide d’une énergie unique qui n’est pas statique, en mouvement perpétuel, en nous à tous niveaux. Et donc tous les hommes ou les femmes sont YinYang, avec une part de Yin et de Yang différente et mouvante et lorsque nous travaillons, nous observons et nous rééquilibrons ces mouvements d’énergie.

S’il fallait vraiment se demander qui du Yin ou du Yang est apparu le premier, les textes sont formels : le Yin préexiste, la « faille Yin » apparaît et implique l’apparition du Yang. De même en séance, mieux vaut nourrir le Yin que de s’acharner sur le Yang. Et donc, sachant que, hommes ou femmes, nous sommes composés d’une proportion mouvante de Yin et de Yang, nous pouvons abandonner toute focalisation et tout amalgame. Et nous mettre véritablement au service du Vivant.

Shikantatsu, écrivais-je dans un article précédent. Seulement faire les pressions.

Wednesday, 31 October 2018

Combien de fois venir en shiatsu ?


Nous poursuivons notre exploration de différents aspects du shiatsu avec une nouvelle vidéo, consacrée à la question souvent entendue « combien de fois dois-je venir ? ».

A l’issue d’une séance, il arrive en effet que nos clients soit reprennent rendez-vous, soit décident de nous rappeler plus tard, soit nous demandent notre avis sous la forme « combien de fois dois-je venir ? ».



Essayons, comme d’habitude, d’aller au-delà des quelques réflexions générales émises dans la vidéo.

Nous avons discuté dans l’article précédent le fait que rien ne doive et que l’obligation de quoi que ce soit n’est pas pertinente dès que l’on fait du shiatsu.

Il semble toutefois naturel de poser la question de la fréquence des séances. Je me souviens de ma toute première séance de shiatsu chez un thérapeute trèèèèèèès connu à Bruxelles. Au moment de le quitter, et comme il ne disait rien, j’osai lui demander quand je devais revenir, pour m’entendre congédier sèchement sur un « vous n’avez rien ! ». Du coup, cela a pris quelques années avant d’y retourner (mais je n’ai pas été perdu pour le shiatsu).

Ce qui se cache derrière la question « combien de fois dois-je venir ? », c’est la question de la régularité, qui n’est pas propre au shiatsu. 

La régularité, mot-clé de la longévité…


… comme l’exprime Jean Pélissier. L’Univers est régularité, succession de cycles, et notre organisme n’est fait que de cycles (circulation, digestion, sommeil…). Une certaine régularité dans la planification et l’enchaînement de ces cycles est souhaitable, sans tomber pour autant dans l’insupportable habitude. Car, nous dit Jean Pélissier, trop de régularité tue la régularité. Et il importe de garder la notion de « jouissance ». 

Comme discuté dans les précédents articles, nous aligner sur les grands cycles de la Terre et du Ciel nous offre effectivement les meilleures garanties d’une vie longue et harmonieuse.

C’est pareil pour toute discipline que nous pratiquons (physique, intellectuelle, spirituelle…). Nous savons bien que seule la régularité offre les meilleures chances de résultat. Nous le savons bien, mais nous ne le mettons pas en pratique.

C’est clair qu’il vaut mieux méditer 5 minutes chaque jour qu’une heure d’un seul coup une fois de temps en temps, s’entraîner un peu tous les jours à la course ou au vélo plutôt que de se lancer sans préparation dans un marathon dominical, pratiquer tous les jours quelques étirements plutôt qu’à l’occasion…

Les effets d’une pratique régulière


Ainsi du shiatsu : il vaut mieux en recevoir régulièrement plutôt que d’y penser quand c’est trop tard. La régularité est même en fait inhérente à notre art, en tout premier lieu axé sur la  prévention des problèmes.

Ainsi, les receveurs et receveuses qui viennent régulièrement me confirment-ils /elles tous (toutes) que, depuis que cette régularité est installée :

  1. Ils se sentent mieux (la réponse à la banale question « comment ça va » ? est, spontanément, « je me sens bien »)
  2. Certains maux récurrents dans leur corps ont disparu ou se sont allégés
  3. Ils ont une meilleure énergie et un état d’esprit plutôt optimiste. Ce qui confirme bien l’intérêt de faire du shiatsu régulièrement et sans attendre de souffrir de quelque chose.

A quel rythme pratiquer le shiatsu ?


Il n’y a donc certainement pas de « vous devez », pas de règle concernant la fréquence à observer, au demeurant différente pour chacun. Mais le bon sens et l’expérience permettent de dire que :
  • faire du shiatsu une ou deux-trois fois par an ne permet pas d’installer une régularité. Une séance offre des bienfaits à court terme (on se sent détendu, par exemple) et à plus long terme (travail sur l’énergie vitale ou sur un problème donné). Une séance de temps en temps n’offre pas ces bénéfices à long terme, qui se consolident en quelque sorte de séance en séance.
  • Faire du shiatsu une fois par mois environ (même si ce n’est pas une norme absolue) permet par contre déjà de mettre en place les bénéfices à court terme et à long terme. Cela peut être un peu plus ou moins souvent. Il n’est par contre pas nécessaire de venir toutes les semaines.
  • Il peut toutefois être opportun de venir plusieurs fois sur un court intervalle, et ensuite d’espacer les séances. C’est le cas pour les problèmes aigus, survenus récemment, mais aussi pour les problèmes anciens, bien incrustés, mais qui ont besoin d’une forte stimulation pour pouvoir être évacués.



Personnellement, je reçois un shiatsu environ deux fois par mois et m’en trouve fort bien. Pour un praticien, il est impératif de recevoir régulièrement pour pouvoir donner à son tour. Et de ressentir dans notre corps ce que nous faisons, de nous connecter à notre propre ressenti, de nous confier à des mains expertes… J’ai ce bonheur de connaître les bonnes personnes qui me ramènent en mon centre énergétique. Hommage soit ici rendu à ces belles collègues ! Ressenti et délectation, disions-nous, dans un article précédent.

Donc, lorsqu’on me pose la question « combien de fois dois-je venir ? » ou « quand nous revoyons-nous ?  », je ne suis pas trop directif, mais j’explique généralement ces différentes possibilités. Il faut bien dire quelque chose, car « rappelez-moi quand vous voulez » est trop aléatoire. Tant que cela reste au niveau du mental…

Sortir du mental, sinon on n'en sort pas



Car notre mental est ainsi fait que, si on lui confie l’organisation de notre bien-être, il n’en résultera pas grand-chose, voire rien du tout. Le besoin doit, en effet, venir du corps, et alors, c’est gagné.

Constatons simplement comment nous repoussons sans cesse les échéances qui concernent notre santé, voire simplement notre détente ou notre bien-être. Que ce soit un simple rendez-vous chez le dentiste, un check up, une intervention médicale… Ou que ce soit un moment pour soi qui va faire du bien à notre corps (une activité physique, un massage, un shiatsu…), notre mental trouve mille et une raisons de remettre à plus tard, arguant que nous n’avons pas le temps ou que nous nous en occuperons demain, c’est-à-dire jamais.

Il s’agit peut-être, à la base, d’un reliquat de mauvaise éducation qui nous a enseigné que l’effort était une plus grande valeur que le plaisir, qu’il fallait d’abord travailler dur avant de profiter de la vie et qu’il était égoïste de penser à soi. Idioties… Toujours est-il que c’est ancré quelque part en nous.

Le mental n’écoute donc généralement pas les signaux du corps (sauf si on arrive à lui faire très peur) et, à force de remettre à plus tard, il peut arriver que ce soit trop tard, auquel cas le corps manifeste sa désapprobation par une bonne maladie, un épuisement, un burn out, un accident… imposant ainsi l’arrêt des activités.

Il va donc falloir ruser et passer outre aux mille prétextes du mental pour ne pas nous faire du bien, notamment en installant cette fameuse régularité parce que le corps la demande.

Les quatre étapes de tout apprentissage


Il y a tout d’abord, pour les férus d’explications, la prise de conscience de la façon dont nous fonctionnons.

Ainsi y a-t-il quatre étapes à tout processus d’apprentissage :

  1. Incompétence inconsciente : je ne sais pas que je ne sais pas. Je ne suis absolument pas conscient des besoins de mon corps, et donc je ne fais rien pour.
  2. Incompétence consciente : je sais que je ne sais pas. Je suis conscient des besoins de mon corps, mais je sais que je ne fais rien pour.
  3. Compétence consciente : je sais que je sais. Je suis conscient des besoins de mon corps, et j’y travaille consciemment tous les jours. Pour cela, je suis obligé d’y penser, ou je m’y oblige.
  4. Compétence inconsciente : je ne sais plus que je sais. Je n’ai plus besoin de m’appliquer pour prendre soin de moi, cela vient naturellement.

Le quatrième stade est en fait le stade du corps, lorsqu’il reprend sa place, exprime ses besoins et que nous sommes à l’écoute. La régularité est le fait du corps, la pratique régulière nous amène à ce stade.

Donc, plus on fait du shiatsu, plus on en ressent les bienfaits, plus il y a de chances que le corps reprenne sa place. Dès ce moment, la régularité de la pratique s’impose et la prise de rendez-vous devient entièrement autonome. Ce que certains clients expriment en disant « je sentais qu’il était temps de revenir ».


Ainsi par exemple de la pratique du Do In (étirements propres au shiatsu), qui se fait, idéalement, au quotidien. Au début, il a fallu m’obliger à les faire. Ensuite, la pratique est venue naturellement. Maintenant, quand il m’arrive de ne pas pouvoir les faire, la journée n’est pas pareille, je sens dans mon corps qu’il manque quelque chose, il réclame son dû.


Pratiquer et observer : la régularité pour les praticiens aussi 


Et si nous devions trouver un conseil qui soit tout aussi valable pour le praticien que pour les receveurs, ce serait celui entendu récemment d’un ami moine bouddhiste, lors d’une intéressante discussion sur son expérience de la méditation.

Il n’y a que deux choses à faire : pratiquer, et observer.

Cela vaut pour tous les arts, pour notre santé, pour notre développement personnel…

  • Pratiquer, pratiquer et encore pratiquer (donner et recevoir) : c’est l’art.
     
  • Observer ce qui se passe dans son corps pendant et après la pratique, devenir conscient, rendre sa place au corps : c’est le ressenti. 
Comme le dit Eric Baret (« De l’abandon »), il y a encore plus vrai que la conceptualisation, c’est le ressenti. « Revenir à ce ressenti, humblement, simplement, et vous rendre compte que c’est ce qu’il y a de plus haut ».  Peu importe donc ce que disent les livres, les belles théories profondes, « restez tranquille, car il n’y a rien à comprendre ».

Dès que ces deux choses simples cessent d’être compliquées, la vie change. « Bingo », comme disait Maître Kawada.


Et une dernière pour la route… Une cliente a complété la liste la semaine passée par un « je dois » inédit : « dois-je dormir ? ». Inattendu, celui-là, quand même...